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Concert du Metropolitan Opera de New-York (2) – Philharmonie

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Spectacle
3 juillet 2023
La grosse pomme pour Berlioz

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Détails

Hector Berlioz (1803-1869)
Le Corsaire, ouverture

Les Troyens :
« Chers Tyriens »
Chasse royale et orage
« Ah, je vais mourir !… Adieu, fière cité »

Symphonique Fantastique

Bis :
Richard Strauss (1864-1949)
« Morgen »

Joyce DiDonato, mezzo-soprano

Orchestre du Metropolitan Opera

Yannick Nézet-Seguin, direction musicale

Paris, Philharmonie, le mercredi 28 juin 2023, 20h

 

 

On a l’habitude, en France, de voir des orchestres étrangers nous faire la leçon sur Hector Berlioz. A une époque où on persistait à l’ignorer superbement, Thomas Beecham, outre-Manche, le défendait avec ferveur, avant que Colin Davis s’applique à enregistrer toutes ses œuvres, appuyé sur des formations et des distributions de prestige. John Eliot Gardiner, ensuite, a remis sur le métier l’ouvrage, avec l’apport musicologique propre aux interprétations historically informed. A la Philharmonie de Paris, c’est cette fois le Metropolitan Opera de New-York qui lui consacre la totalité de son deuxième concert. L’énergie débordante de l’ouverture du Corsaire a quelque chose à voir avec l’enthousiasme qui émane de Yannick Nézet-Seguin : la soirée s’ouvre dans la chaleur et l’exubérance, le plaisir non dissimulé de jouer – et de jouer bien, à faire gronder les sonorités comme on ferait vrombir le moteur d’une grosse cylindrée.

Joyce DiDonato apporte à l’ensemble un peu de la solennité de sa magnifique Didon (immortalisée dans les Troyens enregistrés il y a quelques années par John Nelson). « Chers Tyriens » impressionne d’emblée, par la clarté laiteuse du timbre, la souplesse du legato, la subtilité des phrasés, l’égalité des registres jusque dans un aigu à peine pincé, mais aussi par la puissance de la projection, la dignité du chant et du maintien, la lumière qui perce la moindre phrase – c’est Rossini et Gluck réunis à leur meilleur. Après une « Chasse royale et orage » où les différents solistes de l’orchestre peuvent faire, une fois encore, la démonstration de leur virtuosité, la mort de Didon offre à Joyce DiDonato une véritable scène de théâtre. La rage féroce du récitatif, dont les imprécations feraient pâlir une Médée au bout de sa vengeance, le désespoir de « Ah ! je vais mourir », avant la résignation douloureuse d’« Adieu, fière cité » sont comme un précipité de tout ce que doit savoir faire une tragédienne. Parfaitement naturelle dans la gradation des sentiments qui traversent son personnage, d’une plénitude vocale foudroyante, DiDonato nous ferait presque regretter de ne l’entendre ce soir que dans des extraits, et de ne pas assister à une représentation entière.

Mais pour des Troyens intégraux, il eût fallu se priver de la Symphonie Fantastique donnée en deuxième partie. Et la façon dont Yannick Nézet-Seguin prend à bras le corps cette œuvre protéiforme, hommage à Beethoven et pont lancé vers Wagner et plus loin vers Mahler, vers Strauss, vers Debussy même, bien qu’il s’en défendit, mérite d’être entendue. Au-delà de la rutilance de l’orchestre, le chef sait, ce soir peut-être mieux que lors du concert de la veille, galvaniser ses musiciens, doser les énergies, maintenir une tension. Celle-ci s’installe dès les premières mesures de « Rêverie et passion » et se poursuit très intelligemment avec une « Valse » détaillée dans ses moindres contrechants aux altos (dans les rangs desquels on remarque Marilyn Stroh, dans les rangs depuis 1960) et admirablement intégrée au récit d’ensemble, quand tant de chefs en font un intermède un peu facile. A peine se dilue-t-elle dans une « Scène aux champs », dont on sait qu’elle fut inspirée à Berlioz par une promenade autour de Moret-sur-Loing, et qu’on aurait rêvée moins éthérée, plus terrienne et charnelle. Mais à ce rythme-là, le final arrive vite : la « Marche au supplice » et le « Songe d’une nuit de sabbat », avec Nézet-Seguin, ne sont qu’un même mouvement cauchemardesque, course à l’abîme qui fait trembler tant il semble impossible que les musiciens le suivent, et pourtant ils le font sans la moindre faiblesse.

Triomphe, retour sur scène de Joyce DiDonato et entorse à la composition intégralement berliozienne du programme pour le bis – mais un « Morgen » de Richard Strauss d’une telle émotion, porté par le violon magnifique de Benjamin Bowman, mérite bien qu’on s’affranchisse de toutes les règles !

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Hector Berlioz (1803-1869)
Le Corsaire, ouverture

Les Troyens :
« Chers Tyriens »
Chasse royale et orage
« Ah, je vais mourir !… Adieu, fière cité »

Symphonique Fantastique

Bis :
Richard Strauss (1864-1949)
« Morgen »

Joyce DiDonato, mezzo-soprano

Orchestre du Metropolitan Opera

Yannick Nézet-Seguin, direction musicale

Paris, Philharmonie, le mercredi 28 juin 2023, 20h

 

 

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