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La Belle Hélène — Rennes

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Spectacle
6 janvier 2013
Encore un peu de bûche

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Jacques Offendach La Belle Hélène Opéra-bouffe en trois actes (1864) Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy Mise en scène Vincent Tavernier Scénographie Claire Niquet Costumes Erick Plaza-Cochet Lumières Carlos Pérez Hélène Julie Robard-Gendre Oreste Marie-Paule Bonnemason Pâris Marc Larcher Ménélas Olivier Hernandez Agamemnon Jean-Baptiste Dumora Calchas Valery Rodriguez Choeur de l’opéra de Rennes Orchestre Symphonique de Bretagne Direction musicale Gildas Pungier Opéra de Rennes, dimanche 6 janvier 2013, 20h

 

Comme la bûche de Noël, la Belle Hélène est une douceur de saison qui se savoure avec délice. L’opéra de Rennes en coproduction avec le théâtre suisse de Bienne Soleure en offre une plaisante version en cette fin d’année.

Vincent Tavernier est un habitué de la Maison bretonne, on se souvient en particulier de son travail très réussi sur La fausse magie de Grétry il y a deux ans. Comme toujours, sa direction d’acteur est précise et emporte l’adhésion avec un rythme enlevé et chaleureux qui sert au mieux le livret. La satire sociale du Second Empire est rendue avec drôlerie et efficacité. Les costumes, par exemple, rendent compte de la double lecture de l’œuvre avec un chœur habillé d’éléments modernes recouverts parfois de tenues pseudo antiques. La citation est plutôt élégante, l’effet du petit sac de dame sur la toge, délicieusement cocasse, et l’ensemble évite intelligemment l’overdose de drapés.

 

La scénographie s’articule autour de volumes surdimensionnés de Sophocle, Homère et autres Euripide. Les livres deviennent tour à tour estrade, porte, quai ou retrouvent joliment leur fonction originelle pour un amusant catalogue des dieux antiques. C’est malin, efficace et permet à la production de répondre au délicat cahier des charges qui lui demande de tourner dans une vingtaine de salle bretonnes de tailles extrêmement variables. Il est toutefois à déplorer que la version rennaise ne bénéficie pas de quelques éléments supplémentaires et surtout d’une création lumière plus soignée car l’impression de plein feu quasi permanent – hormis dans la scène nocturne de la chambre de la reine – écrase le plateau sous un midi perpétuel et peu esthétique.

 

C’est d’autant plus dommage que la poésie affleure souvent dans la musique formidable d’Offenbach, servie par un orchestre aux couleurs joliment nuancées. Gilda Pungier dirige à la fois le chœur et l’ensemble instrumental avec une énergie communicative mais sait basculer d’une rythmique endiablée à la délicatesse d’un moment de poésie. La rencontre entre Pâris et Hélène, ou encore l’ouverture du second acte sont tout à fait remarquables à cet égard. Le chœur, quant à lui, mérite une mention particulière ; très sollicités par la partition, ses membres sont parfaitement au point et dessinent des silhouettes bien individualisées tout en adhérant pleinement à la fantaisie du propos. Mention particulière pour l’ensemble « vil séducteur » en mode Aka, proprement hilarant.

 

Le plateau vocal est homogène et de très bonne tenue. Julie Robard-Gendre campe une Hélène de grande classe, femme moderne, sûre de ses désirs lorsqu’elle fait passer à Pâris un véritable casting, lui demandant de se présenter face, profil et trois-quarts. Dans un XIXe siècle corseté au propre comme au figuré, La Belle Hélène propose un « hymne réjouissant à la liberté et à la sensualité féminine » et son interprète l’incarne avec panache et naturel. Sa voix est ronde, pleine d’aisance avec des graves moelleux même si elle semble presque trop large pour le rôle par instants. L’autre mezzo-soprano de la distribution, l’Oreste travesti de Marie-Paule Bonnemason, déploie sa gouaille avec une énergie scénique et vocale communicative.

Marc Larcher est un Pâris solaire, dont un ou deux aigus manquent peut-être de liberté dans la seconde partie du spectacle mais dont le timbre chaud et la prestance font merveille.

Olivier Hernandez s’en donne à cœur joie dans son incarnation de cocu bovin et la voix de fausset dont il affuble son Ménélas est assez irrésistible. Le groupe des autres «  rois de la Grèce » est au diapason avec, les deux Ajax déguisés en Dupont et Dupond ou surtout l’excellent Calchas de Valery Rodriguez qui, ne force pas la caricature et outre de jolis graves nous gratifie d’un grand écart … qui laisse sans voix !

 

En dépit de quelques faiblesses – les lumières, la diction des solistes qui peine parfois à passer l’orchestre et fait craindre à l’auditeur de manquer un bon mot – la poésie loufoque de l’ensemble du spectacle emporte l’adhésion. Pour la dernière représentation à l’opéra de Rennes, la salle était comble, le public n’a pas laissé une bouchée de son dessert.

 

 

 

 

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