Tout est bien, qui ne finit pas toujours bien

Gala Rossini - Pesaro

Par Christophe Rizoud | ven 03 Septembre 2021 | Imprimer

En 1996, Pesaro sous le choc découvrait un jeune ténor péruvien de 23 ans, invité à remplacer au pied levé, ou presque, Bruce Ford en Corradino dans Matilde di Shabran. Une histoire d’amour naissait entre Juan Diego Flórez et le Rossini Opera Festival. Vingt-cinq ans après, elle perdure au point que la célébration de leurs noces d’argent fait l’objet d’une soirée de gala destiné à conclure la 42e édition de la manifestation. Les festivités auraient dû porter sur les fonts baptismaux la nouvelle salle, prévue à l’emplacement de l’ancien palais des sports, dont l’inauguration une fois encore est reportée aux calendes grecques.

A défaut, le concert a lieu Piazza del Popolo, quadrilatère au centre de la vieille ville, à quelques pas de la maison natale de Rossini. La place, si charmante soit-elle avec ses palais Renaissance et sa fontaine centrale – la Pupilla di Pesaro –, ne dispose pas d’une acoustique naturelle. Des enceintes sont inévitables avec les inconvénients que représente un tel dispositif en termes de qualité sonore. La scène a été installée devant le Palazzo municipale. Deux écrans, de part et d’autre, ne sont pas superflus pour suivre le concert tant la distance entre les chanteurs et les spectateurs, même aux premiers rangs, est importante. Encore faudrait-il que le ballet des caméras soit judicieusement réglé d’un interprète à l’autre au rythme de leurs interventions. Dans le doute, l’objectif préfère la plupart du temps se fixer sur l’artiste placé au centre. Et tant pis s’il ne chante pas !

La présence du Président de la République italienne a mis à rude épreuve l’équipe en charge de l’organisation. Outre les contraintes sanitaires, plus sévères en Italie qu’en France avec l’obligation de laisser deux sièges vides entre chaque groupe de spectateurs, les consignes de sécurité sont draconiennes. 

Étonnamment cependant, les restaurants aux abords de la place ont été autorisés à poursuivre durant le concert leur activité, intense en cette période estivale (les festivaliers ne représentent qu’une maigre part des vacanciers qui la journée durant occupent l’interminable rangée des lettini sur les plages du Lungomare). La rumeur des conversations et le bruit des couverts se superposent à la musique en un joyeux brouhaha au milieu du va-et-vient des agents de sûreté.

On comprendra dans ces conditions que l’émotionomètre reste obstinément bloqué à zéro.


© Studio Amati Bacciardi

Que retenir d’une soirée qui a pour seul mérite de ne pas paraître longue, étant donné la brièveté et l'intérêt d'un programme exclusivement consacré à Rossini en ses pages les moins rebattues, dirigées sans bavure par Michele Spotti à la tête de l’ Orchestra Sinfonica nazionale della RAI (moins d’une heure trente, sans un seul bis) ?

En premier lieu, l’éblouissante forme de Juan Diego Flórez sur lequel le temps paraît ne pas avoir de prise. L’éclat du timbre est inaltéré, l’aigu claironnant, l’agilité à toute épreuve, la science du chant rossinien confondante.

Puis la bravoure de Sergey Romanovsky. Confronté aux multiples difficultés de la grande scène de Pirro dans Ermione, le ténor russe trébuche à plusieurs reprises mais ne capitule pas, démontrant même dans la section centrale de l’air un potentiel expressif qu’il n’avait pas su exploiter la veille lors de la dernière représentation d’Elisabetta.

L’endurance de Giorgio Caoduro brimbalé par les innombrables soubresauts de l’aria di Filippo dans La gazzetta, tel un contorsionniste perché sur la bosse d’un dromadaire au galop.

La présence de Pietro Spagnoli, enfin, et l’apparente facilité avec laquelle le baryton débite les notes à la vitesse d’une mitraillette, même si on aurait aimé la caractérisation des différentes nationalités plus marquées dans le fameux « medaglie incomparabile ».

C’est à peu près tout et, convenons-en, c’est un peu court. L’auteur de ces lignes en est le premier déçu. Il est des soirées à vivre en direct et d’autres à regarder sur un écran, confortablement installé sur un canapé, dans la quiétude de son salon. Ce Gala Rossini se rangeait, on l’a compris, dans cette dernière catégorie.

 

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