La Bohème au Met : Plus traditionnel, tu meurs

Par Christian Peter | lun 26 Février 2018 | Imprimer

Ce samedi 24 février le Metropolitan Opera retransmettait dans les cinémas la célèbre production de La Bohème que Franco Zeffirelli avait signée en 1981 et dont le succès ne s’est jamais démenti, comme en témoignent à chaque lever du rideau, les applaudissements nourris que suscitent les décors réalisés par le metteur en scène italien lui-même, notamment celui du deuxième acte qui représente rien moins qu’un fragment du quartier latin sur deux niveaux, idée qu’il avait déjà exploitée quelques années plus tôt à la Scala. Au-dessus, des pâtés de maisons séparés par des ruelles et en contrebas le café Momus. Dans ce décor spectaculaire plus de deux cents figurants et choristes évoluent, la charrette de Parpignol est tirée par un âne et Musette arrive dans une calèche à cheval. A côté, les autres actes paraissent presque sobres. Le un et le quatre montrent les toits de Paris surplombés par la mansarde des étudiants. Le trois, une place enneigée avec des arbres et un banc, à droite une auberge, à l’arrière-plan, une grille.

Quoi que l’on pense des productions grandioses – d’aucuns diraient kitsch – de Zeffirelli, force est de reconnaître que la direction d’acteurs est extrêmement précise, que les personnages ne sont jamais livrés à eux-mêmes mais qu’ils se livrent à d’innombrables activités toujours en relation avec l’intrigue. Le cadre spatio-temporel voulu par Puccini et ses librettistes ainsi que les didascalies sont respectés, l’action se déroule bien dans les années 1830 ce qui apparemment a plu aux très nombreux spectateurs du cinéma qui affichait complet. A en croire les conversations entendues ici et là pendant les entractes, certains d’entre eux, traumatisés sans doute par la Bohème intersidérale récemment proposée à l’Opéra Bastille, se disaient comblés par cette conception on ne peut plus traditionnelle.

Comme c’est souvent le cas au Met, les seconds rôles sont tous très bien tenus. Le vétéran Paul Plishka incarne avec conviction et une voix encore solide les ,personnages de Benoît et Alcindoro. Dans le rôle épisodique de Schaunard, Alexey Lavrov ne passe pas inaperçu. Doté d’une voix sonore et d’un physique agréable, ce jeune baryton russe aura certainement un avenir prometteur. Magnifique Clémence dans la retransmission de L’amour de loin en 2016, Susanna Phillips campe une Musette haute en couleur avec un timbre brillant et un aigu facile. Le Colline de Matthew Rose en impose tant par son physique que par son timbre de bronze. Sa « Vecchia zimarra » est émouvante à souhait. Lucas Meachem que l’on a entendu notamment dans Iolanta aux côtés d’Anna Netrebko, à Pleyel en 2012 et au disque en 2015, est en revanche un Marcello sans éclat. Le timbre n’est pas désagréable mais la voix semble limitée aux deux extrémités de la tessiture. En Rodolfo, Michael Fabiano déçoit. Qu’est-il arrivé à ce ténor qui avait fait des débuts remarqués à l’Opéra Bastille en 2013 dans Lucia di Lammermoor ? Déjà son Duc de Mantoue en 2016 appelait bien des réserves. Aujourd’hui la voix est terne et plafonne dans l’aigu, celui qui conclut « Che gelida manina »,  émis avec difficulté, est plutôt laid, ce qui à son âge est préoccupant pour l’avenir. Heureusement le ténor se rattrape aux actes trois et quatre où la voix retrouve quelques couleurs et où le personnage, campé avec justesse, parvient à distiller une émotion durable. Longuement acclamée au salut final, Sonya Yoncheva est la grande triomphatrice de la soirée. Plus encore que sa récente Tosca, sa Mimi est pleinement convaincante de bout en bout tant sur le plan scénique que vocal. Le timbre est chatoyant, l’aigu triomphant et l’incarnation, toujours juste, devient poignante au cours des deux derniers actes.

La direction de Marco Armiliato, sobre et élégante, met en valeur les contrastes entre les scènes de comédie où les étudiants s’amusent et le drame sous-jacent, au dernier acte notamment.

 

Le 10 mars prochain le Metropolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live Sémiramis de Rossini avec Angela Meade dans le rôle-titre.

 

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