Quand Norma embrase le Capitole

Par Christian Peter | mar 31 Mars 2020 | Imprimer

En septembre dernier la saison du Capitole de Toulouse s’ouvrait avec une nouvelle production de Norma qui avait fait grand bruit. Ce spectacle est désormais visible sur le site France TV jusqu’au 11 avril prochain, une aubaine pour tous les amateurs de bel canto. La mise en scène, de facture classique, était signée Anne Delbée, le décor d’Abel Orain s’articule autour d’une sorte de podium sur lequel les personnages prennent place pour chanter leurs airs. De part et d’autre, des rideaux blanc ornés de motifs végétaux au premier acte, auxquels succèdent à l’acte suivant des panneaux triangulaires et luisants de couleur argentée ou dorée selon les tableaux. Au fond apparaissent des vidéos, notamment celles des enfants de Norma qu’on ne verra pas sur la scène. On aura apprécié les beaux éclairages de Vinicio Cheli notamment celui du premier acte où le plateau est nimbé d’une lumière bleutée du plus bel effet. En revanche on regrettera la présence superflue d’un comédien grimé en cerf blanc qui déclame un texte abscons avec des accents qui se veulent prophétiques pendant la musique. La direction d’acteur, minimaliste, semble laisser plus souvent qu’à leur tour, les protagonistes livrés à eux-mêmes.

La distribution est dominée par les deux principales interprètes féminines : Marina Rebeka, d’une beauté sculpturale dès son entrée en scène, possède les moyens que réclame le rôle, une voix longue et puissante, un timbre capiteux, homogène sur toute la tessiture, un aigu solide et un registre grave d’une profondeur insoupçonnée. Elle affronte les innombrables difficultés qui parsèment sa partie avec un contrôle du souffle et une maîtrise sans faille de l’ornementation. A son entrée au premier acte, elle déclame son récitatif avec toute l’autorité requise. Très applaudi, le « Casta diva » délicatement nuancé révèle un impeccable legato. En revanche, dans la cabalette, réduite à un seul couplet les consonnes manquent un peu de mordant ce qui nuit à la compréhension du texte. La soprano lettone se montre pleinement convaincante dans les duos avec Adalgisa ainsi que dans la scène finale où elle laisse libre court à ses dons de tragédienne. Karine Deshaye est sans conteste l’une des meilleures Adalgisa du moment, l’étendue de la voix qui flirte désormais avec le soprano, lui permet d’attendre le contre-ut sans difficulté, le timbre mordoré évoque la jeunesse et la détermination du personnage, enfin, en grande habituée du répertoire rossinien, la cantatrice connaît sa grammaire belcantiste sur le bout des doigts et livre une interprétation de tout premier ordre dès le premier acte où son « Sgombra è la sacra selva » phrasé avec une délicatesse infinie exprime la fragilité et la pudeur de ce personnage.

A leurs côtés le jeune Airam Hernández effectue une prise de rôle remarquée en Pollione. Le ténor espagnol possède une voix claire et une belle technique qui lui permet de proposer une scène d’entrée tout à fait remarquable, son air « Meco all’altar di Venere » dévoile un registre aigu d’une grande facilité, de plus il ose des ornementations du plus bel effet dans l’unique couplet de sa cabalette. Si le comédien est encore un peu sur la réserve, le chanteur peut déjà prétendre à un bel avenir.

L’Oroveso de Bálint Szabó dispose de moyens solides qui captent l’attention dès sa scène d’entrée au premier acte. Enfin Andreea Soare est une Clotilde à la voix fraîche et prometteuse.

Belle prestation des chœurs préparés par Alfonso Caiani.

Au pupitre Giampaolo Bisanti propose une direction toute en nuance qui privilégie l’élégie au détriment parfois de certains passages dramatiques comme le trio de la fin du premier acte. La scène finale en revanche est tout à fait spectaculaire dans sa grandeur tragique. Lors des saluts, le public enthousiaste a réservé un accueil des plus chaleureux à l'ensemble des protagonistes.

 

 

 

 

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