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	<title>Francesco CILEA - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 09 Feb 2026 20:30:28 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Francesco CILEA - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>Joan Sutherland, The Complete Decca Recordings Operas 1971-1988</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 06:13:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l&#8217;exceptionnel coffret consacré aux récitals de Joan Sutherland et au non moins grandiose coffret consacré aux intégrales lyriques de 1959 à 1970, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la Stupenda avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988. Le coffret s&#8217;ouvre avec un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l&rsquo;exceptionnel coffret consacré aux récitals de <strong>Joan Sutherland</strong> et au non moins grandiose coffret consacré <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/joan-sutherland-the-complete-decca-recordings-operas-1959-1970/">aux intégrales lyriques de 1959 à 1970</a>, Decca propose une troisième et sans doute dernière pierre à la discographie de la <em>Stupenda</em> avec ce troisième volume consacré aux opéras enregistrés entre 1971 et 1988.</p>
<p>Le coffret s&rsquo;ouvre avec un enregistrement de <em>Rigoletto</em> figurant parmi les meilleurs de la riche discographie de l&rsquo;ouvrage. Évitant les dérives véristes stylistiquement hors de propos (mais parfois bien excitantes il faut le reconnaitre), <strong>Richard Bonynge</strong> restitue à l&rsquo;ouvrage sa filiation belcantiste grâce à une distribution idéale de musicalité. Le chef australien restaure également les parties habituellement coupées à l&rsquo;époque (et qui le sont encore souvent aujourd&rsquo;hui) : cabalette du Duc à l&rsquo;acte II, reprises, cadences, etc. Ce parti ne se fait pourtant pas au détriment du caractère dramatique de l&rsquo;ouvrage, et cette version reste très théâtrale. <strong>Sherrill Milnes</strong> offre un Rigoletto magnifiquement abouti, moins plébéien que beaucoup de ses collègues, son chant ne se départissant jamais d&rsquo;une certaine noblesse. Son bouffon est d&rsquo;abord un homme blessé dont l&rsquo;amoralité a pour origine ces blessures même. L&rsquo;interprétation est d&rsquo;une passionnante complexité : à titre d&rsquo;illustration, on peut ainsi l&rsquo;entendre passer en un instant de l&rsquo;autorité (<strong>« </strong>Padre ti sono, e basti » / « Je suis ton père, cela suffit ») au doute (« Me forse al mondo temono, etc. » / « Il y a peut-être sur terre des gens qui me craignent, et des gens dont j’ai éveillé la rancune. D’autres me maudissent »). Un vrai travail d&rsquo;orfèvre mais qui ne tombe jamais dans un maniérisme extérieur. Cerise sur le gâteau, le baryton dispose d&rsquo;un aigu impressionnant culminant au si naturel sur sa <strong>« </strong>Maledizione! » finale. Séducteur et jouisseur, <strong>Luciano</strong> <strong>Pavarotti</strong> est un Duc irrésistible de beauté de timbre et de <em>morbidezza</em>. Avec Alfredo Kraus, plus aristocratique, et Carlo Bergonzi plus varié de couleurs, le <em>tenorissimo</em> complète la trinité des meilleurs interprètes du rôle. Dans la tranquillité du studio, le chanteur peut donner ici le contre ré de sa cabalette, note qu&rsquo;il évitait généralement à la scène. Joan Sutherland offre une Gilda pleine de nostalgie, de tristesse, de compassion ( son « Oh quanto dolor! » est à fondre). Démonstration de beau chant, son « Caro nome » pourrait être plus habité. Au dernier acte le soprano australien démontre en revanche de remarquables capacités dramatiques et il faut reconnaitre que le contre-ut interpolé juste avant que Gilda ne soit poignardée fait froid dans le dos. Le reste de la distribution est remarquable en particulier le Sparafucile de <strong>Marti Talvela</strong>. On notera aussi la présence <strong>Kiri Te Kanawa </strong>dans le court rôle de la Contessa di Ceprano, ce qui donne une idée de la richesse du casting.</p>
<p>Le second enregistrement de <em>Lucia di Lammermoor</em> de Sutherland est un autre incontournable de toute discothèque qui se respecte. Richard Bonynge restaure à nouveau la quasi-totalité des coupures traditionnelles, notamment les reprises et les codas (mais généralement sans variation, à l&rsquo;exception de celles du rôle-titre), les tonalités originelles, et la scène de Wolfcrag (déjà restituée dans la première version). Au risque de se répéter, on réaffirmera que Joan Sutherland est une Lucia inégalée, capable de restituer toutes la finesse des émotions de l&rsquo;héroïne par l&rsquo;art du chant, tout en y apportant urgence et dramatisme. Avec le soprano australien, les pyrotechnies vocales ne sont jamais gratuites mais au service de l&rsquo;expression du personnage. Comme dans <em>Rigoletto</em>, Luciano Pavarotti n&rsquo;a guère de rivaux (si ce n&rsquo;est les deux chanteurs déjà cités) : le ténor italien est ici proche de la perfection, avec une probité stylistique qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas toujours plus tard dans sa carrière. C’est dans les rôles où l’on ne les attend pas que se révèle le génie des grands artistes : Sherrill Milnes est ainsi un Enrico exceptionnel, dramatique sans effets véristes (il semble trembler vraiment quand il dit <strong>« </strong>Io fremo! »). Son aisance dans l&rsquo;aigu lui permet d&rsquo;être le partenaire idéale de Joan Sutherland pour leur duo du deuxième acte, restitué à sa tonalité aiguë originale, avec la naturel et mi naturel conclusifs. <strong>Nicolaï Ghiaurov</strong> est un Raimondo de luxe, stylistiquement irréprochable, au timbre magnifique et au chant expressif, toujours dans le respect des règles belcantistes. Les <em>comprimari</em> sont excellents.</p>
<p>En 1971, quand Richard Bonynge s&rsquo;attaque à l&rsquo;enregistrement des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em>, ni l&rsquo;éphémère et contestée version de Fritz Oeser (1976), ni celle de Michael Kaye (1987-1992) et encore moins celle de Jean-Christophe Keck (2010) ne sont connues. Le chef d&rsquo;orchestre australien est toutefois conscient des approximations de la version Choudens traditionnelle et va proposer la sienne, dans une optique de retour à la forme de l&rsquo;opéra-comique, c&rsquo;est-à-dire en supprimant les récitatifs apocryphes (on trouvera ici un excellent comparatif des différentes versions <a href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">sous la plume de notre collègue Christian Peter</a>). Sa version n&rsquo;est toutefois pas musicologiquement scrupuleuse : par exemple, le septuor avec chœur composé par Raoul Gunsbourg et orchestré par André Bloch pour la reprise de Monte-Carlo en 1904 est ainsi conservé, mais transformé en quatuor et déplacé de l&rsquo;acte de Venise à l&rsquo;épilogue pour renforcer le rôle de Stella. Grâce aux moyens phénoménaux de son épouse, Bonynge bénéficie d&rsquo;un interprète unique pour les quatre rôles féminins, à vue de nez sans compromis sur les tonalités par rapport aux traditions de l’époque. Cette unicité d&rsquo;interprète est d&rsquo;ailleurs conforme au projet initial d&rsquo;Offenbach. <strong>Plácido Domingo</strong> est un poète bien chantant, un peu générique d&rsquo;interprétation mais attachant, avec de ci de là quelques raffinements musicaux inhabituels comme l&rsquo;utilisation du registre mixte pour les passages plus élégiaques. <strong>Gabriel Bacquier </strong>s&rsquo;en donne à cœur joie dans les quatre rôles maléfiques où son sens du théâtre fait merveille. Il campe des personnages tour à tour inquiétants ou sardoniques, voire drôle (le pseudo accent juif utilisé dans les dialogues de Coppélius aurait toutefois du mal à passer de nos jours). Le baryton chante ici les versions traditionnelles de <strong>« </strong>J&rsquo;ai des yeux » et, dans la tonalité aiguë, le <strong>« </strong>Scintille diamant » ajouté par Gunsbourg, conclu par un fa dièse. <strong>Huguette Tourangeau</strong> n&rsquo;a pas grand-chose à chanter dans cette version mais offre une honorable <strong>« </strong>Poupée aux yeux d&rsquo;émail ». Joan Sutherland offre une diction et une prononciation française acceptable, avec des <strong>« </strong>r » assez roulés, un peu passé de mode aujourd&rsquo;hui. On aura connu des poupées aux variations plus délirantes (Natalie Dessay pour ne pas la citer) mais l&rsquo;incarnation du soprano australien reste réjouissante. L&rsquo;acte de Giulietta ne lui cause aucun problème en dépit de sa tessiture plus grave, et le quatuor de l&rsquo;épilogue est spectaculaire, couronné par un mi bémol du soprano. L&rsquo;incarnation d&rsquo;Antonia est superlative, pleine d&rsquo;émotion et de sensibilité. À l&rsquo;instar de sa Marguerite de <em>Faust, </em>chaque phrase mériterait d&rsquo;être citée pour la finesse de sa coloration. Dans les quatre valets, <strong>Hugues Cuénod</strong> est impeccable de drôlerie sans outrance. Sans être un artiste lyrique, <strong>Jacques Charon</strong> chante correctement mais son style contraste exagérément avec celui des trois rôles principaux : on est ici davantage dans le registre de l&rsquo;opérette que de l&rsquo;opéra. Il en va de même de sa composition un peu outrée, façon Michel Serrault dans <em>La cage aux folles</em>. La baguette de Richard Bonynge est ici plus à l&rsquo;aise dans le romantisme que dans la jovialité, avec quelques lourdeurs occasionnelles. Si l&rsquo;Orchestre de la radio Suisse Romande n&rsquo;appelle pas de réserves particulières, les différents chœurs réunis manquent un peu de corps, surtout côté ténors.</p>
<p>Si elle n&rsquo;avait pas rencontré Richard Bonynge, il est probable que Joan Sutherland se serait orientée vers un répertoire totalement différent, ses moyens lui permettant de servir sans problème les compositeurs véristes ou Wagner, comme en témoignent <a href="https://www.youtube.com/watch?v=_N13nhxM_-Q">ses premiers témoignages sonores</a>. Elle a d&rsquo;ailleurs enregistré un récital Wagner en 1979. Une démonstration éclatante en est faite avec cette version de <em>Turandot</em>, qui constitue l&rsquo;une des références de la discographie du dernier chef d&rsquo;œuvre de Puccini. Dès son air d&rsquo;entrée, Sutherland offre un personnage plus complexe que celui habituellement interprété par les interprètes classiques. Les premiers mots, « In questa regia », sont chantés comme un triste souvenir qui revient à la mémoire, avant que le discours de Turandot ne prenne une tournure plus vindicative. Le soprano australien alterne ainsi les moments d&rsquo;abandon et ceux de froideur. Une incarnation absolument indispensable qui renouvelait l&rsquo;interprétation impressionnante mais un brin monolithique de ses devancières. Contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait imaginer, Luciano Pavarotti a peu chanté le rôle de Calaf sur scène : une série de représentations à San Francisco en 1977 et une autre au Met en 1997 et c&rsquo;est tout. Entre les coupes du monde, concerts des trois ténors et inauguration de supérettes dans la zone industrielle de Modène, personne sur la planète n&rsquo;a en revanche pu échapper à son « Nessun dorma », souvent transposé du reste. Le tenorissimo chante ici Calaf en ténor lyrique et on pourra lui préférer des formats plus héroïques, à la Franco Corelli par exemple. C&rsquo;est essentiellement affaire de goût : le Calaf de Pavarotti est absolument parfait. On serait déjà aux anges avec les deux interprètes précités : avec la sublime Liu de <strong>Montserrat Caballé</strong>, on côtoie encore plus l&rsquo;Olympe. Beauté du timbre, finesse des intentions, colorations subtiles, le soprano catalan est absolument divin. Le reste de la distribution est du même métal.<strong> Nicolai Ghiaurov</strong> est un Timur souverain. <strong>Peter Pears</strong> est luxe en Altoum, le ténor tirant le maximum de sa courte intervention avec une subtile théâtralité. L&rsquo;ensemble des autres rôles sont impeccablement tenus. <strong>Zubin Mehta</strong> assume le grand spectacle, avec quelques trouvailles ponctuelles mais sans jamais perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. C&rsquo;est une direction opulente mais toujours énergique, conservant un excellent équilibre entre les forces orchestrales et le plateau vocal.</p>
<p>Si vous ne connaissez pas encore la seconde version d’<em>I Puritani</em> de Joan Sutherland, avec cette fois Luciano Pavarotti, laissez tomber immédiatement votre lecture et précipitez-vous sur cet enregistrement (le plus simple étant de faire l’acquisition du présent coffret). Les deux tourtereaux sont à leur zénith et cette intégrale est jusqu’ici indépassée, tant dans le registre de l&rsquo;émotion que dans la pyrotechnie vocale (tout serait à citer). Bien sûr, les puristes (et moi-même) y trouveront toujours quelque chose à redire, histoire de faire leur intéressant : en pure voix de tête, le contre-fa de Pavarotti dans « Credeasi misera » n&rsquo;est guère impressionnant ; hormis Sutherland, les autres interprètes ne font pas ou peu de variations ; les roulades de <strong>Piero Cappuccilli</strong> sont un peu précautionneuses et on le sent restreindre sa projection pour les exécuter, etc. Toutefois, si le baryton italien n’est pas, sur le papier, le spécialiste du belcanto requis, il sait parfaitement exprimer les sentiments de son personnage, même les plus délicats, par le jeu sur la coloration, sa capacité à alléger ou au contraire par l’amplitude de son souffle. Nicolaï Ghiaurov est un Giorgio de luxe (une fois de plus) et son duo avec Cappuccilli, « Suoni la tromba », est sans doute le plus électrisant de toute la discographie. Enfin, Richard Bonynge, qui rouvre une fois de plus la plupart des coupures, introduit l&rsquo;excitante cabalette finale aux origines compliquées (1).</p>
<p>Les enregistrements de <em>Maria Stuarda</em> ne courent pas les rues et celui-ci se situe aisément dans les sommets de la discographie. Joan Sutherland incarne le rôle-titre avec poésie et abandon et il n&rsquo;y a guère que les enregistrements sur le vif de Montserrat Caballé qui puissent venir la concurrencer, ainsi que le studio de Beverly Sills (mais les partenaires qu&rsquo;on y entend sont rarement du même niveau). « O nube! che lieve per l&rsquo;aria ti aggiri » est ainsi monument de beau chant et la cabalette qui suit « Nella pace del mesto riposo » montre que le soprano peut aussi exceller dans un registre plus véhément, contrastant avec le précédent. On admirera également la finesse des variations des reprises, excitantes mais sans être excessivement démonstratives. Enfin, Sutherland sait faire preuve du dramatisme nécessaire, en particulier dans sa scène d&rsquo;affrontement avec Elisabetta, « Figlia impura di Bolena » avec un « Vil bastarda  » qui fait froid dans le dos. La prière « Deh! Tu di un&rsquo;umile preghiera il suono » et la cabalette finale sont des sommets de l&rsquo;enregistrement, traditionnels sujets de débats passionnés entre les amateurs qui leur préfèrent la version de Montserrat Caballé et ceux qui vénèrent celle de Beverly Sills ! Luciano Pavarotti offre à nouveau une leçon de bel canto romantique. Tout y est : coloration, phrasé, gestion du souffle, nuances, urgence, suraigu aisé, le tout servi par un timbre d&rsquo;une beauté confondante, d&rsquo;autant que le rôle favorise ses plus belles notes. Huguette Tourangeau est une Elisabetta moins bien dotée vocalement, pas toujours suffisamment incisive pour son personnage (notamment dans la scène. Il est notoire que certains auditeurs ont une aversion certaine pour ses graves parfois trop poitrinés mais nous les trouvons quant à nous très efficaces. Ces réserves faites, le mezzo-soprano québécois tire son épingle du jeu d&rsquo;autant qu&rsquo;elle est plus à l&rsquo;aise dans les passages moins vindicatifs (« Vana è la tua preghiera » par exemple). <strong>Roger Soyer</strong> interprète Talbot avec intelligence et un chant bien coloré. Dans les rôles secondaires, on citera en Cecil <strong>James Morris</strong> : futur Wotan d&rsquo;exception. La direction de Richard Bonynge pourrait sans doute être un peu plus incisive et théâtrale mais reste élégante et raffinée.</p>
<p>Heureuses années 70 où il se trouvait un éditeur majeur pour enregistrer une rareté telle que l&rsquo;<em>Esclarmonde</em> de Jules Massenet (et quelques autres comme on le verra par la suite), et surtout des amateurs pour faire l&rsquo;acquisition du coffret. L&rsquo;ouvrage restant peu connu, il n&rsquo;est pas inutile d&rsquo;en résumer le livret. Acte I : Esclarmonde (Joan Sutherland), impératrice de Byzance (et sorcière), aime Roland (Giacomo Aragall), comte de Blois, mais croit que leur union est impossible. Sur le conseil de sa sœur Parséis (Huguette Tourangeau), elle utilise la magie pour le transporter chaque nuit sur une île enchantée, tout en cachant sa véritable identité derrière un voile. Elle lui remet une épée magique pour combattre les Sarrasins. Acte II : Roland remporte la victoire à Blois. Le roi de France Cléomer (Robert Lloyd) lui offre la main de sa fille, mais il refuse. Les moines et l&rsquo;Évêque de Blois (Louis Quilico), mis finalement au courant des escapades nocturnes, pratiquent un exorcisme sur Esclarmonde et lui arrachent son voile. La jeune femme, se considérant trahie, reproche à Roland son infidélité et s&rsquo;enfuit. L&rsquo;épée magique se brise. Acte III : Son père Phorcas (Clifford Grant) exige d&rsquo;Esclarmonde qu&rsquo;elle renonce à Roland sous la menace de lui retirer ses pouvoirs magiques et de faire tuer le jeune homme. Elle se soumet et demande à Roland de l’oublier. Acte IV : un tournoi est organisé pour offrir sa main. Le vainqueur, vêtu de noir, se nomme « Désespoir » et refuse la main de la jeune femme. Celle-ci reconnaît la voix : il s&rsquo;agit de Roland. Lorsque son voile est levé, ils tombent dans les bras l&rsquo;un de l&rsquo;autre et sont acclamés comme impératrice et consort. Jules Massenet a un peu abordé tous les styles. <em>Esclarmonde </em>est à la limite du grand opéra, très éloignée des <em>Werther, Manon </em>ou du pauvre <em>Don Quichotte</em> qui sont l&rsquo;ordinaire invariable des programmations routinières. On serait ici davantage dans la veine du <em>Cid</em>, ouvrage tout aussi injustement dédaigné. Joan Sutherland est une sorcière souveraine, mais aucune magie ne suffirait à rendre intelligible sa diction sacrifiée sur l&rsquo;autel de la beauté vocale ! Son « Esprit de l&rsquo;air ! Esprit de l&rsquo;onde ! » vaut toutefois à lui seul l&rsquo;achat d&rsquo;une chaîne stéréo destinée à assourdir tout le voisinage. On appréciera à l&rsquo;inverse l&rsquo;intelligibilité du texte chez Huguette Tourangeau, Parséis finement nuancée. <strong>Giacomo Aragall </strong>est un Roland au timbre coloré, au phrasé impeccable et au français très correct. Pour l&rsquo;anecdote, rappelons qu&rsquo;à l&rsquo;époque, le ténor catalan italianisait son vrai prénom, Jaime, parce qu&rsquo;il sonnait en italien comme le cri de désespoir de Mario dans Tosca : « Ahimé! ». <strong>Louis Quilico </strong>est un Évêque de Blois plein d&rsquo;autorité, alliant la solidité des voix américaines à l&rsquo;idiomatisme d&rsquo;un québécois d&rsquo;origine. <strong>Robert Lloyd </strong>est un Clémoer un peu trop nasal. <strong>Ryland Davies </strong>est un Énéas (le fiancé de Parséis) irréprochable. Richard Bonynge se révèle une fois de plus parfaitement à l&rsquo;aise dans l&rsquo;opéra romantique français.</p>
<p>L&rsquo;<em>Oracolo</em> est un ouvrage encore plus tard (et, à notre connaissance, le seul qui commence par le chant d&rsquo;un coq). Créé en 1905, l&rsquo;action se déroule à San Francisco, dans une fumerie d&rsquo;opium de Chinatown : elle est particulièrement ramassée puisqu&rsquo;en moins d&rsquo;une heure nous aurons droit à un kidnapping et deux meurtres. L&rsquo;intrigue vaut son pesant de riz collant. L’action se déroule le matin du Nouvel An chinois. Cim-Fen (Tito Gobbi), patron d’une fumerie d’opium, feint d’aimer Hua-Quî (Huguette Tourangeau) gouvernante de Hu-Tsin (Clifford Grant) afin de pénétrer dans la maison du riche marchand et de kidnapper son fils Hu-Ci. Parallèlement, Uin-San-Lui (Ryland Davies), fils du vieux savant Uin-Scî (Richard Van Allan), aime Ah-Joe (Joan Sutherland), la nièce de Hu-Tsin. Un oracle annonce un destin tragique pour l’enfant qui est effectivement enlevé par Cim-Fen. Il s&rsquo;introduit auprès du père éploré et lui promet de retrouver l&rsquo;enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Pas du tout d&rsquo;accord avec le deal, l&rsquo;amoureux dit qu&rsquo;il peut lui aussi sauver l’enfant en échange de la main d&rsquo;Ah-Joe. Mal lui en prend : il est rapidement assassiné par Cim-Fen. Ah-Joe sombre dans la folie (nous y voilà !). Uin-Scî jure de venger son fils (entracte). Attiré par des cris sous une trappe, Uin-Scî j retrouve l&rsquo;enfant kidnappé qu&rsquo;il rend à son père. Rencontrant Cim-Fen ivre, Uin-Scî l&rsquo;étrangle. D&rsquo;origine italienne, Franco Leoni a fait l&rsquo;essentiel de sa carrière en Grande-Bretagne. <em>L&rsquo;Oracolo</em> a été créé à Covent Garden (1905) puis repris au Metropolitan (1915) couplé avec <em>I</em> <em>Pagliacci</em>. En 1937 à San Francisco, la représentation de l&rsquo;ouvrage par une troupe itinérante fut l&rsquo;objet de protestations de la communauté chinoise : l&rsquo;ouvrage dut être précédé d&rsquo;un discours explicatif précisant qu&rsquo;il n&rsquo;était que de pur fiction et sans rapport passé ou actuel avec le vrai Chinatown (plus ça change, plus c&rsquo;est la même chose). Il faut reconnaitre qu&rsquo;il y a aussi un peu de quoi, non pas en raison de l&rsquo;intrigue mais de part la façon dont la foule des asiatiques est dépeinte, glapissante plutôt que chantante, scandant des « Wu-fèt, tan-hae, fu-lu, sam-ciau» caricaturaux, charabia qui ne veut rien dire du tout (nous avons vérifié). La musique est agréable sans être mémorable, avec des influences de Puccini bien sûr, mais aussi de Debussy. En fin de carrière, <strong>Tito Gobbi</strong> apparait bien fatigué avec un haut médium tiré (il va sur ses 62 ans) et a recours à des effets caricaturaux. Joan Sutherland n&rsquo;a que peu de chose à chanter (la scène de folie n&rsquo;en est pas vraiment une). <strong>Clifford Grant</strong> est bon interprète mais l&rsquo;émission est un peu trop nasale. Ryland Davies a une voix un peu légère mais le chant est élégant. Dans un répertoire où on ne l&rsquo;attendait pas, Richard Bonynge surprend par une direction idéalement dramatique. Le CD est complété avec la musique de scène composée par Leoni pour la pièce de James Bernard Fagan, <em>The Prayer and the Sword</em>, composition plutôt agréable.</p>
<p>Retour aux enregistrements de référence avec <em>Il Trovatore, </em>version à classer parmi les meilleures de la discographie. Richard Bonynge revient ici aux origines belcantistes de l&rsquo;ouvrage que la tradition a par la suite confié à des voix plus dramatiques. L&rsquo;œuvre s&rsquo;y prête et on pourra préférer Franco Corelli ou Leontyne Price dans cette optique. Les coupures sont restaurées codas, reprises avec variations, virtuose cabalette de Leonora à l&rsquo;acte III, interventions de la basse dans le chœur d&rsquo;entrée de l&rsquo;acte III. Surtout, les chanteurs respectent les difficultés de la partition telle qu&rsquo;elle a été écrite par Verdi. Le rare ballet (écrit pour la version de Paris) est également restitué (précisons que les premiers reports en CD ne le contenaient pas). Les amateurs de contre-notes seront également ravis. Le Manrico de Luciano Pavarotti est superbe de beau chant. Joan Sutherland est une Leonora atypique mais passionnante. Il en va de même de la frémissante Azucena de <strong>Marilyn Horne</strong>. <strong>Ingvar Wixell</strong> n&rsquo;est pas tout à fait à la hauteur du trio de tête mais on ne va pas chipoter. Enfin, Nicolaï Ghiaurov complète magnifiquement la distribution. La direction est réjouissante. Ajoutons que ces splendeurs musicales sont complétées pas un engagement dramatique intense. Inutile de s&rsquo;attarder : à écouter ou réécouter impérativement.</p>
<p><em>Lucrezia Borgia</em> est l&rsquo;un des très grands rôles de Joan Sutherland et, accessoirement, un opéra que l&rsquo;on ne donne pas assez souvent. Le rôle sied bien à la chanteuse à ce stade de sa carrière et, hors « pirates »,  on peut guère lui trouver que deux rivales : Montserrat Caballé (chez RCA mais surtout dans certains enregistrements sur le vif) et&#8230; Joan Sutherland elle-même captée en vidéo trois années plus tard au Covent Garden, avec Alfredo Kraus à ses côtés (1980). Le soprano australien sait là encore rendre les différents sentiments de cette héroïne complexe, à la fois empoisonneuse, mère et séductrice involontaire de son propre fils. Sa scène finale « Era desso il figlio mio » la voit sans égale. Giacomo Aragall offre un Gennaro élégant et nuancé, malheureusement sans les libéralités d&rsquo;Alfredo Kraus dans le registre aigu (Sutherland doit se sentir bien seule avec son contre-ut dièse à la fin du prologue ou son contre-ut à la fin du duo de l&rsquo;acte I). Le ténor catalan chante toutefois avec vaillance la scène alternative « Partir degg&rsquo;io&#8230; T&rsquo;amo qual dama un angelo » judicieusement rétablie par Bonynge. Marilyn Horne est un Orsini magnifique dont chaque intervention se déguste avec une gourmandise coupable. Ingvar Wixell chevrote un peu en Alfonso mais fait preuve d&rsquo;une belle autorité. Peu rompu aux exercices belcantistes, il ne fait pas de variations dans les reprises mais rajoute un beau sol dièse en fin de cabalette. La direction de Richard Bonynge est idéale. Le chef australien fait un peu son marché dans les différentes versions de l&rsquo;ouvrage : pas de cabalette après l&rsquo;air d&rsquo;entrée (celle-ci fut écrite pour Giulia Grisi pour la création parisienne en 1840 et venait remplacer le second couplet de l&rsquo;air d&rsquo;entrée), l&rsquo;air de Gennaro mentionné plus haut (composé cette fois pour Nicola Ivanoff qui créa en 1838 une version acceptée par la censure sous le titre improbable d&rsquo;<em>Eustorgia da Romano</em> !), rondo final avec reprise (le <em>da capo</em> était initialement non prévu par Donizetti car anti-musical), et autres adaptations à la marge.</p>
<p>Les extraits en anglais de <em>Die lustige Witwe</em> (<em>The Merry Widow</em>) sont fort sympathiques à condition de savoir faire abstraction de la langue anglaise. Les arrangement de Richard Bonynge font d&rsquo;ailleurs davantage penser à de la comédie musicale qu&rsquo;à de l&rsquo;opérette. Joan Sutherland semble beaucoup s&rsquo;amuser et son enthousiasme est communicatif, démontrant qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de petite musique pour une grande chanteuse. <strong>Werner Krenn</strong> est un Danilo aux moyens plutôt limité mais sympathique. On peut en dire autant du Camille de<strong> John Brecknock</strong>. <strong>Graeme Ewer</strong> en Njegus restitue l&rsquo;esprit de l&rsquo;opérette. L&rsquo;immense <strong>Regina Resnik</strong> fait une apparition remarquable en troisième grisette, Zo-zo ( « Et moi ! »). La direction de Richard Bonynge est pleine d&rsquo;entrain.</p>
<p>Au chapitre de l&rsquo;opérette, on regrettera et on s&rsquo;étonnera que la version en anglais de<em> Die Fledermaus</em> avec les troupes de l&rsquo;Australian Opera (Anson Austin, Robert Gard, Monique Brynnel, Heather Begg, Anne-Maree McDonald, Graeme Ewer), captée sur le vif en 1982, ne soit pas incluse dans ce coffret censément intégral, alors qu&rsquo;elle fut disponible chez l&rsquo;éditeur en 33 tours, puis CD et même en VHS. Le fait est d&rsquo;autant plus étonnant que l&rsquo;enregistrement est mentionné à plusieurs reprises dans le livret qui accompagne le coffret.</p>
<p><em>Suor Angelica</em> est une surprenante réussite dans une approche modérément vériste (comme version de référence, on choisira Renata Scotto). Mais même avec une interprétation dénuée de débordements dramatiques, la chanteuse australienne sait nous émouvoir, n&rsquo;hésitant pas, une fois n&rsquo;est pas coutume, devant certains <em>parlando</em> ou des graves poitrinés. Globalement, sa Suor Angelica est pleine de retenue : c&rsquo;est un choix qui s&rsquo;accorde du reste avec les origines aristocratiques de l&rsquo;héroïne. Sa scène avec <strong>Christa Ludwig</strong>, celle-ci d&rsquo;une froideur hautaine, sans histrionisme, est une vraie réussite, les deux artistes se complétant parfaitement. Le « Senza mamma » est chanté sans excès mais avec d&rsquo;ultimes notes bouleversantes et le finale prend aux tripes. Le reste de la distribution réunit le gratin du chant britannique des années 70. La direction de Richard Bonynge est tour à tour délicate et dramatique. Une version atypique à connaitre si l&rsquo;on apprécie ce splendide ouvrage. L&rsquo;enregistrement est complété par un étonnant et splendide « Vissi d&rsquo;arte » extrait de <em>Tosca</em>, où la chanteuse témoigne d&rsquo;une incroyable aisance, avec une homogénéité unique sur l&rsquo;ensemble de la tessiture et une interprétation d&rsquo;une délicate sensibilité.</p>
<p><em>Le Roi de Lahore </em>de Jules Massenet est une autre curiosité bienvenue de cette compilation. L&rsquo;ouvrage est déjà le quinzième du compositeur mais force est de reconnaitre que les quatorze opéras précédents n&rsquo;ont pas laissé beaucoup de traces, à part éventuellement <em>Don César de Bazan</em> ou <em>L&rsquo;Adorable Bel-Boul</em> connus de quelques spécialistes du compositeur stéphanois. La plupart sont mêmes inachevés, inédits ou perdus. Massenet s&rsquo;attaque ici au grand opéra et l&rsquo;intrigue est encore plus étonnante que celle d&rsquo;<em>Esclarmonde</em>. Acte I : Scindia (Sherrill Milnes), ministre du roi Alim (Luis Lima), est amoureux de Sita (Joan Sutherland), prêtresse du temple, et qui est aussi sa nièce. Il demande au grand prêtre Timour (James Morris) de la relever de ses vœux, affirmant qu&rsquo;elle a déjà un amant secret. Sita avoue son amour à Scindia mais refuse de dévoiler l&rsquo;identité du jeune homme qu&rsquo;elle aime. Les prêtres exigent qu&rsquo;elle chante la prière du soir pour attirer celui-ci qui n&rsquo;est autre que le roi (et fils de Timour). Alim est condamné à expier sa faute en prenant la tête de l&rsquo;armée contre l&rsquo;envahisseur musulman. Scindia pense déjà à comploter contre lui. Acte II : Sita attend le retour d&rsquo;Alim du combat, mais l&rsquo;armée a été vaincue Scindia s&rsquo;est mis au service de l&rsquo;envahisseur pour prendre la place du roi. Alim meurt dans les bras de Sita (on coupe l&rsquo;alim). Scindia usurpe le trône et emmène Sita prisonnière. Acte III (au paradis !) : Alim pleurniche auprès du dieu Indra : Sita lui manque. Indra accepte de renvoyer Alim sur terre, mais sous les habits d&rsquo;un individu quelconque et méconnaissable. Il vivra aussi longtemps que Sita, et les deux amants mourront au même moment. Acte IV :  Sita se lamente. Alim arrive à Lahore mais personne ne le reconnait. Timour voit en lui un visionnaire inspiré. Acte V : Sita a fui le mariage forcé avec Scindia. Les deux amants se retrouvent enfin. Scindia survient et les menace. Sita se poignarde. Les deux amants sont réunis au paradis. Musicalement, on réitérera les observations faites au sujet d&rsquo;<em>Esclarmonde.</em> La partition manque sans doute de tubes immédiatement mémorables. On trouve en 78 tours un grand nombre de versions de l&rsquo;air de Scindia « Promesse de mon avenir », mais la pièce à disparu du répertoire des barytons. La musique est toutefois riche et opulente, d&rsquo;un exotisme séduisant, avec de nombreuses scènes impressionnantes, notamment au niveau du traitement des chœurs. <strong>Sherrill Milnes</strong> est un Scindia expressif, aux accents dramatiques variés, toujours bien chantant, au français bien articulé. L&rsquo;intelligence du texte et la justesse de l&rsquo;expression sont d&rsquo;autant plus remarquables qu&rsquo;il semble que le baryton américain n&rsquo;avait jamais chanté le rôle auparavant. <strong>Joan Sutherland </strong>fait des efforts d&rsquo;articulation, mais sa prononciation n&rsquo;est pas toujours très claire, du moins à la première écoute. On retrouve ses qualités habituelles dans l&rsquo;opéra français, mélange de finesse poétique et de dramatisme incisif. Le registre suraigu est peu sollicité mais Joan Sutherland ajoute quand même un spectaculaire contre ré à la fin de l&rsquo;acte II.  <strong>Luis Lima</strong> est un Alim au français impeccable (le meilleur de toute la distribution), bien chantant, auquel ne manque qu&rsquo;un timbre moins blanc et un soupçon d&rsquo;héroïsme. <strong>James Morris</strong> est un Timour impressionnant quoiqu&rsquo;un peu nasal. <strong>Huguette Tourangeau</strong> voit rétablie sa longue sérénade « Repose, ô belle amoureuse », coupée à l&rsquo;Opéra, qui lui. permet d&rsquo;exprimer une belle musicalité. Nicolaï Ghiaurov n&rsquo;apparait qu&rsquo;au Paradis, avec une impressionnante scène, « Qu&rsquo;il soit lui ! qu&rsquo;il ne soit plus lui ! ». L&rsquo;enregistrement arrive toutefois un peu tard dans sa carrière. La direction de Richard Bonynge est bien dans le style, mais il lui manque un orchestre plus incisif dans les scènes les plus animées.</p>
<p>En 1979, pour ce nouvel enregistrement de <em>La Traviata</em>, la voix de Joan Sutherland s&rsquo;est épaissie. Cette seconde Violetta n&rsquo;a pas la voix d&rsquo;une pure jeune fille (était-ce d&rsquo;ailleurs le cas ?) mais la maturité a apporté une nouvelle dimension à cette interprétation, notamment pour le duo avec Germont. La version reste néanmoins essentiellement un écrin pour les voix. Le « Sempre libera » est confondant de virtuosité, avec des variations inédites proprement stupéfiantes (une dizaine de contre-ut et un ut dièse piqués avant le mi bémol final). « Addio del passato » reste en revanche un peu trop extérieur. Luciano Pavarotti campe un Alfredo au timbre solaire, bien chantant mais sans raffinements excessifs. On a un peu l&rsquo;impression qu&rsquo;il s&rsquo;écoute chanter. <strong>Matteo Manuguerra</strong> est le seul à vraiment faire du théâtre. Certes le timbre est un peu ingrat, mais le baryton français d&rsquo;origine italienne nuance avec intelligence, variant par exemple les couleurs dans les deux couplets de son « Di Provenza » ce que même des belcantistes renommés comme Renato Bruson ne font pas, même sous la baguette de Riccardo Muti ! L&rsquo;orchestre de Bonynge est ample et somptueux. Au global, une version pour les oreilles plutôt que pour le cœur, mais qui s&rsquo;écoute de toute façon avec plaisir, davantage pour ses splendeurs vocales que pour l&rsquo;émotion qui s&rsquo;en dégage.</p>
<p>On fera la même analyse pour la seconde version de <em>La Sonnambula</em>. Avec une voix devenue plus lourde, Joan Sutherland y est moins idoine que dans la première version tout en restant une belcantiste incomparable, colorant chaque intervention avec une extrême intelligence. Les variations des reprises sont audacieuses et parfaitement exécutées et les suraigus jubilatoires, mais l&rsquo;innocente jeune fille n&rsquo;est pas vraiment là. Luciano Pavarotti est ici moins séduisant que dans <em>I Puritani</em>. Ses accents manquent un peu de subtilités. Certains sons, artificiellement enflés, donnent un peu l&rsquo;impression que le tenorissimo se caricature lui-même. Les suraigus sont moins spectaculaires. S&rsquo;il y a bien les nombreux contre-ut du « Prendi: l&rsquo;anel ti dono », ils manquent de <em>squillo</em>, et d&rsquo;autres contre-notes plus ou moins traditionnelles sont esquivées (pas de contre-ré dans « Ah! perché non poco odiarti » <a href="https://youtu.be/FQC9FbpKp_k?t=43">comme ici</a> ou <a href="https://youtu.be/mrz7kAusC88?t=186">encore ici</a>). Reste un timbre magnifique, un beau phrasé, une vraie coloration. Nicolaï Ghiaurov est un Rodolfo magnifique, d&rsquo;une grande finesse musicale. Les autres rôles sont très corrects. La version a l&rsquo;extrême avantage de restaurer beaucoup de pages habituellement coupées (reprises, points d&rsquo;orgue, codas&#8230;). La baguette de Bonynge est un peu moins vive que d&rsquo;habitude. Orchestre et chœurs sonnent un peu lourd : plus longue d&rsquo;environ 25 minutes que les versions traditionnelles, cette <em>Sonnambula</em> doit être goûtée en plusieurs fois pour éviter l&rsquo;indigestion.</p>
<p>Si la version du <em>Beggar’s Opera</em> de Richard Bonynge a le mérite d&rsquo;avoir contribué à la redécouverte de l&rsquo;ouvrage, elle n&rsquo;est pas sans défaut. Il s&rsquo;agit déjà d&rsquo;une version plus proche du XIXᵉ siècle que du XVIIIᵉ, avec une instrumentalisation concoctée par Richard Bonynge (incluant piano et saxophone !) dans un style plus proche de Broadway (ou plutôt West End) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-beggars-opera-thire-encanaillez-vous/">que de celui des Arts Florissants</a>. L&rsquo;ouverture est vive et plaisante, presque trop opulente. Les différents numéros sont bien animés, tantôt chantés par des acteurs-chanteurs (<strong>Angela Lansbury</strong> par exemple), tantôt par des voix lyriques (<strong>Kiri Te Kanawa</strong>, somptueuse) et encadrés par des dialogues parlés avec une sorte d&rsquo;accent cockney. Toutefois, si, individuellement, les artistes sont irréprochables, on ne peut pas dire que la sauce prenne vraiment. Joan Sutherland a relativement peu à chanter. Une curiosité.</p>
<p><em>I Masnadieri</em> fait partie des opéras mal aimé de Verdi, pour des raisons assez peu compréhensibles : sans atteindre les chefs d&rsquo;œuvre de la maturité du compositeur, l&rsquo;ouvrage offre son comptant de mélodies, de moments dramatiques et de scènes excitantes. Avant cet enregistrement de 1983, la discographie officielle est relativement faible, à peu près uniquement constitué de la version de Lamberto Gardelli dont la battue lymphatique a du mal à susciter l&rsquo;intérêt malgré une belle distribution. <strong>Franco Bonisolli</strong> est ici un Carlo athlétique, aux suraigus généreux, toujours bien chantant avec un authentique phrasé verdien, <a href="https://www.forumopera.com/les-fous-chantants-9-le-plus-fou-de-tous/">qui fait mentir sa légende noire</a>. Joan Sutherland est ici dans une forme exceptionnelle dans un rôle qui correspond pleinement à l&rsquo;évolution de sa voix. Déprimé ? Rien de tel que d&rsquo;écouter son « Carlo vive ? » pour vous remonter le moral ! Rappelons que le rôle avait été créé à Londres par Jenny Lind, le <em>rossignol suédois</em> étant une interprète renommée de <em>La</em> <em>Sonnambula. </em>Matteo Manuguerra est peut-être enregistré un peu tard mais son métier et ses moyens lui permet de camper un Francesco ardent, avec un vrai impact dramatique et un suraigu impérial. <strong>Samuel Ramey</strong> vient compléter la distribution avec un Massimiliano incisif et noir d&rsquo;un impact exceptionnel. La direction très théâtrale de Richard Bonynge bénéficie d&rsquo;un orchestre du Welsh National Opera rompu à la scène et apporte l&rsquo;élan indispensable aux premiers ouvrages verdiens. Indispensable.</p>
<p><em>Hamlet</em> est une autre résurrection majeure, première version studio moderne de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Ambroise Thomas et référence d&rsquo;un ouvrage longtemps injustement négligé. Sherrill Milnes est un Hamlet exceptionnel, d&rsquo;une immense intelligence dramatique et d&rsquo;un art du chant absolument unique dont l&rsquo;incarnation est absolument incontournable. Joan Sutherland est une Ophélie pleine de poésie nostalgique, à la virtuosité impeccable mais surtout authentiquement émouvante. <strong>Gösta Winbergh</strong> est un Laërte de luxe, au style et au français parfait. <strong>James Morris</strong> est un Claudius noir et royal de prestance. <strong>Barbara Conrad</strong> est d&rsquo;un beau dramatisme, mais au prix d&rsquo;un style un peu débraillé. Si le mezzo américain ne s&rsquo;économise guère, le rôle est un peu à la limite de ses moyens. Le ballet qui précède la scène de folie d&rsquo;Ophélie est ici restitué. Richard Bonynge sait alterner la mélancolie des scènes les plus sombres et l&rsquo;énergie nécessaire pour éviter une ambiance excessivement neurasthénique.</p>
<p>Joan Sutherland  avait enregistré une première <em>Norma</em> légendaire en 1964 (publiée en 1965). L&rsquo;intérêt d&rsquo;une seconde version 20 ans plus tard soulevait l&rsquo;interrogation, et beaucoup considérait que le soprano risquait gros en se confrontant à son propre souvenir. La présence de Montserrat Caballé, exceptionnelle Norma elle aussi dans les années 60-70, mais en Adalgisa cette fois laissait tout aussi perplexe alors que la chanteuse avait depuis longtemps opté pour un répertoire plus dramatique. Et le miracle vint. Les deux chanteuses sont plutôt en état de grâce et offrent ici une version passionnante, très différente de la première. Les voix des deux chanteuses s&rsquo;accordent idéalement et le soprano catalan retrouve même ses notes filées légendaires. Par ailleurs, après avoir enregistré <em>Norma</em> dans sa tonalité aiguë, Sutherland chante ici la tonalité traditionnelle : c&rsquo;est ici une Norma plutôt mère que jeune fille. Les deux versions se complètent donc. Luciano Pavarotti est un Pollione plus lyrique que baryténor mais on s&rsquo;en moque car il est divin. Samuel Ramey est tout simplement le meilleur Oroveso de la discographie. Rappelons que ni Caballé, ni Pavarotti, ni Ramey n&rsquo;avaient (sauf erreur de notre part) jamais chanté ces rôles auparavant. La prise de son est superlative. Forte d&rsquo;une longue expérience de l&rsquo;ouvrage, la direction de Richard Bonynge est idéalement théâtrale.</p>
<p>L&rsquo;enregistrement de <em>Rodelinda</em> arrive un peu tard dans la carrière de Joan Sutherland : non pas tant que les années aient passé sur sa voix, que parce que le style de Richard Bonynge est désormais démodé face à la révolution du chant baroque qui s&rsquo;est, entre temps opérée. L&rsquo;esthétique est ici celle du belcanto romantique (on est quelque part entre Rossini et Bellini) et non celle du belcanto au sens historique du terme (Haendel et Cie). L&rsquo;ouvrage est chantée comme une tragédie en musique, un peu hiératique, avec beaucoup d&rsquo;ampleur. Joan Sutherland est incroyable de facilité technique, jamais en défaut devant les difficultés de la partition, toute emprunte d&rsquo;une douce nostalgie pleine de poésie. Dramatiquement marmoréenne, elle est avant tout reine, plutôt que femme passionnée. <strong>Alicia Nafé</strong> est un Bertarido dramatiquement à l&rsquo;unisson, au chant soigné, à la vocalise aisée, plus dans la réserve de la noblesse que dans l&rsquo;engagement dramatique. Le jeune <strong>Curtis Rayam</strong> offre également en Grimoaldo un chant aisé d&rsquo;une belle noblesse, avec un timbre agréable. <strong>Isobel Buchanan</strong> est une Eduige bien chantante, au timbre personnel, moiré. Huguette Tourangeau sait trouver quelques beaux accents tragiques mais le mezzo canadien n&rsquo;est pas dans son répertoire et ses moyens sont diminués, avec des vocalises appliquées et des reprises de souffle intempestives. Samuel Ramey est absolument exceptionnel tant vocalement que dramatiquement, méchant inquiétant mais jamais caricatural, miracle de beau chant et contrepoids théâtral de ses partenaires. La direction de Richard Bonynge est cohérente avec le parti choisi, et l&rsquo;enregistrement s&rsquo;écoute avec plaisir malgré une certaine uniformité stylistique (Ramey excepté). Toutefois, le style interprétatif est désormais très éloigné de l&rsquo;évolution moderne de l&rsquo;interprétation de ce répertoire.</p>
<p>Pour son <em>Anna Bolena</em>, Joan Sutherland, dont on notera ici une diction très claire, offre l&rsquo;habituel festival belcantiste allié à une interprétation dramatiquement convaincante. À l&rsquo;occasion, l&rsquo;émission semble toutefois un peu sur la réserve : on la connaitra plus investie et nettement plus excitante à l&rsquo;occasion de ses représentations d&rsquo;adieux à Londres l&rsquo;année suivante, en 1988. Samuel Ramey est musicalement sublime et dramatiquement odieux, d&rsquo;une noirceur idéale : on n&rsquo;a clairement jamais chanté le rôle aussi bien. Souffle, suraigu, trilles, vocalises : ténor essentiellement lyrique, <strong>Jerry Hadley</strong> est un peu gêné aux entournures dans un rôle où il aurait fallu un Rockwell Blake. <strong>Suzanne Mentzer</strong> est une Giovanna vibrante et sensible. <strong>Bernadette Manca Di Nissa</strong> est un Smeton au timbre profond et riche. L&rsquo;orchestre manque un peu d&rsquo;allant. La version proposée rétablit les pages habituellement coupées.</p>
<p>Enregistré en 1987, cet <em>Ernani</em> est longtemps resté dans les tiroirs. On n&rsquo;en sait pas vraiment la raison : quand on l&rsquo;interrogeait sur le sujet, Joan Sutherland prenait une mine circonspecte et répondait : « En tout cas, ce n&rsquo;est pas moi qui m&rsquo;y oppose ». Elle ajoutait parfois « Demandez à Luciano ». Selon d&rsquo;autres sources, le titre n&rsquo;aurait pas été assez vendeur (pourtant, avec une telle affiche&#8230;). On s&rsquo;attendait donc à une catastrophe quand l&rsquo;enregistrement fut enfin publié en 1998, soit plus de 10 ans après les séances d&rsquo;enregistrements. Ce fut une divine surprise. Luciano Pavarotti brille ici dans tout son éclat, campant un Ernani ardent et magnifiquement chantant. Il le chante en authentique belcantiste, avec lyrisme et poésie, probablement plus près du style du créateur du rôle, Carlo Guasco, dont la voix était qualifiée de plus douce que robuste : il avait entre autres créé les parties ténors d&rsquo;<em>I Lombardi alla prima crociata</em> (le rôle d&rsquo;Oronte, également chanté par Pavarotti) et Attila. En ce sens, le tenorissimo est très éloigné de l&rsquo;ardeur martiale décomplexée (mais vraisemblablement hors style) d&rsquo;un Mario Del Monaco ou d&rsquo;un Franco Corelli, titulaires néanmoins particulièrement excitants du rôle. Ses efforts sont d&rsquo;autant plus méritoires que le chanteur avait abandonné progressivement le belcanto romantique pour des ouvrages plus dramatiques. Joan Sutherland est sans doute la seule interprète enregistrée à rendre pleinement justice aux difficultés de la partition : celle-ci réclame une technique vocale parfaite, et bien des interprètes trop <em>spinto</em> sont obligées de la simplifier. Le rôle avait été créé par Sophie Löwe, qui chanta <em>Nabucco, Lucrezia Borgia, Linda di Chamounix, I Lombardi, Attila</em> et dont Verdi voulait pour la création de <em>Macbeth</em>.   <strong>Leo Nucci</strong> est également très fidèle au modèle du créateur de Carlo qui s&rsquo;illustra essentiellement dans le belcanto romantique :<em> Il Barbiere di Siviglia, Roberto Devereux, Beatrice di Tenda, Parisina, Lucia di Lammermoor</em>, etc. La voix du baryton italien mêle ici autorité et noblesse de la ligne. <strong>Paata Burchuladze</strong> est également très proche de l&rsquo;interprète original qui chantait les rôles de basse dans <em>Attila, Nabucco, Macbeth</em>, <em>La Favorite</em>, etc. et qui déploie un timbre d&rsquo;une splendide noirceur. Le quatuor offre ainsi un éventail de timbres caractérisés et se complétant idéalement, allié à une technique vocale assurée et à un bel engagement dramatique. En ce qui concerne les voix masculines, il ne manque que quelques variations dans les reprises, mais on sait qu&rsquo;elles sont souvent problématiques chez Verdi. Sous la baguette énergique de Richard Bonynge, cet <em>Ernani</em> est particulièrement roboratif et, cerise sur le gâteau, sans doute le plus proche des intentions du compositeur.</p>
<p>Ultime enregistrement d&rsquo;intégrale par Joan Sutherland, <em>Adriana</em> <em>Lecouvreur</em> connut quelques soucis. Luciano Pavarotti était sans doute plus intéressé par les méga-concerts que par un opéra où il n&rsquo;a pas le premier rôle : il arriva non préparé aux sessions d&rsquo;enregistrements et on dût finir par rompre son engagement après neuf prises insatisfaisantes d&rsquo;un même duo. Quelques années plus tôt, José Carreras aurait pu interpréter le rôle de Maurizio mais la leucémie l&rsquo;écarta à l&rsquo;époque des scènes et des studios. Finalement, c&rsquo;est un <strong>Carlo Bergonzi</strong> de 65 ans qui vint sauver l&rsquo;enregistrement. En dépit de ses ressources techniques, le ténor italien ne peut masquer l&rsquo;usure de ses moyens, en particulier un aigu exagérément tendu et une tendance à placer la voix dans le nez quand ça ne veut pas passer autrement. Il y a le métier, un phrasé unique, une belle musicalité et, de la part d&rsquo;un interprète assez monolithique en scène, un sympathique engagement dramatique, mais c&rsquo;est incontestablement trop tard. On n&rsquo;attendait pas vraiment Joan Sutherland dans ce rôle quoiqu&rsquo;elle l&rsquo;ait chanté à la scène. Son interprétation est musicalement impeccable (un « Io son l&rsquo;utile ancella » d&rsquo;entrée évanescent même sans pianissimo final) et dramatiquement irréprochable, notamment sa scène finale de l&rsquo;acte III où l&rsquo;on sent monter la fureur initialement contenue. Le « Poveri fori » du dernier acte est très émouvant. Globalement une interprétation de grande qualité, certes pas au niveau de celles de Renata Scotto ou Montserrat Caballé, mais digne d&rsquo;être prise en considération. <strong>Cleopatra Ciurca</strong> est une Princesse de Bouillon correcte, un peu tendue dans l&rsquo;aigu toutefois, et on a connu de interprètes plus inquiétantes. Leo Nucci est le meilleur Michonnet de la discographie, personnage noble et plein d&rsquo;humanité. <strong>Michel Sénéchal</strong> est époustouflant en Abbé (que ne l&rsquo;a-t-on fait davantage enregistrer ces rôles de caractère !). <strong>Francesco Ellero d&rsquo;Artegna</strong> se voit restituer un court arioso au début de l&rsquo;acte III, avant l&rsquo;arrivée d&rsquo;Adriana. La scène ne dure que 2 minutes mais elle permet de comprendre le déroulement ultérieur puisque, devant son épouse et l&rsquo;Abbé, le Prince y rappelle ses talents de chimiste amateur et la découverte d&rsquo;un poison, lequel sera utilisé par la Princesse pour tuer Adriana à l&rsquo;acte suivant. Pourquoi cette coupure traditionnelle ? Rappelons qu&rsquo;Eugène Scribe, auteur du drame qui inspira l&rsquo;opéra de Cilea, était le chantre de la <em>pièce bien faite</em> : quelle que soit la complexité de l&rsquo;ouvrage, aucunes péripéties ne devaient rester inexpliquées au final. Merci encore Richard Bonynge.</p>
<p>Comme après l&rsquo;écoute des précédents coffrets, on reste sonné devant tant de merveilles. Et même si on pourrait ergoter sur certains témoignages tardifs, une chose reste sure : même à leur crépuscule, les dieux restent des dieux. Rappelons enfin qu&rsquo;on célèbrera le centenaire de la <em>Stupenda</em> le 7 novembre 2026.</p>
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<pre>La musicologie de ce répertoire progresse à coup de redécouvertes de documents oubliés ou négligés. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les représentations d’<em>I Puritani</em> se terminent assez abruptement : l’air d’Arturo « Credeasi misera » est suivi d’un chœur auquel se joignent les deux principaux protagonistes. Cependant, des éditions du livret comportent un duo final, ce dont on déduit qu’il a été coupé peu de temps avant la création de l’ouvrage. Alors que Bellini prépare la première au Théâtre italien de Paris, il travaille également sur son adaptation pour Naples : l’ouvrage doit être créé au San Carlo par Maria Malibran. Cette dernière étant mezzo, les tonalités sont descendues pour être adaptées à sa tessiture. Cette version comporte de nombreuses autres modifications. En particulier, le dernier air d’Arturo (« Credeasi misera ») est adapté pour... Elvira ! Il est suivi d’une cabalette virtuose « Ah sento o mio bell'angelo » dont le texte est quasi identique à celui du duo final coupé à Paris. On peut logiquement en conclure que la musique en devait être la même avant la coupure parisienne. Suite au décès prématuré du compositeur, et à celui non moins dramatique de la cantatrice un an plus tard, cette version ne sera jamais donnée au XIXe siècle. Elle subsiste toutefois dans les archives (dans une version forcément inachevée vue les circonstances). Richard Bonynge aurait redécouvert cette partition à Catane et aurait eu l'idée de compléter la version parisienne traditionnelle avec cette polonaise finale, moyennant une tonalité réhaussée pour rester cohérent avec la musique qui précède. À l'occasion des représentations de Palerme en 1961, sous la direction de Tulio Serafin, Joan Sutherland a pu créer cette polonaise, avec le succès que l'on imagine. En toute rigueur musicologique, la partition de la cabalette napolitaine aurait dû servir à recréer le duo coupé mais, soit que Bonynge n’ait pas eu connaissance du livret avant coupures, soit que le ténor ne fut pas à la hauteur, soit plus probablement qu’il eut voulu réserver un ultime moment de bravoure à son épouse, la cabalette réhaussée fut donc chantée par Elvira seule. Elle a été interprétée ainsi par les plus grandes Elvira, outre Joan Sutherland : Beverly Sills, Edita Gruberova (la première fois sous la direction de Bonynge), June Anderson ou encore Jessica Pratt. Mariella Devia ne semble l’avoir chanté qu’à Catane en 1989 (on vous laissez deviner qui dirigeait...). On a pu entendre le duo enfin restitué <a href="https://vk.com/video371470145_456239391?t=2h47m45s">à l’occasion des représentations bolognaises de 2009</a> (avec Juan Diego Flórez et Nino Machaidze sous la baguette de Michele Mariotti). Pour découvrir la version Malibran, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=JqOLiqE7s8A">il faudra se contenter des représentations de 1986 au Teatro Petruzzelli de Bari</a>, assez mal défendues par une Katia Ricciarelli en fin de carrière (et qui n’a jamais été mezzo), aux côtés de Chris Merritt.</pre>
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		<title>Gala ODB Opéra – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Sep 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, le site francophone d&#8217;échanges entre les passionnés d&#8217;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&#8217;artistes hors de la sphère opératique. Comme en 2023 et 2024, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour sa troisième édition, le Gala ODB Opéra, <a href="https://www.odb-opera.com/joomfinal/index.php">le site francophone d&rsquo;échanges</a> entre les passionnés d&rsquo;opéra, offre à nouveau une combinaison de chanteurs confirmés, de jeunes voix en début de carrière professionnelle, de jeunes pousses plus ou moins vertes mais prometteuses, et la participation d&rsquo;artistes hors de la sphère opératique. Comme en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-stars-de-demain/">2023</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-odb-opera-paris/">2024</a>, l&rsquo;après-midi est un véritable marathon lyrique avec un peu plus de quatre heures de concert. <strong>Erminie Blondel</strong> ouvre le bal musical. La jeune soprano fait partie de ces artistes dont la carrière commence à s&rsquo;épanouir, en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-la-nonne-sanglante-saint-etienne/">province</a> comme à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/duvernoy-la-tempete-paris-temple-du-luxembourg/">Paris</a>. Elle déploie un timbre fruité et une voix ample et bien projetée, homogène sur toute la tessiture, dans un air des <em>Pêcheurs de perles</em> impeccable de musicalité et qui donne envie de l&rsquo;entendre dans le rôle complet. <strong>Blerta Zeghu</strong> s&rsquo;attaque avec un réel tempérament dramatique à la difficile scène finale de <em>Roberto Devereux </em>puis interprètera avec une belle sensibilité deux mélodies de Tosti, où son beau timbre un peu sombre fait merveille. Originaire de Moscou, <strong>Serafima</strong> <strong>Liberman</strong> offre un timbre capiteux, une belle largeur de voix et une bonne projection. Elle chante en interprète habitée l&rsquo;air de <em>Iolanta</em> et une rare mélodie de Mili Balakirev sur un poème de Pouchkine (texte également mis en musique par Rachmaninov). Artiste confirmée, <strong>Pauline Courtin</strong> chante avec une grande sensibilité l&rsquo;<em>Adieu de l&rsquo;hôtesse arabe</em> de Georges Bizet et triomphe sans faiblir de la virtuosité de l&rsquo;air des bijoux de <em>Faust </em>dans lequel elle déploie une voix ample et bien homogène. <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/choses-vues-et-chantees/">On rappellera son récent enregistrement consacré à Victor Hugo</a>. <strong>Adam Barro</strong> chante l&rsquo;air de Bartolo des <em>Nozze di Figaro</em> avec la rondeur d&rsquo;un vieux routier italien et une belle maîtrise du <em>canto</em> <em>silábico</em>. D&rsquo;origine arménienne, le baryton nous fait également découvrir un ample arioso extrait de <em>Davit Bek</em>, ouvrage populaire en Arménie mais inconnu en France. D&rsquo;origine portoricaine, <strong>Clara Luz Iranzo</strong> connait déjà un début de carrière internationale (Grèce, États-Unis). Sa <em>Thaïs</em> est chantée avec une voix exceptionnellement corsée dans ce rôle (pour préciser, on est plus proche de Caballé que de Sills ou Fleming). Pour ces mêmes raison, son premier air de Lucia, couronné par un puissant contre ré émis sans effort, est particulièrement impressionnant. La prononciation est impeccable et la caractérisation dramatique très sensible et variée. Appréciée lors de la précédente édition, <strong>Victoria Lingock</strong> est en progrès constant, avec un timbre rare à mi-chemin entre ceux de Jessye Norman et de Grace Bumbry et son air de Dalila ne manque pas de donner le frisson ainsi que son impérieux « Acerba voluttà » d&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur</em>. Les deux artistes se lancent ensuite avec énergie dans le premier duo de <em>Norma</em>. Le timbre d&rsquo;Iranzo est assez grave mais celui de Lingock l&rsquo;est encore plus, de fait les deux voix sont bien appariées offrant une coloration inédite pour un résultat captivant. <strong>Momo Jang</strong> chante avec musicalité et émotion la scène de folie d&rsquo;<em>I Puritani</em>, mais c&rsquo;est surtout dans son épatant « Martern aller Arten » de <em>Die Entführung aus dem Serail</em> qu&rsquo;elle achève de nous convaincre, avec des coloratures impeccables et surtout un ambitus idéal (dans cet air impitoyable, combien de sopranos à l&rsquo;aise dans l&rsquo;aigu se trouvent à nu dans le grave, et inversement). <strong>Christophe Poncet de Solages</strong> chante le premier air du Duc de Rigoletto, « Questa o quella », avec une aisance pleine de charme, et offrira le tube de <em>Das Land des Lächelns </em>(<em>Le Pays du</em> <em>sourire</em> dans sa version française) dans une interprétation gorgée de soleil qui attire la sympathie. <strong>Marion Charlo</strong> triomphe avec aisance des vocalises de sa « Céleste providence », extraite du <em>Comte Ory</em>, se jouant des nombreux conte-ut piqués qui émaillent son air, avec une délicieuse voix de colorature à la française. <strong>Hugo Tranchant</strong> à le type de voix idéalement haut perchée pour incarner Beppe et se révèle plein d&rsquo;abattage dans le rondo de<em> La</em> <em>Grande Duchesse de Gérolstein</em>. <strong>Anne-Lise Polchlopek</strong>, qui avait chanté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-anne-lise-polchlopek-paris-cortot/">en récital la veille Salle Cortot</a>, nous fait la grâce de deux morceaux de style et de tonalité très opposés, qui lui permettent de démontrer la versatilité de son talent, la triste <em>Première lettre</em> de Chaminade, d&rsquo;une émotion à fleur de peau, et la pétulante « Tarántula », extraite de la zarzuela L<em>a Tempranica</em> d&rsquo;un bel abattage. <strong>Jean Bélanger</strong> est un Banco puis un Sarastro encore un peu verts mais les moyens sont là. <strong>Runji Li</strong> est encore très jeune mais séduit, dans la mélodie <em>Nina</em> (longtemps attribuée à Pergolese) par un timbre de ténor chaud et coloré. <strong>Aurélien Vicentini</strong> fait ses débuts public de contre-ténor avec le célèbre « Lascia ch&rsquo;io pianga » de <em>Rinaldo</em> de Haendel. Dans « E lucevan le stelle », <strong>Ismaël Billy</strong> a des petits airs de Juan Diego Flórez, avec un timbre plus corsé. <strong>May Chedid</strong> avait été une découverte lors de la première édition, chantant de manière un peu improvisée une mélodie libanaise <em>a</em> <em>cappella</em>. Elle nous offre cette fois deux belles mélodies, de Fauré et Tosti, chantée avec musicalité et où l&rsquo;on sent le développement harmonieux de la voix. Également présente au premier gala, <strong>Claire</strong> <strong>de</strong> <strong>Monteil</strong> a depuis vu sa carrière se déployer (<a href="https://www.forumopera.com/breve/vrais-debut-de-claire-de-monteil-a-la-scala/">on se rappelle de ses débuts inattendus à la Scala</a>). La voix s&rsquo;est élargie, gagnant aussi en puissance sans rien perdre en aigu. Elle nous offre une splendide interprétation de l&rsquo;air d&rsquo;entrée de Leonora dans<em> Il trovatore</em> (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-il-trovatore-lucques/">un ouvrage qu&rsquo;elle a chanté à travers l&rsquo;Italie l&rsquo;année dernière</a>). Elle démontre une nouvelle fois ses affinités avec la musique de Kurt Weill avec la glaçante chanson « Je ne t&rsquo;aime pas ». Dans le redoutable « Si ritrovarla io giuro » de <em>La Cenerentola</em>, <strong>Mali Zivcovic</strong> offre une impressionnante cascade de suraigus (plusieurs contre-ut et un contre-ré) et une belle aisance dans la vocalisation. Par contraste, son <em>Werther</em>, trop central à ce stade mais dont il a assurément le physique, le met moins en valeur. En Anna Bolena et en Micaela, <strong>Fanny Utiger</strong> offre un timbre chaud et une remarquable aisance dans l&rsquo;aigu et de beaux graves sans efforts, alliés à une belle incarnation dramatique. <strong>Raluca Vallois</strong> sait nous faire sourire avec une <em>Belle Hélène</em> à la voix charnue et puissante, et à l&rsquo;aigu généreux. La jeune <strong>Anaëlle Gregorutti</strong> se lance avec intrépidité dans l&rsquo;air de Farnace du <em>Mitridate</em> de Mozart, avec une voix corsée, à l&rsquo;aigu puissant, et conclut le programme avec la délicieuse <em>Heure</em> <em>exquise</em>, non dans la version de Reynaldo Hahn mais dans celle, tout aussi élégante et plus rare de Régine Poldowski.</p>
<p>Le programme intégrait également la lecture de trois beaux poèmes d&rsquo;<strong>Hanna Rees</strong>, moment de grâce trop fugitif. Ceux-ci sont  <a href="https://www.amazon.fr/Haïkus-à-française-Hanna-Rees/dp/2310014346/ref=sr_1_5?dib=eyJ2IjoiMSJ9.jKKCN5JZZmFXGMUcAtntS7sBUIYJFEiguSCbD9gp5V6lrFtfrJfQNNOkocCEqN4zsxy_Il5hmrNBo-l5jKMYGfF8l-PuZVyFfxej_1xvGUwktY-0jAqD-S7lqXVuRiuG.lY4fEg0VCmx0GOMsJWN0At8icONpKNijGwzAeT4Vnt4&amp;dib_tag=se&amp;qid=1759055463&amp;refinements=p_27%3AHanna+Rees&amp;s=books&amp;sr=1-5&amp;text=Hanna+Rees">extraits de ses <em>Haïkus à la française</em></a>, et dits par leur auteur. Le dernier d&rsquo;entre eux évoque avec force et sensibilité le choc éprouvé par Hanna Rees <a href="https://www.forumopera.com/regards-sur-beatrice-uria-monzon-elle-etait-solaire/">à l&rsquo;annonce de la mort de Béatrice Uria Monzon</a>.<strong> Isabelle Carrar</strong> a fait résonner l&rsquo;esprit du Quartier Latin avec trois belles chansons extraites des répertoire de Barbara et de Juliette Gréco (on pourra l&rsquo;entendre en récital à Senlis le 9 octobre prochain à la Maison Léo Delibes, <a href="https://villaduchatelet.com/concerts/">Villa du Châtelet</a>). Le soprano et professeur de chant <a href="https://www.linkedin.com/in/anne-julia-audray-471b6bb1/">Anne-Julia Audray</a> a présenté son recueil de sélections d&rsquo;airs (opéra, oratorio, mélodie, chanson ou comédie musicale), <em>Opera</em> <em>Singing</em>, pour jeunes et moins jeunes chanteurs. L&rsquo;idée est de permettre à des artistes de ne pas être obligés de voyager avec plusieurs partitions et de se concentrer sur celles susceptibles de les mettre en valeur. À titre d&rsquo;exemple, même les chanteurs enfants y trouveront des airs leur permettant de mieux briller lors de leurs auditions. Les morceaux sélectionnés comportent plusieurs versions chantées traduites. L&rsquo;après-midi était animée par Jérôme Pesqué, « patron » d&rsquo;<a href="https://odb-opera.com/">ODB-Opéra</a>, et par <strong>Stéphane Sénéchal</strong> qui a apporté quelques moments de décompression avec ses incarnations de Funny Truche (soprano influenceuse) et de la Stromboli (diva à la carrière plus brève que son bagout !). Et l&rsquo;on n&rsquo;oubliera pas de remercier et de féliciter les quatre pianistes qui se sont succédé pour accompagnés les artistes dans ce programme particulièrement éclectique (et comportant beaucoup de raretés), et sans lesquels ce concert n&rsquo;aurait pu avoir lieu : <strong>Maxime Neyret</strong>, <strong>Matteo Carminati</strong>, <strong>François Bettencourt</strong> et <strong>Arnaud</strong> <strong>Kérébel</strong>. Le spectacle était donné au profit de la <em>Ligue contre le cancer.</em></p>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Faut-il réhabiliter Francesco Cilea ? Ou bien considérer que même Adrienne Lecouvreur, sa seule œuvre véritablement passée à la postérité, ne vaut guère plus que les larmes tirées aux âmes sensibles à grand renfort de cordes tendues à pleurer, d’effets de manche visibles comme le nez au milieu de la figure, ou de longues minutes d’une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Faut-il réhabiliter Francesco Cilea ? Ou bien considérer que même <em>Adrienne Lecouvreur</em>, sa seule œuvre véritablement passée à la postérité, ne vaut guère plus que les larmes tirées aux âmes sensibles à grand renfort de cordes tendues à pleurer, d’effets de manche visibles comme le nez au milieu de la figure, ou de longues minutes d’une mort qui n’en finit pas d’arriver ?<br />
La première de la série des cinq représentations toulousaines d’<em>Adrienne</em> <em>Lecouvreur</em> données à Toulouse nous invite à répondre par l’affirmative à la première question posée. Oui, il faut rendre justice à Cilea, oui cela vaut la peine de remonter <em>Adrienne</em>, même avec une mise en scène qui a roulé sa bosse un peu partout. Oui cela vaut la peine malgré quatre actes très inégaux, malgré une histoire dont on défie le novice d’en comprendre le détail et enfin malgré des protagonistes qui tournent sans cesse autour de leurs propres mélodies (mais quelles mélodies !). Oui cela vaut la peine, quand on a dépouillé la partition de tout ce que l’on adore détester dans la musique vériste, celle qui dégouline de partout. Alors commençons par-là et disons-le : il est très fort <strong>Giampaolo Bisanti</strong>, à la tête ce soir de l’orchestre national du Capitole. Il est très fort parce qu’il a épuré la partition, il l’a comme assainie, il l’a même ennoblie ; elle se retrouve sous sa baguette comme expurgée de tout sentimentalisme larmoyant. Il nous renvoie alors vers le plus beau vérisme, celui de <em>La Bohème</em> dans le prélude du IV. Mieux que cela, dans la scène finale, le sommet musical et dramatique de la pièce, on surprend le chef à aller chercher dans ses cordes, à extirper littéralement et de ses propres mains les accents les plus touchants, ceux qui nous transportent. Il va les chercher un par un et à cet instant, nul excès dans le drame, mais au contraire une mort sublimée par une parure musicale finalement simple et délicate. Ce sont les cordes bien sûr qui tiennent le premier rôle ; un quatuor de pupitres très homogène, sans oublier une harpe fort sollicitée et qui conclut de belle manière le finale <em>piano</em> du dernier acte. C’est ce soir-là encore une prestation de grande qualité de la part de l’orchestre du Capitole qui clôture ainsi une saison sans faute, où il aura excellé dans tous les genres abordés.<br />
La mise en scène d’<strong>Ivan</strong> <strong>Stefanutti</strong> et surtout ses décors qui ne font pas dans la finesse date et frise quelque peu la caricature. Le jeu est permanent entre le blanc et le noir (aucun costume n’est en couleur), ce qui ne permet guère de distinguer les ambiances entre les loges de la Comédie Française au I, le pavillon fatidique au II, le palais de la Princesse de Bouillon et enfin au IV le boudoir d’Adrienne. Quelques belles trouvailles toutefois comme ce jeu d’échec mis en évidence dans le pavillon, où le jeu aux pièces blanches et noires représente le terrain de lutte entre Maurizio et la Princesse qui se jaugent l’un l’autre ou encore la bataille des reines (Adrienne et la Princesse) à la fin du II. Autre bel effet ; dans le boudoir où se meurt Adrienne, le tableau qui la représente en tragédienne se colorise au moment où elle succombe – l’actrice aura survécu à la femme amoureuse.</p>
<pre style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC_3768-Migliorato-NR.jpg?&amp;cacheBreak=1750484487019" alt="" width="647" height="364" />
© Mirco Magliocca</pre>
<p>La soirée est sauvée par l’arrivée in extremis du ténor <strong>Vincenzo Costanzo</strong> qui remplace au pied levé José Cura, souffrant mais qui devrait assurer les représentations suivantes. A peine quelques heures de répétitions et voilà le jeune ténor italien (34 ans) qui se fond comme par miracle dans la mise en scène. Nous retiendrons de lui un quatrième acte premium qui nous fera oublier nos frayeurs du I. Les aigus alors étaient forcés, on sentait Costanzo au bord de la rupture, mais l’aisance et la sérénité sont revenus au fil des actes et le <em>finale</em> nous aura permis d’apprécier une voix au timbre attachant, à la belle luminosité et aux mediums bien projetés. Permettons-nous de lui conseiller de ne pas abuser d’un instrument solide, mais qui devra aussi être ménagé. Il remporte, très ému, la palme aux applaudissements, le public lui étant à juste titre reconnaissant de son engagement de dernier moment.<br />
Le rôle d’Adrienne va comme un gant à <strong>Lianna Haroutounian</strong> – rôle qu’elle porte en tragédienne depuis plusieurs années et dont elle connaît tous les pièges et tous les artifices. La voix est solidement posée, la projection est sûre sans être toujours entièrement maîtrisée (des <em>fortissimi</em> un peu lourds) ; elle livre une composition magistrale, particulièrement dans le IV, décidément l’acte le plus réussi, où son agonie qui n’en finit pas nous plonge dans les plus profondes délices !<br />
L’autre rôle féminin majeur est celui de la Princesse de Bouillon. <strong>Judit Kutasi</strong> a le mezzo sombre et charpenté qui sied parfaitement à celle qui fera tomber sa rivale par le poison. <strong>Nicola Alaimo</strong> est un Michonnet  transi d’amour pour Adrienne. Son allure bonhomme va à merveille avec le personnage. On reconnait entre tous des graves riches de tant d’harmoniques somptueuses, même si ce soir certains aigus étaient un peu serrés. <strong>Roberto Scandiuzzi</strong>, Oroveso en avril dernier à Toulouse est un parfait prince de Bouillon ; toujours cette chaleur dans les graves et ce cantabile à souhait. Mention spéciale à l’Abbé de <strong>Pierre Derhet</strong>, qui campe crânement et avec une belle voix assurée un curé qui semble plutôt porté vers les richesses d’ici-bas. Sans oublier les deux demoiselles Juvenot et Dangeville (<strong>Cristina Gianelli </strong>et <strong>Marie-Ange Todorovitch</strong>), qui ont apporté un peu de fraicheur et de lumière dans un drame finalement très sombre.</p>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Brillante ouverture de saison au Teatro Real de Madrid, qui depuis son inauguration en 1997 a vu son public progresser et se fidéliser, comme jamais, sous la direction artistique de Joan Matabosch (successeur de Gerard Mortier en 2013). Théâtre à l’italienne, le Real peut accueillir plus de 1700 spectateurs et possède un amphithéâtre impressionnant de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Brillante ouverture de saison au Teatro Real de Madrid, qui depuis son inauguration en 1997 a vu son public progresser et se fidéliser, comme jamais, sous la direction artistique de Joan Matabosch (successeur de Gerard Mortier en 2013). Théâtre à l’italienne, le Real peut accueillir plus de 1700 spectateurs et possède un amphithéâtre impressionnant de plusieurs centaines de places, très prisé du jeune public, qui descend en pente raide vers la scène. Les spectateurs se sentent alors très proche des artistes car l’acoustique y est en plus remarquable.</p>
<p>La saison lyrique a débuté brillamment le 23 septembre 2024 avec <em>Adriana Lecouvreur</em> de Francesco Cilea, opéra représenté en hommage au ténor José Carreras à l’occasion du 50<sup>e</sup> anniversaire de son interprétation de l’ouvrage au Théâtre de la Zarzuela aux côtés de Montserrat Caballé. Treize représentations à guichets fermés du 23 septembre au 11 octobre et deux distributions de haut vol. Le 7 octobre <strong>Maria Agresta</strong>, dans le rôle-titre, succédait ainsi à Ermonela Jaho, <strong>Matthew Polenzani</strong> (Maurizio) à Brian Jagde et <strong>Teresa Romano</strong> (Princesse de Bouillon) à Elïna Garanča. Reprise <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris/">à Paris pour la  dernière fois en janvier 2024,</a> la mise en scène, créée par <strong>David McVicar</strong> en 2010 à Londres, n’a pas pris une ride. Dans la lignée d’un Giorgio Strehler, il ne transpose ni l’époque ni le lieu, situe l’action dans le Théâtre-Français qu’il métamorphose en « théâtre dans le théâtre », dans un esprit résolument contemporain, proposant ainsi au public devenu complice, une belle réflexion sur l’art dramatique. Il s’inspire évidemment du premier grand air « Io son l’umile ancilla del genio creator » dans lequel la comédienne Adrienne Lecouvreur, après son succès dans un rôle racinien, s’interroge sur son art. Il est vrai que les déclamations lyriques des célèbres tragédiennes d’antan, proches du chant, fascinaient les spectateurs, tant elles parvenaient à transcender les mots pour atteindre la pure émotion. L’artifice de l’opéra est idéal, en ce sens, pour leur rendre hommage. Ainsi, dans les décors magnifiques de <strong>Charles Edwards</strong> et les costumes rutilants de <strong>Brigitte Reiffenstuel</strong>, McVicar inscrit l’œuvre dans une perspective autrement plus passionnante que la banale anecdote d’une rivalité amoureuse de la pièce de Scribe.</p>
<p>La soprano Maria Agresta incarne de manière impressionnante le personnage d’Adriana avec une ligne vocale puissante aux multiples couleurs jusqu’aux plus fins <em>pianissimi</em> (le public lui fera un triomphe au salut final). À ses côtés, on retrouve avec bonheur le ténor américain Matthew Polenzani qui chante pour la première fois le rôle de Maurizio avec la voix chaude et vaillante qu’on lui connaît. Quelle classe et quelle musicalité ! Dans les coulisses du théâtre, le personnage de Michonnet, régisseur amoureux de la diva qu’il conseille et soutient, acquiert ici une réelle densité, porté par la voix de baryton léger de <strong>Manel Esteve</strong> qui porte loin et peut se permettre les nuances et phrasés qui forcent l’émotion. Le public l’ovationne tout comme la jeune mezzo-soprano italienne Teresa Romano, issue de l’Académie de La Scala, véritable révélation dans le rôle de la Princesse de Bouillon : une forte présence en scène et une voix impressionnante du grave sonore à l’aigu rayonnant. L’abbé incarné par le ténor <strong>Josep Fadó</strong> est irrésistible et tous les autres rôles sont à l’avenant.</p>
<p>Au pupitre <strong>Nicola Luisotti</strong>, directeur principal invité du Teatro Real, que le public madrilène a adopté, donne à la partition de Cilea une ampleur insoupçonnée. Sous sa direction, le prélude du dernier acte est un moment suspendu et lumineux qui annonce la fin tragique lorsque sur, le théâtre réduit à une ossature de bois, les comédiens revêtent à nouveau leurs costumes pour saluer Adriana qui vient de décéder. Le théâtre dans le théâtre s’achève et le public est debout.</p>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-barcelone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Jun 2024 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Adriana Lecouvreur est l’opéra de tous les excès, de l’engouement extrême du public pour des divas de théâtre – et d’opéra – à des excès de décors, de costumes, et pourquoi pas, de distribution ? Le Liceu l’avait annoncée comme l’évènement choc de l’année, et il faut dire que les chanceux qui ont pu avoir des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Adriana Lecouvreur</em> est l’opéra de tous les excès, de l’engouement extrême du public pour des divas de théâtre – et d’opéra – à des excès de décors, de costumes, et pourquoi pas, de distribution ? Le Liceu l’avait annoncée comme l’évènement choc de l’année, et il faut dire que les chanceux qui ont pu avoir des billets ont dû les exposer sur leur cheminée, car les places se sont vendues comme des petits pains : Jonas Kaufmann allait venir interpréter le rôle de Maurizio, aux côtés de Sonya Yoncheva (Adriana, prise de rôle), d’Anita Rachvelishvili (la princesse de Bouillon) et d’<strong>Ambrogio Maestri</strong> (Michonnet). Une distribution de prestige digne de la plupart de celles qui l’ont précédée dans cette production, et qui, comme dirait l’autre, méritait le voyage. Las, les trois premiers ont déclaré forfait les uns après les autres, le premier pour des raisons inconnues, la deuxième n’étant pas prête pour le rôle en raison d’un agenda trop chargé (à qui la faute ?), et la troisième du fait de problèmes de santé récurrents. Seul fidèle au poste, Ambrogio Maestri.</p>
<p>Contrairement à ce que l’on a pu lire abondamment dans la presse spécialisée, c’est <strong>Freddie De Tommaso</strong> – prévu à l’origine en seconde distribution – qui remplace Kaufmann, et non Roberto Alagna, qui assurera le rôle seulement dans la seconde distribution. <strong>Daniela Barcellona</strong> est passée en première distribution, remplacée par Clémentine Margaine en seconde, et pour le rôle-titre, c’est Aleksandra Kurzak qui relève un double défi périlleux, une prise de rôle, et chanter quasiment quatre soirs de suite (16, 17, 19 et 20 juin). Valeria Sepe assure le rôle en seconde distribution, à la place d’Eleonora Buratto prévue à l’origine, et qui s’est déclarée elle aussi insuffisamment prête pour cette prise de rôle. De tels changements ont découragé certains de venir à Barcelone, mais pour nous, bien sûr, pas question de renoncer à assister à cette première qui, à travers tous ces remplacements, présente de sérieux atouts.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/www-sergipanizo-cat_240610_liceu_adriana-lecouvreur_a_081-corr_modifie-1-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-166045"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Sergi Panizo / Liceu</sup></figcaption></figure>


<p>Il y a peu à dire sur la production de <strong>David McVicar</strong>, que tout le monde connaît par cœur, depuis sa création à Londres en 2010, tant elle a été jouée à maintes reprises à travers le monde, déjà au Liceu en 2012, diffusée par la vidéo et chroniquée ici même pour <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poveri-castafiore/">Londres 2010</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/adriana-lecouvreur-paris-bastille-cadeau-empoisonne/">Paris 2015</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris/">2024</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/adriana-lecouvreur-new-york-la-perfection-en-5-noms-et-quelques-autres/">New York 2019</a>, et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-milan-du-beau-travail-a-lancienne/">Milan 2022</a>. Anglaise jusqu’au bout des ongles, elle ne peut prendre aucune ride puisqu’elle est entièrement respectueuse de l’œuvre et de l’époque, avec des décors et des costumes somptueux très inspirés des œuvres de William Hogarth. On note, sous le buste de Molière inspiré de celui de Houdon présent à l’avant-scène, la boîte du souffleur qui nous renvoie à la belle époque de la Comédie Française. La direction d’acteurs reste soignée et conforme aux captations vidéo disponibles. Quant à la direction d’orchestre de <strong>Patrick Summers</strong>, elle est bien en place, et respectueuse des voix.</p>
<p>Une annonce en début de spectacle fait tout craindre : mais c’est pour dédier la représentation à Jodie Devos, qui vient de nous quitter, et pour annoncer la méforme de <strong>Daniela Barcellona</strong>, qui chantera néanmoins. Petite précaution assez inutile, car elle assure brillamment ce rôle de « méchante » dans lequel elle s’identifie visiblement fort bien, y compris dans les forte marquant les confrontations les plus violentes avec sa rivale. La stature est plus que crédible, la voix toujours très présente, l’articulation parfaite, bref sa princesse de Bouillon est de celles qui marquent le rôle.  À ses côtés <strong>Ambrogio Maestri</strong> est une fois de plus l’extraordinaire Michonnet que l’on connaît bien, et qui a marqué un grand nombre de représentations de cette production, déchirant, tout en nuances, confirmant qu’il est pour ce rôle l’un des plus grands titulaires de sa génération. La voix est toujours égale, et il a la qualité des plus grands, qui est de mettre en valeur ses partenaires, et notamment Adriana.</p>
<p>Restent bien sûr les deux autres triomphateurs de la représentation, et tout d’abord <strong>Freddie De Tommaso</strong> en Maurizio. Ce jeune chanteur de 30 ans, que l’on qualifiait encore il y a peu de « ténor prometteur », a maintenant totalement gagné ses galons de vedette. En mars dernier, il nous subjuguait au San Carlo de Naples par son Pollione particulièrement solide. Il reprend ce soir le Maurizio qu’il a déjà donné à la Scala en 2022 dans la même production, avec son éclatant timbre <em>lírico spinto</em> riche de mille couleurs, aux aigus projetés avec insolence qui n’est pas sans rappeler Di Stefano jeune, et à l’assise barytonnante gage d’une longévité vocale prévisible. Une prestance et une présence scénique très convaincantes, un jeu parfaitement en phase avec l’action, bref il est d’ores et déjà parmi les meilleurs de sa génération.</p>
<p>À ses côtés, <strong>Aleksandra Kurzak</strong> assure une magnifique prise de rôle en Adriana. Bien sûr, elle n’est pas la grande tragédienne classique que l’on pourrait attendre, mais plutôt une jeune actrice espiègle, un peu femme-enfant faisant penser à la Scarlett de Vivien Leigh, et qui ne comprend pas très bien tout ce qui lui arrive, se contentant de réagir au coup par coup à des évènements qu’elle ne maîtrise pas. Mais si la caractérisation scénique n’est pas pleinement convaincante, la voix et l’interprétation vocale, au contraire, le sont totalement. Le phrasé et le legato sont parfaits, la puissance, les notes diminuendo et filées également, et bien sûr ses deux airs soulèvent l’enthousiasme de la salle. Ses duos avec Maurizio et la princesse de Bouillon sont également parfaitement dosés et interprétés, entre violence et émotion. Au total une magnifique représentation, et une nouvelle perle ajoutée à toutes celles suscitées par cette belle production.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-barcelone/">CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Barcelone</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Gala Plácido Domingo &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-placido-domingo-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 May 2024 05:38:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Plácido Domingo fait ses débuts au Festival de Salzbourg à 34 ans, le 11 août 1975, dans Don Carlo sous la direction d&#8217;Herbert von Karajan. La distribution donne le vertige : Nicolai Ghiaurov, Mirella Freni, Piero Cappuccilli, Christa Ludwig&#8230; et jusqu&#8217;à José van Dam en simple moine. Depuis, le chanteur aura participé à 73 représentations &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Plácido Domingo</strong> fait ses débuts au Festival de Salzbourg à 34 ans, le 11 août 1975, dans <em>Don Carlo</em> sous la direction d&rsquo;Herbert von Karajan. La distribution donne le vertige : Nicolai Ghiaurov, Mirella Freni, Piero Cappuccilli, Christa Ludwig&#8230; et jusqu&rsquo;à José van Dam en simple moine. Depuis, le chanteur aura participé à 73 représentations sur 23 saisons.  <em>Don Carlo</em> sera repris l&rsquo;année suivante. <em>Les Contes d&rsquo;Hoffmann</em> (avec James Levine, dans la célèbre production de Jean-Pierre Ponnelle) seront donnés trois saisons. <em>Un Ballo in maschera</em> sera finalement confié à Georg Solti suite au décès de Karajan (2 saisons).  Suivront, en version concert, l&rsquo;acte I de <em>Die Walküre</em>, <em>Parsifal</em>, <em>La Dame de Pique</em>, <em>Samson et Dalila</em>, <em>Tamerlano</em>, puis des rôles de baryton pour <em>Giovanna d&rsquo;Arco</em>, <em>Il Trovatore</em> (en version scénique), <em>Thaïs</em>, <em>I Due Foscari,</em> <em>Les Pêcheurs de Perles</em> et <em>Luisa Miller</em>.  <em>I Vespri </em><i>siciliani </i>seront annulées en raison du COVID. Au total, Domingo aura ainsi interprété 14 rôles lyriques au festival sur les quelques 150 revendiqués : c&rsquo;est moins qu&rsquo;au Metropolitan Opera (47 rôles), mais c&rsquo;est plus qu&rsquo;à l&rsquo;ONP (10 rôles). A cet impressionnant palmarès, il faudrait ajouter de nombreux concerts lyriques, le <em>Requiem</em> de Verdi ou encore la <em>Missa solemnis</em>. Domingo n&rsquo;avait plus chanté au festival depuis 2015, pour un gala donné pour le 40e anniversaire de ses débuts. Si l&rsquo;on compte bien, le présent concert ne célèbre donc pas exactement le 50e anniversaire mais plutôt 50 ans de présence (plus ou moins interrompue) de Domingo à Salzbourg. Le popularité du ténor auprès du public du festival est resté intacte : le gala affichait complet et, devant l&rsquo;entrée, plusieurs personnes cherchaient une place, ce qui n&rsquo;est plus si courant à Salzbourg. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/domingo-gala-marco-borrelli_009-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-163845"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Rolando Villazón © SF/Marco Borrelli</sup></figcaption></figure>


<p>La soirée est animée, en anglais par un Rolando Villazón intarissable et sympathique, très à l&rsquo;aise dans ce rôle de maître de cérémonie et peu avare de superlatifs envers son mentor. Chacun de ses collègues, et lui-même, font l&rsquo;objet d&rsquo;anecdotes démontrant l&rsquo;estime des artistes pour leur ainé. Villazón explique ainsi qu&rsquo;après sa victoire à Operalia, Domingo l&rsquo;avait invité, voyage et frais payés, à assister aux répétitions du <em>Cid</em> pour qu&rsquo;il en tire profit. De tous ces témoignages, il ressort une estime générale pour un artiste d&rsquo;une immense bienveillance, toujours à l&rsquo;écoute des plus jeunes et prêt à utiliser sa notoriété pour promouvoir de nouveaux talents. Au delà d&rsquo;exploits dignes du <em>Livre des Records</em>, dont 150 rôles, une longévité exceptionnelle, une reconversion vers les rôles de baryton, l&rsquo;administration simultanée de deux théâtres, la création d&rsquo;un concours, etc. ce sont ces qualités humaines qui nous permettent de nous exclamer, comme Barnaba dans <em>La</em> <em>Gioconda</em> : « O monumento! ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/domingo-gala-marco-borrelli_003-scaled-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-163839"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© SF/Marco Borrelli</sup></figcaption></figure>


<p>Pour ce gala, Plácido Domingo était accompagné de lauréats de son concours <em>Operalia</em>, dont il faut reconnaitre qu&rsquo;il aura permis de révéler un nombre impressionnant d&rsquo;artistes lyriques. Le gala commence avec une ouverture de <em>Nabucco</em> particulièrement excitante : à la tête d&rsquo;un Müncherner Rundfunkorchester « qui claque », <strong>Marco</strong> <strong>Armiliato</strong> démontre l&rsquo;importance d&rsquo;un bon orchestre et d&rsquo;un bon chef dans ce répertoire. Natif de Samarcande en Ouzbékistan, <strong>Bekhzod Davronov</strong> (Operalia 2021) ouvre la soirée avec la scène finale de <em>Lucia di Lammermoor</em>. Le timbre est chaud et l&rsquo;émission laisse entrevoir un lirico-spinto en devenir, mais le chanteur est encore bien trop jeune pour un aussi gros morceau et le si naturel final est à la limite de l&rsquo;accident. <strong>Plácido Domingo</strong> fait alors son entrée, d&rsquo;un pas vif, et sous un tonnerre d&rsquo;applaudissements, pour chanter la scène finale de Macbeth. Le récitatif est prudent, avec un vibrato serré marqué, puis la voix prend de l&rsquo;assurance pour un air de belle tenue. <strong>Sonya Yoncheva</strong> (Operalia 2010) interprète alors le magnifique Chant à la Lune extrait de <em>Rusalka</em> d&rsquo;une parfaite poésie : le soprano bulgare est ce soir dans une forme éblouissante et l&rsquo;air lui convient à merveille. <strong>Aida Garifullina</strong> (Operalia 2013) et Plácido Domingo lui succèdent pour le duo de <em>La Traviata</em>. La voix du soprano russe a pris du corps avec les années (elle est d&rsquo;ailleurs passé avec succès de la Musetta de <em>Bohème</em> à Mimi). Sa Violetta est de toute beauté, très belcantiste, avec des piani évanescents. La voix, d&rsquo;une grande pureté, lui permet de camper une sorte d&rsquo;ange mené au sacrifice : c&rsquo;est une composition remarquable. Face à elle, Domingo a retrouvé ses moyens (on est a des années-lumière du <em>Nabucco</em> de Gaveau en début d&rsquo;année) et leur duo sera un des sommets de la soirée. <strong>René Barbera</strong> (Operalia 2011) chante avec aplomb l&rsquo;air et un couplet de la cabalette d&rsquo;Arnold de <em>Guillaume</em> <em>Tell</em>. La prononciation est impeccable, même si elle n&rsquo;est pas celle d&rsquo;un francophone authentique. Les six contre-ut sont vaillamment assumés (on serait tenté de dire, les doigts dans le nez, vue une certaine nasalité d&rsquo;émission) et avec une belle puissance. Le ténor américain démontre ainsi que les théâtres ont tort de le limiter à des emplois plus légers (Almaviva, Ernesto&#8230;) même s&rsquo;il y est excellent. <strong>Erwin</strong> <strong>Schrott</strong> (Operalia 1998) interprète (et nous insistons sur le choix du terme) un splendide air de Philippe II. Connu pour sa voix de stentor et des effets parfois histrioniques, la basse uruguayenne offre ici un « Elle ne m&rsquo;aime pas » finement ciselé, avec un vrai sens donné aux mots. <strong>Rolando Villazón</strong> (Operalia 1999) abandonne un instant le micro (et ses lunettes !) pour chanter <em>Le Cid</em>. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-une-folle-journee-pasticcio-salzbourg/">Après sa prestation dans <em>Une Folle journée</em></a>, son interprétation de « Ô Souverain, ô juge, ô père » surprend par son intégrité. Certes, l&rsquo;air est abaissé d&rsquo;un demi ton, mais il n&rsquo;est pas le premier à le faire. La technique sent toujours autant l&rsquo;effort avec des sons très ouverts,, mais on tire son chapeau devant cette exécution pleine d&rsquo;émotion. Le public autrichien lui fera une ovation délirante. La première partie s&rsquo;achève par le duo d&rsquo;<em>Il Trovatore</em>, « Mira, di acerbe lagrime » avec une <strong>Elena Stikhina</strong> (Operalia 2016) enthousiasmante et un Plácido Domingo un peu perdu dans les parties rapides. Après une ouverture de <em>Norma</em> toujours parfaitement exécutée mais un peu trop martiale, Aida Garifullina chante le « Casta diva » de <em>Norma. </em>Comme pour sa Violetta, on est tenté de dire que le rôle intégral n&rsquo;est pas pour elle : mais que c&rsquo;est beau ! Plácido Domingo est rejoint par <strong>Dmitry</strong> <strong>Korchak</strong> (Operalia 2004) pour le duo « Au fond du temple saint » des <em>Les Pêcheurs de perles.</em> Le ténor russe a gagné en puissance et a tendance à couvrir un peu son partenaire. Son chant en force ne dégage pas beaucoup de poésie. Rolando Villazón renouvelle son exploit avec l&rsquo;air « Amor, vida de mi vida » extrait de la zarzuela <em>Maravilla</em> de Federico Moreno Torroba, répertoire où il est encore plus à l&rsquo;aise. Elena Stikhina offre un « Io son l&rsquo;umile ancella » d&rsquo;<em>Adriana Lecouvreur</em> avec de magnifiques couleurs pleines de mélancolies. Chantant pourtant son répertoire nationale, Dmitry Korchak affiche les mêmes qualités et les mêmes défauts pour son « Kuda, kuda » d&rsquo;<em>Eugène</em> <em>Onéguine</em>. Enfin, Plácido Domingo et Sonya Yoncheva achèvent le programme avec un « Torero quiero sé » endiablé, extrait d&rsquo;<em>El Gato montes</em>. Sonya Yoncheva y fait preuve d&rsquo;une étonnante affinité avec ce répertoire. Tout au long de la soirée, et malgré la diversité du répertoire, <strong>Marco Armiliato</strong> et le <strong>Müncherner Rundfunkorchester</strong> sont absolument remarquables. Le chef italien sait ici conjuguer l&rsquo;attention aux chanteurs, la maîtrise des styles, tout en laissant s&rsquo;exprimer pleinement l&rsquo;orchestre. Après les standings ovations de rigueur, Plácido Domingo jette ces dernières ressources dans un extrait vibrant de la zarzuela <em>Los Gavilanes</em>, avant d&rsquo;être rejoint par ses collègues pour un ensemble sur le duo de <em>Die</em> <em>Lustige Witwe</em>. Organisatrice de l&rsquo;événement, <strong>Cecilia</strong> <strong>Bartoli</strong> se joindra à la petite troupe pour un dernier bis sur l&rsquo;air du prince Sou-Chong extrait de <em>Das</em> <em>Land des Lächelns</em>.</p>

<p>Plácido Domingo remerciera la salle avec un court discours : avec humour, il déclarera que ces cinquante années n&rsquo;avaient pas été si difficiles, et que ce sera sans doute plus dur de d&rsquo;aller jusqu&rsquo;à soixante. « On va d&rsquo;abord essayer cinquante-et-un ! » conclue-t-il. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-dadieux-dantonio-pappano-londres-roh/">Après le succès de l&rsquo;hommage à Antonio Pappano</a>, le triomphe de ce gala pose lui aussi la question de l&rsquo;écart entre les attentes d&rsquo;une partie du public et les choix des décideurs lyriques : l&rsquo;opéra est-il ou n&rsquo;est-il pas d&rsquo;abord une affaire de musiciens ? Une chose est sure, c&rsquo;est qu&rsquo;aussi talentueux soient-ils, à l&rsquo;exception notable de Franco Zeffirelli aux Arènes de Vérone, on n&rsquo;a jamais vu un gala dédié aux metteurs en scène. </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gala-placido-domingo-salzbourg/">Gala Plácido Domingo &#8211; Salzbourg</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Anna Netrebko, standing ovation à Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/anna-netrebko-standing-ovation-a-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jan 2024 06:59:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Anna Netrebko triomphe à Paris. Chaque représentation d’Adriana Lecouvreur met le public de la Bastille en délire. Hier, lundi 22 janvier, comme les autres soirs, « Io son l’umile ancella » et « Poveri fiori », les deux grands airs d’Adriana, ont été longuement ovationnés et c’est debout au salut final que la salle a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Anna Netrebko</strong> triomphe à Paris. Chaque <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris/">représentation d’<em>Adriana Lecouvreur</em></a> met le public de la Bastille en délire. Hier, lundi 22 janvier, comme les autres soirs, « Io son l’umile ancella » et « Poveri fiori », les deux grands airs d’Adriana, ont été longuement ovationnés et c’est debout au salut final que la salle a salué la soprano. Avant le spectacle, à  l’entrée de l’opéra, les pancartes « cherche places » fleurissaient comme au bon vieux temps – aux côtés de quelques banderoles de protestation pro-ukrainienne. Encore une représentation prévue, jeudi 25 janvier, avant que la non moins intrépide Anna Pirozzi prenne la relève (jusqu&rsquo;au 7 février). Pour les naufragés de la billetterie, voici en guise de lot de consolation un extrait du monologue de Phèdre au 3<sup>e</sup> acte, partagé par Anna Netrebko sur Instagram.</p>


<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned="" data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/reel/C2bHQkBIR1d/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/reel/C2bHQkBIR1d/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank" rel="noopener"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; margin-bottom: 6px; width: 100px;"></div> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 4px; flex-grow: 0; height: 14px; width: 60px;"></div></div></div><div style="padding: 19% 0;"></div> <div style="display:block; height:50px; margin:0 auto 12px; width:50px;"><svg width="50px" height="50px" viewBox="0 0 60 60" version="1.1" xmlns="https://www.w3.org/2000/svg" xmlns:xlink="https://www.w3.org/1999/xlink"><g stroke="none" stroke-width="1" fill="none" fill-rule="evenodd"><g transform="translate(-511.000000, -20.000000)" fill="#000000"><g><path d="M556.869,30.41 C554.814,30.41 553.148,32.076 553.148,34.131 C553.148,36.186 554.814,37.852 556.869,37.852 C558.924,37.852 560.59,36.186 560.59,34.131 C560.59,32.076 558.924,30.41 556.869,30.41 M541,60.657 C535.114,60.657 530.342,55.887 530.342,50 C530.342,44.114 535.114,39.342 541,39.342 C546.887,39.342 551.658,44.114 551.658,50 C551.658,55.887 546.887,60.657 541,60.657 M541,33.886 C532.1,33.886 524.886,41.1 524.886,50 C524.886,58.899 532.1,66.113 541,66.113 C549.9,66.113 557.115,58.899 557.115,50 C557.115,41.1 549.9,33.886 541,33.886 M565.378,62.101 C565.244,65.022 564.756,66.606 564.346,67.663 C563.803,69.06 563.154,70.057 562.106,71.106 C561.058,72.155 560.06,72.803 558.662,73.347 C557.607,73.757 556.021,74.244 553.102,74.378 C549.944,74.521 548.997,74.552 541,74.552 C533.003,74.552 532.056,74.521 528.898,74.378 C525.979,74.244 524.393,73.757 523.338,73.347 C521.94,72.803 520.942,72.155 519.894,71.106 C518.846,70.057 518.197,69.06 517.654,67.663 C517.244,66.606 516.755,65.022 516.623,62.101 C516.479,58.943 516.448,57.996 516.448,50 C516.448,42.003 516.479,41.056 516.623,37.899 C516.755,34.978 517.244,33.391 517.654,32.338 C518.197,30.938 518.846,29.942 519.894,28.894 C520.942,27.846 521.94,27.196 523.338,26.654 C524.393,26.244 525.979,25.756 528.898,25.623 C532.057,25.479 533.004,25.448 541,25.448 C548.997,25.448 549.943,25.479 553.102,25.623 C556.021,25.756 557.607,26.244 558.662,26.654 C560.06,27.196 561.058,27.846 562.106,28.894 C563.154,29.942 563.803,30.938 564.346,32.338 C564.756,33.391 565.244,34.978 565.378,37.899 C565.522,41.056 565.552,42.003 565.552,50 C565.552,57.996 565.522,58.943 565.378,62.101 M570.82,37.631 C570.674,34.438 570.167,32.258 569.425,30.349 C568.659,28.377 567.633,26.702 565.965,25.035 C564.297,23.368 562.623,22.342 560.652,21.575 C558.743,20.834 556.562,20.326 553.369,20.18 C550.169,20.033 549.148,20 541,20 C532.853,20 531.831,20.033 528.631,20.18 C525.438,20.326 523.257,20.834 521.349,21.575 C519.376,22.342 517.703,23.368 516.035,25.035 C514.368,26.702 513.342,28.377 512.574,30.349 C511.834,32.258 511.326,34.438 511.181,37.631 C511.035,40.831 511,41.851 511,50 C511,58.147 511.035,59.17 511.181,62.369 C511.326,65.562 511.834,67.743 512.574,69.651 C513.342,71.625 514.368,73.296 516.035,74.965 C517.703,76.634 519.376,77.658 521.349,78.425 C523.257,79.167 525.438,79.673 528.631,79.82 C531.831,79.965 532.853,80.001 541,80.001 C549.148,80.001 550.169,79.965 553.369,79.82 C556.562,79.673 558.743,79.167 560.652,78.425 C562.623,77.658 564.297,76.634 565.965,74.965 C567.633,73.296 568.659,71.625 569.425,69.651 C570.167,67.743 570.674,65.562 570.82,62.369 C570.966,59.17 571,58.147 571,50 C571,41.851 570.966,40.831 570.82,37.631"></path></g></g></g></svg></div><div style="padding-top: 8px;"> <div style=" color:#3897f0; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:550; line-height:18px;">Voir cette publication sur Instagram</div></div><div style="padding: 12.5% 0;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: row; margin-bottom: 14px; align-items: center;"><div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(0px) translateY(7px);"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; height: 12.5px; transform: rotate(-45deg) translateX(3px) translateY(1px); width: 12.5px; flex-grow: 0; margin-right: 14px; margin-left: 2px;"></div> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; height: 12.5px; width: 12.5px; transform: translateX(9px) translateY(-18px);"></div></div><div style="margin-left: 8px;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 20px; width: 20px;"></div> <div style=" width: 0; height: 0; border-top: 2px solid transparent; border-left: 6px solid #f4f4f4; 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margin-bottom:0; margin-top:8px; overflow:hidden; padding:8px 0 7px; text-align:center; text-overflow:ellipsis; white-space:nowrap;"><a href="https://www.instagram.com/reel/C2bHQkBIR1d/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" color:#c9c8cd; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:normal; line-height:17px; text-decoration:none;" target="_blank" rel="noopener">Une publication partagée par @anna_netrebko_yusi_tiago</a></p></div></blockquote> <script async="" src="//www.instagram.com/embed.js"></script>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jan 2024 06:58:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Programmée en avril 2020 puis annulée pour cause de covid 19, cette reprise d’Adriana Lecouvreur selon David McVicar avec Anna Netrebko et Yusif Eyvazov affichait salle comble ce 16 janvier 2024. Créée en 2010 à Londres, cette production a été applaudie ensuite à Paris en 2015, à Vienne en 2017 où Anna Netrebko effectuait sa &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Programmée en avril 2020 puis annulée pour cause de covid 19, cette reprise d’<em>Adriana Lecouvreur</em> selon David McVicar avec Anna Netrebko et Yusif Eyvazov affichait salle comble ce 16 janvier 2024. Créée en 2010 à Londres, cette production a été applaudie ensuite à Paris en 2015, à Vienne en 2017 où Anna Netrebko effectuait sa prise de rôle et enfin à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/adriana-lecouvreur-new-york-la-perfection-en-5-noms-et-quelques-autres/">New-York en 2019</a>. Le premier acte se situe dans le foyer de la Comédie-Française où règne une grande agitation tandis qu’Adrienne Lecouvreur s’apprête à incarner Roxane dans <em>Bajazet</em>. Le metteur en scène écossais respecte scrupuleusement l’époque et le lieu, ce qui nous vaut de splendides costumes de <strong>Brigitte Reilffenstuel</strong> mais il joue la carte de la mise en abyme en situant l’action tout entière à l’intérieur du Théâtre-Français, superbement illustré par les décors monumentaux de <strong>Charles Edwards</strong>. La direction d’acteurs, sobre et précise, souligne de façon conventionnelle, les diverses péripéties de l’intrigue. &nbsp;</p>
<p>La distribution, parfaitement homogène, ne souffre d’aucun point faible. <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> et <strong>Marine Chagnon</strong>, sont irrésistibles en jeunes pensionnaires turbulentes dont les chamailleries exaspèrent Michonnet. <strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong> et <strong>Nicholas Jones</strong>, leurs pendants masculins, ne sont pas en reste en jeunes comédiens serviles, volontiers cancaniers. <strong>Sava Vemić</strong>, Prince de Bouillon un rien compassé et <strong>Leonardo Cortellazzi</strong>, abbé de Chazeul cauteleux complètent avec bonheur l’équipe des <em>comprimari</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="599" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Adriana-Lecouvreur-23-24-©-Sebastien-Mathe-OnP-17.jpg" alt="" class="wp-image-154251"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Adriana Lecouvreur 23-24 © Sebastien Mathé &#8211; OnP (2)</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Ambrogio Maestri</strong>, dont la voix sonore n’a rien perdu de son éclat campe avec sobriété un Michonnet complexe, mélange d’humanité et de bienveillance, qu’il fait évoluer avec subtilité de l’amoureux transi du premier acte au confident attentif et discret puis à l’ami protecteur et paternel du dernier. Sa composition extrêmement fouillée lui vaut un accueil chaleureux de la part du public. Doté d’une voix large aux graves profonds,<strong> Ekaterina</strong> <strong>Semenchuk</strong>, est une princesse de Bouillon altière et possessive, dévorée par la passion dans son air « acerba voluttà », éperdument amoureuse dans son duo avec Maurizio puis dévorée par la jalousie dans sa scène avec Adriana où elle atteint des sommets d’intensité dramatique. Dès son entrée en scène, <strong>Yusif eyvazov</strong> déploie une voix large et homogène qui capte immédiatement l’attention. Son air « La dolcissima effigie » offre un impeccable legato et des nuances bienvenues. Soldat intrépide, comme en témoigne son récit du troisième acte « Il russo Mèncikoff riceve l’ordine » chanté avec vaillance et couronné d’un aigu claironnant, il semble inconscient des rivalités amoureuses qu’il suscite sauf au dernier acte dans son duo passionné avec Adriana « Il nostro amor sfida la sorte ».  <strong>Anna Netrebko</strong> a désormais fait sien le rôle d’Adriana qu’elle incarne avec une voix opulente et un registre grave sonore. Dans des costumes somptueux réalisés spécialement pour elle au Met, qui mettent en valeur sa silhouette, la cantatrice se déplace sur scène avec élégance et un port de reine. Son air d’entrée « Io son l’umile ancella », tout en délicatesse est émaillé de sons filés longuement tenus de toute beauté. Au troisième acte son monologue de <em>Phèdre</em> est déclamé sans emphase excessive mais avec une grandeur tragique et une diction superlative. Poignante de bout en bout sa scène finale culmine dans un « Poveri fiori » déchirant.  Au rideau final, une ovation retentissante salue cette prestation de haut vol.</p>
<p>Au pupitre <strong>Jader Bignamini</strong> impose une direction subtile et théâtrale, alternant avec bonheur les scènes d’ensembles menées à vive allure et les airs dans lesquels il étire le tempo pour laisser le chanteur s’épancher. Son prélude du dernier acte, au cours duquel on sent le drame sous-jacent s’installer progressivement est un modèle d’interprétation.            </p>
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		<title>Récital Elīna Garanča &#038; Jonathan Tetelman – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-elina-garanca-jonathan-tetelman-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jan 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des moments privilégiés, rares et précieux. Le gala d’ouverture de saison proposé ce premier dimanche de janvier au Festspielhaus de Baden-Baden en est un. Par le passé, le gala clôturait la saison ; les habitudes ont changé pour un décalage dans le temps, mais l’idée se révèle excellente, puisqu’en reprenant une formule qui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des moments privilégiés, rares et précieux. Le gala d’ouverture de saison proposé ce premier dimanche de janvier au Festspielhaus de Baden-Baden en est un. Par le passé, le gala clôturait la saison ; les habitudes ont changé pour un décalage dans le temps, mais l’idée se révèle excellente, puisqu’en reprenant une formule qui a fait ses preuves, un programme connu et des habitués de la maison qu’on mêle à un nouveau venu déjà super star, on arrive, dans ce cocktail un peu trop artificiel a priori, à un résultat explosif, dans le bon sens du terme. Non seulement le mélange fonctionne, mais surtout, on obtient une réussite d’une rare perfection, tant vocale qu’instrumentale avec, pour épicer le tout, une dose d’émotions fortes qui augurent mieux que bien la nouvelle année lyrique à peine entamée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/240107_Konzert-FSH_Garanca_Tertelmann_MSymphoniker_cAndreaKremper-3-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-153957"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andrea Kremper</sup></figcaption></figure>


<p>L’idée d’associer <strong>Elīna Garanča</strong> à <strong>Jonathan Tetelman</strong> n’est pas nouvelle, les deux partenaires ayant déjà à leur actif une tournée européenne en Autriche, Espagne et Lettonie dont on peut trouver quelques extraits en ligne ainsi qu’un travail en commun sur <em>Carmen</em>. L’accord des deux voix est de toute beauté et la complicité qui a pu se développer atteint ici un apogée, dans une performance rôdée et ultra-millimétrée. La mezzo lettone affiche une santé vocale insolente, très en beauté dans ses deux robes de contes de fées, la première rappelant les brocards maniéristes contemporains de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlo-milan/">son récent rôle d’Eboli</a> à la Scala, la seconde évoquant une fleur vénéneuse, voire carnivore, mais de sublime garance. Le port de reine n’est pas sans rappeler le charisme assorti de chic d’Arletty dans le mythique rôle de Garance. La diva propose des interprétations très expressives des différents rôles qu’elle endosse ce soir, avec en points d’orgue une Santuzza jalouse comme un tigre et une Carmen plus libre et déterminée que jamais. On est à des années-lumière de la distance et de la froideur qu’on lui reproche parfois. Son partenaire est lui aussi en très grande forme et le public badois le retrouve avec plaisir après sa remarquable performance dans le <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-werther-baden-baden/">Werther d’il y a un mois à peine</a></em>. Les déferlantes de décibels alternent avec les murmures les plus ténus, dans un lacis de nuances subtiles où l’on cherche en vain la faille, tant au niveau des aigus que dans les graves. Le bel apollon darde son œil noir aussi caressant et velouté que sa voix est solaire et puissante, sorte de Pavarotti qui aurait fait une cure de minceur extrême sans perdre sa voix. En principe, ces messieurs soucieux de leur apparence ferment le bouton de leur veste en se levant ; lui l’ouvre avant de chanter, sans doute pour éviter qu’il ne fasse craquer son habit. Et pourtant, on ne le voit jamais sur ses ergots ni bomber le torse à outrance. Tout est dans une technique stupéfiante de naturel, tout en transparence. Le visage à la Gassman du beau ténébreux est fermé puis s’anime juste ce qu’il faut pour accrocher et convaincre le public. Il va sans dire que la maîtrise technique est à l’avenant. Alors que tout est sous contrôle, il s’agit tout de même d’introduire un petit bémol : le ténor a besoin de partitions lors de la seconde partie du concert. Il s’empare d’un pupitre bien trop bas qu’il ne parvient pas à remonter. Alors que sa partenaire et le chef font semblant d’échouer à l’aider, l’assistant du théâtre arrive en courant avec un pupitre à bonne hauteur. La petite facétie fait manifestement partie du show et permet d’humaniser le phénomène vocal. Il faut dire à sa décharge qu’une large partie de la soirée est dédiée à des zarzuelas ne correspondant pas forcément à son répertoire. Les deux artistes sont par ailleurs au sommet et rivalisent d’intelligence scénique, de sens dramatique aigu (alors qu’il s’agit bien d’un récital) dans leur gestuelle et d’adéquation à leurs rôles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/240107_Konzert_FSH_Garanca_Tertelmann_MSymphoniker_c-AndreaKremper36-1-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-153960"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andrea Kremper</sup></figcaption></figure>


<p>On retiendra en particulier de cet étalage de virtuosité les mugissements de Cavaradossi dans un lyrisme furieusement exalté et le «&nbsp;S’io non tornassi&nbsp;» affolé et presque résigné de Turridu. Et c’est sans doute le moment le plus magique de la soirée que l’affrontement des deux grands fauves en présence, à savoir Santuzza et Turridu. Tout en violence contenue mais en rugissements terribles qui laissent les auditeurs pantelants, le duo tragique est fascinant. On se souvient avec émotion que pour le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/belle-complicite/">gala de clôture de 2013</a>, la même scène avait déjà été interprétée par Elīna Garanča et Jonas Kaufmann. La performance d’alors est aujourd’hui au moins égalée sinon surpassée… Et dans le duo final de <em>Carmen</em>, les deux stars électrisent toute la salle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/240107_Konzert-FSH_Garanca_Tertelmann_MSymphoniker_cAndreaKremper-4-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-153958"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andrea Kremper</sup></figcaption></figure>


<p>Pour achever de séduire avantageusement l’oreille, le <strong>Münchner Rundfunkorchester</strong> nous enchante dès les premières mesures d’une Ouverture de <em>Luisa Miller</em> à toute berzingue. Toute la formation déploie des trésors de virtuosité dans de très riches palettes sonores, tout en couleurs raffinées, où brillent tout particulièrement les percussions. <strong>Karel Mark Chichon</strong> semble à peine les diriger, la complicité de tous les artistes présents s’imposant comme une évidence. Les arrangements du chef d’orchestre pour <em>Granada </em>de Lara et les extraits de zarzuelas permettent tous les épanchements d’une formation survitaminée qui s’en donne à cœur joie, en particulier dans un <em>Tico Tico</em> chaloupé à souhait où il devient difficile de ne pas se tortiller sur sa chaise. Tous se permettent des excès en dérapages contrôlés&nbsp;: la belle mezzo nous offre une nouvelle fois son tube <em>Carceleras</em> (qu’elle avait par exemple <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/elina-garanca-baden-baden/">bissé en 2017</a> dans ce même lieu), nous offrant ce soir une série de trémolos à n’en plus finir. Quant à Jonathan Tetelman, après avoir susurré des mots d’amour joue contre joue puis fait danser la belle, il se mettra, dans l’inoxydable <em>O sole mio</em>, à faire pour ainsi dire les trois ténors à lui tout seul. Il va sans dire que le public est à la fois sonné et en proie à la fièvre. On voudrait pouvoir réécouter tout cela calmement chez soi pour faire le tri et se repaître tranquillement de chaque morceau de ce festin. Las, aucune caméra n’était présente pour immortaliser ce moment de grâce…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-elina-garanca-jonathan-tetelman-baden-baden/">Récital Elīna Garanča &#038; Jonathan Tetelman – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Dec 2023 07:43:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dépouillée de ses perruques poudrées et de ses jabots de dentelle, l’efficacité dramatique d’Adriana Lecouvreur ne se dément pas. Paris après Lyon accueillait hier en version de concert le seul opéra de Cilea resté au répertoire. A l’inverse de l&#8217;auditorium Maurice-Ravel deux jours auparavant, l’acoustique du Théâtre des Champs Elysées évite aux voix de lutter &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dépouillée de ses perruques poudrées et de ses jabots de dentelle, l’efficacité dramatique d’<em>Adriana Lecouvreur </em>ne se dément pas. Paris après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-lyon/">Lyon</a> accueillait hier en version de concert le seul opéra de Cilea resté au répertoire. A l’inverse de l&rsquo;auditorium Maurice-Ravel deux jours auparavant, l’acoustique du Théâtre des Champs Elysées évite aux voix de lutter contre le flot tumultueux d’un orchestre ivre de timbres et de couleurs. Au contraire, l’équilibre prévaut y compris lorsque la musique touche à l’un de ses nombreux paroxysmes dans une soif de lyrisme que rien ne semble pouvoir étancher. Cet élan qu’impulse la direction de <strong>Daniele Rustioni</strong> n’est pas une bourrasque, un vent violent qui balaierait sur son passage les subtilités de l’orchestration mais une respiration théâtrale, attentive aux détails comme aux nuances – le frémissement impalpable des dernières mesures est un de ces instants dont on emporte en sortant de la salle le souvenir ému.</p>
<p>L’Orchestre de l’Opéra national de Lyon n’a rien à envier aux meilleures phalanges internationales. Bien que moins mis en valeur par la partition, les chœurs témoignent aussi de l’excellence des forces musicales lyonnaises.</p>
<pre><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rustioni-1-1294x600.jpg" />
Daniele Rustioni © DR</pre>
<p>Si nous partageons <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-lyon/">l’avis de notre confrère Charles Sigel</a> sur l’excellence de la distribution, sans maillon faible, où chaque chanteur justement caractérisé trouve son exacte place vocale, quelques pondérations s’imposent, dictées par le principe du spectacle vivant qui veut qu’aucune soirée ne soit strictement identique – et par la subjectivité des avis sur un art qui est tout sauf une science mathématique.</p>
<p>Ainsi <strong>Tamara Wilson</strong> en Adriana nous est apparue moins belcantiste que tragédienne, moins large d’effets que d’intentions, la voix non drapée dans une étoffe de velours comme bon nombre de prédécesseures mais sanglée d’acier, tranchante, vaillamment projetée, le souffle contrôlé, l’émission haute, le chant irisé d’une riche palette de teintes et animé des multiples inflexions qui nous ont fait préférer l’intelligence de sa conversation en musique à l’ardeur métallique de ses élans lyriques, le monologue de Phèdre déclamé sans emphase à l’accablement mesuré de « Poveri Fiori » – acclamé par le public parisien comme la plupart des airs de la partition.</p>
<p><strong>Misha Kiria</strong> est un Michonnet d’une inhabituelle vigueur, loin des chanteurs en fin de parcours qui trouvent dans le vieil ami transi matière à compenser par des talents d’acteur leur inévitable déclin vocal. A défaut d’illusion comique, la désillusion amoureuse n’en est que plus crédible. Les barbons figurent aujourd’hui en bonne place dans le répertoire du baryton géorgien, mais ce sont les rôles héroïques auxquels cette voix puissante et timbrée semble aspirer : Gérard dans <em>Andrea Chénier</em> et au-delà Scarpia dont elle possède déjà le nuancier expressif.</p>
<p>Encore auréolé de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-paris-bastille/">son récent Calaf à la Bastille</a>, <strong>Brian Jagde</strong> confirme son <em>lirico spinto</em> coulé d’une seule pièce dans un medium sombre, d’une même intensité sur toute la longueur, d’une même égalité aussi, probe, vaillant, solide, au détriment des failles que devrait parfois laisser entrevoir Maurizo (« L’anima stanca »), inoxydable à la manière d’un Mario del Monaco auquel sa carrure vocale fait songer.</p>
<p><strong>Clémentine Margaine</strong> dessine à l’encre pourpre une princesse volcanique et vénéneuse, jouant des écarts de registre pour fulminer contre sa rivale, et le tandem formé par Bouillon et Chazeuil fonctionne une fois les rapports de volumes rééquilibrés, la basse bourrue de <strong>Maurizio Muraro</strong> ayant tendance à prendre l’avantage sur le ténor élégant de <strong>Robert Lewis</strong>.</p>
<p>Les quatre comédiens nous ont paru plus en retrait, peut-être en raison de leur placement sur scène, à l’écart côté cour.</p>
<p>Diffusion sur France Musique le samedi 10 janvier 2024 à 20h avant la reprise de la mise en scène de de David McVicar à l’Opéra national de Paris à compter du 16 janvier, avec Anna Netrebko dans le rôle-titre.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris-tce/">CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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