Orphée dans toutes les positions

Orfeo(s), Sunhae Im

Par Sylvain Fort | jeu 23 Avril 2015 | Imprimer

Eternelle fascination exercée par Orphée sur les musiciens ! Ce disque l’atteste encore. Intelligemment, il va chercher l’évocation du mythe dans une musique écrite dans un arc de temps limité (les toutes premières décennies du XVIIIe siècle) et cependant fort diverse : vers 1735 pour la cantate de Pergolèse, 1710 pour la cantate de Clérambault, à peu près cette même date pour la cantate d’Alessandro Scarlatti, 1721 pour la cantate de Rameau.

Bien qu’il s’agisse génériquement de « cantates », les quatre œuvres adoptent des dramaturgies fort différentes, trompant tout effet répétitif qui aurait pu résulter de ce choix. On est ainsi particulièrement frappé par le mode narratif retenu par Clérambault, qui mêle les personnages et les atmosphères. De même, la cantate de Scarlatti s’ouvre et se ferme par deux épisodes confiés à une voix tierce. Quant à Rameau, il confie toute la cantate à un narrateur.  

Il va de soi néanmoins qu’au-delà de ces choix, c’est l’animation musicale qui varie et intéresse. De ce point de vue, il est frappant que le mythe d’Orphée semble mener les compositeurs à exprimer ce qui leur est le plus singulier. Le dramatisme de la cantate de Pergolèse, la mélancolie diffuse de Scarlatti, la subtilité évocatrice de Clérambault semblent comme aboutir à une cantate de Rameau littéralement explosive d’intentions et d’aspérités : Rameau semble faire de cette simple cantate une sorte de laboratoire de musique dramatique, multipliant les approches, les formules instrumentales.

L’Akademie für alte Musik Berlin restitue ces différentes atmosphères et la vision poétique qui les sous-tend avec une admirable variété de couleurs et d’accents. Hélas, on n’en saurait dire autant de Sunhae Im. Musicienne et linguiste comme elle est, elle ne trahit aucune limite dans ces œuvres successives. La seule limite est celle de son timbre, naturellement peu coloré et assez pointu (ce qu’on appelait jadis sans connotation trop péjorative un emploi de soubrette). Las, il faut à ces Orphées des ressources de timbre de ligne, de souffle, de couleurs que l’on soupçonne plus vastes et plus riches. Assurément, ce que nous fait entendre Sunhae Im appelle plus que ce qu’elle nous offre. C’est la rançon sans doute de son indéniable engagement et d’une interprétation qui aiguise notre appétit , davantage hélas qu’il ne le comble. 

 

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