Au-dessus de César, il est un autre maître

Eloge de la Grande Musique

Par Christophe Rizoud | mar 25 Juillet 2017 | Imprimer

Voilà un éloge auquel de prime abord on ne peut que souscrire – nous mélomanes –, celui adressé par Christophe Leroy à la Musique, mais pas n'importe laquelle la Grande, avec un grand G et un grand M. L'autre – la pop, le rock, le funk... –, l'auteur – juriste, philosophe et poète – la ravale au rang de catin, avant de se raviser et décréter qu'il faut plutôt s'en prendre aux proxénètes qui l'ont mise sur le trottoir (sic).

Ces « musiques simplettes destinées aux personnes ayant la comprenette quelque peu oxydée » ne sont pas les seules victimes d'un propos qui en trente-trois chapitres d'inégale longueur règle son compte à une société – la nôtre – coupable de « la vulgarité la plus noire ». Sur le banc défilent en ordre dispersé des accusés aussi inattendus que la démocratie, l'Islam, l'or ou encore la Révolution française.

L'éloge de la royauté prend d'ailleurs souvent le pas sur celui de la Grande Musique – ce qui n'est pas pour nous déplaire – mais peut sembler tiré par les cheveux. A vrai dire, tout ou presque se discute dans ce texte volcanique où la passion l'emporte sur la raison. Peut-on considérer la peinture et la sculpture comme des arts mineurs sous prétexte que « la lumière de l'aube sur le visage et dans la chevelure de votre bien-aimée, son souffle soulevant légèrement ses seins à peine dénudés vous relèguent peintres et sculpteurs au rang de pales copistes, voire de sinistres imposteurs » ? Et dire que pour Oscar Wilde, la nature imitait l'art, ce que Christophe Leroy, qui n'est pas à une contradiction près, concède lorsqu'auparavant il place La Mer de Debussy au-dessus de l'océan lui-même.

Puisque l'on évoque le compositeur de Pelléas et Melisande, que penser de cette assertion : « Un chef de gouvernement ne comprenant pas la musique de Claude Debussy ne peut bien évidemment pas avoir le sens de l'Etat et ne comprend pas non plus très bien ce qu'est la France ». Voilà qui peut expliquer le pitoyable état de notre pays en bien des domaines. Monsieur Macron aime parait-il Rossini. Cela suffira-t-il à éviter le désastre, prévisible tant que la France appartiendra à la Communauté Européenne puisque « l'Europe, c'est Mozart chanté par Conchita Wurst » ?

Pendant que l'Occident, inféodé au grand machin Américano-financier (sic) court à sa perte, le soleil se lève à l'Est. La Chine « découvre avec émerveillement les œuvres des grands compositeurs européens ». Cette découverte ne peut pas ne pas influer sur la civilisation chinoise dont Christophe Leroy imagine que la musique occidentale lui serait ce que fut la chrétienté à l'empire romain. Des bienfaits de la mondialisation : les symphonies de Beethoven en traversant les frontières sauveront l'humanité.  Qui sait ?

Cessons là. Depuis Don Quichotte de Massenet, on sait qu'il est ne faut pas rire du « pauvre idéologue ». « La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots » écrivait Richard Wagner. Partant de cette affirmation, tout discours sur le sujet devient vain. Silence ! Justement, la célébration par Christophe Leroy de cet « ami qui ne trahit jamais », dixit Confucius, ne peut nous laisser indifférent, nous dont les nuits depuis plusieurs mois sont abîmées par le téléviseur d'un voisin, abruti, pervers ou angoissé, qui ne peut dormir sans bruit de fond. Puis comment lorsque sa propre vie est suspendue aux cinq lignes de la portée et que son calendrier obéit aux représentations d'opéra, ne pas être interpellé par cette « inégalité des hommes devant la Grande Musique » considérée par Christophe Leroy comme une « tragédie de l'existence ». Oui, cher Monsieur, vous avez raison : « aimer la musique est un don ».

 

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