<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Jacques LACOMBE - Artiste - Forum Opéra</title>
	<atom:link href="https://www.forumopera.com/artiste/lacombe-jacques/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/lacombe-jacques/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Wed, 24 Jun 2026 14:32:13 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=7.1.1</generator>

<image>
	<url>https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/cropped-Favicon-32x32.png</url>
	<title>Jacques LACOMBE - Artiste - Forum Opéra</title>
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/lacombe-jacques/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>CHERUBINI, Medea &#8211; Épidaure</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medea-epidaure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=215692</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque année, l&#8217;Opéra national de Grèce inaugure le Festival d&#8217;Athènes à l&#8217;odéon d&#8217;Hérode-Atticus, au pied de l&#8217;Acropole. Le théâtre étant en travaux, la troupe s&#8217;est exilée cette année au théâtre antique d&#8217;Épidaure, où elle n&#8217;avait plus donné d&#8217;opéra depuis plusieurs décennies. Pour marquer ce retour, l&#8217;Opéra a choisi d&#8217;y reconstituer l&#8217;une des productions les plus &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medea-epidaure/"> <span class="screen-reader-text">CHERUBINI, Medea &#8211; Épidaure</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medea-epidaure/">CHERUBINI, Medea &#8211; Épidaure</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Chaque année, l&rsquo;Opéra national de Grèce inaugure le Festival d&rsquo;Athènes à l&rsquo;odéon d&rsquo;Hérode-Atticus, au pied de l&rsquo;Acropole. Le théâtre étant en travaux, la troupe s&rsquo;est exilée cette année au théâtre antique d&rsquo;Épidaure, où elle n&rsquo;avait plus donné d&rsquo;opéra depuis plusieurs décennies. Pour marquer ce retour, l&rsquo;Opéra a choisi d&rsquo;y reconstituer l&rsquo;une des productions les plus mythiques qui y aient été présentées : la <em>Medea</em> qu&rsquo;Alexis Minotis monta en 1961, dans les décors et costumes du peintre Yannis Tsarouchis, et que Maria Callas habita, selon les témoignages, de sa présence magnétique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Comme il n&rsquo;existe pas de traces écrites ou vidéos complètes de cette mise en scène, le metteur en scène <strong>Panaghis Pagoulatos</strong> préfère présenter son travail comme une « ré-imagination », plutôt que comme une reconstitution. Il a fallu recomposer l&rsquo;entièreté de la production à partir de notes éparses, de photographies et de quelques costumes conservés aux archives de l&rsquo;Opéra national de Grèce. L&rsquo;idée est passionnante et belle, et elle mérite mieux que le procès d&rsquo;académisme qu&rsquo;on intente trop vite à ce genre d&rsquo;entreprise archéologique. Cependant, ce qui fit la singularité de cette production en 1961 n&rsquo;était pas son décorum, si soigné fût-il, mais Callas elle-même, qui brisait alors des décennies de jeu conventionnel et empesé. Reconstituer le décor, c&rsquo;est un peu comme rebâtir la cage sans l&rsquo;oiseau qui en a tordu les barreaux. Devenue aussi bien un mythe qu&rsquo;une icône – image sacrée, disséminée tout autour du théâtre dans les vidéos d&rsquo;une exposition en plein air, comme de petits autels –, la <em>diva</em> grecque impose fatalement une comparaison que rien ne peut soutenir, puisque chargée d&rsquo;un sacré qui n&rsquo;est plus de ce monde.</p>
<p style="font-weight: 400;">De là, sans doute, cette impression de fixité, de souvenir embaumé : malgré l&rsquo;extrême beauté des décors et des costumes, signés <strong>Lili Pezanou</strong> et <strong>Tota Pritsa</strong>, il manque dans cette mise en scène un frémissement des corps, une tension des regards – ceux-là même que Romain Gilbert avait su rendre dans la <em>Carmen</em> reconstituée de 1875, présentée d&rsquo;ailleurs à Athènes au mois de mai dernier. Certains choristes et figurants, dans leurs beaux costumes, conservent des corps et des démarches un peu trop quotidiens, là où le lieu et l&rsquo;esthétique d&rsquo;ensemble appellent des corps composés ; la démarche mécanique et bruyante des soldats empiète sur le début du premier duo entre Médée et Jason, et l&rsquo;on voit, pendant l&rsquo;ouverture, les portes de la galerie qui ceinture la fosse s&rsquo;ouvrir et se refermer sous des petites mains en vêtements d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, pour laisser passer le défilé des Corinthiens. L&rsquo;équilibre entre passé et présent, entre représentation et réel, peut vaciller très rapidement : un drone qui flotte au loin, une torche électrique qui s&rsquo;allume avec peine au deuxième acte, des coups de tonnerre crachés par les enceintes quand l&rsquo;orage gronde déjà dans la fosse. À quoi bon doubler d&rsquo;un bruitage une musique qui dit déjà tout ?</p>
<p style="font-weight: 400;">Reste que le lieu, à lui seul, tient du spectacle. Sans mur de scène derrière le plateau, le plus beau des décors s&rsquo;offre au regard : les pins, la montagne au loin, le ciel qui se constelle d&rsquo;étoiles à mesure que tombe la nuit, le vent qui bat les étoffes. La mise en scène a ses grands moments de réussite : la chorégraphie des suivantes de Glauce au tout début de l&rsquo;opéra, où choristes et danseuses sont mêlées, agitant leurs voiles avec grâce, apparaît comme un tableau d&rsquo;Ingres qui prendrait vie. Pagoulatos reconduit surtout avec justesse certains principes de composition de 1961 : la décomposition franche des grands ensembles – Médée d&rsquo;un côté, Créon et sa suite de l&rsquo;autre – qui dessine des lignes de tension nettes et met la construction musicale de la scène en valeur. Les duos de Médée et de Jason comptent eux aussi parmi les scènes les plus réussies de la soirée, de même que la scène où Glauce revêt la robe empoisonnée et se tord peu à peu de convulsions au tout début du troisième acte. À la fin de l&rsquo;opéra, Médée seule en scène entend le chœur, posté très loin dans la nuit, pleurer la mort de la princesse : ce véritable éloignement spatial, mieux qu&rsquo;un chœur en coulisse dans une salle fermée, est du plus bel effet, comme si les plaintes jaillissaient du plus profond de la nuit.</p>
<p style="font-weight: 400;">L&rsquo;absence de mur en fond de scène pose cependant quelques problèmes acoustiques pour un opéra : le son se disperse un peu partout dans l&rsquo;espace, surtout celui de l&rsquo;orchestre, qui paraît lointain et malingre, en particulier les cordes. On perçoit mal, depuis le quatorzième rang, ce qu&rsquo;on devrait pourtant recevoir de plein fouet. La direction de <strong>Jacques Lacombe </strong>reste par ailleurs extrêmement prudente. Pour tenir ensemble des forces dispersées sur ce vaste plateau, il étire les <em>tempi</em> au point que la tension retombe parfois. Sa lecture de l&rsquo;œuvre oscille entre romantisme et postromantisme, avec des violons presque pucciniens dans le « Dei tuoi figli la madre ». On rêve de la flamme et des contrastes qu&rsquo;un Bernstein tirait de cette partition à la Scala pour accompagner Maria Callas. Il faut dire que cette version traduite en italien, écrite sur des récitatifs composés en allemand d’après les alexandrins de l’original français, a quelque chose de composite, d’autant plus quand on maintient autant de coupes pratiquées à l&rsquo;époque de Callas. Quel dommage de ne pas laisser à Médée tout son récitatif final, peut-être ce que Cherubini a écrit de plus puissant ! On serait tenté d&rsquo;attribuer à un rodage trop bref toutes ces prudences et ces maladresses, autant musicales que scéniques. Simple hypothèse, mais le résultat le suggère, et il est dommage qu’il n’y ait pas eu plusieurs représentations pour donner complètement sa chance au spectacle.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les chanteurs, eux, défendent crânement leur part. Tout le monde sait qu’<strong>Anna Pirozzi</strong> ne s’appelle pas Maria Callas et elle a pourtant la lourde responsabilité de se confronter au  fantôme de la diva. De fait, la soprano italienne porte le rôle-titre avec une grande probité et beaucoup d’aplomb. Son entrée, gestes et postures très marqués – elle en a repris quelques-uns qu&rsquo;on attribue à Callas – fait décoller la soirée d&rsquo;un coup. Sa Médée est plus affligée que démente, et la voix, homogène sur toute la tessiture, bien projetée, a de vrais éclats émouvants ; il lui manque cependant un peu du feu et du débordement nécessaires pour être la femme marginale que tout Corinthe craint. <strong>Alisa Kolosova</strong> possède la voix la plus puissante du plateau, vraiment taillée pour ce lieu difficile pour les voix : un timbre chaud, gorgé de miel, maternel, qui correspond idéalement à Néris. Son grand air, mené avec beaucoup de grâce, manque peut-être un peu de l&rsquo;émotion qu&rsquo;elle retrouve, bien plus incarnée, dans ses récitatifs du troisième acte. <strong>Danae Kontora</strong> est quant à elle une Glauce à la voix fruitée, à la colorature précise, superbe en soi – elle serait une Lakmé ou une Ophélie idéale – mais un peu trop légère pour l&rsquo;acoustique du lieu, où elle manque d&rsquo;impact. Le ténor français <strong>Jean-François Borras</strong> est bien plus qu&rsquo;honorable en Jason : il projette bien, même s&rsquo;il doit un peu forcer sa voix pour passer – notamment anticiper sa couverture dans l&rsquo;aigu, ce qui durcit quelque peu son timbre si séduisant. Son cri, lorsque Médée lui annonce la mort de leurs enfants, est néanmoins d&rsquo;une justesse terrible. <strong>Tassis Christoyannis</strong> porte le costume du Créon d&rsquo;origine et garde une autorité naturelle, un mordant aussitôt reconnaissable, malgré une voix peu puissante et légèrement élimée aux extrémités.</p>
<p style="font-weight: 400;">Aucune des réserves formulées ici ne condamne le principe de cette « ré-imagination ». Le kabuki japonais reconduit depuis des siècles le même décor avec d&rsquo;autres interprètes sans que personne n&rsquo;y voie une pièce de musée ; notre rapport occidental à la reproduction est plus méfiant, qui flaire le ridicule ou la naphtaline là où il n&rsquo;y aurait qu&rsquo;une tradition à assumer, traversée de l&rsquo;intérieur par ce que chaque interprète a à apporter (comme on le pense pour le ballet classique). Une production <em>d&rsquo;après l&rsquo;ancien</em> peut tout à fait tendre l&rsquo;espace, émouvoir, comme l&rsquo;a montré la <em>Carmen</em> de Romain Gilbert. Les initiateurs de ce projet ont voulu convoquer la déesse Maria Callas et c’est peut-être ce qui est le plus dommageable au projet. Au fond, les artistes sont restés des humains faillibles, et c&rsquo;est par cette faille, non par le rêve impossible du retour d’une image passée, que la soirée finit par toucher. Au tout dernier tableau, Médée monte sur son char en sortant du petit temple dressé en fond de scène, tandis qu&rsquo;une fumée l&rsquo;engloutit peu à peu sous le ciel étoilé d&rsquo;Épidaure, comme si les mortels s&rsquo;effaçaient dans le mythe qu&rsquo;ils avaient cherché à rejoindre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medea-epidaure/">CHERUBINI, Medea &#8211; Épidaure</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>DONIZETTI, Anna Bolena &#8211; Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-anna-bolena-athenes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=211182</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est une expérience bien paradoxale que nous venons de vivre à l’Opéra National Grec : alors que durant la représentation d’Anna Bolena nous n’avons guère cessé de pester contre la proposition scénique, il ne nous déplairait pas de revoir ce spectacle pourtant iconoclaste, tant sa richesse plastique est difficile à appréhender dans sa globalité. Certes, il faudrait &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-anna-bolena-athenes/"> <span class="screen-reader-text">DONIZETTI, Anna Bolena &#8211; Athènes</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-anna-bolena-athenes/">DONIZETTI, Anna Bolena &#8211; Athènes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est une expérience bien paradoxale que nous venons de vivre à l’Opéra National Grec : alors que durant la représentation d’<em>Anna Bolena </em>nous n’avons guère cessé de pester contre la proposition scénique, il ne nous déplairait pas de revoir ce spectacle pourtant iconoclaste, tant sa richesse plastique est difficile à appréhender dans sa globalité. Certes, il faudrait à nouveau subir les intrusions répétées et pour nous blasphématoires de sons diffusés apparemment par le haut-parleur vétuste et crachotant suspendu côté jardin, à des moments clés pour leur concepteur et pour nous aléatoires, des alertes à la bombe possiblement évocatrices du blitz de 1940 sur Londres. Certes, on regretterait que les décors ne servent pas mieux les voix, qu’ils ne renvoient pas toujours suffisamment. Certes, on s’interrogerait encore sur l’obscurité de certaines options. Peut-être après tout était-ce l’ambition des concepteurs ? N’ayant pu assister à la première, nous ignorons quel accueil ils ont reçu, mais c’est probablement à eux que s’adressaient les quelques huées sonores qui ont jailli au milieu des applaudissements au rideau final.</p>
<p><em>Anna Bolena </em>fut le spectacle inaugural de l’Opéra National Grec, en 1976, dans les murs du Théâtre Olympia. Reprendre ce titre à l’occasion du cinquantenaire aurait pu être une opération nostalgie, mais il s’agit d’une nouvelle production, car la structure beaucoup plus vaste du plateau de la salle actuelle, au sein de la Fondation Niarchos, aurait rendu impossible une pure et simple reconstitution. Cependant une partie des costumes « historiques » de Nicholas Giorgiadis ont été restitués, conformes aux informations sur les vêtements que donnent les tableaux d’époque. Mais ces costumes semblent couverts de poussière et les choristes fardés ont des têtes sinistres de revenants. Que comprendre ? L’opéra de papa est mort, ou au moins moribond, et ce spectacle entend bien enfoncer les clous ?</p>
<p>Quand le rideau s’est ouvert, on a d’abord vu sur une estrade de faible hauteur une statue géante flanquée d’un paramilitaire cagoulé. A jardin, entre un garçonnet muni d’ailes ; puis deux femmes en robe de cour du règne d’Henri VIII entrent simultanément et se font face ; toutes deux sont chauves et s’inclinent comme pour échanger un salut sarcastique. On les verra ensuite dans des poses symétriques mais inversées, l’une de dos, l’autre de face, dans des gestes stéréotypés et comme mécaniques. A cour est entrée une créature androgyne moulée dans un pantalon et un boléro aux manches ornées de plumes, dont la démarche oscille entre danse et contorsion, qui manipule le drapeau de l’Union Jack, un anachronisme apparemment assumé. Les chœurs, dont nous avons parlé, ne sont d’abord guère audibles, comme si leur voix était étouffée par l’éloignement dans le temps que leurs costumes représentent. La mention « mouvements » qui nous avait semblé obscure dans la distribution s’éclaire quand on voit combien leurs attitudes sont synchrones : la réussite technique est admirable, mais elle participe à faire de ces représentants de « l’opéra de papa » des marionnettes désuètes à reléguer au musée. Puis – encore que notre chronologie soit incertaine – l’enfant monte sur l’estrade et la statue s’effondre et se brise. Pourquoi ? Qui, que représentait-elle ? Ce geste iconoclaste est-il un attentat libératoire ? Et qui sont ces  innombrables observateurs des deux sexes sur les praticables en fond de scène ?</p>
<p>Le lecteur patient s’en rend compte : décrire par le menu le spectacle serait non seulement très long, mais peut-être impossible tant il est foisonnant, et nous n’avons rien dit des maquettes du château de Windsor, ni de l’exploitation des ressources techniques de cette salle Niarchos, où le plateau peut s’élever et révéler un nouvel espace scénique. On découvrira ainsi un atelier de couture, un de ces espaces nécessaires à la fabrique du spectacle si souvent ignorés. Il sera le cadre de la scène où Giovanna révèle à Anna qu’elle est sa rivale, et celle-ci après l’avoir menacée d’un poignard  se contentera d’arracher une manche à l’habit de cour exposé sur un mannequin. Dans cet espace scénique réduit les voix sont favorisées, et c’est ce dispositif qui prévaudra pour la scène finale, les machines à coudre remplacées par le container des rebuts du passé. Si l’on ajoute qu’on voit tout au long du spectacle des techniciens manipuler des éléments du décor, une intervenante apporter une perruque, une autre prendre les mesures de la tête de Giovanna, on est tenté de penser que le metteur en scène ratisse large – le théâtre dans le théâtre – à défaut d’être original et de se concentrer sur l’histoire à raconter. Alors bornons-nous à constater que le flux constant d’images déconcertantes – ce serviteur porteur d’un masque en forme de museau de cerf que s’appliquera Percy, ces personnages ajoutés dont la démarche compassée repose sur une mesure rythmique exactement exécutée – empêche de réfléchir. En même temps, cette liberté revendiquée d’une adaptation de l’œuvre à un projet s’accompagne de coups de pouce au spectateur, comme la maquette miniature de Windsor, au deuxième acte, qui signale que l’action s’est déplacée à Londres – et re-bombardements off – sous réserve qu’il soit informé. Mais ces sollicitations incessantes de l’œil détournent et empêchent de se focaliser sur le drame intime qui constitue pourtant l’essence de l’œuvre.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Anna-Bolena-photo-A.-Simopoulos-2.jpg" />© A. Simopoulos</pre>
<p>D’ailleurs, on doit signaler des incongruités, non parce qu’elles vont à l’encontre des didascalies, mais parce qu’elles vont à l’encontre du texte : ainsi quand Henri VIII surgit pour surprendre Anna en compagnie de Percy, comme il en a besoin pour sa machination, on la montre assise alors qu’il lui dit et répète violemment : « Eloigne toi ! » ce qui implique clairement le jeu de scène. Puis elle se baisse pour ramasser une épée tombée à terre et la pointe sur le roi : cela relève de la fantaisie et de la liberté du metteur en scène, mais c’est en hiatus avec le contexte et rien ne nous oblige à l’approuver. Pas plus que nous n’approuvons que dans son apostrophe finale à Henry et Giovanna, où Anna dit les pardonner pour que Dieu lui soit miséricordieux, le metteur en scène lui fasse brandir l’Union Jack et fasse de cette intercession une imprécation menaçante aux antipodes de l’esprit de l’œuvre. Cela dit, exprimons toute notre admiration pour la complexité de la conception et la maîtrise de la réalisation, d’une cohérence indiscutable.</p>
<p>Si le premier chœur nous a semblé comme assourdi par les années, par la suite les artistes ont repris leurs droits et leurs interventions ne méritent que des éloges, tant pour la cohésion du chant que pour l’investissement scénique qui les soumet à plusieurs changements de costumes, <strong>Themelis Glynatis, </strong>par ailleurs responsable de la mise en scène, et <strong>Niki Psyhogiou </strong>ayant contribué à les restituer et à les compléter. On n’est pas prêt d’oublier les déambulations de contemporains de Sherlock Holmes, à en juger par leurs tenues, comme un troupeau de touristes où émergent des excentricités individuelles. On repart sans comprendre pourquoi ils assistent comme au spectacle à l’entrevue entre Anna et Percy et pourquoi à un moment donné ils ôtent leur pelisse d’apparat pour apparaître en sous-vêtement.</p>
<p><strong>Manos Kokkonis </strong>s’acquitte d’une voix sonore qui s’affermit rapidement du rôle d’Hervey, le conseiller du Roi, et s’acquitte de bonne grâce du jeu que la mise en scène lui attribue au deuxième acte, où il coiffe discrètement Anna, peut-être pour mieux dégager sa nuque pour le couperet du bourreau, avant de lui accorder l’étreinte qu’elle réclame. Si <strong>Yannis Christopoulos </strong>recueille un beau succès aux saluts, il n’emporte pas nos suffrages car son Percy est le maillon faible, pour nous, de cette distribution entièrement grecque pour cette célébration du Cinquantenaire de l’Opéra National Grec. L’émission manque de souplesse et d’éclat, l’étendue semble limitée, mais il faut bien dire que le personnage n’est pas gâté : de retour d’exil, il arrive en fauteuil roulant, et semble traumatisé par les bombardements au point qu’il tremble comme un épileptique.</p>
<p>Les deux voix graves masculines se distinguent, même si Lord Rochefort reste un personnage anecdotique et qu’on coupe ses adieux avec Percy à l’acte II. <strong>Yanni Yannissis </strong>lui prête une élégance sans faille. <strong>Petros Magoulas, </strong>lui, prête à Henry VIII sa voix pleine et bien posée, conférant au personnage la fermeté et l’autorité nécessaires, confortées par une présence physique évidente.</p>
<p>La désinvolture scénique et la souplesse vocale vont de pair chez <strong>Diamanti Kritsotaki, </strong>qui se donne à fond dans le personnage de Smeton, même si sa féminité évidente rend le travesti suspect. La partition est victime des amputations courantes, sans reprises, mais l’édition utilisée n’a pas été indiquée. La seule réserve pour nous tient à la neutralité du timbre, que nous aurions aimé plus corsé. C’est du reste la même observation que nous suggère la voix de <strong>Miranda Makrynioti, </strong>dont la Giovanna Seymour, somme toute respectable, ne captive pas immédiatement ni par sa puissance ni par sa profondeur. Sans doute des souvenirs importuns de grandes voix s’interposent, mais on aimerait la réentendre dans un autre environnement, car l’impact est différent quand le dispositif scénique mentionné du plateau mobile crée cet espace fermé entre deux plans. A noter dans le traitement du personnage que la mise en scène fait d’elle l’élément déterminant de la réussite de la manœuvre d’Henry : alors que dans le livret Smeton se perd lui-même en laissant choir le médaillon qu’il porte sous sa chemise on voit ici Giovanna le lui arracher. Scéniquement la composition est cohérente et adéquate, et musicalement irréprochable.</p>
<p>La musicalité caractérise aussi l’interprétation du rôle d’Anna par <strong>Maria Kosovitsa</strong>. Si on craint un peu d’abord, dans le vaste espace du plateau, pour la force de la projection, car pour inquiète qu’elle soit de l’attitude hostile du Roi, Anna n’est pas qu’abattue, elle est nerveuse, la suite nous prouvera que l’interprète gère ses moyens pour les conserver jusqu’au paroxysme final. La voix révèlera donc progressivement son ampleur, qui ne laissera rien à désirer quand le chant se fait cri pour exhaler la douleur et l’amertume. On ne peut que soupirer alors du traitement auquel le personnage est soumis : après la robe de cour initiale Anna est affublée d’une robe noire à manches bouffantes qui donnent l’impression qu’elle garde ses mains dans ses poches, et elle est maquillée et coiffée comme un clone de Morticia Adams. Au deuxième acte, arrêtée devant un container plein à ras bord de déchets du passé,  elle semble vouloir s’y insérer, et le spectateur est invité à réfléchir sur la proposition et à fantasmer sur les intentions de son auteur, au détriment de l’émotion. Dans ce contexte c’est déjà superbe, dans un autre ce serait captivant.</p>
<p>Superbe, en tout cas convaincante, la direction de <strong>Jacques Lacombe </strong>nous semble telle dès l’ouverture, où le sens du rythme, la lenteur majestueuse, les miroitements de la flûte, fugaces trouées de lumière étouffées par la rumeur des cordes graves et des cuivres, donnent à entendre le drame latent et prédisent un avenir fatal. Tout le climat de l’œuvre est là, scrupuleusement rendu par l’orchestre, et les réitérations musicales sont l’écho des tourments sans solution, parce qu’aucune évolution n’est possible puisque le piège est disposé d’emblée. Alors on cède et on s’abandonne au tourbillon final qui scelle le sort déjà jeté. On est ému…et la première intervention sonore survient et casse le courant. Il y en aura d’autres, mais en définitive elles ne l’emporteront pas : le dernier mot reste à Donizetti. Mes voisins n’en sauront rien, ils étaient partis à l’entracte. Dommage ! Reste, la frustration passée, la curiosité qui demeure. Était-ce l’<em>Anna Bolena </em>que nous aimons ? Non. Mais à coup sûr une <em>Anna Bolena </em>inoubliable.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-anna-bolena-athenes/">DONIZETTI, Anna Bolena &#8211; Athènes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 06:24:47 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=207797</guid>

					<description><![CDATA[<p>Humains, très humains.Illuminés par une grâce, une lumière (en dépit de la pénombre) paradoxalement plus terrestres que célestes, tels sont ces Dialogues.Un spectacle, ou un rituel, qui ne parle que de mort, d’apprentissage de la mort, se mue en célébration de la vie. Éternelle ? Qui peut le dire ? Anne-Catherine Gillet irradie Proposé à &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/"> <span class="screen-reader-text">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Humains, très humains.<br />Illuminés par une grâce, une lumière (en dépit de la pénombre) paradoxalement plus terrestres que célestes, tels sont ces <em>Dialogues</em>.<br />Un spectacle, ou un rituel, qui ne parle que de mort, d’apprentissage de la mort, se mue en célébration de la vie. Éternelle ? Qui peut le dire ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-21-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207810"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eugénie Joneau et Anne-Catherine Gillet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Anne-Catherine Gillet irradie</strong></h4>
<p>Proposé à maintes reprises à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/qui-donne-ne-mesure-pas/">Paris</a>, puis à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-bruxelles-la-monnaie-le-mysticisme-radical-selon-py/">Bruxelles</a>, puis à nouveau <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-paris-tce/">à Paris</a>, avec des distributions changeantes, il rayonne à Lausanne tout particulièrement. L’intimité de la salle, la clarté de l’acoustique, la proximité des visages, tout cela joue.<br />Mais d’abord une distribution dominée par l’incarnation irradiante de Blanche par <strong>Anne-Catherine Gillet</strong>. Exaltée, vibrante de passion, habitée de passions contradictoires.<br />Moins que certains gestes chargés de sens (les bras en croix), c’est quelque chose d’impatient, d’ardent, dans sa manière d’être, dans son corps, qui donne crédibilité à son personnage. Une vérité intérieure.<br />Mais aussi la voix, la chaleur du timbre, et une maitrise de la ligne vocale, une autorité, une certitude dans la profération. Poulenc aurait été enchanté, lui qui avait sué sang et eau pour que la mélodie respecte absolument la prosodie, et avait fait « attention aux bonnes voyelles sur les sons aigus » (lettre à Pierre Bernac).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-18-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207807"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Mondes intérieurs</strong></h4>
<p>Mais avant d’en venir à un casting qui peut-être justement humanise le propos et lui enlève de sa sécheresse, il faut en revenir à la beauté plastique du spectacle.<br /><strong>Olivier Py</strong> fait le choix de l’abstraction. Ce n’est ni la vision historicisante de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/apprivoiser-la-mort/">Mireille Delunsch (à Angers-Nantes</a> avec déjà Anne-Catherine Gillet) ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-nancy/">celle toute récente de Nancy</a> qui contemporanéise, avec rudesse semble-t-il.<br />Ici tout se passe dans une boîte de bois sombre, où des panneaux mobiles viennent délimiter des espaces clos. La scénographie est sans cesse changeante, tout glisse, pendant les magnifiques interludes orchestraux (on peut alors goûter pleinement les saveurs, la sensualité, la palette immédiatement reconnaissable du maître de Noizay, et l’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> y est comme chez soi, sous la direction très souple, très aérée de <strong>Jacques Lacombe</strong>).<br />Parfois la boîte s’ouvre vers un ailleurs, apparaissent de grands troncs d’arbres (à l’écorce très concrète), ou un fond argenté dans le lointain, aux motifs insaisissables, dans une dialectique fermeture-ouverture (vers quoi ?) qui structure le récit. Quelques ombres chinoises en transparence évoqueront les agitations révolutionnaires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-11-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207802"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L’aveu</strong></h4>
<p>Autre image forte, celle de l’agonie et de la mort de la première Prieure, Mme de Croissy : son lit est en position verticale au fond du plateau, de sorte qu’on a l’impression de surplomber la scène, le mobilier, le chevet, le Bréviaire. La mourante s’agite sous ses draps et tend la main à Blanche dans un ultime adieu, référence au geste de Dieu vers Adam au plafond de la Sixtine. <br /><strong>Lucie Roche</strong> est bouleversante dans ce quatrième tableau, alors qu’elle avait semblé chercher l&rsquo;homogénéité de sa voix dans sa première apparition, le moment où elle accueille Blanche au couvent et lui demande le nom qu’elle s’est choisi &#8211; et ce sera Sœur Blanche de l’Agonie du Christ.</p>
<p>Ici, l’effet de sa voix de contralto est saisissant. « Bien entendu, on ne rigolera pas… mais je pense et je voudrais qu’on soit noué d’émotion », avait écrit Poulenc à Doda Conrad… C’est le cas. Certaines âpretés, et les sauts de registre, ajoutent encore au pathétique et à la grandeur des derniers préceptes qu’elle délivre à Blanche : « Ne sortez pas de la simplicité et surtout ne vous méprisez jamais ». <br />Et à ce moment où, avant de passer dans l’autre monde, la Prieure est saisie d’une vision hallucinée, la chapelle ruinée, l’autel profané, avant d’avouer « Dieu nous renonce ».</p>
<p>Enfin dans un râle on l’entendra dire « Peur… peur de la mort », au grand effroi de la très raide et conformiste Mère Marie. <br />La peur, peur spirituelle et peur physique, peur et désir du martyre, hante les consciences tout au long de cette histoire, et même celle de cette femme (« tellement autoritaire », comme dit Poulenc) dont les certitudes vacillent à l’instant fatal.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-26-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-207814"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Floriane Derthe, Anne-Catherine Gillet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Couleurs de voix</strong></h4>
<p>Dans la correspondance de Poulenc avec Pierre Bernac, véritable journal de la création, on trouve de longs commentaires de Bernac sur les tessitures auxquelles pense d’abord Poulenc : trois sopranos pour les rôles de Blanche, Marie et la seconde Prieure. Pour cette dernière il songe à un soprano « sec, genre Danco », tandis que Blanche est écrit expressément pour Denise Duval, qu’il considère aussi comme un soprano « sec ». Poulenc cède très vite aux arguments de Bernac :(« Vous avez, comme toujours (cela finit par être irritant) raison ». Il ajoute : « Naturellement, il faut écrire ‘Mère Marie’ pour un mezzo, ce qui donnera au deuxième acte : Constance soprano léger, 2ème Prieure gd soprano, Blanche soprano et Mère Marie mezzo ».</p>
<h4><strong>La foi heureuse</strong></h4>
<p>La voix légère et agile de <strong>Floriane Derthe</strong> est idéale pour le personnage juvénile de Sœur Constance, qui a la foi heureuse &#8211; elle est bien la seule. Elle dit des choses que Blanche ne peut pas comprendre : que la vie est amusante, et que peut-être la mort sera amusante aussi. « Ne craignez-vous point que Dieu se lasse de tant de bonne humeur ? lui réplique Blanche &#8211; Je crois vraiment que c’est une inspiration de l’âme », lui rétorque Constance, qui babille et, jolie image inventée par Olivier Py, fait des bulles de savon avec l’eau du <em>panossage</em> (panosser, c’est le fait de passer la serpillière, usons de ce mot vaudois, c’est le moment ou jamais, &#8211; d’autant que Poulenc a écrit certaines scènes des <em>Dialogues</em> à Lausanne-Ouchy en 1953…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-7-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207799"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>au centre, Rodolphe Briand ; deuxième à gauche : Catherine Hunold © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>La seconde Prieure, Madame Lidoine, très justement ici, en parfait contraste avec la Première, est un vrai soprano lyrique, <strong>Catherine Hunold</strong>, qui dessine un personnage maternel et rond. Poulenc lui dédie un long monologue « à la bonne franquette » (c’est elle-même qui le dit) vantant les vertus de patience, de conciliation, de modestie, un monologue dont la ligne ductile ne s’interrompt que pour une mise en garde : « Nous sommes de pauvres filles, méfions-nous même du martyre ».</p>
<h4><strong>Sororité</strong></h4>
<p>Autre belle image, toute simple, l’assemblée des femmes pour l’Ave Maria, image de ferveur, de sororité, de rassemblement, quelque différentes soient les manières de vivre la Foi.</p>
<p>Capitale et magnifique, la scène des adieux entre Blanche et son frère, le Chevalier de la Force, qui part pour l’exil. Blanche lui affirme que la peur l’a quittée, que, là où elle est, plus rien ne peut l’atteindre. Mais non seulement la musique de Poulenc insinue le contraire, de surcroît Anne-Catherine Gillet suggère par les couleurs de sa voix, la grandeur tragique de ses phrasés, que le poison du doute, ce poison dont elle a failli périr, dit-elle, que la terreur profonde qui lui est consubstantielle, sont toujours là. Superbe incarnation du jeune et tendre chevalier par <strong>Léo Vermot-Desroches</strong>. Le timbre, la conduite de ligne, la souplesse, les passages en voix mixte, tout cela illumine ce duo d’amour fraternel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-19-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Anne-Catherine Gillet, Léo Vermot-Desroches © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Comme lui, Blanche choisira la fuite, après que la communauté aura voté l’acceptation du martyre et c’est revenue dans la maison de son père qu’elle avouera que la peur, la peur est toujours là. Et qu’elle accepte qu’on la méprise. « Le malheur, c’est seulement de se mépriser soi-même », lui répondra sèchement Mère Marie (et c’est un écho au « Ne vous méprisez jamais » de la première Prieure).</p>
<h4><strong>Le mystère de la bonté</strong></h4>
<p>Mère Marie est incarnée par <strong>Eugénie Joneau</strong>, qui est ce mezzo avec des aigus que voulait Poulenc. Elle est magnifique d’autorité et de voix. De plus, elle ajoute au personnage quelque chose qui émane de sa personne, une bonté, une indulgence, quelque chose de maternel ou sororal que Mère Marie n’a pas forcément, et qui enrichit encore le nœud complexe des relations entre les Carmélites.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-10-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207801"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La Conciergerie. Au centre Floriane Derthe et Catherine Hunold © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Particulièrement belle, la longue adresse de la seconde Prieure aux sœurs emprisonnées dans la Conciergerie (longues balafres de lumières dans sa nuit, silhouettes fantomatiques et accablées). La mélodie ressemble d’ailleurs étonnamment à certains contours de <em>La Voix humaine</em>. Là encore Catherine Hunold irradie de bonté. La question du martyre est toujours centrale. Mme Lidoine n’a pas pris part au vote, mais elle se soumet au vœu de ses compagnes. <br />Sur un tempo majestueux, qui était déjà celui de son prône au deuxième acte, elle consent à la mort, et le soprano fait rayonner de façon particulièrement magnifique la grande phrase de Bernanos, une des clés de l’œuvre peut-être : « Au jardin des Oliviers, le Christ n’était plus maître de rien, il a eu peur de la mort ». Humain, trop humain…</p>
<h4><strong>Coups de théâtre</strong></h4>
<p>Viendront ensuite les deux coups de théâtre de la fin : d’abord Mère Marie, sortie du Carmel pour aller convaincre Blanche d’y revenir, choisira de ne pas se joindre à ses sœurs martyrisées. « Je suis déshonorée », dira-t-elle à l’aumônier (<strong>Rodolphe Briand</strong>, d’une bonhomie radieuse). « C’est qu’il plaît à Dieu de vous relever de votre vœu », lui répondra le brave homme.</p>
<p>Et puis, deuxième surprise, Blanche surgira pour s’unir à ses compagnes, vêtue de la petite robe noire qu’elle portait quand elle proclamait à son père (<strong>Pierre Doyen,</strong> impressionnant de projection) que ce qu’elle désirait, c’était « l’attrait d’une vie héroïque ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-8-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207800"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Sublime dernière image, les sœurs alignées attendant la mort et chantant le Salve Regina (magnifique <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>). Silhouettes blafardes dans la presque nuit. Inclinant simplement la tête, à chaque fois que le couperet tombe, avant de s’éloigner vers le ciel étoilé.</p>
<p>Conclusion glaçante d’un spectacle qu&rsquo;Olivier Py nourrit de toutes les questions qu’il se pose, en même temps que de son amour du théâtre et des artistes. Un spectacle qui reprend vie chaque fois que de nouveaux interprètes viennent l’habiter.</p>
<p>La vie, cette partition en est gorgée, que Poulenc avait écrite dans la douleur d’un chagrin d’amour insondable (« Blanche, c’est moi ! ») et puis il y eut à nouveau de la lumière : « Tous mes cauchemars passés sont devenus des délices ».</p>
<p>Tel qu’il est présenté à Lausanne, la noire beauté de cet opéra illumine.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>DELIBES, Lakmé &#8211; Nice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/delibes-lakme-nice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Oct 2023 04:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=142978</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cela fait tout juste un an que la production de Lakmé signée Laurent Pelly a été créée à l’Opéra Comique. Avant de paraître en novembre sur la scène de Strasbourg, voici cette Lakmé débarquée sur les rivages de Nice. Cette proposition scénique, esthétiquement très réussie, s’écarte d’un certain réalisme orientalisant en allant puiser, plus à &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/delibes-lakme-nice/"> <span class="screen-reader-text">DELIBES, Lakmé &#8211; Nice</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/delibes-lakme-nice/">DELIBES, Lakmé &#8211; Nice</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Cela fait tout juste un an que la production de <em>Lakmé</em> signée <strong>Laurent Pelly</strong> a été créée à l’Opéra Comique. Avant de paraître en novembre sur la scène de Strasbourg, voici cette <em>Lakmé</em> débarquée sur les rivages de Nice.</p>
<p style="font-weight: 400;">Cette proposition scénique, esthétiquement très réussie, s’écarte d’un certain réalisme orientalisant en allant puiser, plus à l&rsquo;Orient encore que l&rsquo;Inde, dans un réservoir d&rsquo;idées et de formes théâtrales japonaises. Si les personnages de colons anglais ont encore quelque chose de réaliste, bien que tirés vers le croquis ironique, Lakmé, Nilakhanta et les Indous ont une gestuelle et des déplacements très codifiés. On remarque également la présence de <em>kurogo</em>, ces hommes vêtus de noir et au visage dissimulé par un voile qui permettent aux acteurs de <em>kabuki</em> de changer de costume à vue ou qui manipulent aux côtés de leur maître les marionnettes du <em>bunraku</em>.</p>
<p style="font-weight: 400;">La scène apparaît alors comme un lieu à l&rsquo;équilibre précaire, fait de rites et de codes, que les colons anglais viennent perturber en passant au travers d’une déchirure dans le fond de la scène – image du sacrilège par excellence (même dans le christianisme, puisque la mort du Christ entraîne le déchirement du voile au temple de Salomon) et qui renvoie aussi dans notre imaginaire collectif à une perte de l’innocence.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les décors de <strong>Camille Dugas</strong>, élégamment éclairés par <strong>Joël Adam</strong>, donnent le sentiment d’être face à un livre d’images déployées sur le plateau, à l’image de ces lanternes dorées, tirées en accordéon sur la scène à l’acte II et qui figurent le marché, ou bien encore ce tapis de fleurs en papier répandues sur le plateau à l’acte III. L’un des moments les plus réussis du spectacle est peut-être le tableau qui accompagne l&rsquo;air des clochettes : Lakmé chante dans une charrette, la foule assemblée autour d’elle, tandis qu’un écran descend des cintres et que des manipulateurs tiennent en main des figures dont les ombres sont projetées sur l&rsquo;écran et illustrent le récit de la fille du Brahmane.</p>
<p><figure id="attachment_143112" aria-describedby="caption-attachment-143112" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-143112 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_2394-Avec-accentuation-Bruit-1024x545.jpg" alt="" width="1024" height="545" /><figcaption id="caption-attachment-143112" class="wp-caption-text">© Dominique Jaussein</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">Ce merveilleux, qui n’est pas sans rappeler les contes animés de Michel Ocelot, permet aussi de révéler, en le mettant à distance, l&rsquo;orientalisme un peu embarrassant de l&rsquo;œuvre, en rappelant sans cesse que nous sommes au théâtre : les personnages apparaissent comme des figures de papier et agissent parfois de manière strictement théâtrale. Ils peuvent par exemple faire semblant de changer d&rsquo;espace en parcourant le plateau plusieurs fois de droite à gauche ou bien occuper une place conventionnelle comme les membres du chœur assis sur des chaises de chaque côté de la scène à l&rsquo;acte III.</p>
<p>On sait que le metteur en scène n&rsquo;était pas présent sur cette reprise et l&rsquo;ensemble manque tout de même un peu de fluidité : les interprètes semblent parfois hésiter entre un jeu naturaliste et un jeu plus conventionnel, tandis que les déplacements des membres du <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra de Nice</strong>, pourtant musicalement irréprochables, demeurent très mécaniques ; comme si seule la forme rigide de la chorégraphie avait été transmise, sans son esprit.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans le rôle-titre, <strong>Kathryn Lewek </strong>impressionne. L&rsquo;interprète, qu&rsquo;on connaît encore surtout pour ses interprétations sensationnelles de la Reine de la Nuit  – une chanteuse a-t-elle jamais émis un des contre-fa aussi riches en harmoniques ? – possède une voix singulière : la tessiture et l’agilité d’une colorature, mais un timbre capiteux, très dense de soprano lyrique, voire dramatique. Cette prise de rôle met en valeur ses qualités (une musicalité soignée et des contre-notes électrisantes), comme ses défauts (une partie de la tessiture située entre le haut médium et les aigus sonne émaciée). On se situe en tout cas très loin des Lakmé scintillantes et claires (« pures » ?) qu’on a l’habitude d’entendre : c’est comme si le personnage était habité par une sensualité débordante difficile à contenir. La toute fin de l’opéra est d’une beauté à couper le souffle, l’interprète usant de <em>piani</em> et de <em>messa di voce</em> ensorcelants.</p>
<p><figure id="attachment_143116" aria-describedby="caption-attachment-143116" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-143116 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_2339-Avec-accentuation-Bruit-1024x587.jpg" alt="" width="1024" height="587" /><figcaption id="caption-attachment-143116" class="wp-caption-text">© Dominique Jaussein</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">Les interprètes masculins de la distribution sont moins convainquants. Le Nilakantha du niçois <strong>Jean-Luc Ballestra</strong> est un peu rustre et cela conviendrait tout à fait au personnage si le timbre, surtout dans l’aigu, ne manquait autant d’étoffe. Méforme ou rôle peu adapté à sa tessiture ? En tout cas, cela fait perdre au personnage son autorité. Il n’y a que dans la douceur des stances « Lakmé, ton doux regard se voile » qu’il convainc, grâce à une émission vocale sur le fil et un phrasé sensible. <strong>Thomas Bettinger </strong>souffre de défauts comparables en Gérald : tout est chanté <em>forte</em>, surtout en première partie de spectacle. Il trouve plus de fragilité dans la suite du spectacle, mais peine à donner une dimension attachante à ce rôle, assez ingrat il est vrai&#8230;</p>
<p><figure id="attachment_143115" aria-describedby="caption-attachment-143115" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-143115 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_2569-Avec-accentuation-Bruit-1024x618.jpg" alt="" width="1024" height="618" /><figcaption id="caption-attachment-143115" class="wp-caption-text">© Dominique Jaussein</figcaption></figure></p>
<p>Tous les seconds rôles n&rsquo;appellent cependant que des éloges, à commencer par la Malika impressionnante de <strong>Madjouline Zerari</strong>, au vibrato marqué mais dont la voix se marie idéalement à celle de Kathryn Lewek. Impressionné par l&rsquo;Ellen de <strong>Lauranne Oliva</strong>, nous nous disions dès la fin du spectacle que c&rsquo;était une artiste à suivre : elle vient justement de remporter le premier prix du concours Voix Nouvelles ! Souhaitons que cela lui ouvre de nombreuses portes car l&rsquo;artiste semble d&rsquo;une sensibilité musicale rare et le timbre est d&rsquo;un charme fou, fruité et charnu, sans que l&rsquo;émission ne perde en clarté et la diction en précision. <strong>Elsa Roux Chamoux</strong> est aussi une jeune artiste à suivre : sa voix de mezzo claire est pleine de saveurs et on observe un vrai tempérament scénique. Quant à <strong>Svetlana Lifar</strong>, c&rsquo;est une habituée du rôle qui fait merveille dans cet emploi, avec une voix pleine de caractère. Côté masculin, si <strong>Guillaume Andrieux</strong> est un peu en force au début de l&rsquo;œuvre, il se fait par la suite plus nuancé et rappelle combien son timbre de baryton presque ténorisant est un atout singulier dans la caractérisation de son personnage. Les brèves interventions de <strong>Carl Ghazarossian</strong> en Hadki ne méritent que des louanges.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans la fosse, un habitué du répertoire français qui dirigeait cependant pour la première fois ce bijou de l&rsquo;opéra du XIXe siècle français :<strong> Jacques Lacombe</strong>. Il met idéalement en valeur l&rsquo;excellence des pupitres de l&rsquo;<strong>Orchestre Philharmonique de Nice</strong>, qui n&rsquo;a rien à envier à d&rsquo;autres formations françaises plus réputées. Dès l&rsquo;ouverture de l&rsquo;œuvre, le chef instaure un équilibre entre la densité sonore des interventions des cordes et des cuivres et la délicatesse des timbres de la petite harmonie, et le maintient tout au long de l&rsquo;œuvre. La manière dont il soutient l&rsquo;avancée du drame, tout en laissant s&rsquo;exhaler la séduction des timbres des instruments, est un modèle de direction d&rsquo;orchestre à l&rsquo;opéra.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/delibes-lakme-nice/">DELIBES, Lakmé &#8211; Nice</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>THOMAS, Hamlet — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Jan 2022 05:00:10 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/de-grands-moyens-pour-une-russite-magistrale/</guid>

					<description><![CDATA[<p>A Saint-Etienne et à Paris, où l’Opéra-Comique reprend une production connue, Hamlet retrouve le chemin de nos opéras. La scène stéphanoise, attachée à la promotion de l’opéra français, ne l’avait pas inscrit à son programme depuis 2010. Pour cette nouvelle production, elle a invité le chef Jacques Lacombe, le metteur en scène Nicola Berloffa, et constitué une &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale/"> <span class="screen-reader-text">THOMAS, Hamlet — Saint-Etienne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale/">THOMAS, Hamlet — Saint-Etienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A Saint-Etienne et à Paris, où l’Opéra-Comique reprend <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/hamlet-paris-favart-retour-triomphal">une production connue</a>, <em>Hamlet</em> retrouve le chemin de nos opéras. La scène stéphanoise, attachée à la promotion de l’opéra français, ne l’avait pas inscrit à son programme depuis 2010. Pour cette nouvelle production, elle a invité le chef <strong>Jacques Lacombe</strong>, le metteur en scène <strong>Nicola Berloffa</strong>, et constitué une formidable équipe de chanteurs.</p>
<p>Nicola Berloffa avait monté <em>Carmen</em>, ici même, il y a deux ans. Nul besoin de note d’intention. Tout fait sens pour le spectateur, quelle que soit sa culture. Non seulement, à son habitude, il ne se contente pas de servir l’œuvre avec intelligence et humilité, mais il en renforce la cohérence. Ainsi, aux premières scènes du II, lorsqu’Ophélie inquiète lit et voit passer Hamlet indifférent, nous observons ce dernier, concentré, absent, chercher ses idées et les consigner dans un carnet, réjoui de ses trouvailles : ce sera le scénario de la pantomime du roi Gonzague et de la reine Genièvre, dont il remettra les feuillets aux comédiens chargés de sa réalisation. Y compris dans les fulgurances du héros, tout paraît juste, naturel : le spectateur n’est plus au théâtre, il est témoin. On oublie le travail de direction d’acteurs, tant le jeu de chacun, les expressions, la gestique et les mouvements paraissent aller de soi.</p>
<p>La vaste scène permet d’accueillir la foule des courtisans et les solistes avec ordre protocolaire et naturel. La fête est une vraie fête aristocratique. Les fossoyeurs sont d’une vérité criante. L’économie de moyens qui préside aux scènes fantastiques concourt à leur force. Les décors, d’une rare beauté, permettront la continuité fluide des tableaux à la faveur de mouvements, de rideaux occultants ou filtrants, et de lumières parfaitement accordées, qui participeront à l&rsquo;expression du mal-être des personnages. On est à la Cour d&rsquo;une monarchie européenne d&rsquo;entre les deux-guerres. Les costumes aristocratiques sont réussis, somptueux, dans des tons séduisants, et les changements qu’opèrent les solistes entre les tableaux n’appellent que des éloges. La beauté des scènes, comme l’intensité des gestes nous valent un constant régal visuel et dramatique. Une vidéo comme on les aime – pertinente, discrète, efficace et belle – accompagne les passages orchestraux, dans une synchronisation subtile. Eaux frémissantes, aux mouvements permanents et renouvelés, chemins forestiers animés, dans des tons estompés, sépia, où la couleur, rare, est magistralement exploitée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/hamlet_7602.jpg?itok=NsHL3GqG" title="Jérôme Boutillier (Hamlet) entre Marcellus et Horatio © Hubert Genouilhac" width="468" /><br />
	Jérôme Boutillier (Hamlet) entre Marcellus et Horatio © Hubert Genouilhac</p>
<p>La relation tendre, passionnée entre Hamlet et Ophélie, devenue incertaine, accablée, passe par la mélancolie, nostalgique puis désespérée, de l’héroïne. L&rsquo;Hamlet que vit <strong>Jérôme Boutillier </strong>force l&rsquo;admiration. Après avoir été Révélation classique de l’ADAMI en 2016, puis désigné Etoile montante 2020 par les lecteurs de Forumopera.com, il a fait son chemin, et cette prise de rôle, magistrale, en confirme toutes les qualités. La beauté du timbre, la projection, la longueur de voix, la diction souveraine, l’engagement scénique absolu, tout est splendide. Musicale comme dramatique, la plus large palette expressive est illustrée tout au long de l&rsquo;action. « Ô vin, dissipe la tristesse », faussement joyeux, l’affrontement avec sa mère, son célèbre monologue introduit par le cor anglais : du début à la fin ambigüe, le personnage est attachant. Les airs sont superbes, à l’égal de tous les passages récitatifs, des dialogues et rares ensembles. Les progressions, les incertitudes planant sur son équilibre mental, tout est traduit avec justesse. L’émotion est constante, comme si l’ouvrage était neuf. Le public est captivé.</p>
<p>Ophélie est confiée à <strong>Jeanne Crousaud</strong>. L’annonce de son maintien, malgré un problème de santé (pas le Covid !), réjouit comme il inquiète. Effectivement, si l’émission semble en retrait dans les premières scènes, elle ira s’affermissant au fil du drame, pour nous bouleverser au quatrième acte. Voix fraîche, aérienne, lumineuse, noble, notre Ophélie, fragile, au jeu sensible, où tout semble naturel, a les qualités d’articulation, le tempérament, la puissance. La scène de la folie, souvent caricaturée comme un exercice de haute voltige, est si juste que l’on oublie ses vocalises impossibles, ses<em> piani</em> impalpables. L’infinie douceur douloureuse de « Doute de la lumière » nous étreint. La finesse et l’émotion sont au rendez-vous. Une grande Ophélie.</p>
<p>Le couple royal, bien assorti nous vaut d’abord une Gertrude très caractérisée, confiée à<strong> Emanuela Pascu</strong>, beau mezzo dont l’émission révèle des graves sans poitrinage, voix charnue et saine, sonore et colorée. « Dans son regard plus sombre » au second acte, est dépouillé du caractère trop souvent théâtral, pour traduire le désarroi. Le jeu, dicté par le caractère royal, reste contenu, à la différence de la voix, épanouie, au style exemplaire. Le baryton <strong>Jiwon Song</strong>, découvert à Clermont-Ferrand en 2019, au timbre séduisant, assorti d’une belle présence scénique, campe un Claudius, autoritaire et sensible. Si la prononciation du français accuse ponctuellement son origine coréenne, toujours il est intelligible et expressif, pathétique au III.</p>
<p><strong>Jérémy Duffau</strong> est Laërte. Finaliste du Concours Bellini de 2014, il a maintenant atteint une pleine maturité. La voix est claire, projetée à souhait, aux aigus aisés. Sa cavatine « Pour mon pays », comme ses interventions au dernier acte, donnent à ce personnage secondaire une vie réelle, virile et sensible. <strong>Thomas Dear</strong>, le spectre, intervient peu, dans un ambitus restreint, pour un chant gouverné par le recto-tono. Aucun dramatisme caverneux ajouté n’est nécessaire à l’émission surnaturelle, épuisée, crédible. <strong>Gabriel Saint-Martin</strong>, Horatio, se signale par sa présence vocale et scénique remarquable. Un futur Hamlet ? le baryton en a les moyens. Nos fossoyeurs du dernier acte, <strong>Antoine Foulon</strong> et <strong>Christophe Berry</strong>, sont d&rsquo;une truculente insouciance qui réjouit, malgré le contexte dramatique. Aucun des autres rôles secondaires ne dépare la production : Le Marcellus de <strong>Yoann Le Lan</strong>, ténor, le Polonius de <strong>Thibault de Damas</strong>, basse, aux brèves interventions, s’accordent parfaitement au propos. Il faut mentionner également la performance des comédiens en charge de la pantomime.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/hamlet_7951.jpg?itok=SHLzl6Rd" title="Jeanne Crousaud (Ophélie) © Hubert Genouilhac" width="287" /><br />
	Jeanne Crousaud (Ophélie) © Hubert Genouilhac</p>
<p>Le chœur nombreux et pleinement engagé, malgré le port des masques, participe à l’animation de multiples scènes. Puissant, coloré (on retiendra le chœur bouches fermées), aux incises précises, il n’appelle que des éloges. Pour traduire au mieux la richesse de la partition, l’Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, en très grande formation, se montre sous son meilleur jour. Des cordes rondes, de velours, des bois fruités, jamais acides, des cuivres pleins, dosés subtilement, trois harpes, quatre percussionnistes ajoutant chacun sa couleur, réalisent une fusion proche de la perfection.  Jacques Lacombe déclarait en juillet dernier, avant de quitter la direction de l’Orchestre symphonique de Mulhouse : « … J’ai envie de me donner le loisir de me concentrer sur ce que j’aime faire le plus, c’est-à-dire la musique ». Cet <em>Hamlet</em> en est la plus belle illustration. La direction fervente qu’il imprime est marquée du sceau de l’élégance et de la vigueur. Malgré la passion et la grandeur qu’il confère à l’ouvrage, jamais la force dramatique n’est tonitruante, y compris dans les passages paroxystiques. Le chambrisme de l’écriture est illustré avec art. La transparence du tissu orchestral, les couleurs, les modelés sont exemplaires, tout comme les interventions des nombreux soli (violoncelle, hautbois, cor anglais, clarinette, cuivres etc.). Une belle leçon de musique française.</p>
<p>Tout concourt à la réussite magistrale de ce spectacle, riche en émotions musicales et dramatiques, longuement ovationné par un public et des critiques enthousiastes. On souhaite sa reprise par de grandes scènes, tant il est achevé et proche de la perfection. Dans cette attente, une captation vidéo a été réalisée que l’on retrouvera avec bonheur.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale/">THOMAS, Hamlet — Saint-Etienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MASSENET, Werther — Nice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/werther-nice-sous-des-etoiles-contraires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Jun 2021 03:14:37 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/sous-des-toiles-contraires/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quelle intrigante proposition, que cette nouvelle production de Werther offerte pour la réouverture in extremis de l’Opéra de Nice avant la fin de la saison. Sandra Pocceschi et Giacomo Strada, assistés par Héloïse Sérazin situent l’action dans un temps indéfini, postapocalyptique, où la nature est morte. La communauté réunie autour du Bailli vit dans un bunker &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/werther-nice-sous-des-etoiles-contraires/"> <span class="screen-reader-text">MASSENET, Werther — Nice</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/werther-nice-sous-des-etoiles-contraires/">MASSENET, Werther — Nice</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle intrigante proposition, que cette nouvelle production de <em>Werther</em> offerte pour la réouverture <em>in extremis</em> de l’Opéra de Nice avant la fin de la saison. <strong>Sandra Pocceschi </strong>et<strong> Giacomo Strada, </strong>assistés par <strong>Héloïse Sérazin</strong> situent l’action dans un temps indéfini, postapocalyptique, où la nature est morte. La communauté réunie autour du Bailli vit dans un bunker sous une serre où les personnages cultivent tomates, vin et autres vivres. Les saisons y sont récréées par un astre artificiel niché au sommet de la serre, tantôt soleil, tantôt lune.</p>
<p>Passé la surprise du postulat de départ, cette mise en scène se révèle magistrale par la force de ses symboles et la beauté de certains de ses tableaux. Tout se structure autour de deux thèmes clés, la nature et les corps célestes – chacun rappelant la force destructrice d’un destin implacable. Puisqu&rsquo;elle a disparu, la nature, ravagée en dehors de la serre, et précairement recrée par les personnages sous cloche, prend les atours d’une pulsion de mort : la fascination panthéiste de Werther pour celle-ci n’en est alors que plus mortifère. Ses apparitions ne tiennent d’ailleurs pas du végétal, comme à l&rsquo;accoutumée, car c’est au contraire le motif minéral qui domine. Werther, comme Charlotte, s’agrippent, dans les moments les plus dramatiques, à un rocher, suggérant tout à la fois la rigueur d’une nature inhumaine, le régime sisyphéen de la dépression ou encore l&rsquo;image des héros romantiques de Caspar David Friedrich postés sur les rochers devant une nature folle. A cet égard, référence au romantisme évidente, les symboles cosmiques font sans cesse retour et imprègnent toute la mise en scène, plaçant le couple de Werther et Charlotte sous le régime des amants maudits par les étoiles, qu’il s’agisse de la magnifique promenade nocturne des deux amants à l’acte I qui se perdent parmi les étoiles d’un tableau, de la lente course d&rsquo;une comète traversant la scène durant l’intermezzo vers l’acte IV, ou encore de la mort tragique de Werther percuté non pas tant par une balle de pistolet que par…une météorite fumante – procurant un splendide et désespérant tableau final, sublimé par les lumières de <strong>Giacomo Gorin</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/dsc_0923web.jpg?itok=BvkQ8JLx" title="© Dominique Jaussein" width="468" /><br />© Dominique Jaussein</p>
<p>Les étoiles, le plateau vocal n’en manque pas ! <strong>Thomas Bettinger</strong> est un splendide Werther. L’émission et la clarté de la voix, ainsi que sa puissance évidente et facile, lui permettent de camper un Werther plein de jeunesse et de vigueur. Chaque scène est abordée différemment et la prestation n’est jamais monolithique : son Werther est instable, toujours traversé d’émotions différentes d’une scène à l’autre, la déception, la frustration, la passion, et même parfois l’ennui. Son « Pourquoi me réveiller ? » est un des sommets de la soirée, marquant par ses finales pleines de puissance et de souffle, des aigus aussi sonores que solides – le tout avec une aisance déconcertante forçant l’admiration. La Charlotte d’<strong>Anaïk Morel </strong>est de la même teneur car la perfection vocale est sidérante : elle propose, pour ce rôle, une voix dont la puissance est d’une texture sombre et obscure. L’air des lettres, puis des larmes, sont déchirants, mais c’est d’un simple « Dieu ! », lorsqu’Albert la confronte pour confier les pistolets à Werther, qu’elle vous fera suffoquer de larmes. Son jeu d’actrice et sa voix ne font qu’un dans ce lamento inexorable vers le désespoir : c’est une immense Charlotte. Le couple est d’une rare alchimie, et les retrouvailles dans l’acte III, où un simple toucher de main là aussi vous tire les larmes, comme les adieux, dans l’acte IV, trouvant les corps allongés et enlacés, sont de ces tableaux marquants qu’un spectateur gardera avec lui.</p>
<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/actu/jeanne-gerard-il-y-a-chez-massenet-une-theatralite-intrinseque-qui-me-bouleverse"><strong>Jeanne Gérard</strong></a> propose une Sophie fascinante par sa justesse humaine très touchante : sans cesse sur un fil, elle oscille entre la sincérité d’un bonheur qu’elle veut partager, la conscience aigüe du drame qui se noue autour d’elle et une forme de déni indispensable à la survie de tous. Cette proposition est servie par une magnifique voix, déployant une subtile palette de nuances, passant habilement de la douceur bouleversante du velours lorsqu’elle console Charlotte à une puissance diaprée et lumineuse, dont le volume est particulièrement généreux, lorsqu’elle resplendit de joie. On retiendra pour longtemps la grâce déchirante de son pianissimo final « Dieu nous permet d’être heureux ! » qui contribue grandement à la beauté poignante des dernières mesures de l’opéra. <strong>Jean-Luc Ballestra</strong> campe de son côté un Albert somptueux traversé par une colère bouillonnante et une amertume toujours contenue. Sans jamais verser dans l’animosité, sa voix d’une force assez extraordinaire traduit tantôt la brutalité, tantôt la frustration impatiente à laquelle il est condamné. La scène de l’acte III durant laquelle il confie les pistolets à Charlotte est d’une intensité effroyable grâce à son jeu d’acteur extrêmement convaincant. In fine, Jean-Luc Ballestra et Anaïk Morel parviennent à tisser entre Charlotte et Albert une forme d’alchimie totalement toxique, qui est le parfait pendant de celle, lumineuse et touchante, entretenue entre Charlotte et Werther. Le Bailli d’<strong>Ugo Rabec </strong>est excellent : sa voix de basse a la profondeur digne de ce chef de clan de survivants, tout comme il en a la très belle stature. Le duo de Schmidt et Johann, servi par <strong>Thomas Morris</strong> et <strong>Laurent Deleuil</strong> est très convaincant, les voix sont radieuses et les jeux d’acteurs ce qu’il faut de comique – sans trop en faire, ce qui est très appréciable. Le duo de Kätchen et Brühlmann de <strong>Victoria Dupuy</strong> et <strong>Philippe Zang</strong> est quant à lui touchant, les deux personnages étant scéniquement bien mobilisés, ce qui doit être souligné.</p>
<p>La direction musicale de <strong>Jacques Lacombe</strong> révèle sa fine connaissance de Massenet. Particulièrement subtil, il met en lumière tous les contrastes de la partition et en fait ressortir les multiples couleurs, de la noirceur totale à la gaité infinitésimale. L’<strong>orchestre philharmonique de Nice</strong> transparaît dans toute sa précision et sa richesse des timbres, sans sacrifier à la belle osmose entretenue par Jacques Lacombe entre la scène et la fosse. De son côté, le <strong>Chœur d’enfants de l’Opéra Nice Côte d’Azur</strong> est tout ce qu’il faut de sautillant et de tendre, grâce à l’efficace direction de <strong>Philippe Négrel</strong>.</p>
<p>Au total cette production est un tour de force. Fascinante mise en scène, perfection du plateau vocal : tout trouve sa place, dans un parfait alignement des&#8230;planètes.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/werther-nice-sous-des-etoiles-contraires/">MASSENET, Werther — Nice</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-streaming-nantes-sainte-anne-catherine-priez-pour-nous-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2020 03:16:27 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/sainte-anne-catherine-priez-pour-nous-streaming/</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Je suis passionné à un tel point par mon travail que la moindre sortie me semble du temps perdu », écrivait en 1953 à Pierre Bernac Francis Poulenc alors plongé dans la composition de Dialogues de Carmélites. Le confinement imposé par la pandémie de coronavirus lui serait apparu comme une bénédiction, quand il semble &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-streaming-nantes-sainte-anne-catherine-priez-pour-nous-streaming/"> <span class="screen-reader-text">POULENC, Dialogues des Carmélites — Nantes</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-streaming-nantes-sainte-anne-catherine-priez-pour-nous-streaming/">POULENC, Dialogues des Carmélites — Nantes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><i>« Je suis passionné à un tel point par mon travail que la moindre sortie me semble du temps perdu</i> », écrivait en 1953 à Pierre Bernac Francis Poulenc alors plongé dans la composition de <i>Dialogues de Carmélites</i>. Le confinement imposé par la pandémie de coronavirus lui serait apparu comme une bénédiction, quand il semble à bon nombre d’entre nous une épreuve. Angers-Nantes Opéra allège la pénitence en diffusant ses <i>Dialogues</i> dans la mise en scène de <b>Mireille Delunsch</b>.</p>
<p>On ne dira jamais assez les effets – pervers ou non, c’est selon – de la captation d’un opéra. L’œil se trouve soudain placé contre les chanteurs quand le théâtre impose une distance qui fait que même au premier rang – place déconseillée sur le seul plan de l’acoustique –, on ne saisit pas avec la même acuité l’expression des visages. Voilà peut-être la raison pour laquelle, au contraire de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/apprivoiser-la-mort">Tania Bracq dans la salle le 15 octobre 2013</a>, on ne peut rester insensible à l’interprétation de Blanche par <b>Anne-Catherine Gillet</b>. Oui, bien sûr, l’essence de la voix possède plus qu’une légèreté, une lumière qui sied mieux à la joie de Constance – au sens bernanosien du terme – qu’aux angoisses de Blanche de La Force. Et la gémellité entre les deux novices n’en est que plus troublante. Oui, le micro – un autre des effets pervers de la vidéo – écarte les questions de puissance et de projection alors que dans la salle, semble-t-il, les notes les plus graves n’étaient pas toujours aussi audibles qu’il l’aurait fallu. Mais Poulenc dans cette même lettre à Bernac n&rsquo;écrivait-il pas : « <i>Pour Blanche, j’ai tant l’expérience de Denise</i> <i>que je ne lui donne que des sons ouverts en aigu</i> » (Denise Duval, la créatrice à Paris du rôle de Blanche de La Force).</p>
<p>S’impose alors l’expression du visage évidente dès l’entrée du « <i>petit lièvre</i> » traqué par la peur (« <i>ou la peur de la peur</i> »), le regard fixe comme pour tâcher vainement de brouiller les sentiments qui l’agitent, lisible de se vouloir illisible. On voudrait que la caméra reste aimantée à cette présence – une autre perversion de l’opéra filmé qui soumet le spectateur au bon vouloir du réalisateur et le prive de regarder ce que bon lui semble.</p>
<p>Intimidée sans doute par l’œuvre et par sa propre inexpérience, la mise en scène de <b>Mireille Delunsch</b> n’en comporte pas moins de  bonnes idées, comme cette barrière de cierges qui sépare le frère de la sœur dans le duo que Poulenc voulait chanté « à gorge que veux-tu ». Et Anne-Catherine Gillet, comme <b>Stanislas de Barbeyrac</b>, s’en donnent à cœur-voix dans ce bras de fer dont aucun des deux ne sort indemne mais où, là encore, on peut observer combien le geste accompagne la musique, avec quelques notes aveuglantes et, plus éloquent encore, le poids des silences.</p>
<p>« Deo Patri sit gloria » lui aussi éblouissant lors de la montée à l’échafaud mais point n’est besoin d’attendre la scène finale, lacrymale une fois encore – en est-il une plus émouvante à l’opéra, la mort de Butterfly exceptée ? – pour comprendre ce qui fait la particularité de l’interprétation de Catherine Gillet, plus encore dans Blanche que dans d’autres rôles où elle est pourtant merveilleuse – on pense à Jacqueline dans <i>Fortunio</i> cet hiver Salle Favart, également <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.france.tv/spectacles-et-culture/1417997-fortunio-a-l-opera-comique.html">diffusé en streaming</a> actuellement – : la grâce. </p>
<p>&gt;&gt; <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/apprivoiser-la-mort">Lire le compte rendu détaillé de Tania Bracq</a></p>
</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-streaming-nantes-sainte-anne-catherine-priez-pour-nous-streaming/">POULENC, Dialogues des Carmélites — Nantes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MASSENET, Don Quichotte — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/don-quichotte-saint-etienne-baume-dulcifiant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 31 Jan 2020 22:59:54 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/baume-dulcifiant/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Avec Don Quichotte, l&#8217;un des derniers opéras de Massenet, l’Opéra de Saint-Étienne distille le « baume dulcifiant » qu’avait appelé de ses vœux le compositeur cloué au lit en 1909 par des douleurs rhumatismales. Dans la mise en scène dépouillée et poignante de Louis Désiré, le personnage du Chevalier de la longue figure, inspiré par une pièce &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/don-quichotte-saint-etienne-baume-dulcifiant/"> <span class="screen-reader-text">MASSENET, Don Quichotte — Saint-Etienne</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/don-quichotte-saint-etienne-baume-dulcifiant/">MASSENET, Don Quichotte — Saint-Etienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal">Avec <em>Don Quichotte</em>, l&rsquo;un des derniers opéras de Massenet, l’Opéra de Saint-Étienne distille le « baume dulcifiant » qu’avait appelé de ses vœux le compositeur cloué au lit en 1909 par des douleurs rhumatismales. Dans la mise en scène dépouillée et poignante de <strong>Louis Désiré</strong>, le personnage du Chevalier de la longue figure, inspiré par une pièce de Jacques Le Lorrain, apporte un démenti aux critiques qui voient dans cet opéra une trahison du <em>Don Quichotte</em> de Cervantes. L’action scénique qui semble jaillir de la seule imagination ou de la force des souvenirs du héros, même si elle s’écarte en partie du récit de « l’Ingénieux Hidalgo », n’en possède pas moins la grandeur de son premier modèle tout autant que sa bonté d’âme.</p>
<p class="MsoNormal">Pour cet ultime voyage qui récapitule toute une vie, les décors de Diego Méndez Casariego ne prévoient nulle feria, nulle place publique, ni cheval, ni moulin à vent, ni forêt, mais des tentures noires, un sol imitant la terre battue, une estrade et un lit à baldaquin qui est aussi carrosse funéraire. Dans le cadre sombre et noir de cet ultime voyage, les réminiscences de l’existence se succèdent de manière onirique, saisies par les lumières de <strong>Patrick Méeüs </strong>: foule aux chapeaux colorés, scènes érotiques autour de Dulcinée, traversée d’un miroir brisé avant la rencontre avec des brigands vite impressionnés par la grandeur d’âme de Don Quichotte, fête triste et mélancolique, restitution à Dulcinée du collier volé par les brigands, déclaration d’amour et cruelle déconvenue, adieux enfin du Chevalier laissant un Sancho Pança inconsolable à qui est léguée par son maître l’Île des Rêves. À chacun de ces épisodes président quatre êtres mi-anges mi-démons, blancs et noirs, statues vivantes au torse d’albâtre et messagers psychopompes. Dans cet univers d’une insondable tristesse, que seule éclaire parfois de son reflet doré la statuette de Don Quichotte sur son cheval, la consolation vient de la musique et du chant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/don-quichotte-margaux-klein-9.jpg?itok=HmH3nqMv" title="Don Quichotte, Opéra de Saint-Étienne 2020 © Margaux KLEIN" width="468" /><br />
	Don Quichotte, Opéra de Saint-Étienne 2020 © Margaux KLEIN</p>
<p class="MsoNormal">Merveilleux baryton-basse, remarquable acteur et diseur, <strong>Vincent Le Texier</strong>, en chemise de nuit, avec sa voix puissante et touchante, est un Don Quichotte hagard et rêveur, qui s’émeut et s’emporte puis se perd dans ses songes, capable aussi d’articuler avec naturel des phrases comme : <em>« Cette gaîté m’emparadise ! / Je voudrais que la joie embaumât les chemins… »</em>. De ce rôle écrasant il ressort épuisé aux saluts, tout comme le baryton <strong>Marc Barrard</strong>, Sancho Pança d’une extraordinaire présence en dépit d’un accoutrement qui – conformément à la conception du personnage – pourrait facilement paraître ridicule et qui ici ne l’est jamais parce que le chant est d’une précision, d’une clarté parfaites, avec des sommets comme l’air du dernier acte <em>« O mon maître, o mon Grand »</em>.</p>
<p class="MsoNormal">La Dulcinée de <strong>Lucie Roche</strong> est dotée d’un mezzo puissant s’épanouissant dans les graves pleins et sonores, d’une grande élégance vocale dans les vocalises et qui sait se faire velours à l’acte IV. Sa présence scénique est rehaussée par les robes éblouissantes dans lesquelles elle virevolte dans un double contraste avec l’immobilité et la gaucherie du Chevalier et de son écuyer.</p>
<p class="MsoNormal">L’expressivité et la qualité de diction des trois personnages principaux sont partagées par <strong>Frédéric Cornille</strong> (Juan) et <strong>Camille Tresmontant</strong> (Rodriguez). L’ensemble est complété avec bonheur par <strong>Julie Mossay</strong> (Pedro) et <strong>Violette Polchi</strong> (Garcias), tandis que le <strong>Chœur lyrique Saint-Étienne Loire</strong> fournit une prestation soignée, mobile et bien synchronisée.</p>
<p class="MsoNormal">Sous la direction particulièrement subtile de <strong>Jacques Lacombe</strong>, qui met en évidence des contrastes de tempo et de volume sonore, l’<strong>Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire</strong> joue pleinement le rôle consolateur attendu, avec une richesse de timbres (les vents notamment, comme le cor anglais pour la Sérénade de l’acte I) et de nuances (l’étonnante prière de l’acte III accompagnée à l’orgue), une précision des attaques et le chatoiement des cordes (en particulier le solo de violoncelle du deuxième Interlude).</p>
<p class="MsoNormal">C’est une belle contribution à la redécouverte de cette lecture du <em>Quichotte</em> et de cet opéra aujourd&rsquo;hui moins connu de Massenet.</p>
<p class="MsoNormal"> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/don-quichotte-saint-etienne-baume-dulcifiant/">MASSENET, Don Quichotte — Saint-Etienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>HERRMANN, Wuthering Heights — Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-hauts-de-hurlevent-nancy-vertigo-de-lamour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 May 2019 12:39:55 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/vertigo-de-l-amour/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Digérer un roman du XIXe siècle en un opéra de quelques heures, voilà une gageure qui n’a pas fait reculer quelques compositeurs, l’exemple le plus fameux étant peut-être Prokofiev et son Guerre et paix. Bien d’autres, moins gourmands, se seront contentés d’adapter une nouvelle, comme Britten qui retient de Henry James The Turn of the &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-hauts-de-hurlevent-nancy-vertigo-de-lamour/"> <span class="screen-reader-text">HERRMANN, Wuthering Heights — Nancy</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-hauts-de-hurlevent-nancy-vertigo-de-lamour/">HERRMANN, Wuthering Heights — Nancy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Digérer un roman du XIX<sup>e</sup> siècle en un opéra de quelques heures, voilà une gageure qui n’a pas fait reculer quelques compositeurs, l’exemple le plus fameux étant peut-être Prokofiev et son <em>Guerre et paix</em>. Bien d’autres, moins gourmands, se seront contentés d’adapter une nouvelle, comme Britten qui retient de Henry James <em>The Turn of the Screw </em>ou <em>Owen Wingrave</em> plutôt qu’un de ses longs romans. Quand Emily Brontë réussit à publier <em>Les Hauts de Hurlevent</em>, son texte occupait seulement un des trois volumes du sacro-saint <em>triple decker</em> victorien, les deux autres étant occupés par <em>Jane Eyre</em>, de sa sœur Charlotte. Malgré tout, pour en tirer un livret mettable en musique, Lucille Fletcher dut beaucoup élaguer, et notamment simplifier la structure narrative du roman, qui oscille constamment entre deux temporalités. Passé le prologue, Lockwood l’intrus disparaît et tout l’opéra se déroule deux décennies auparavant, pour se terminer sur la mort de Catherine Earnshaw, éternellement regrettée par Heathcliff. Les grands moments attendus sont tous là, les principales péripéties et les grands monologues présents dans le roman. Malgré tout, peut-être aurait-il été judicieux de tailler un peu plus dans le texte d’Emily Brontë, car souvent, les scènes paraissent un peu trop longues, obligeant les personnages à répéter inutilement ce que le spectateur avait déjà amplement compris à la première occurrence.</p>
<p>Les représentations nancéennes – les premières en France – auront en tout cas permis de juger de la validité scénique d’une œuvre que notre pays avait seulement découvert en version de concert <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mieux-quau-cinema">à Montpellier en 2010</a>, un enregistrement étant ensuite venu <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/abimes-de-passion">étoffer la discographie</a> jusque-là limitée à la version dirigée par le compositeur en personne. Bernard Herrmann, collaborateur attitré d’Orson Welles d’abord, et surtout d’Alfred Hitchcock ensuite, consacra huit années de sa vie (de 1943 à 1951) à mettre en musique le livret élaboré par son épouse, et ne trouva jamais aucune maison d’opéra acceptant de monter sa partition. Après un concert londonien en 1966, l’œuvre ne connut sa création théâtrale qu’en 1982. On y reconnaît évidemment certaines des caractéristiques des bandes-son élaborées pour tant de films célèbres (dont il reprend ici plusieurs thèmes), surtout dans les moments de tension, de confrontation violente, avec ces stridences des violons par-dessus les cris des trompettes et le martèlement des percussions. Soucieux de toucher un large public, l’opéra selon Herrmann se situe dans le prolongement direct de Tchaïkovski et de Massenet, avec au moins ce grand mérite que le texte reste à peu près constamment intelligible, l’écriture vocale ne cherchant pas à repousser les limites des possibilités du gosier humain. Le fil continu de la musique s’interrompt à peine pour faire place à des ariosos, en de soudaines bouffées plus explicitement mélodiques, mais sans rien qui marque durablement l’oreille, au-delà de l’efficacité immédiate. A la tête de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, <strong>Jacques Lacombe </strong>prouve une fois de plus la diversité de ses talents.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/hurle2.jpg?itok=l0hNGWRS" title="©C2images pour l’Opéra national de Lorraine" width="468" /><br />
	John Chest, Layla Claire © C2images pour l’Opéra national de Lorraine</p>
<p>Pour mettre en scène cette œuvre rare, <strong>Orpha Phelan</strong> a cherché à raconter une histoire dont le public français n’est pas si familier que ça, en refusant d’enfermer les personnages dans des intérieurs victoriens alors que le roman les associe étroitement à la nature, à cette lande sans cesse mentionnée. Le décor de <strong>Madeleine Boyd</strong> est donc un étrange paysage de parquet vallonné, percé de trous d’eau et moucheté de touffes d’herbes folles, où reposent quelques meubles renversés. Les vidéos projetées à l’arrière-plan, sur un vaste ciel aux couleurs variables, semblent parfois un rien naïves. Mais l’on apprécie l’idée de présenter sur la scène le double enfant des personnages principaux, dont les déambulations évoquent les folles courses de Heathcliff et Cathy dans la bruyère.</p>
<p>Moins monstrueux, moins insaisissable dans l’opéra que dans le roman, Heathcliff a les traits de <strong>John Chest</strong>, dont on avait tant apprécié la première prestation nancéenne <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-tote-stadt-nancy-chacun-son-monde">dans <em>Die tote Stadt</em></a>. Le baryton américain revient avec un véritable héros à défendre, et il peut ici montrer la solidité de sa voix, plus que les qualités de timbre admirées chez Korngold. Sa compagne à la ville, <strong>Layla Claire</strong> est une Catherine Earnshaw à la personnalité affirmée, et tout aussi capable de se transformer physiquement, de la jeune fille à la future mère, de l’amante épanouie à l’épouse mourante. Elle défend avec ardeur son grand monologue (« I am Heathcliff ») et son « air de la folie » à la fin du 3e acte. Autour du couple principal, on remarque surtout la forte présence de <strong>Rosie Aldridge</strong>, Nelly Dean à la fois maternelle et énergique. En Isabella, <strong>Kitty Whately</strong> remplit son contrat, mais n’impose pas le personnage comme avait su le faire Marianne Crebassa à Montpellier. Les différents rôles secondaires sont fort adéquatement tenus, sans que la partition leur donne vraiment l’occasion de se mettre en avant, à part Edgar Linton qui bénéficie d’un air. Le chœur de l’Opéra de Lorraine se fait entendre en coulisse pour une intervention des plus brèves.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-hauts-de-hurlevent-nancy-vertigo-de-lamour/">HERRMANN, Wuthering Heights — Nancy</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>OFFENBACH, Barkouf — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/barkouf-ou-un-chien-au-pouvoir-strasbourg-offenbach-bicentenaire-et-heureux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Dec 2018 04:43:45 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-bicentenaire-et-heureux/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Quand Eva Kleinitz prit l’excellente décision de programmer Barkouf pour la fin de l’année 2018, elle ne pouvait sans doute pas imaginer à quel point cette œuvre paraîtrait dans l’air du temps. « Ton peuple impuissant, éperdu, / Se plaint, se plaint que les impôts / L’accablent de misère, / Il expire », voilà qui peut sembler &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/barkouf-ou-un-chien-au-pouvoir-strasbourg-offenbach-bicentenaire-et-heureux/"> <span class="screen-reader-text">OFFENBACH, Barkouf — Strasbourg</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/barkouf-ou-un-chien-au-pouvoir-strasbourg-offenbach-bicentenaire-et-heureux/">OFFENBACH, Barkouf — Strasbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand Eva Kleinitz prit l’excellente décision de programmer <em>Barkouf</em> pour la fin de l’année 2018, elle ne pouvait sans doute pas imaginer à quel point cette œuvre paraîtrait dans l’air du temps. « Ton peuple impuissant, éperdu, / Se plaint, se plaint que les impôts / L’accablent de misère, / Il expire », voilà qui peut sembler assez intemporel, mais lorsqu’un personnage déclare : « N’importe où l’on casse / J’accours et donc tout y passe, / Car moi je suis pour la casse ! / Toujours, toujours, toujours, toujours… », on se dit que ce livret témoigne d’une prescience digne des meilleures prophéties de Nostradamus. Qui aurait cru Eugène Scribe capable de trousser un texte évoquant, avec une audace assez stupéfiante sous le règne de Napoléon III, les méfaits du despotisme ? Evidemment, il y a le cadre exotique qui permet de tout oser : ces personnages sont des Orientaux, aucun rapport avec ce qui se passe dans notre pays, cela va de soi. Quant à nommer un chien gouverneur – ou plutôt Kaïmakan, ce mot turc bien connu des lyricomanes grâce à <em>L’Italienne à Alger</em> – c’est à la fois le comble de l’absurde et une idée pas si irréelle, puisque le chat Stubbs fut maire de Talkeetna, en Alaska, de juillet 1997 à sa mort en juillet 2017. Que la ville de Lahore soit gouvernée par un vice-roi humain voué à la défenestration ou par un être qui mord et aboie, c’est toujours le vizir qui se remplit les poches. Enfin, qui se les remplirait si l’ancienne maîtresse du chien Barkouf ne resurgissait pour « traduire » les intentions de l’animal, satisfaire la population opprimée et récupérer au passage son ancien amant, marié de force à la fille (laide) du susdit vizir. Le livret de <em>Barkouf</em> fut jugé inconvenant en 1860 ? Tant mieux, c’est aujourd’hui ce qui fait sa force.</p>
<p>Quant à la musique d’Offenbach, elle fut à l’époque accusée de tous les torts, mais ce qui en fait justement tout le prix aujourd’hui, ce sont bien ces « excentriques harmonies que ne désavoueraient pas les discordants apôtres de la musique de l’avenir ». Peu après <em>Orphée aux enfers</em>, le compositeur a encore Paris à conquérir et son génie se déverse sans retenue dans une partition étonnante d’inventivité, bien plus captivante que certaines œuvres tardives qui ont, elles, pignon sur rue, ou que certains titres dont la résurrection récente n’a pas forcément convaincu. Offenbach écrit pour l’Opéra-Comique, mais sa musique n’a rien de la mièvrerie souvent associée à ce lieu dans la première moitié du XIX<sup>e</sup> siècle. Aucune facilité, aucune concession, <em>Barkouf</em> ravit par son inspiration constante, et il y a tout lieu de penser que, si la partition en est enfin éditée – Jean-Christophe Keck est là pour ça –, l’œuvre pourrait connaître une belle revanche sur les scènes, surtout elle trouve d’aussi ardents défenseurs que le chef <strong>Jacques Lacombe</strong> : l’orchestre de Mulhouse fait superbement résonner cette composition, où se multiplient les ensembles ambitieux, et où il est capital de trouver le tempo juste alors qu’Offenbach privilégie fréquemment le chant syllabique.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/bark6.jpg?itok=eQUfiq5x" title="S. Sbonnik, P. Texier, P. Kabongo, A. Yvoz, L. Félix, R. Briand © Klara Beck" width="468" /><br />
	S. Sbonnik, P. Texier, P. Kabongo, A. Yvoz, L. Félix, R. Briand © Klara Beck</p>
<p>Confier la mise en scène à <strong>Mariame Clément</strong> est une autre bonne idée qu’a eue Eva Kleinitz. Après avoir monté <em>La Belle Hélène</em> à Strasbourg ou <em>L’Etoile </em>à Londres, le monde de l’opérette lui est familier, et on lui sait gré d’avoir, tout en supprimant le prétexte exotique, évité l’excès d’actualisation. D’aucuns auraient pu croire bon d’introduire certains gilets sur scène ; ce n’est pas ici le jaune, mais l’orange qui est la couleur dominante, dans un pays transformé en gigantesque bureaucratie célébrant le culte de la personnalité. Au milieu de murs d’archives quasi kafkaïens, la niche du nouveau gouverneur prend de plus en plus de place, et la présence-absence de Barkouf – toujours nommé, jamais vu, dans le livret de Scribe – est brillamment résolue aux actes deux et trois, un peu moins peut-être au premier. Quelques gags bien trouvés, notamment autour de la nourriture canine, font oublier une ou deux facilités, et le spectacle se déroule sans temps mort.</p>
<p>Ecrit pour la Salle Favart, <em>Barkouf </em>était destiné à des artistes ayant faire leurs preuves, et sur ce plan-là non plus, Offenbach n’a pas choisi la facilité. On pourra ainsi penser que le rôle exigeant de Maïma dépasse un peu les moyens actuels de <strong>Pauline Texier</strong>, car il requiert une tessiture assez large ; chez cette jeune soprano française, que le grave pousse dans ses derniers retranchements, le volume est parfois insuffisant, et le suraigu assez acide. Le contraste est net avec la stupéfiante <strong>Fleur Barron</strong>, dont l’identité de mezzo ne permet pas le doute un seul instant, et dont l’aplomb fait plaisir à voir. <strong>Anaïs Yvoz</strong> n’a pas tant de choses à chanter mais campe bien son rôle, que la production transforme en femme à moustache. Côté masculin, Offenbach a voulu quatre ténors, qui sont ici bien caractérisés : <strong>Rodolphe Briand</strong> est parfaitement à sa place dans le personnage du vizir, qui exige plus de l’acteur que du chanteur, bien que celui-ci soit loin d’être oublié ; <strong>Patrick Kabongo</strong> séduit en jeune premier romantique à la voix haut perchée, et ses très beaux airs lorgnent du côté de l’opéra français des années 1830 ; <strong>Stefan Sbonnik</strong> atteint avec moins d’aisance ses aigus, mais sa maîtrise du français lui permet d’interpréter les airs rapides de Xaïloum ; <strong>Loïc Félix</strong>, enfin, moins gâté par la partition mais doté d’un personnage haut en couleurs. Dans le rôle finalement très bref du Grand-Mogol, <strong>Nicolas Cavallier</strong> fait une apparition de <em>guest star</em>, l’air où il se propose d’empaler, étrangler, écarteler la population devenant un numéro digne d’une revue de music-hall. Si les premières mesures de l’œuvre, passé l’ouverture, sont assez incompréhensibles, c’est sans doute à cause d’Offenbach lui-même et de la superposition des textes étrangement prosodiés, car le Chœur de l’Opéra du Rhin se montre tout à fait à la hauteur de sa réputation dans le reste du spectacle.</p>
<p>Il est regrettable que <em>Barkouf</em> n’ait attiré ni les micros de la radio ni les caméras de la télévision ; souhaitons que le spectacle, coproduit avec Cologne, n’en reste néanmoins pas là.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/barkouf-ou-un-chien-au-pouvoir-strasbourg-offenbach-bicentenaire-et-heureux/">OFFENBACH, Barkouf — Strasbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
