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Alexandra Marcellier : « Je veux continuer à faire de belles rencontres »

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Interview
9 février 2023

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A sa sortie du conservatoire, Alexandra Marcellier a dû attendre cinq ans dans l’antichambre de l’art lyrique, avant d’être révélée au public en Madama Butterfly d’abord à l’Opéra de St Etienne en novembre 2021 puis dans le même rôle et le même mois, à Monte Carlo, en remplacement d’Aleksandra Kursak. En l’espace d’un an, la lauréate de notre Trophée Forum Opera de la révélation de l’année 2022 a enchainé les expériences de scènes, qu’elle qualifie de « belles aventures humaines », telle que cette Clemenza di Tito, en version concertante, qui l’a amenée en tournée aux côtés d’une distribution 4 étoiles. Ce beau parcours lui vaut désormais d’être nommée dans la catégorie Révélations des Victoires de la musique qui se tiendra à Dijon le 1er mars prochain. Retour sur une année pas comme les autres pour une des voix françaises les plus prometteuses, sans doute promise à briller sur le plan international dans les années à venir.


Parlez-nous des moments phares de votre année écoulée depuis que vous avez reçu le Trophée Forum Opéra de la Révélation de l’année ?

Le moment phare de l’année écoulée est sans doute la tournée avec Cecilia Bartoli pour cette version concertante de La Clemenza di Tito, d’abord à la Philharmonie, puis à Dijon et ensuite à Luxembourg et à Liège.  Et j’ai également beaucoup aimé participer à Musiques en fête au Théâtre Antique d’Orange, un lieu mythique et un cadre exceptionnel en lien direct avec la nature. Quelle joie de partager la scène avec de merveilleux chanteurs avec lesquels pour ma part je rêverais de chanter en production, comme Jérôme Boutillier par exemple. Cela a été également une grande joie de retrouver des artistes avec lesquels j’avais été heureuse de collaborer, comme mon Pinkerton de Madama Butterfly de Monte Carlo, Marcelo Puente. Musiques en Fête a été pour moi une façon de revivre ces heureux moments de début de carrière, où on m’a donné enfin la chance de m’exprimer et de m’épanouir artistiquement. Sur le plan plus personnel, Musiques en Fêtes me tenait également à cœur car cette émission a toujours été un moment partagé devant la télévision avec ma grand-mère qui rêvait un jour que je sois parmi les artistes invités. Et quand Alain Duault m’en a donné l’opportunité, j’ai réalisé autant mes rêves que ceux de ma grand-mère. Et qu’elle ait pu me voir sur la scène des Chorégies, et vivre ce moment en même temps que moi, cela me comble encore plus de joie.

Comment se prépare-t-on en trois semaines à chanter au pied levé un rôle comme Vitellia et ce, en remplacement d’une autre artiste (comme ce fut d’ailleurs également le cas de Madama Butterfly à Monte Carlo) ?

Ce qui a été difficile pour moi, ce n’était pas tant un défi vocal qui m’a posé problème (le rôle de Vitellia tout comme Butterfly, ne m’ont pas posé trop de problème sur ce plan) que de se sentir à la hauteur de ces merveilleux chanteurs avec qui j’allais chanter, qui brillent dans leur art, et qui en outre s’étaient déjà tous produits ensemble dans cet opéra. J’étais donc la pièce rapportée qui allait se joindre à une distribution déjà rodée à l’exercice. L’angoisse pour moi, en début de carrière, était d’être celle qui détonne ou celle par qui les choses n’iraient pas dans le bon sens.  Pour moi, dans une production, on est tous en quelque sorte les faire-valoir les uns des autres. Aussi, si on est n’est pas bon, cela n’entache pas que la production, cela entache aussi le travail et les efforts fournis par les autres. Ma crainte était de ne pas être à leur hauteur, ou tout au moins à celle à laquelle ils m’attendaient. Bien plus que le regard du public, qui est évidemment important, c’était de ne pas décevoir mes collègues de ce niveau-là. La difficulté de Vitellia par rapport à Butterfly, c’est que ne l’ayant jamais interprétée, j’avais peur de ne pas suffisamment arriver à la mettre, non dans la voix, mais dans le corps, dans un temps aussi court. Mais grâce à l’accueil et à la bienveillance de mes collègues, du chef, des musiciens de l’orchestre, et des personnes de la technique, je me suis sentie rapidement à l’aise dans la caractérisation du personnage. Quand on touche à un tel degré de contact humain, où il y a une telle humilité, une telle simplicité, et je dirais même de normalité, de John Osborn, de Cecilia Bartoli, et Peter Kalman, qui sont des artistes de haut niveau, qui sont des références pour moi, c’est une expérience rare pour une jeune artiste. Et ce qui m’a rassurée et mise à l’aise, c’est que dans une version concertante, on a le temps de travailler ensemble la musique, les intentions du personnage. Ce qui me gêne parfois quand on représente un opéra sur scène, c’est la vitesse à laquelle on doit travailler. On fait un jour de lecture, on travaille deux ou trois choses sur la musique, et le reste du temps on se concentre surtout sur les répétitions de mise en scène, certes il y a quelques indications du chef mais on n’a pas le temps d’aller au fond des choses musicalement. Aujourd’hui on doit tout faire vite, car « on n’a pas le temps », pas seulement dans le monde de la musique, partout, c’est l’ère du temps. Mais en faisant les choses vite, on a souvent le sentiment de ne pas les faire bien, de ne pas être allé au fond de ce qu’on est en capacité de faire. Avec cette tournée de La Clemenza di Tito, ce qui était confortable c’est de ne pas être à la montre et j’ai pu ainsi continuer à travailler avec l’équipe au fil de la tournée. J’occupais la même loge que Cecilia et elle me faisait progresser les récitatifs, car je n’avais jamais fait de Mozart. Mais on n’a pas vraiment travaillé le style car cela ne m’a pas posé véritablement de problème (c’est pourquoi je pense avoir des prédispositions pour Mozart). En trois semaines, c’est court et heureusement que j’ai pu avoir ce temps précieux avec Cecilia et le groupe pour peaufiner mon interprétation. Car Vitellia est un rôle exigeant qui suscite tous les registres de la voix, et c’est pourquoi il est difficile de trouver en production une interprète qui maîtrise tous les aspects vocaux du personnage. Mais tout n’a pas été aussi simple, car après avoir remplacé une Vitellia, j’ai dû renoncer à mon tour à chanter le rôle au Luxembourg car victime d’une intoxication alimentaire dans un restaurant parisien peu de temps avant ! Ce fut un peu dans cette tournée « la malédiction des Vitellia » (rires). J’étais tellement malade que j’étais paniquée à l’idée que ma voix ne s’en remette pas. On se sent seul dans ces moments, en fait. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, on ne se repose pas dans ces break imposés, on rumine. Tout tourne dans la tête : culpabilité d’avoir laissé l’équipe, peur de perdre sa voix… c’est terrible de se confronter à son organe lorsqu’il ne fonctionne plus. On est obligé d’accepter cette solitude totale, et de se raisonner seule. Cela remet pas mal de choses en perspective. On prend toute la mesure de la fragilité de l’être. On ne voit plus le métier de la même façon, cela oblige à prendre du recul, à gagner en maturité, et surtout prendre conscience de ses propres limites, physiques et vocales. Non, on ne peut pas tout chanter, il faut savoir freiner son mental et ses envies en tant que chanteur. Et quand le corps dit stop il faut savoir l’écouter. Dans cette épreuve, tous mes collègues ont été adorables, ils me portaient des médicaments, et Cecilia me disait « ne t’inquiète pas on va se débrouiller mais si tu viens, je te fais évacuer de scène, compris ? » Pour pallier mon absence, ce sont mes collègues Melissa Petit, Lea Desandre et Cecilia qui se sont toutes les trois partagées le rôle de Vitellia ! Elle avait un fil conducteur, c’était une écharpe, qui représentait le personnage et à chaque fois qu’elles chantaient la partie qui leur était attribuée, elles se mettaient l’écharpe sur l’épaule ! En plus, Cecilia était contrainte de porter ses lunettes pour lire la partition, car elle ne voyait rien sans ! C’était sportif comme représentation ! Je me suis empressée de vite revenir dès que je me suis sentie mieux, car même si elles se sont organisées à merveille, la situation était hyper stressante pour elles. Dans ces moments-là, on voit quelle solidarité et l’unité régnaient dans cette distribution. Quelle aventure humaine ! On était vraiment une famille. Et vocalement c’était fantastique en ce que j’ai pu encore modeler ma voix, dans les aigus mais aussi dans les graves, très graves…C’est tout le paysage escarpé de Vitellia ! J’étais d’ailleurs obsédée par ces graves, mais quand j’ai cessé d’y penser, sur les conseils d’Elsa van den Heaver et de Silvana Bartoli, la maman de Cécilia, la voix s’est mise en place naturellement.

Après des débuts compliqués marqués par une longue attente dans l’antichambre de l’art lyrique, comment avez-vous vécu votre soudaine notoriété ?

Je ne sais pas si on peut parler de notoriété au stade de ma carrière, mais de reconnaissance, sans nul doute. Cela m’a apporté paradoxalement un peu plus de sérénité et de calme dans ma vie pour me consacrer uniquement à la musique et d’apprécier chaque jour, chaque heure, chaque minute d’être enfin au cœur du métier. Cela apporte le bonheur d’être pleinement dans la musique, de pouvoir enfin travailler, apprendre, s’accomplir en étant dans le réel des choses et non en passant son temps à gérer des contingences financières. Car lorsque vous devez courir d’audition en audition, pour obtenir du travail et que rien ne marche, c’est une source de stress permanent. La peur du lendemain est terrible. Et quand on ne parvient pas à capter l’attention, c’est une remise en question de soi : ai-je bien choisi ma voie, suis-je digne d’avoir un parcours dans ce métier ? On passe tout son temps dans les questionnements plus que dans l’action du métier. Le doute s’installe sur sa légitimité d’être là. En fait il n’y pas de secret : il faut être bien entouré pour faire ce métier, avoir un bon agent qui te prend parce qu’il croit en toi, qu’il connait et comprend ta voix, et surtout, surtout, qui sait exactement que faire de toi, dans une vision d’avenir. En ce qui me concerne, L’agence IMG a été aussi l’une des plus belles choses qui m’est arrivée. Il y a une relation de confiance et surtout beaucoup d’écoute et de communication entre nous. L’agent qui s’occupe de moi, Mattia Campetti, a été chanteur, et il a donc un rapport physiologique au chant, ce qui change tout. Quand on commence à parler de toi, il faut apprendre très vite à prendre du recul sur certaines choses. Dans le métier, il y a deux lumières, celle de la scène qui est au cœur du métier, et il y a la lumière médiatique, qui fait naître parfois des jalousies ou des critiques qui peuvent faire mal si elles sont exprimées, non pour faire progresser l’artiste, mais pour le blesser gratuitement sans arguments tangibles. Les réseaux sociaux sont aussi à double tranchant : si on parle de toi, tu dois y être présent, mais cela peut également se transformer en tribune de règlement de comptes. A une époque, on prenait le temps de traiter l’information, de la vérifier, on a l’impression aujourd’hui que tout est abordé à la surface des choses, sans même connaitre le parcours, le contexte de l’artiste. Il faut composer avec cela, et ce n’est pas toujours simple pour un jeune artiste qui débute dans le métier.

Que représente pour vous cette nomination aux Victoires de la musique classique catégorie « révélation de l’année »?

Je suis heureuse que cette nomination vient déjà récompenser une artiste qui n’est pas passée par les circuits intentionnalisés tel que le CNSM ou l’Académie de l’Opéra de Paris, ou l’ADAMI et cela donne de l’espoir aux jeunes qui sont dans l’attente d’émerger et qui ne sont pas issus des grands conservatoires ou des grands Opéra studios. C’est rassurant car cela veut dire qu’au seul mérite, sans avoir un appui institutionnel, on peut être reconnu et nommé aux Victoires de la Musique. Avoir eu tant de difficultés pour entrer dans le sérail de la musique, et être finalement nommée aux Victoires est déjà une victoire en soi, pour la petite « provenciale » que je suis, comme me l’a dit un journaliste parisien (rires). Contrairement à ce que beaucoup pensent, Il n’y a pas un chemin balisé pour pouvoir prétendre à émerger en France. Il y a d’autres voies, même si celles-ci ne sont pas faciles.

Quel rôle chantez-vous sur scène actuellement ?

Je m’apprête à chanter Micaëla à l’Opéra de Marseille dans une mise en scène de Jean-Louis Grinda. Ce n’est pas un rôle qui nécessite un temps de présence constant tant en répétition que sur scène, ce qui est difficile pour moi car je suis dans un groupe mais sans me sentir vraiment dans le groupe. C’est un personnage qui est en marge et qui intervient ponctuellement dans l’histoire. Scéniquement, à part son duo avec Don José, Micaëla n’est en contact avec personne, elle va seule dans la montagne, comme dans la vie, et c’est pour moi une difficulté. Comme j’aime le théâtre et les interactions avec les autres chanteurs, je ne sens très seule dans ce personnage. Et c’est très éloigné de ma personnalité. Le peu de temps de présence de ce rôle tombe toutefois bien, car c’est mon début de saison (d’une vraie saison, je n’en avais pas eu encore !) et je dispose donc de temps pour préparer les autres rôles qui vont arriver, et où tout va s’enchainer très vite.

Justement, quelles sont les productions à venir dans cette saison dans lesquelles il vous tarde de chanter ?

D’abord Falstaff du 31 mars au 6 avril à l’opéra de Nice et le 14 et 15 à Antibes. Les répétitions commencent le 27 février et sept représentations sont programmées et c’est fabuleux, car cela veut dire qu’on dispose ici d’une belle marge de progression pour installer notre production. Tout ceci représente un gros travail de préparation, mais cet opéra est tout ce que j’aime, parce que c’est du pur théâtre. Plus je me plonge dans l’opéra, plus cela me galvanise. Vocalement, il n’y a pas la pression de l’air, c’est en fait une histoire théâtrale chantée qui repose avant tout sur l’alchimie et l’énergie du groupe. Pour toutes ces raisons, je suis très excitée à l’idée d’interpréter Alice Ford. En tant que violoniste, orchestralement, c’est un pur bonheur de se fondre dans une telle partition. Avoir été musicienne me donne une relation privilégiée également avec la musique et l’orchestre, ce qui me permet de penser ma voix comme un instrument et de la dissocier de moi. Quand je prépare un rôle, je ne fais d’abord que de la musique, en enlevant dans un premier temps les mots du livret. Je mets des coups d’archet sur la partition, ça m’aide à trouver l’aspect physique de la voix en tant qu’instrument, et comment je dois me placer par rapport à l’orchestre. Quand je fais ce travail, cela me rapproche du chef d’orchestre et des musiciens. Mon approche en tant que chanteuse est aussi de rendre le chant instrumental pour qu’il n’y ait pas césure entre la scène et l’orchestre, mais un dialogue fluide. J’ai surtout hâte dans cette saison de travailler avec Speranza Scappucci dans Dialogues des Carmélites du 21 Juin au 29 juin prochain à Liège. Alors oui, c’est une œuvre complexe, mais le faire avec Speranza est tout à fait prometteur car il y a une vraie connexion qui s’est faite entre nous. J’aime l’artiste mais aussi la personne dans sa bienveillance. Elle a déjà pris contact avec moi en amont. Je pense que peu de chef font cela. Elle veut qu’on se voie bien avant les répétitions pour discuter de l’œuvre car nous aurons peu de temps pour répéter (seulement deux semaines). Ce sera également une première pour Speranza, car elle n’a jamais dirigé cette œuvre. Donc nous avons tous une certaine pression sur cette production. J’aime beaucoup travailler avec les chefs d’orchestre, car j’apprends toujours beaucoup. A cet égard, j’ai fait une autre belle rencontre, Clelia Cafiero, qui dirigera la dernière de la Carmen de Marseille. Elle excelle musicalement et a beaucoup de caractère, de tempérament musical. J’espère retravailler avec elle très bientôt. Je rêverais de faire avec elle Madama Butterfly que je dois chanter la saison prochaine, une œuvre qu’elle va d’ailleurs diriger pour la première fois au Grand Théâtre de Québec. Je me sens en totale confiance avec elle. Et J’ai vraiment une affinité particulière avec les artistes italiens, et cela se confirme ici une fois encore (rires). Et ensuite il y aura Les Chorégies d’Orange, avec Carmen cet été. Je suis un peu attristée de ne pas pouvoir participer le 19 juin à Musiques en Fête, à laquelle Alain Duault m’a de nouveau conviée, mais je serai à ce moment-là sur la générale de Dialogues des Carmélites.  Et puis il y aura Madama Butterfly à l’Opéra de Francfort du 19 mai au 19 juillet. Je suis heureuse de la retrouver avec tout l’investissement dramatique que suscite l’œuvre de Puccini. C’est un rôle qui mobilise, on doit s’y préparer totalement tant l’implication doit être intense, pleine, totale. J’ai une grande affection pour ce personnage, pas seulement parce qu’il m’a porté chance, mais parce qu’elle représente tout ce que je peux donner vocalement et scéniquement. Malgré tout l’énergie qu’un tel personnage requiert, ce rôle me régénère en tant qu’artiste mais aussi en tant que personne. Je suis tellement ici dans mon élément, que même si ce rôle est parfois éreintant, c’est une fatigue galvanisante, car on découvre toujours un aspect nouveau dans ce personnage entre deux cultures, entre deux loyautés. Je suis très excitée de l’interpréter de nouveau, car il est intéressant de voir comment aujourd’hui je vais interagir avec le personnage : ma vision initiale aura-t-elle évolué ? Ou vais-je creuser encore dans le sillon que j’ai tracé à mes débuts à Saint-Etienne. J’ai hâte de voir car rien n’est jamais établi, surtout en confrontant mon approche avec celle du metteur en scène et du chef d’orchestre. La mise en scène est ici contemporaine et plongera Butterfly dans un monde superficiel. Et toute mon interprétation va consister à faire comprendre par le jeu et la voix, que elle, elle n’est pas superficielle, malgré les apparences. Elle fait la désinvolte, la provocatrice, dans une robe sirène sexy, mais cela s’explique aisément, car elle veut être au diapason de l’occidentalisation dont elle accepte de jouer le jeu, ce qui est au demeurant parfaitement cohérent. Cela ne va pas toujours être facile pour moi, mais heureusement le metteur en scène, RB Schlather, est ouvert à la discussion.

Quel regard portez-vous justement sur les mises en scène contemporaines?

Dans certaines mises en en scène contemporaines, qui complexifient la réflexion en se torturant les méninges, on perd l’essence première de l’opéra. Quand on met en scène un opéra, on se doit d’être à la hauteur de la musique en amenant de la beauté et une vraie réflexion, pas simplement du trash et de la provocation. Il n’y a que cela dans la vraie vie. Doit-on pour autant reproduire les maux de notre société sur scène ? L’opéra doit transcender la réalité, et apporter du rêve. On peut, en effet, se confronter dans une mise en scène à la réalité de notre temps, mais il ne faut jamais oublier la part de rêve de l’opéra. Enlaidir une œuvre, ou complexifier sa compréhension, n’aidera pas à faire aimer l’opéra au plus grand nombre. Cela le cantonnera davantage encore à un art hermétique, élitiste qui ne peut être compris que d’un petit nombre d’initiés. On ne va pas à l’opéra pour débattre, polémiquer, être horrifié. Il y a des limites qu’il ne faut pas dépasser. Et d’ailleurs, le public est tellement focalisé sur ce qu’a bien pu vouloir dire le metteur en scène, qu’il passe à côté de la musique. Les spectateurs auront vu l’opéra, mais ils ne l’auront pas entendu. Comme le dit Cecilia « Qui voit bien, entend mieux », et cela passe aussi, à mon sens, par une cohérence. Et le metteur en scène doit être le garant de cette cohérence.

Dans quel répertoire vous rêvez-vous dans un avenir proche ?

Liù de Turandot qui se profile d’ailleurs à l’horizon. Mais dans le répertoire Puccinien, j’ai très envie d’interpréter Mimi évidemment. Pour l’instant je n’ai encore aucune proposition en ce sens. J’ai toutefois choisi d’interpréter l’air « Mi chiamano Mimi » aux Victoires de la Musique. J’aimerais également explorer le répertoire Mozartien, car La Clemenza di Tito a été pour moi une vraie rencontre musicale. Avec Mozart, il n’y a pas de place pour l’artifice vocal, tu l’as ou tu ne l’as pas. Et j’ai vraiment eu une affinité élective avec Vitellia. Si je ne pouvais chanter que du Mozart et du Puccini, je serais déjà une artiste comblée !

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir ?

C’est simple, continuer à faire de belles rencontres. Car on ne peut pas être épanoui sans un bel entourage. Mes rencontres, m’ont aidée à m’élever, à m’améliorer en tant que professionnelle, mais aussi en tant que personne. Tu es aussi ce que les autres te donnent. Et j’ai la chance d’avoir désormais, comme je l’ai déjà dit, un agent à l’écoute et qui a vraiment envie de s’investir dans la durée. Alors, oui, les belles rencontres sont la clef de tout.

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