A Rome, entre 1707 et 1710, Haendel illustre avec bonheur la cantate italienne, pour voix et continuo, dont au moins 72 nous sont parvenues, écrites pour la plupart pour Francesco Rispoli, son commanditaire. Bien que destinées au concert privé, elles participent au moins autant que ses opéras, oratorios et autres œuvres sacrées, à la reconnaissance du compositeur comme à l’élaboration de son œuvre lyrique. Bukofzer les considère comme « laboratoire d’essai » des grands ouvrages. La majorité d’entre elles seront créées par la Durastanti. Si une dizaine sont familières, au concert comme au disque, la grande majorité demeure inconnue, ou méconnue. Le premier mérite de ce CD est de nous en révéler cinq, très différenciées dans leur expression. Evidemment leur coupe (deux ou trois arias introduites et reliées par des récitatifs) s’inscrit dans la pratique du temps. Leurs sujets aussi. Qu’elles s’appellent Irene, Clori, ou Tirsi, les incertitudes, les tourments du cœur de l’amant(e) constituent le sujet : une authentique scène dramatique, bien avant l’air de concert, un opéra miniature.
Gabriel Diaz, formé en Espagne puis au Royaume Uni, est rare chez nous, et c’est bien dommage. En pleine possession de ses moyens, son chant nous émeut car les textes sont servis avec une vérité dramatique constante. La souplesse des récitatifs, la fluidité du débit, la longueur de voix comme les modelés, la sensualité du propos, sans oublier une virtuosité intelligente, discrète et efficace, tout est réuni pour un admirable bel canto baroque. L’intelligence et le naturel de l’ornementation des da capo forcent l’admiration. La plus large palette expressive est illustrée avec brio : les deux dernières cantates (Lungi da me, pensier tiranno et Dolc’è pur d’amor l’affanno) en attestent, de nature très contrastée. La première, dans la fin de sa première partie (« fuggi »), fait appel à une virtuosité impressionnante, de la voix comme du violoncelle, et du clavecin, dont la complicité est constante. La plénitude radieuse de la dernière est communicative. Un enregistrement dont on sort réjoui et heureux.
La plaquette d’accompagnement, que signe le chanteur, ne comporte qu’un article, surprenant : une réflexion (« The innocent Pornographer ») qui invite à une lecture métaphorique, non genrée, des textes illustrés par Haendel. L’auditeur devra rechercher sur le net les paroles et leur traduction. La prise de son, d’une rare qualité, restitue idéalement les couleurs de ce magnifique enregistrement.

