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Missa Solemnis

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CD
27 août 2009
Un peu trop solennelle

Note ForumOpera.com

2

Infos sur l’œuvre

Détails

Ludwig van Beethoven (1770-1827)

Missa Solemnis op. 123

Anna Tomowa-Sintow (soprano)
Patricia Payne (alto)
Robert Tear (ténor)
Robert Lloyd (basse)
Messe en Ut op. 86
Christiane Eda-Pierre (soprano)
Patricia Payne (alto)
Robert Tear (ténor)
Kurt Moll (basse)

London Symphony Chorus
London Symphony Orchestra
Direction musicale : sir Colin Davis

2 CD Brilliant Classics

Le hasard des rééditions occasionne parfois d’intéressantes comparaisons. Il y a quelques mois, DG exhumait du vieux fond Unitel un DVD où Leonard Bernstein, fidèle à sa légende, animait d’une foi lumineuse, presque fantasque et, disons-le tout de suite, pas très catholique, une Missa Solemnis d’anthologie. Aujourd’hui, la version enregistrée en 1977 que nous fait (re)découvrir Brilliant brille par son antagonisme : le caractère épicurien, presque hédoniste, de Bernstein « l’athée » se confronte à l’ascétisme de Sir Colin « le protestant ». On ne s’étonnera donc pas de la relative austérité que révèlent plusieurs passages  de cette grande-œuvre beethovenienne : si le Kyrie initial n’est pas livré sans enthousiasme, on cherchera en vain ici toute ferveur, toute exacerbation… au point que les solistes semblent parfois artificiellement bridés. De la même manière, le Credo ne s’épanche pas avec toute l’ardeur voulue – c’est que Davis préfère exalter à sa manière la splendeur du son et la beauté des textures au lieu de souligner arêtes et contrastes. L’entreprise était louable, assurément, mais des cordes si amorphes dans le tutti concluant l’Et Incarnatus Est en devenaient-elles inévitables pour autant ? La volonté d’offrir de la Missa Solemnis une lecture « contemplative » et mesurée interdisait-elle d’emblée aux musiciens du London Symphony Orchestra de se montrer plus vifs dans l’interlude orchestral précédant la toute fin de l’Agnus Dei ? En définitive, il n’y a que dans le Sanctus que l’interprétation de Colin Davis convainc totalement, au point que la sublime introduction du Benedictus pourrait à elle seule motiver l’écoute de ce disque, et justifier le choix de l’austérité opéré par le chef britannique.  A l’inverse, les imposantes dimensions et les contrastes affirmés du Gloria (dont Beethoven avouait que « chaque phrase prenait [sous] sa main une extension beaucoup plus grande que celle qui avait été prévue dans le plan initial ») poussent Davis à opter cette fois pour des tempi à la vivacité libératrice, qui ressemblent déjà à l’aboutissement de la 9ème Symphonie… il nous faut  dès lors rendre les armes une fois de plus devant un orchestre dont l’excellence s’était de toute manière imposée avec la force de l’évidence dès les toutes premières mesures, mais aussi devant un Chœur dont la grandeur, par la suite, nous manquera quelque peu. Mais ce Gloria nous déconcerte tout en nous enthousiasmant : sa fraîcheur et son dynamisme séduisent, mais quelle est sa place au sein d’un ensemble qui obéit à une logique diamétralement opposée ? Ne faut-il pas y voir plutôt une volonté clairement affirmée de célébrer les vastes proportions de ce mouvement en le jouant presque comme une messe à part entière ? 
L’interprétation de la Messe en Ut ne suscitera pas autant de questions : antérieure de quinze ans à la Missa Solemnis, cette pièce est caractéristique d’un Beethoven trentenaire qui, même s’il a déjà composé la «  Symphonie Héroïque », ne s’est pas encore plongé corps et âme dans le romantisme. Ce caractère mixte tombe sans un pli sur la baguette d’un mozartien tel que Colin Davis. Le classicisme du phrasé, la constance des tempi, l’équilibre des nuances ne peuvent pas, cette fois-ci, nous faire regretter les affres d’un romantisme plus virulent. Ils font même tout le prix de cette version, lui conférant le charme et l’élégance un peu corsetée que l’on peut trouver aux opéras de Mozart que le même Colin Davis enregistra peu ou prou à la même époque. L’austérité, cette fois, n’est plus un cadre rigide qui entraverait la libre respiration de l’œuvre, mais une marque de fabrique, une « patte » qui lui donne, bien au contraire, sa force et son caractère. Les solistes sont tout aussi convaincants que dans la Missa Solemnis, et même davantage : Kurt Moll remplace avantageusement Robert Lloyd, qui laisse le souvenir d’un chant bien fruste. Les hommes paraissent de toute façon quelques peu effacés devant leurs collègues féminines, mais on ne leur en veut pas trop : comment pourrait-il en être autrement, face à Anna Tomowa-Sintow et Christiane Eda-Pierre ?
 
Clément Taillia
  

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