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VERDI, Nabucco – Düsseldorf

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Spectacle
1 juin 2026
L’utopie de la paix entre les peuples

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Opéra en quatre actes
Musique de Giuseppe Verdi
Livret de Temistocle Solera
Création à Milan (Teatro alla Scala) le 9 mars 1842

Détails

Mise en scène
Ilaria Lanzino
Décors
Dorota Caro Karolczak
Costumes
Carola Volles
Video
Andreas Etter/Fabio Stoll
Lumières
Thomas Diek

Nabucco
Alexey Zelenkov
Ismaele
Jussi Myllys
Zaccaria
Goderdzi Janelidze
Abigaille
Svetlana Kasyan
Fenena
Ramona Zaharia
Der Oberpriester des Baal
Luke Stoker
Abdallo
Riccardo Romeo
Anna
Mara Guseynova
La jeune Abigaille
Anastasiia Buianevych
La jeune Fenena
Lilly Maria Reisinger
Le jeune Ismaele
Livia Matys

Chor der Deutschen Oper am Rhein
Chef des chœurs
Patrick Francis Chestnut
Düsseldorfer Symphoniker
Direction musicale
Vitali Alekseenok

Düsseldorf, samedi 30 mai 2026, 19h30

La production de Nabucco, reprise cette saison à l’opéra de Düsseldorf, et due à la metteuse en scène italienne Ilaria Lanzino, avait été créée avec grand succès le 15 septembre 2024. Ce soir encore c’est face à une salle debout et bruyante que les chanteurs ont salué à l’issue d’une représentation non sans quelques défauts, mais dans l’ensemble plutôt enthousiasmante.
Comment donner un sens original à l’un des blockbusters de l’opéra, tant et tant de fois servi ou desservi à des sauces plus ou moins digestes ? Eh bien il est heureux de constater qu’il existe toujours des metteurs en scènes qui réfléchissent, qui interrogent les œuvres et qui problématisent selon des points de vue pertinents.
C’est ce qu’a tenté, et globalement réussi Ilaria Lanzino qui pose quelques pierres solides dans son argumentaire, avant d’essayer de tenir (elle y parvient à quelques exceptions près) sur les quatre actes la position choisie.
Ce que souhaite démontrer l’Italienne originaire de Pise, qui fut membre du chœur du Theater an der Wien à  Vienne, puis qui a travaillé au Deutsche Oper Berlin, à Dortmund et Essen, c’est que dans les guerres, ce sont toujours les peuples les victimes, de quelque bord qu’ils soient, et que la paix ne peut passer que par le renversement des élites. Autre point fort de sa démonstration : que les forces en présence, dans les conflits actuels, ne relèvent ni du tout blanc, ni du tout noir et qu’il existe une multitude de nuances de gris, qui permettent d’évacuer une vision trop manichéenne du monde.
Pendant l’ouverture (on peut toujours regretter des images qui nous détournent de la musique…) est projeté un film qui montre tout d’abord un traité de paix entre Babyloniens et Hébreux déchiré, puis un immeuble d’habitation, la nuit. La caméra pénètre dans les appartements où se dessinent des scènes de la vie quotidienne : une femme enceinte qui se brosse les dents, deux amoureux qui fêtent un anniversaire, des enfants qui font ensemble de la musique, une femme qui arrose ses plantes, etc. Mais à la fin de l’ouverture, l’immeuble est bombardé, il s’écroule sur lui-même (par un jeu d’immenses miroirs qui descendent des cintres, l’effet est saisissant) et les habitants, de toutes origines, se retrouvent à la rue ou sous les décombres. Toute ressemblance avec une situation existant au Proche-Orient est bien sûr tout sauf fortuite. Mais l’intérêt de la démonstration est qu’elle évite de désigner tel ou tel camp unilatéralement responsable ; pour le dire autrement, Lanzino a le courage de la nuance.
Dernière idée forte de cette production : la déconnexion des élites. Entre le peuple, ces misérables sans-abris, vêtus de nos vêtements modernes, et les dirigeants, quels qu’ils soient (en habits d’apparat), il y a plus qu’un gouffre. Les protagonistes de tous bords (Ismaele, Zaccaria, Abigaille, Fenena, Nabucco, Abdalla), sont relégués en hauteur, sur une passerelle qui surplombe les décombres et les rend inaccessibles au peuple. Abigaille est même surprise à jeter des miettes aux laissés-pour-compte affamés ! Quant à Nabucco, il fait sa première apparition depuis les loges du deuxième balcon !
Mais le peuple n’aura de cesse de vouloir se défendre, reconstruire, se reconstruire – et cela ne pourra se faire qu’en renversant les dirigeants (on touche là bien sûr les limites de la démonstration : au dernier acte ce sont des représentants du peuple qui enchainent les élites au bûcher et s’assoient à leurs places sur les fauteuils du pouvoir, la ficelle est un peu grosse tout de même ! ).

© Sandra Then

L’image la plus saisissante et l’idée la plus intéressante est celle du chœur des esclaves : ici les esclaves ce ne sont pas uniquement les Hébreux, ce sont aussi les Babyloniens qui doivent, eux aussi, subir l’inanité de leurs élites. Et ce sont donc les deux peuples réunis qui entonnent le chœur le plus populaire de l’opéra italien : c’est l’utopie de la paix entre les peuples.
Dans un autre ordre d’idée la relation complexe entre Nabucco et ses deux filles est joliment illustrée par la présence récurrente d’Abigaille et Fenena enfants (le jeune Ismaele est présent lui aussi au tout début) ; on se rend compte que de tous temps, Nabucco avait avec Fenena une relation privilégiée, ce dont avait bien conscience la jeune Abigaille ; elle développa une rancœur qui la poursuivra jusqu’à l’âge adulte. Nabucco est présenté au III comme un vieillard grabataire, en fauteuil roulant, nécessitant de l’aide pour s’alimenter ce qui nous vaudra une scène d’humiliation de la part d’Abigaille.

La production vocale est d’un niveau satisfaisant. Les chœurs sont bien fournis mais déçoivent quelque peu par des approximations dans la synchronisation et la diction (défauts malheureusement patents dans le « Va pensiero »). Les Düsseldorfer Symphoniker sont dirigés par leur chef Vitali Alekseenok. Individuellement, les pupitres sont de grandes qualités (les cordes ce soir ont brillé), les tempi proposés ont en revanche manqué de cohérence.
Trois des rôles principaux sont tenus par les membres de la troupe de l’Oper am Rhein. Tout d’abord le Nabucco d’Alexey Zelenkov. L’Ouzbèque possède une voix puissante, une basse chantante et un timbre noir à souhait. Le Finlandais Jussi Myllys est un Ismaele un peu pâle, la voix est chantante mais la projection est limitée. L’autre membre de la troupe est la Roumaine Ramona Zaharia qui a brillé dans le rôle de Fenena par son autorité et la solidité de la prestation d’ensemble. Pour le reste de la distribution, nous aurons remarqué la basse géorgienne Goderdzi Janelidze apprécié récemment en Orovesco à Bordeaux  et qui est un Zaccaria de bonne tenue même si le premier acte a été nécessaire pour bien entrer dans le rôle. La Russe Svetlana Kasyan enfin qui met toute son énergie, toute son envie et tous ses moyens pour rendre justice au terrible rôle d’Abigaille. L’effort est vraiment louable, certes rien ne se fait dans la facilité mais on peut dire que le compte y est.

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❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
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❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
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Détails

Mise en scène
Ilaria Lanzino
Décors
Dorota Caro Karolczak
Costumes
Carola Volles
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Andreas Etter/Fabio Stoll
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Thomas Diek

Nabucco
Alexey Zelenkov
Ismaele
Jussi Myllys
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Anastasiia Buianevych
La jeune Fenena
Lilly Maria Reisinger
Le jeune Ismaele
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