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MOZART : Don Giovanni – Clermont-Ferrand

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Spectacle
28 avril 2026
Don Juan frugal

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Wolfgang Amadeus Mozart
Don Giovanni
Dramma giocoso en deux actes
Livret de Lorenzo Da Ponte

Création à Prague, Théâtre Nostitz, le 29 octobre 178
(puis à Vienne, Burgtheater, le 7 mai 1788 (seconde version)

Détails

Mise en scène
Jean-Yves Ruf

Scénographie
Laure Pichat

Lumières
Victor Egéa

Costumes
Claudia Jenatsch

 

Don Giovanni
Anas Séguin

Leporello
Adrien Fournaison

Donna Elvira
Alix Le Saux

Donna Anna
Chantal Santon Jeffery

Don Ottavio
Abel Zamora

Le Commandeur
Nathanaël Tavernier

Zerlina

Michèle Bréant

Masetto
Mathieu Gourlet

 

Chœur (Naomi Couquet, Juliette Gauthier, Corentin Backès, Samuel Guibal)

Le Concert de la Loge

Direction musicale
Julien Chauvin

 

Clermont-Ferrand, Opéra Clermont Auvergne, Maison de la Culture

Le 25 avril 2026, 20h

 

Cette production de l’ « opéra des opéras » (Wagner) est maintenant aussi bien connue que rôdée (*). C’est peu dire que Jean-Yves Ruf s’est pleinement approprié l’ouvrage. On se souvient ainsi d’un Don Giovanni dijonnais et lillois (2013) dont il tirait les ficelles avec ses complices, qui l’accompagnent toujours dans une démarche minimaliste. Plus que jamais, il évacue tout apparat, tout faste pour focaliser l’attention sur les protagonistes, dont la direction d’acteur est particulièrement fouillée. Pas de fosse, sur le plateau une formation au complet, qui va être intégrée à la dramaturgie.  Le choix a été de jouer sur deux plans : celui de l’orchestre, lieu de déambulations des acteurs, et une passerelle, en fond de scène, le plus souvent réservée aux nobles. La lisibilité musicale y gagne à la faveur d’une proximité renforcée avec le public. Une grande humilité dans une lecture qui laisse le spectateur libre de sa propre interprétation. Transcendance, expressionnisme ne sont ni évacués, ni soulignés, aucune référence à MeToo ni à Epstein. Au sortir de cette soirée, on est toujours porté par la magie musicale, servie par une distribution jeune, sans faiblesse, dont l’ardeur, la vivacité, comme l’engagement et l’écoute collective sont les maîtres mots. L’esprit de troupe est manifeste, lié à la fréquentation régulière et collective de l’ouvrage. Julien Chauvin, mozartien d’élection, insuffle l’énergie, les accents dramatiques, tout en gardant la souplesse des phrasés et les équilibres. L’ouverture, impressionnante, intensément dramatique, est la promesse d’une lecture inspirée, et l’on ne sera pas déçu, d’autant que les couleurs et la dynamique de ses musiciens sont confirmées. Seules relatives surprises : le tempo très rapide et la sécheresse des accents orchestraux de l’air « Ah chi mi dice mai », où Elvire exprime sa détresse, et l’absence de mise en évidence des trois orchestres requis pour le bal de la fin du premier acte, imperceptibles ce soir par le public non initié. L’attention portée au chant comme au drame est constante. Bien que placé au cœur de la démarche, et donc de plain-pied avec le public, jamais l’orchestre ne couvre les voix, ce qui est particulièrement méritoire. L’intelligence de son traitement mérite d’être soulignée, ainsi de la circulation des réparties entre les pupitres dans l’air du catalogue, vérité dramatique de l’air où Donna Anna se confie à Ottavio (« Or sai chi l’onore »)…

Les récitatifs secco sont toujours animés, car les chanteurs sont d’excellents comédiens, bien que soutenus par un piano-forte aussi scolaire qu’étique. Le chœur se réduit à un quatuor vocal. Ce qui fait bien peu, tant vocalement que scéniquement : les paysannes et paysans formant le cortège des futurs époux (« Giovinette che fate all’ amore ») se limitent à deux couples ; oubliées les brèves et puissantes vociférations des démons souterrains de la scène infernale où la punition divine s’accomplit, c’est de l’homéopathie musicale et dramatique. La frugalité gouverne la fête, le bal, les libations, et les spaghettis du festin nous laissent sur notre faim. L’ascèse est la règle. Seuls, les éclairages sobres et efficaces de Victor Egéa, et les mouvements du rideau de fond de scène permettent le renouvellement des situations.

© Yann Cabello

Au cœur de l’action, un Don Giovanni accompli, et un Leporello sans gémellité avec son maître, ce qui renforce d’autant le comique de l’échange des tenues et des rôles.  « Ni héros, ni crapule sans nom » (J.-Y. Ruf), manipulateur et manipulé, le premier, qu’incarne Anas Séguin, croit régner sur son monde. Il en a l’arrogance, la prestance, le panache, la voix est mâle, gourmande et chargée de séduction et c’est un bonheur constant que son chant comme son jeu. Comédien hors-pair, Adrien Fournaison campe un Leporello jeune, gauche, soumis et rebelle, d’une grande justesse, servi par d’authentiques moyens vocaux et une diction exemplaire, y compris dans le débit le plus rapide. Plus qu’honorables, sans pour autant susciter l’enthousiasme, sont Donna Anna et Donna Elvira. Chantal Santon Jeffery, familière de l’emploi, compose une Donna Anna classique, d’une voix chaude et souple, d’une technique solide. Alix Le Saux, toute aussi familière d’Elvira, convainc en trouble-fête délaissée, ardente, possessive. Elle atteint la plénitude de ses moyens dans le « Mi tradi quell’alma ingrata » dont la vocalise sensuelle et triste est remarquablement conduite. Ni mièvre, ni efféminé, Don Ottavio prend ce soir une épaisseur psychologique et expressive. Abel Zamora est une heureuse découverte, belle émission, égale, aisée, d’une conduite admirable. Ses accents dans son duo consolateur avec Donna Anna, d’une grande justesse, avec ses couleurs propres, rejoignent ceux des grands. Nathanaël Tavernier, noble, impressionnant, a toutes les qualités requises pour l’emploi du Commandeur, tant dans le fatal duel que revenu d’outre-tombe. Particulièrement ovationné par le public, à juste titre, le couple de paysans. Michèle Bréant nous avait bouleversé, dans les Dialogues des Carmélites (Sœur Constance) à Nancy, en janvier. Elle se mue en Zerlina, petite fille bellinienne, fraîche et complexe, non sans ambiguïté. L’émission est aussi juvénile que le maintien, la sincérité apaisée du « Vedrai carino » relève du petit miracle. Mathieu Gourlet, dont on se souvient du formidable Osmin qu’il campait ici-même en 2023, nous vaut un Masetto d’exception, athlétique, robuste et puissant, jamais caricaturé, sympathique et juste. La souplesse, l’agilité, les nuances dynamiques sont au rendez-vous avec la projection. Un grand bravo !

Est-il besoin de souligner la qualité rare des ensembles (duos, quatuor, trio des masques, …amples finales de chaque acte) ? Toujours équilibrés, servis par une direction d’acteurs efficace, tous sont à retenir. Une soirée mémorable, à plus d’un égard.

(*) créée à l’Athénée-Louis Jouvet le15 nov. 2024, elle est passée par Meudon, La Rochelle, Maisons-Alfort, Colombes, Compiègne, Massy, Tourcoing, Foix, Perpignan, avant d’arriver en Auvergne.

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Don Giovanni
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Création à Prague, Théâtre Nostitz, le 29 octobre 178
(puis à Vienne, Burgtheater, le 7 mai 1788 (seconde version)

Détails

Mise en scène
Jean-Yves Ruf

Scénographie
Laure Pichat

Lumières
Victor Egéa

Costumes
Claudia Jenatsch

 

Don Giovanni
Anas Séguin

Leporello
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Donna Elvira
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Abel Zamora

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Nathanaël Tavernier

Zerlina

Michèle Bréant

Masetto
Mathieu Gourlet

 

Chœur (Naomi Couquet, Juliette Gauthier, Corentin Backès, Samuel Guibal)

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Julien Chauvin

 

Clermont-Ferrand, Opéra Clermont Auvergne, Maison de la Culture

Le 25 avril 2026, 20h

 

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