À Milan, Faust s’est tu. À Novare, Turandot a chanté sans décors. À Venise, c’est désormais Fedora qui vacille. Les grèves feraient-elles boule de neige dans les théâtres italiens ? À la Fenice, les syndicats ont annoncé deux journées de mobilisation qui menacent l’ouverture des saisons lyrique et symphonique.
Le premier coup pourrait tomber dès le 13 novembre, soir de la nouvelle production de Fedora de Giordano, mise en scène par Hugo de Ana et dirigée par Donato Renzetti, avec Maria Agresta et Vincenzo Costanzo. Le second, le 28 novembre, viserait le concert inaugural de la saison symphonique confié à Riccardo Frizza.
Le préavis, déposé le 14 octobre après plusieurs réunions sans issue, couvait depuis longtemps. Les syndicats dénoncent une organisation du travail défaillante et un manque de reconnaissance des qualifications. La tournée en Chine a fini de mettre le feu aux poudres : indemnités de déplacement et conditions de préparation de Tosca à Shanghai sont au cœur des griefs. Le 16 octobre, une ultime tentative pour suspendre le mouvement a échoué, faute d’accord sur la reprise des négociations. Le surintendant Nicola Colabianchi, toujours à Shanghai, a renvoyé les discussions à son retour.
Venise n’est pas un cas isolé. Le 20 octobre, la grève des salariés de la Scala a eu raison de la première de Faust. Ce 23 octobre, au Teatro Coccia de Novare, Turandot a dû se replier sur une version de concert, faute de techniciens du Teatro Sociale de Côme, coproducteur du spectacle, passés eux aussi dans la mobilisation. Et le 27 octobre, une grève nationale doit réunir salariés permanents des théâtres, artistes et techniciens engagés au cachet, après l’échec des négociations avec Federvivo sur le renouvellement des conventions collectives.
Les revendications varient d’une maison à l’autre, et rien n’indique une contagion orchestrée. Mais de Milan à Venise, le malaise gagne du terrain. À la Fenice, qui doit son nom au phénix renaissant de ses cendres, on espère que le dialogue reprendra avant que le rideau, lui aussi, ne refuse de se lever.