Créé en 1978 à l’Opéra de Munich, Lear d’Aribert Reimann est une des œuvres lyriques phares de la seconde moitié du XXe siècle, au même titre que Les Soldats de Bernd Alois Zimmermann, Le Grand Macabre de György Ligeti ou Licht de Karlheinz Stockhausen. Il existe à ce jour trois enregistrements : la production originale ainsi que deux autres des maisons de Francfort et de Hambourg. Il ne serait pas aisé d’en privilégier une autre que la première, tellement la partition fut conçue exprès pour son commanditaire et père spirituel, le baryton Dietrich Fischer-Dieskau, qui pour l’occasion s’entoura d’autres vedettes de l’époque telles que Julia Varady et Helga Dernesch. Cela se répercute jusque dans les détails de l’écriture vocale. L’esprit de cette œuvre hors norme, dont le défi était devenu un enjeu existentiel pour son compositeur, résonne dans ce disque, lui conférant un statut de document historique. Sous la baguette de Gerd Albrecht, interprète de longue date de la musique reimannienne, l’équilibre paradoxal entre violence et tendresse des sonorités devient palpable. La barre est haute, alors que les deux autres versions sont également passionnantes. L’Opéra de Francfort est une des institutions ayant le plus défendu les œuvres scéniques de Reimann. Avec des tempos plus lents et un soin particulier apporté à l’équilibre entre chant et orchestre, cet enregistrement avec le baryton Wolfgang Koch n’est pas moins digne d’intérêt que celui proposé par l’Opéra de Hambourg, avec Bo Skovhus dans le rôle-titre – un des interprètes les plus férus de cette partie, que le public parisien a pu admirer en 2016 et 2019. Cette DVD met en valeur le caractère physique de la musique.
Références :
Munich : Deutsche Grammophon, 1979 [vinyle] et 2000, 463 480-2 [CD].
Francfort : Oehms, 2009, OC 921.
Hambourg : Arthaus, 2015, 109063 [DVD].