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SCHUBERT, Die Winterreise — Clermont-Ferrand

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Spectacle
5 décembre 2017
Voyage au bout de l’hiver

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Cycle de 24 lieder pour piano et voix sur des poèmes de Wilhelm Müller (1827)

Détails

Ian Bostridge, ténor

Julius Drake, piano

Clermont-Ferrand, Opéra-théâtre, mardi 5 décembre, 20 heures

Ian Bostridge possède au moins deux atouts essentiels pour aborder Winterreise : sa facilité à chanter l’Allemand sur la voyelle à laquelle le prédispose sa langue natale, l’Anglais, et la plasticité de son registre de ténor. On peut, et l’on doit également mettre en avant une parfaite élocution, condition sine qua non pour être dans l’esprit du romantisme sursaturé de Wilhelm Müller, le poète qui a inspiré Schubert. Les esprits chagrins relèveront qu’eu égard au génie musical du compositeur, les vers plus que surannés de ce Voyage d’Hiver ne pèsent pas lourds. On rétorquera après avoir entendu Bostridge, que cette parfaite compréhension du texte portée par une diction souple et parfaitement articulée change radicalement la donne. Elle nous replace opportunément dans la culture d’une époque où l’éloquence dramatique constituait le vif de la poésie.

Mais ce récital fut pour le soliste prétexte à entraîner le mélomane dans un voyage à l’hiver plus âpre, où la violence des sentiments et la dureté des ressentiments, n’avaient jamais auparavant été exprimées avec une telle acuité voire une telle cruauté. Bostridge accuse judicieusement le trait tant il paraît dans ss déplacements, sans cesse lutter contre des éléments hostiles, déchaînés.

La projection franche et réfléchie, toujours posée avec précision, ainsi que l’émission claire et haute dotent son chant de capacités expressives magnétiques. La justesse du phrasé s’accompagne d’une suavité ineffable sur le « Will dich im Traum nicht stören » d’un « Gute Nacht » d’une bouleversante humanité. Si Bostridge revendique une émotion à fleur de mots, il en fait néanmoins un usage maîtrisé au seul service de la mélodie qui reste l’essence même de l’œuvre. Mais dès l’introduction on sent déjà que le vent tourne : qu’il tourne la page des conventions pour faire souffler la morsure d’un vent plus clivant stylistiquement, plus tranchant : plus proche d’une véhémence expressionniste que des frémissements romantiques.


© Yann Cabello

« Die Wetterfahne » devient ainsi une complexe alchimie de hardiesses timbriques et de révolte aux accents prométhéens. Bostridge ne recule pas : il insuffle une rage qui transfigure ce qui aujourd’hui nous apparait d’une piètre valeur littéraire en un cri de désespoir et de colère. Il nous confirme que l’expression de la trahison est bien un sentiment universel qui transcende époques et cultures. D’une intonation menaçante il balaye toute ambigüité sulpicienne dans un « Gefrome Tränen » halluciné, d’une violence effrayante allant chercher des graves crépusculaires sur « Ei Tränen, meine Tränen » d’un expressionnisme presque insupportable. Coloration visionnaire qu’il instille également avec un « Erstarrung » secoué de sarcasmes et de fièvre protestataire. Fureur destructrice qu’il libère sans retenue dans « Ich endelemich nicht » le final de l’avant-dernière strophe de « Der Lindenbaum » avant de conclure sur une note d’une mélancolie éthérée.

Bostridge nous guide dans un Winterreise moins sur le mode de l’affliction victimaire, de la déploration flagellante, qu’il n’est plus ouvertement inspiré par un sentiment de révolte, un refus de la destiné qui l’accable. Il s’agit donc dans ce voyage initiatique, d’aller à la rencontre de lui-même. Chaque épisode, chaque station de ce chemin de croix, est mue par un balancement entre passion et intense mélancolie à l’image de cet insaisissable « Irrlicht ». Un vague à l’homme qui ne saurait se résoudre au fatalisme comme s’il se nourrissait de son propre désespoir. Pas plus de complaisance morbide dans cet art sévèrement contrôlé du rubato. Il nous fait les témoins d’une inexorable fuite en avant traversée d’instants de grâce du « Frühlingstraum ». Paradoxalement la puissance d’évocation convoquée par le chant hyper cultivé de ce ténor sensible est trop lucide pour se satisfaire d’un désespoir récurent. Ainsi « Die Post » qui ne devrait être que désenchantement devient un chant d’orgueil. Bostridge porte la rébellion du Matin d’orage (« Der stürmische Morgen ») à son point d’incandescence sans ne rien renier des climats changeants de ce cycle aux éclats fragiles comme un cristal qui semble s’éteindre sur les murmures de « Der Wegweiser ».

Ce Winterreise est aussi et surtout un dialogue au sommet avec Julius Drake, pianiste hors normes. Un jeu pur, dépouillé lui permet un toucher d’une plénitude franche et impressionnante d’autorité exempte de toute sècheresse.

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