Bach für immer

Bach - Collegium Vocale Gent - Philippe Herreweghe

Par Yvan Beuvard | mer 06 Avril 2022 | Imprimer

C’est une véritable somme de la musique vocale sacrée de Bach que nous offre ce coffret. Chacun connaît la contribution de Philippe Herreweghe et de son Collegium Vocale Gent à la musique chorale, à celle de Bach tout particulièrement. La réédition d’enregistrements réalisés entre 2011 et 2020 nous offre les motets, seize cantates d’église, la Messe en si mineur et la Passion selon St Jean, soit 10 CD, pas loin de 10 h de musique, à tout petit prix. Comment résister ?

Plusieurs d’entre eux ont fait l’objet de comptes-rendus sur notre site, auquel nous renvoyons le lecteur : La Johannes Passion avait été écoutée par Dominique Joucken (Quand on arrive à l’os), alors que Pierre-Emmanuel Lephay avait rendu compte de l’enregistrement de la Messe en si (Du superbe papier glacé), Claude Jottrand l’avait écoutée en concert (Majeure Messe en si à Bruxelles). L’enregistrement des cantates BWV 101, 103 et 115 avait été commenté par Dominique Joucken (Reflets d’or dans un vitrail), les BWV 45, 118 et 198 ont fait l’objet d’un compte-rendu (Meins Lebens Licht). Par ailleurs, le lecteur réécoutera ou relira avec profit les multiples interviews que le grand chef offrit à Forumopéra.

Seuls les motets (auxquels il faut ajouter une aria à 5 « Komm, Jesu, komm » de Johann Schelle) et une dizaine de cantates avaient échappé à la sagacité de nos rédacteurs ; c’est ce qui nourrira notre propos.

Six motets figurent sur le premier CD, et « O Jesu Christ, meins Lebens Licht » (BWV 118) sur le dernier. Ne manquent que « Nun ist das Heil und die Kraft » (BWV 50) et « Ich lasse dich nicht » (BWV Anh 159) longtemps attribué à Johann Christoph. Les motets sont au cœur de la réflexion de Philippe Herreweghe, bien avant 1985, date de leur premier enregistrement. Sans entrer dans les détails, écrivons que c’est certainement l’une des versions les plus abouties. Le texte est primordial, son articulation, ses phrasés sont exemplaires, comme la dynamique. Deux chanteurs (3 sopranos) par partie, voilà qui est non seulement historiquement informé, mais, surtout confère une lisibilité idéale des lignes. Tous les motets – à double-chœur – sont accompagnés colla parte, c’est-à-dire avec une doublure instrumentale appropriée, sauf le « Lobet den Herrn » (BWV 230) à 4, où la basse continue est écrite par Bach, et le motet funèbre « O Jesu Christ, mein’s Lebens Licht » (BWV 118), lui aussi à 4, dont les parties orchestrales sont connues. La dynamique en est superbe, d’un naturel confondant, l’évidence, dépourvue de tout maniérisme. « Singet dem Herrn » est tour à tour jubilatoire, puis d’une grâce touchante, avant la fugue conclusive. « Komm, Jesu, Komm » se signale par la grande douceur de la supplique. « Jesu, meine Freude » est exemplaire, le propos de chaque verset s’inscrivant dans cette grande fresque avec une caractérisation achevée. « Fürchte dich nicht » (BWV 228) est résolu, vigoureux, et son admirable fugue conduite à la perfection, « Der Geist hilft unser Schwachheit » (BWV 226) émouvant. Autre motet funèbre dont il a été fait état, le BWV 118, figurant sur le CD 10, avant « Lass, Fürstin », de caractère voisin :  recueilli, aux couleurs instrumentales et vocales admirables, c’est un égal bonheur. Vous l’aurez compris, nous tenons là une des plus belles versions jamais réalisées des motets, qui mériterait quatre cœurs de la notation de Forumopéra.

Les neuf cantates non encore recensées sont très diverses et reflètent la carrière de Bach, de la célèbre et archaïsante « Christ lag in Todesbanden » (BWV 4) écrite à Mühlhausen en 1707 ou 8, à la floraison des années 1720 à 29. Toutes sont confiées à la même distribution, à quelques exceptions près. Le Collegium Vocale et les solistes forment une équipe qui s’est forgée et affinée avec le temps. Par-delà les qualités individuelles de chacun, c’est l’entente parfaite qui séduit, pour un projet longuement mûri et abouti. L’abondance des propositions est telle qu’en fonction de ses options et de ses goûts, chacun pourra trouver ici ou là une version qui lui conviendra davantage, mais la vision inspirée qui guide le patient travail de Philippe Herreweghe est le gage de la profondeur et de l’achèvement de sa lecture.

Pour l’amateur découvrant l’œuvre chorale du Cantor, comme pour le passionné, collectionnant les versions, voici un coffret remarquable par la richesse de son contenu comme par les interprétations magistrales qui nous sont offertes.

 

 

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