Henry Purcell a écrit six odes pour les anniversaires de la Reine Mary, donnant à ces pièces de plus en plus d’ampleur au fil du temps. Ce sont les deux dernières qui étaient présentées ici, encadrant une suite d’orchestre tirée du The Indian Queen, l’un de ses semi-opéras, parvenu incomplet jusqu’à nous et composé à la même période, les toutes dernières années de la courte vie du compositeur.
Ce répertoire un peu convenu et pétri de bonnes intentions est l’occasion de musiques réjouissantes, festives et résolument optimistes, une genre dans lequel Purcell excelle. Préparé avec un très grand soin par les équipes de Vox Luminis – elles sont familiarisées avec ce compositeur depuis plusieurs années – sous la direction artistique de Lionel Meunier, ce concert fut une très grande réussite.
Le dispositif scénique (est-il inspiré du théâtre de Peter Brook ?) relègue sur les côtés de la scène les chanteurs ou les instrumentistes lorsqu’ils ne sont pas concernés par la scène en cours, et les réintègre au centre du podium, disposé en carré, dès qu’ils sont actifs. Cela crée un mouvement fluide et très bien rôdé. Les différentes interventions solistes sont menées par des membres du chœur qui y trouvent l’occasion de briller chacun à leur tour et réintègrent ensuite l’ensemble de façon très harmonieuse. Aucune faiblesse dans ce casting de chanteurs aguerris, aucun vedettariat non plus, chacun jouant son rôle sans chercher à prendre la lumière, pour le plus grand bénéfice de l’ensemble. L’orchestre semble se diriger tout seul, puisque Lionel Meunier, qui assume la direction artistique du projet, fait lui-même partie du chœur (il s’est aussi attribué quelques parties de flûte à bec) et ne se tient donc pas devant ses musiciens. Le premier violon d’une part et le claveciniste d’autre part assument la coordination des parties orchestrales sans qu’on ressente aucun décalage ni flottement, et font preuve là aussi d’une grande rigueur rythmique, d’une belle vivacité de ton, apportant aux chanteurs tout le soutien dont ils ont besoin, et conférant à l’ensemble de leur interprétation le climat joyeux et divertissant qui convient à cette musique.
Ces qualités orchestrales furent particulièrement sensibles dans la suite orchestrale tirée de The Indian Queen, présentée ici plutôt comme un intermède instrumental entre les deux odes qui constituaient bien le chœur du programme.
Parmi toutes les interventions solistes, on aura surtout remarqué dans la cinquième ode la participation particulièrement brillante de la trompette, ou l’air pour alto solo Crown the Altar et dans la sixième ode, le duo de contre-ténors Sound the Trumpet ou l’intervention de la basse These are the Sacred Charms that Shield. Tous les passages confiés au chœur – et notamment le très beau chœur final – firent grande impression, en parfaite symbiose avec l’orchestre et sans souffrir aucunement de l’absence de chef, tous ces musiciens fonctionnant comme un très vaste ensemble de musique de chambre au sein duquel l’énergie circule librement, sans cesse relayée par chacun dans une intension commune, ce qui montre, si besoin était, la qualité du travail en amont. La salle très enthousiaste ne manqua d’ailleurs pas de saluer ce travail par de longs et chaleureux applaudissements.



