Il se dit que si Rameau était mort à 40 ans, personne ne le connaîtrait aujourd’hui ; son inspiration n’a il est vrai jamais été aussi florissante que dans la seconde moitié de sa vie. Il a déjà cinquante ans pour son premier triomphe à l’opéra avec Hippolyte et Aricie, il en aura quatre-vingt quand il compose son ultime pièce lyrique, ces Boréades qu’il ne verra jamais représentés : un chef-d’œuvre pour terminer.
Après Dortmund le 22 mai, Namur le 23 mai, et avant Bruges, Versailles, Tourcoing, Louvain puis les festivals d’été (Beaune et Lessay en juillet), l’ensemble de musique baroque « A nocte temporis » (« depuis la nuit des temps ») fondé en 2016 et dirigé par le ténor Reinoud Van Mechelen, pose ses valises à Toulouse, le temps d’une représentation de cette pièce qui défie le temps et qui contient quelques-unes des plus saisissantes inspirations de Rameau.
On se référera avantageusement au compte-rendu de Claude Jottrand à Namur, qui indique à la fois la genèse et le résumé de l’action.
Ce soir encore, comme lors du précédent concert, c’est le septuor vocal qui glane tous les suffrages, à commencer par Reinoud Van Mechelen, ténor au long cours, qui alternativement dirige et chante (Abaris) ; une gymnastique bien huilée au service d’une direction précise, souvent très allante et d’une voix qui porte – presque trop parfois – et qui, à l’évidence conviendra à d’autres répertoires que celui-ci. La technique propre à l’ornementation de Rameau est au point, ce qui vaut du reste pour les autres protagonistes.
Gwendoline Blondeel a elle aussi entièrement intégré l’ornementation fine (scène de l’orage : « Un horizon serein ») ; elle maîtrise la retenue du vibrato à merveille et allie puissance et douceur. Elle qui avait été une Dalinda (Ariodante) remarquée à Versailles à l’automne dernier, confirme combien elle est à l’aise dans ce répertoire.
Belle découverte que Lore Binon ; venue au chant sur le tard après avoir excellé dans la pratique du violon, elle incarne à merveille la légèreté qu’ont en commun Sémire, une nymphe, l’Amour et Polymnie. Remarquée elle aussi à Versailles dans ce même type de répertoire (Atys en janvier dernier), nous l’attendons maintenant dans des rôles plus consistants.
Tomáš Král chante Adamas et Apollon. Il possède un baryton séduisant : il restera au Tchèque à parfaire la prononciation de certaines nasales encore approximatives.
Les deux Boréades sont Calisis et Borilée. Le premier est tenu par le ténor américain Robert Getchell, dont la maîtrise de notre langue est remarquable. Le ténor est vif et bien posé, correctement projeté. Son comparse est ce soir Philippe Estèphe, que nous avions bien apprécié dans l’enregistrement des Boréades avec Sabine Devieilhe et Van Mechelen. Le baryton possède un timbre agréable.
Enfin Lisandro Abadie, titulaire du rôle modeste de Borée, incarne de toute sa présence celui qui pensait régenter le sort d’Alphise.
A l’orchestre « A nocte temporis » s’est adjoint un chœur de chambre majoritairement masculin, celui de Namur, qui aura lui aussi contribué à la réussite de la soirée et, pour nombre de spectateurs, à la redécouverte d’un authentique chef-d’œuvre du répertoire français.




