Il Trionfo di… Rossini

La Cenerentola - Nancy

Par Yonel Buldrini | jeu 04 Décembre 2008 | Imprimer
Gioachino Rossini (1792 - 1868)
La Cenerentola
ossia La Bontà in trionfo
« Dramma giocoso » en deux actes de Jacopo Ferretti
d’après les livrets Agatina, o La Virtù premiata de Felice Romani (ou Francesco Fiorini ?)
pour Stefano Pavesi (Milan, 1814) et Cendrillon, de Charles-Guillaume Etienne pour Nicolò Isouard (Paris, 1810) ;
et d’après le conte de Charles Perrault Cendrillon ou la petite pantoufle de verre, tiré du recueil Histoires ou Contes du temps passé avec des moralités (1697)
Création de l’opéra, le 25 janvier 1817 au Teatro Valle de Rome.
 
Mise en scène et Décors, Stephan Grögler
Décors et Costumes, Véronique Seymat
Lumières, Laurent Castaingt
(Production de Angers-Nantes Opéra)
 
 Angelina, « La Cenerentola » : Violetta Radomirska
Don Magnifico, Baron de Montefiascone, son père : Donato Di Stefano
Dandini, Majordome du prince : Riccardo Novaro
Don Ramiro, Prince de Salerne : Luciano Botelho
Alidoro, Philosophe et précepteur du Prince : Nicolas Testé
Clorinda, demi-sœur d’Angelina : Natacha Kowalski
Tisbe, demi-sœur d’Angelina : Blandine Folio-Peres
 
Chœur de l’Opéra national de Lorraine
Chef de Choeur, Merion Powell
Orchestre symphonique et lyrique de Nancy
Direction musicale, Paolo Olmi
   
Opéra national de Lorraine, Nancy, 4 décembre 2008
 
 
 
La Cenerentola ossia Il Trionfo di… Rossini !
 
Jamais metteur en scène ne mérita probablement autant ce nom, car pour mettre tellement de choses sur scène, Stephan Grögler a pratiquement mis la main sur tous les accessoires que le riche magasin de l’Opéra de Nancy possède… après avoir, à l’évidence, dévalisé ceux des Théâtres d’Angers et de Nantes d’où vient cette étonnante production. La maison de Cendrillon, tout à fait féérique, semble illimitée malgré sa porte symbolique : de beaux arbres stylisés juste ce qu’il faut, y poussent (!), aux côtés de meubles en tous genres, de jouets les plus inattendus et sans que jamais l’aspect « loufoque » ne l’emporte et que cet assemblage d‘objets hétéroclites ne tombe dans le saugrenu, mais demeure dans l’ordre du conte : c’est le meilleur service que l’on puisse rendre à ce spirituel et sympathique livret, même si l’élément fantastique y est gommé. Certains spectateurs se sont montrés excédés par cette abondance, mais on pouvait adopter également une constatation amusée du genre : « mais que n’est-il donc pas allé chercher pour garnir sa scène ! ». Quant au palais du prince, à peine plus sobre, si l’on peut dire, il s’illumine à plaisir de magnifiques lustres sortis tout droit de La Chauve-Souris, de Wiener Blut ou d’autres champagnisantes opérettes viennoises.
 
Ce décor de rêve —c’est le cas de le dire— posé, on peut y voir évoluer non seulement nos personnages rossiniens, mais également le Petit Chaperon rouge, les Trois Petits Cochons et leur Loup, qui heureusement ne font que passer, provoquant notre sourire. Les Nains de Blanche-Neige, présents eux-aussi (!), bien qu’étrangers à l’univers de ce bon Monsieur Perrault, sont la trouvaille : ils parent Cendrillon-Cenerentola des atours voulus par le mendiant-philosophe-magicien Alidoro. Ils se meuvent efficacement et sans affectation ni grotesque, détail très important, mais qui n’exclut pas l’humour. Ainsi, s’ils obéissent au doigt et à l’œil au Magicien Alidoro, il s’en trouve un, sourd ou plus long à se mettre au travail, qui se voit rappelé à l’ordre par Alidoro frappant d‘impatience sur la table où il est juché. Amusant trait d‘humour montrant que même la cérémonie de l’embellissement de Cenerentola n’est ni guindée, ni prise au sérieux. Cette mesure dans le comique, jamais grotesque ni vulgaire, vient compléter les trouvailles de cette mise en scène et en détermine tout le prix, à une époque où l’on ne sait plus mettre le comique en scène sans tomber dans le grotesque appuyé ou la vulgarité la plus sordide.
Les costumes reflètent cette recherche hétéroclite : costumes de l’époque de Rossini, fracs plus à leur place dans La Veuve joyeuse, livrée du plus flamboyant style Louis XV pour le chœur masculin, paraissant judicieusement toujours tels des domestiques. La finesse de la mise en scène va jusqu’à conférer à chaque choriste une attitude différente : celui qui jette un regard ironique, celui qui s’ennuie, ou dort carrément. Aussi animées et colorées sont les attitudes et mimiques des personnages, avec une mention particulière pour le remarquable jeu des deux « méchantes » sœurs dont nous reparlerons plus loin.
De cette surcharge aimable, fatras sympathique à peine envahissant, ou accumulation étonnante et jamais désordre, une spectatrice avisée eut la pertinente impression que Stephan Grögler avait voulu tenter de traduire en objets et personnages présents sur scène, la pluie de notes quasi ininterrompue que l’ineffable Rossini aligne sur sa partition !
 
Le bonheur du spectateur ne s’arrêtait pas là, car l’exécution musicale était parfaite…(oui, on peut utiliser le mot !). Violetta Radomirska, mezzo-soprano au timbre intéressant, se révèle une Angelina maîtrisant les abondantes vocalises rossiniennes, capable aussi bien de les émettre en force, que de réaliser de belles nuances. Grâce à son talent, l’apothéose finale put atteindre sa pleine mesure, car La Cenerentola est l’un des rares opéras-bouffes de Rossini adoptant l’impressionnant système du Grand Air final, recette éprouvée de l’opera seria.
On ne peut qu’admirer Donato Di Stefano, idéal vocalement autant qu’en présence physique, dans le rôle non facile du baron jovial et méchant à la fois : quel formidable Dottor Bartolo il doit faire, pensèrent nombre de spectateurs.
Riccardo Novaro est un domestique-prince à la solidité vocale remarquable et à l’aisance qui va de pair. Luciano Botelho en tant que prince-valet étonne par son timbre léger mais corsé et capable d’aigus en force laissant l’auditeur impressionné. Avec lui, le Prince de Salerne Don Ramiro prend une belle dimension, grâce à une présence vocale et physique évitant cette fadeur et cette inconsistance guettant les ténors légers des opéras bouffes de Rossini.
Natacha Kowalski et Blandine Folio-Peres se révèlent d’excellentes sœurs-péronnelles, réussissant non seulement à rendre l’égoïsme et la vanité des personnages, mais sachant montrer parfois parfois une facette d’espièglerie sympathique, et surtout, démontrant un souffle à toute épreuve… pas seulement dans le chant mais physiquement, Stephan Grögler les faisant sauter, surgir, courir, surgir, se rouler au sol… avec une élasticité exemplaire et vraiment inaccoutumée pour un chanteur, déjà bien occupé à… chanter !
Nicolas Testé se montre impressionnant dans son rôle vocalement court, on regrette d’autant plus de ne pas entendre sa cabalette en entier (on ne parlera pas, en revanche, de coupure pour l’absence des morceaux non composés par Rossini, comme le chœur d’introduction du second acte ou l’air de Clorinda).
Les chœurs enthousiastes et joyeusement impeccables, comme toujours, complètent à merveille une interprétation complètement réussie… grâce aussi, il faut le souligner, au Maestro Paolo Olmi, véritable « Maestro concertatore », qui voit tout, tient tout en main et « concerte » en nous rendant un Rossini mousseux, pétillant mais souple, chaleureux et jamais précipité ou brusqué comme on l’entend souvent. Le Maestro réalise une fois encore sa conception, qu’il ne se lasse pas de rappeler, et à juste titre : le musicien n’est que l’interprète du Compositeur, enthousiaste, mais fidèle et modeste.
 
 
Yonel Buldrini

 

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