Et Terfel conduit le bal

Bad Boys - Monte-Carlo

Par Sylvain Angonin | sam 23 Mars 2013 | Imprimer
 
La Côte d’Azur n’a rien de rassurant en cette soirée pluvieuse du samedi 23 mars. Perdus entre le casino est la mer, nous sommes à la recherche d’un chemin menant à l’auditorium. Surgit alors une silhouette, sombre, presque effrayante vers laquelle se précipite l'une d'entre nous pour demander notre chemin. L'imprudente ! Bien que l’homme ne semble pas de la région comme en témoigne son accent anglais, il nous propose de le suivre. Nous empruntons alors un escalier austère avant de monter dans un ascenseur de service qui nous amène dans l'antre de la principauté. C’est alors que la lumière dévoile l’identité de notre guide : il s’agit de Bryn Terfel en personne ! Qui oserait le croire ? Le grand homme, après nous avoir chaleureusement salué avec son accent anglais caractéristique, s’éclipse par un couloir sombre, nous abandonnant tous deux à notre sort. Pas de doutes, il s’agit bien là d’un Bad Boy !
Quelques minutes plus tard, nous le retrouvons, mais cette fois-ci sous les projecteurs interprétant « Udite, udite, orustici ». D’emblée, Terfel met sa voix d’airain au service d’une interprétation théâtrale que l’on voit rarement lors d’un récital ; d'emblée, il donne le ton d’une soirée qui s’annonce exceptionnelle. Œil malicieux, sourire taquin, il sort de sa poche arrière une canette qu’il ouvre et qu’il boit intégralement faisant signe au chef d’attendre qu’il finisse avant de poser sa baguette. Terfel s’impose alors comme le maître de cérémonie où se succèdent des personnages malfaisants du répertoire de l’opéra et de la comédie musicale. Le tout, dans un climat décontracté aussi bien sur scène que dans la salle.
Avec l’interprétation de « sono il spirito » qui suit, on quitte le caractère roublard du médecin de L’Elisir d’amore pour le personnage de Mefistofele. Les notes graves, bien nourries et projetées avec puissance, envoûtent un public déjà conquis. Le « Veau d'or » met en relief l'étendue vocale et dévoile une large palette de couleurs. Satan, nous te suivons ! Le récital se poursuit avec « Schweig Schweig » de Der Freischütz et « Tre Sbirri » de Tosca. Ainsi s’enchaînent les airs en français, en italien, en allemand. Véritable caméléon, Bryn Terfel passe d’une langue à l’autre avec une aisance déconcertante et se fait parfaitement comprendre grâce à une prononciation irréprochable ! Le rôle de Scarpia sied particulièrement à ce monstre lyrique, gêné dans son élan par un orchestre pas toujours à sa place.
En effet, l’ensemble musical, et en particulier la direction de Gareth Jones engendrent une certaine frustration. Étonnant quand on sait que le chef a déjà accompagné le chanteur dans ce même programme. L'ouverture de La Forza del destino laisse dubitatif  par manque de relief alors que celle de Don Giovanni tombe à plat. Au cours du Te Deum la musique couvre la voix du chanteur au point d'assourdir, tant et si bien que le résultat sonne presque vulgaire. L'entracte tombe donc à pic. La deuxième partie se révèle plus satisfaisante avec notamment La Danse macabre de Saint-Saëns et l'ouverture d'Orphée aux Enfers d'Offenbach. Jones canalise davantage ses musiciens, faisant ressortir les subtilités de ces partitions. 
 
  Comme au cours de la première partie, Bryn Terfel montre son aisance vocale, mais cette fois dans le registre de la comédie musicale. Souffle, émission, projection, le baryton-basse a aussi un sens théâtral incontestable. Il dégage un tel magnétisme qu'il motive le public à n'applaudir qu'au moment où il le veut. Avant d'interpréter l'unique rappel, il confie avec humour son rêve de participer à une grande production cinématographique comme Sweeney Told dont le rôle a été confié à Johnny Deep. Récemment c'est le rôle de Javert qui lui a échappé au profit de Russel Crowe. Son interprétation de « Stars » prouve que le cinéma peut parfois se tromper en matière de casting.
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