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La Fabuleuse Histoire des « Berliner Kabaretts »

Par Marcel Quillévéré | mer 10 Février 2021 | Imprimer

En lisant le titre de ce  livre on pense bien sûr à la comédie musicale de Broadway Cabaret (1966) et à sa version filmée par Bob Fosse avec Liza Minnelli. Et aussi au Film d’István Szabó Mephisto, en 1981, inspiré du roman de Klaus Mann. Dans l’imaginaire collectif, le « Kabarett » a été étroitement associé à l’ascension du nazisme à Berlin. Ce livre vient donc à point nommé pour nous raconter la véritable histoire du Berliner Kabarett, notamment dans la période faste de la République de Weimar. L’auteur, Frantz Wouilloz-Boutrois, chanteur familier des théâtres et des music-halls, est le co-fondateur de cette nouvelle collection « Cabaret » de l’éditeur L’Harmattan. Il est germanophone et sa passion pour les théâtres de Berlin l’a conduit à écrire ce livre qui fourmille d’informations, à tel point qu’au bout de quelques pages on en a presque le tournis !

Il débute de manière judicieuse par la naissance du cabaret français et notamment le mythique Chat Noir de Montmartre qu’Adolphe Salis a ouvert en 1881 et où les artistes et leurs « chansons engagées » attiraient le Tout-Paris. Deux grands théâtres de Berlin, l’Apollo et le Wintergarten, produisent, vers 1900, des spectacles comme ceux du Chat Noir mais dans de très grandes salles. Ernst von Wolzogen, admirateur de Salis, crée alors, en 1901, le premier cabaret berlinois, le Überbrettl (soit « le Super Club ») dans lequel on retrouve l’intimité du cabaret français. Le succès est immédiat.

Le célèbre metteur en scène Max Reinhardt fonde la même année son fameux « Kabarett Schall und Rauch » (Bruit et Fumée), juste avant sa nomination au prestigieux Deutsches Theater. Il est très présent tout au long du livre, car il a été, peu à peu, à la tête d’un véritable empire théâtral. C’est bientôt le début de la vie culturelle bouillonnante de République de Weimar (1918-1933) à laquelle l’auteur rend brillamment justice. Très vite de nombreuses salles ouvrent dans la capitale comme le cabaret politico-littéraire « Wilde Bühne »  puis les célèbres « Die Katacombe », et le « Kabarett der Komiker » dont le directeur, artiste lyrique, a créé  notamment La Comtesse Maritza (Kálmán) et l’Auberge du Cheval Blanc (Benatzky,). Les fantaisistes (chanteurs et pianistes) étaient, en effet, souvent issus du théâtre lyrique comme Willi Kollo le père du grand ténor wagnérien René Kollo au Weisse Maus  (La Souris Blanche !). Mais les vraies vedettes étaient les danseuses avec leur érotisme très osé pour l’époque, leurs effronteries, leurs outrances et leurs satires. A ce propos, Frantz Wouilloz-Boutrois nous décrit très précisément comment la femme s’émancipe durant  la République de Weimar. Dans la vie culturelle débridée de la capitale, la liberté sexuelle est de mise et de nombreux cabarets sont réservés aux femmes. Cela va bien au-delà d’une prétendue décadence.

L’auteur nous offre ainsi une galerie de portraits tous plus extraordinaires les uns que les autres. Il s’attache particulièrement aux voyages en Allemagne réalisés par Yvette Guilbert (qui parlait l’allemand) et montre à quel point elle a été là-bas une vraie star. Puis ceux de Joséphine Baker qui s’affrontera vite au racisme ambiant. Autres icônes sublimes : Margot Lyon, interprète de Brecht et inspiratrice de Marlène Dietrich, la danseuse Anita Berber qui danse sur du Richard Strauss ou du Debussy, se présente sur les scènes de Reinhard dans le plus simple appareil et vit une relation passionnelle avec Marlène. Un apogée de courte durée : elle meurt tragiquement à l’âge de 29 ans en 1928.

La plupart des grands artistes des cabarets berlinois sont juifs (à commencer par Reinhardt). La plupart s’exileront à temps et leur talent s’épanouira aux Etats-Unis. Plusieurs mourront dans les camps nazis. Quelques cabarets rouvriront après la guerre (Gisela May y sera une grande interprète de Weill et de Brecht) et il y  a même aujourd’hui un Chat noir  à Berlin.

Le livre de Wouilloz-Boutrois impressionne par son érudition et sa riche iconographie mais la narration accumule, à la suite, trop de détails et de dates, dans un style parfois hasardeux, et le lecteur peut s’y perdre (le lexique final est nécessaire). Il se consulte plutôt comme un dictionnaire. Autre bémol : l’édition offre une mise en page peu élégante et laisse passer de trop nombreuses coquilles. A conseiller, cependant, pour son érudition, aux amateurs.

 

 

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