La disparition, en mai dernier, de Dame Felicity Lott avait rappelé l’attachement profond que nombre d’artistes britanniques portent à la musique française. Étudiante en français avant de se former au chant à Grenoble, « Flott » avait servi avec une diction et un naturel incomparables la mélodie, Poulenc et, bien sûr, Offenbach, dont elle fut une irrésistible Belle Hélène puis une Grande-Duchesse de Gérolstein restée dans les mémoires. Une francophilie que la France lui avait rendue en la faisant chevalière de la Légion d’honneur et officière des Arts et des Lettres. L’Opéra de Paris lui rendait hommage en ces termes.
Voici qu’Opera Rara fournit un nouvel indice de cette fidélité britannique en ouvrant sa 56e saison, le 4 octobre prochain au Bridgewater Hall de Manchester, avec la première au Royaume-Uni de Barkouf. L’ouvrage d’Offenbach raconte comment, après une succession de dirigeants corrompus et incapables (comment, ça, chez nous ? impossible !), un chien est nommé gouverneur de Lahore (comment ça, chez nous… pourquoi pas ?) Créée à l’Opéra-Comique le 24 décembre 1860, cette satire politique avait surmonté la censure avant de subir les foudres de la critique – Berlioz compris – et de disparaître après huit représentations. Quant à son actualité, chacun jugera si cent soixante-six années sont parvenues à l’émousser.
Retrouvée par Jean-Christophe Keck dans les archives de la famille Offenbach, puis complétée grâce à des feuillets conservés aux États-Unis, la partition sera donnée dans son édition critique sous la direction de Paul Daniel, à la tête du Hallé, du Chorus of English National Opera et du Royal Northern College of Music Opera Chorus. Anne-Catherine Gillet, Yann Beuron, Mathias Vidal, Valerie Eickhoff, François Piolino, Philippe Talbot, Katia Ledoux et Thibault de Damas formeront la distribution. Les dialogues originaux seront adaptés en anglais par Jeremy Sams et confiés au comédien Alistair McGowan. Une semaine auparavant, les mêmes forces auront réalisé le tout premier enregistrement de l’œuvre. Opera Rara poursuit ainsi un compagnonnage ancien avec Offenbach, déjà illustré par Fantasio et La Princesse de Trébizonde.
Mais à quoi tient donc cet amour anglo-saxon pour notre musique ? À la distance, qui aiguise la curiosité ? À une sensibilité particulière à l’élégance, à l’ironie et au non-dit ? À une tradition du récital qui n’a jamais relégué la mélodie française au second rayon ? Lecteurs de Forumopera.com, vos hypothèses – et vos contre-exemples – sont les bienvenus dans les commentaires.


