Forum Opéra

Ileana Cotrubas, la femme qui se méfiait

Partager sur :
Brève
20 août 2026

La soprano roumaine Ileana Cotrubas est morte à quatre-vingt-sept ans. Sa voix : un cristal que sa fêlure rendait plus lumineux. Elle eut pourtant une autre voix, moins chantée et plus redoutée : celle de la colère. Cotrubas ne haïssait pas la mise en scène ; elle exigeait seulement qu’elle demeurât à sa place, c’est-à-dire au service de l’œuvre. Dès que le décor prétendait commander à la partition, elle claquait la porte : Eugène Onéguine à Vienne en 1973, Don Pasquale au Met en 1980, Don Carlos à Paris en 1986. À Zurich, en 1987, elle poussa la courtoisie jusqu’à présenter au public ses excuses pour une production qu’elle jugeait indéfendable. Ce qui n’avait été qu’une suite d’éruptions devint, après sa retraite, un système. Dans Opernwahrheiten (1998), puis Die manipulierte Oper (2017), écrit avec son mari Manfred Ramin, elle instruisit le procès des metteurs en scène devenus auteurs, des directeurs changés en courtisans et d’une critique occupée à imposer ses modes. À ses yeux, certains spectacles ne renouvelaient pas les chefs-d’œuvre, mais les défiguraient, tandis que chanteurs et chefs, protestant dans les couloirs, acquiesçaient dans la fosse. Cette intransigeance hâta peut-être son départ, à cinquante et un ans. Heureusement, La Scala, Vienne, Covent Garden, le Met, Glyndebourne et Paris avaient eu le temps de s’associer à son talent.

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

En attendant le bicentenaire…
CDSWAG

Les dernières interviews

Les derniers dossiers

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

[themoneytizer id="121707-28"]