L’écho, c’est la version déformée d’un son – souvent d’un cri – lancé dans le passé et dont les ondes innervent encore le présent pour, jeté vers sa fin, se déformer toujours un peu plus et finalement mourir – revenir au silence originel. Le programme proposé par Marc Mauillon et le Concerto Copenhagen, sous la direction (et le continuo) de Lars Ulrik Mortensen, n’embrasse pas tout à fait cette définition : Monteverdi n’y est pas déformé, il n’y meurt pas peu à peu (tant mieux). L’écho qui y est exploré tient en réalité davantage de la constellation : les œuvres proposées sont plus ou moins contemporaines de Monteverdi en termes de lieux et de temps. Tantôt elles continuent de résonner dans la musique du compositeur de Venise, tantôt c’est la musique de Monteverdi qui continue d’y trouver écho. Plus ou moins connus, les compositeurs retenus pour ce merveilleux programme ont en tout cas un cri commun : l’homme est fait de passion, il faut les incarner. On réentend des extraits du trop rarement joué Fra Giovanni Battista de Stradella (1634-1682), oratorio qui cherche manifestement à quitter l’église pour la scène d’opéra ; on réentend (et peut-être les redécouvre-t-on aussi) des extraits de L’Orfeo et Tempro la cetra, extrait du septième livre de madrigaux de Monteverdi, on se prend à aimer toujours un peu plus Caccini (1550-1618) et on fait de belles rencontres : de Rore (1515-1565), Peri (1561-1633), Strozzi (1510-1558)…
Que ces échos résonnent en ou depuis Monteverdi, ils trouvent en Marc Mauillon un interprète exceptionnel. On connaît l’étendue impressionnante de la tessiture, la qualité de l’émission, la focalisation des graves et le naturel du médium. On connaît aussi les grandes qualités d’interprétation, l’approche narrative de la partition. Dans ce répertoire, on découvre une maîtrise fine des ornements et une conception heureuse et tranchée de la phrase : à la clarté de la ligne, l’interprète préfère souvent l’instabilité assumée de la voix (Monteverdi était-il corse ?). Le tout est servi par un ensemble remarquable d’homogénéité et de rondeur qui, bien que ne sortant jamais de sa position d’accompagnant dans les pièces vocales, s’autorise quelques instants de pure interprétation, voire de lâcher-prise bienvenu, chez Marini (1594-1663) et Castello (1602-1631).



