La soprano romaine, disparue hier 20 août, était titulaire du titre de Kammersängerin de la prestigieuse institution viennoise (lire aussi l’hommage de Sylvain Fort).
Décès à 87 ans d’une membre d’honneur de l’Opéra de Vienne
L’Opéra d’État de Vienne pleure la grande soprano Ileana Cotrubaș, décédée à l’âge de 87 ans.
Tous ceux qui l’ont entendue et vue sur scène en gardent un souvenir ébloui. Pour beaucoup, elle a incarné la Violetta, la Nedda, la Mimì ou la Gilda de son époque. Elle a également fait référence dans les rôles de Susanna ou de Tatiana. Elle ne recherchait pas une perfection lisse et superficielle, mais la vérité artistique dans le chant comme dans le jeu ; grâce à cela, chez Cotrubaș, la moindre phrase musicale devenait un événement, et ses nuances de timbre transformaient les émotions et les instants fugaces en musique pure, en une passion palpable et vibrante. Sa manière d’interpréter la lettre de Giorgio Germont dans le rôle de Violetta — sur le célèbre enregistrement dirigé par Carlos Kleiber, aux côtés de Plácido Domingo et Sherrill Milnes — a marqué l’histoire de l’interprétation. Et rares sont les sopranos qui, en prononçant les mots « È tardi ! » (Il est trop tard !), ont su exprimer le chagrin, le désespoir et la détresse de Violetta avec une telle puissance émotionnelle et une telle capacité à toucher le cœur.
Née à Galați, en Roumanie, Ileana Cotrubaș a débuté sa formation en 1948 au sein du chœur d’enfants de l’Opéra national de Bucarest et de la radio roumaine, avant de poursuivre ses études au conservatoire de Bucarest puis à Vienne. De nombreux engagements ont conduit cette soprano, qui résidait à Vienne, sur les plus grandes scènes internationales — Paris, Milan, New York, Londres, Berlin, Amsterdam — ainsi qu’au Festival de Salzbourg et à Glyndebourne ; toutefois, l’Opéra d’État de Vienne a toujours occupé une place à part dans sa carrière, demeurant pour elle une véritable patrie artistique. Elle y a fait ses débuts en 1969 dans le rôle de Pamina (*La Flûte enchantée*) et s’y est produite jusqu’en 1990, incarnant notamment Violetta (*La Traviata*), Nedda (*Pagliacci*), Mimì (*La Bohème*), Sophie (*Le Chevalier à la rose*), Gilda (*Rigoletto*), Tatiana (*Eugène Onéguine*), Zerlina (*Don Giovanni*), Adina (*L’Élixir d’amour*), Amelia (*Simon Boccanegra*) et Micaëla (*Carmen*). Elle a continué à y intervenir, en tant que débatteuse pugnace, jusqu’en 2012.
En 1981, Ileana Cotrubaș a reçu le titre de *Kammersängerin* autrichienne et, en 1991, celui de membre honoraire de l’Opéra d’État de Vienne.
L’Opéra d’État de Vienne a mis le drapeau en berne en signe de deuil.



