Requiem inaugural pour Alain Altinoglu à Bruxelles

Par Claude Jottrand | mer 11 Novembre 2015 | Imprimer

C’est dans la grande salle du Palais des Beaux Art qu’Alain Altinoglu a donné son premier concert bruxellois depuis sa nomination à la direction musicale de La Monnaie en septembre dernier. Certes son mandat ne commencera officiellement qu’en janvier prochain, mais la Grande Messe des Morts de Berlioz qu’il a dirigée là deux soirs de suite le week-end dernier a fait office de concert inaugural d’un règne qui s’annonce sous les meilleurs auspices.

A la tête d’une impressionnante phalange (plus de deux cents musiciens, choristes inclus) dont il obtient immédiatement l’adhésion, il  enchaîne les dix numéros de la partition avec une maîtrise de la forme, un sens du phrasé, un lyrisme et une générosité exceptionnels. La démesure de l’œuvre et le gigantisme des effectifs peuvent monter à la tête, c’est précisément le piège à éviter ;  gardant le sens de la mesure, Altinoglu fait vibrer la salle (les murs comme le public) avec ivresse, mais sans que le son ne sature l’auditeur, pourtant un peu estomaqué par tant d’ampleur. Il crée la surprise par des effets de spatialisation obtenus en répartissant les cuivres dans les loges d’avant-scène et, jusque dans la loge royale (le Roi n’y était pas…), met en relief toutes les originalités d’écriture, les contrastes et obtient alors très spontanément le sentiment dramatique désiré. Terrifiant Tuba Mirum, accelerando audacieusement mené dans le Rex tremendae, hoquets suppliants dans le Lacrimosa constituent autant d’étapes qui mènent l’auditeur vers le solo du ténor, Steve Davislim remplaçant au pied levé Eric Cutler initialement pressenti mais souffrant. Voix vigoureuse et timbre puissant, ce jeune ténor australien cherche à passer en force, impressionné sans doute lui aussi par la masse orchestrale, malmenant un peu le style sans vraiment paraître à l’aise. Une voix plus pointue, plus française aurait sans doute mieux convenu. Et qu’importe si dans les chœurs comme dans l’orchestre, il reste un peu de travail à parfaire pour obtenir plus d’homogénéité dans les pupitres de vents ou chez les sopranos. Le temps et la patience du chef y pourvoiront. Pour aujourd’hui, très longuement applaudi par un public enthousiaste, le nouveau directeur musical a brillamment réussi son examen d’entrée.

Hector Berlioz, Grande Messe des Morts op. 5 (1837). Orchestre Symphonique de La Monnaie, Choeurs de La Monnaie, Académie de choeur de La Monnaie, Vlaams Radio Koor, Steve Davislim, ténor, placés sous la direction d'Alain Altinoglu. Bruxelles, Palais des Beaux Arts, le 7 novembre 2015, 20h.

 

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