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Discothèque idéale : Saariaho – L’Amour de loin (Nagano, Harmonia Mundi – 2009)

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Brève
9 mars 2026
De nos jours, est-il envisageable qu’une discographie lyrique digne de ce nom se passe du legs inestimable de Kaija Saariaho ? Longtemps sceptique à l’idée de composer un opéra, la musicienne finlandaise en écrira finalement cinq, et tirera sa révérence, quelques mois avant sa mort, avec le dernier d’entre eux, Innocence. Mais revenons ici au premier : créé en 2000 au Festival de Salzbourg, et dédié à son directeur de l’époque, Gérard Mortier, L’amour de loin surprend par la capacité de Kaija Saariaho à transformer son écriture influencée par la musique spectrale et le travail des timbres en véritable dramaturgie du son. Sous l’apparente rigidité d’un livret cernant les errances d’un amour impossible – celui du troubadour Jaufré Rudel pour la comtesse de Tripoli – l’œuvre déploie un théâtre intérieur vibrant, secoué à chaque scène par la circulation d’un désir diffus, immatériel, irrationnel mais toujours présent, ravivé en permanence par les songes des deux protagonistes et par les intercessions énigmatiques d’un pèlerin. Comme dans Tristan, comme dans Pelléas, l’orchestre se fait ici grand horloger : ni le temps ni la distance ne résistent à ses mouvements de ressac, ses couleurs irisées, où le médiéval se fond dans une sensualité qui n’a pas d’âge.
 
Évidemment, rien de pléthorique dans la discographie d’une œuvre si récente, mais si vous souhaitez une alternative à la vidéo captée à Salzbourg dans la mise en scène de Peter Sellars, la version enregistrée en 2009 par Kent Nagano, qui officiait également dans la fosse lors de la création, s’impose par la qualité de sa réalisation. Sculptant la matière orchestrale avec une clarté presque architecturale, laissant respirer les silences pour mieux ménager des transition hypnotiques, Nagano peut compter sur le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin qui répond avec une précision et une profondeur de timbre remarquables, ainsi que sur les trois solistes : Daniel BelcherEkaterina Lekhina et Marie-Ange Todorovitch font plus et mieux que s’approprier les subtilités d’une écriture vocale puisant ses ressources dans le plain-chant et la langue d’oc ; ils rendent touchants ce qui pourrait paraître hiératique, et donnent corps à ceux que l’on aurait hâtivement pris pour des silhouettes. Portée par la somptueuse prise de son de Harmonia Mundi, cette gravure révèle toute la puissance d’attraction de l’Amour de loin : un opéra de l’écoute intérieure, ample, sensuel, qui laisse chez l’auditeur une empreinte durable.
 

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