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DEBUSSY, Pelléas et Mélisande – Milan

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Spectacle
9 mai 2026
L’ombre et la lumière

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Drame lyrique en cinq actes et douze tableaux
Musique de Claude Debussy
Poème de Maurice Maeterlinck
Création le 30 avril 1902 à l’Opéra-Comique, Paris

Détails

Mise en scène, décors, costumes, lumières
Romeo Castellucci
Dramaturgie
Christian Longchamp
Collaboration artistique
Giulia Giammona

Pelléas
Bernard Richter
Mélisande
Sara Blanch
Golaud
Simon Keenlyside
Arkel
John Relyea
Geneviève
Marie-Nicole Lemieux
Le petit Yniold
Alberto Tibaldi
Un Médecin
Zhibin Zhang
Le berger
Geunhwa Lee

Orchestre et Chœurs du Teatro alla Scala de Milan
Direction musicale
Maxime Pascal

Milan, Teatro alla Scala, mercredi 6 mai 2026, 20h

Né en 1960 à Cesean, Romeo Castellucci aura mis longtemps à faire ses débuts italiens dans le lyrique. L’attente n’aura pas été déçue et la proposition offerte à la Scala est captivante, mélange d’évidences… et d’obscurités. On ne cherchera pas en effet à essayer de tout comprendre dans le spectacle qui nous est proposé, mais plutôt à se laisser porter par une ambiance globale particulièrement en phase avec le drame musical.

Le cadre général est totalement lisible (comme chez Stefan Herheim mutatis mutandis) avec de nombreux décors identifiables : on retrouvera ainsi le château d’Arkel, la forêt, la grotte, la fontaine, la tour… On retrouve aussi un peu de l’imagerie médiévale, avec des armures et des oriflammes, et même des poses qui rappellent les images de la création de l’ouvrage. Le travail de Castellucci n’est ainsi pas une rupture mais une avancée qui prolonge la tradition. À ces éléments viennent en effet se superposer des fulgurances visuelles : la lettre lue par Geneviève tandis qu’elle dévide comme la Parque un fil de laine qui formait un texte sur une tapisserie, les cheveux de Mélisande au sommet de la tour symbolisée par l’écoulement de filets de liquide blanchâtre (1), Pelléas et Mélisande en Pierrot et Colombine pour leur dernière scène, dans un décor blanc qui vient contraster avec la noirceur du château… D’autres images laissent au contraire dubitatif, tels ces numéros en chiffre romains, IV et V sur des oriflammes, la vitrine dans laquelle repose le corps de Mélisande, le cadavre noir de l’enfant posé sur un cercueil… Rien de rédhibitoire toutefois : on se laisse vite captiver par cette symbolique parfaitement en phase avec l’œuvre. Seul bémol : les éclairages sont assez uniformément sombres et on se demande ce que peuvent bien distinguer les spectateurs les plus éloignés de la scène.

 
© Monika Rittershaus – Teatro alla Scala

Le rôle de Pelléas a été prévu pour un baryton. Il est probable que Debussy ne voulait pas reproduire le trop classique triangle amoureux ténor-soprano-baryton-jaloux. Jean Périer en fut le premier interprète. Il était à la fois acteur au théâtre et chanteur lyrique, baryton Martin, c’est-à-dire un  baryton léger sans grande largeur de timbre. Ce choix de Debussy pointe l’importance de la diction et le compréhensibilité du texte, et aussi la volonté de ne pas devoir subir  un « chanteur qui s’écoute » (ce qui est toujours un peu le risque avec un ténor…) plutôt que de bénéficier d’un « acteur qui chante ». Ténor, Bernard Richter évite largement cet écueil, avec un parlé-chanté délicat, un chant à la fois solaire et nostalgique, et une diction exemplaire. Ce n’est que vers la fin de l’ouvrage qu’il abandonne un aigu mixé pour offrir des notes plus éclatantes, avec un contraste plus puissant que celui produit par les barytons traditionnels, et finalement assez bienvenu. Enfin, force est de reconnaitre que la voix de ténor vient apporter un supplément de jeunesse à Pelléas (sans compter le fait qu’elle se projette certainement plus facilement dans une grande salle comme la Scala).
La Mélisande de Sara Blanch contraste avec les interprétations habituelles du rôle. On y trouve moins de mystère et bien davantage de tristesse (il est de fait que Mélisande nous explique en long et en large qu’elle n’est pas heureuse…). Cette douleur affleure à plusieurs moments dans une expression vocale un peu appuyée (le terme « expressionniste » serait exagéré mais en exprime l’idée). C’est une Mélisande de chair plutôt qu’un esprit (à ceux qui rejetteraient en bloc cette conception un peu atypique, on fera remarquer qu’elle peut difficilement avoir vu le jour sans l’accord voire l’impulsion du chef et/ou du metteur en scène). Enfin, la diction est excellente, avec toutefois, mais en de rares occasions, un léger accent espagnol.
Simon Keenlyside est un Golaud absolument bouleversant, profondément humain, très sollicité dramatiquement par la mise en scène. Sa maîtrise de la langue française est remarquable et la diction est exemplaire, au point que plus d’un francophone pourrait en rabattre. Enfin, sa voix offre un éventail exceptionnel de colorations, du parlando au quasi-cri, en passant par les demi-teintes les plus subtiles, toutes au service de l’expression des émotions, tel un stradivarius sous l’archet d’un virtuose.
Un peu trémulante, Marie-Nicole Lemieux offre un timbre chaud à sa Geneviève. John Relyea est un Arkel au timbre profond, d’une belle noblesse mais un peu monochrome. Dans le rôle d’Yniold, plusieurs voix blanches alternent pour cette série (ce qui constitue, à notre sens, un plus par rapport aux voix de sopranos qu’on y entend trop souvent, quels que soient par ailleurs les défauts des voix d’enfant). Ce soir, le jeune Alberto Tibaldi offre une voix bien projetée, au timbre délicat, au français impeccable et au chant d’une certaine poésie, d’autant que la « scène des moutons » (coupée par le passé) est ici intégralement rétablie (l’édition se base sur la partition de la création).

© Monika Rittershaus – Teatro alla Scala

La direction de Maxime Pascal est souple et légère, contrastée et tendue, et donc également un brin atypique (sans parler d’extraits encore antérieurs, les premières intégrales remontent à 1927 et 1928, soit 25 ans après la création : on peut donc supposer qu’on connait une tradition interprétative assez proche de celle de la création). 
L’ouvrage a connu une histoire d’amour distendue avec la Scala. Il y est créé en italien dès 1908 sous la baguette de Toscanini, qui le reprend en 1925, puis en français en 1926. D’autres chefs illustres lui rendent justice : de Sabata (1949 et 1953), Baudo (1962), Prêtre (1973, 1977 et 2005), Abbado (1986), à chaque fois avec les meilleures voix du moment. Dans ce répertoire qui ne lui est pas étranger mais pas non plus familier, l’Orchestre de la Scala sait s’alléger sous la baguette du chef français, respirant avec les chanteurs, la précision des pupitres appuyant une lecture plutôt analytique. Au global, la symbiose entre chef, chanteurs et metteur en scène est quasi idéale pour une proposition hors norme. 

1. Rien de gratuit dans cette idée, qu’on pourrait même trouver assez crue. Les didascalies de la pièce de Maeterlinck indiquent en effet « Sa chevelure se révulse tout à coup, tandis qu’elle se penche ainsi et inonde Pelléas. »

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Dramaturgie
Christian Longchamp
Collaboration artistique
Giulia Giammona

Pelléas
Bernard Richter
Mélisande
Sara Blanch
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