L’Opéra Royal de Wallonie ouvre sa saison avec une production spectaculaire de Macbeth réalisée par Stefano Poda qui, en plus de la mise en scène, a également signé les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie. Le rideau se lève sur un gigantesque mur blanchâtre qui occupe le fond du plateau. Flanqué de deux parois latérales et percé de sept ouvertures en forme de fenêtres, ce mur, orné de nombreux escaliers qui forment une sorte de labyrinthe, est constitués de corps humains grimaçants, empilés et entremêlés qui créent d’emblée un climat angoissant. Au centre du plateau, une vaste ouverture circulaire représente le chaudron des sorcières au premier acte. A l’acte suivant, cette ouverture est recouverte d’une paroi sur laquelle est tracé un triangle blanc, la pointe en bas, inscrit dans un cercle, sur laquelle est posée le trône de Macbeth. Ce symbole ésotérique qui préfigure la descente aux enfers de Macbeth, apparaitra de façon récurrente formé de néons suspendus dans les airs. Une cage métallique descend par moment des cintres pour enfermer un ou plusieurs personnages, Duncan mourant sur son trône par exemple. Au dernier acte un entrelacs de bâtons rougeâtres encercle Macbeth vaincu. La scène est le plus souvent plongée dans une semi-obscurité inquiétante, à l’exception du premier tableau éclairé de rouge, où l’on voit surgir les sorcières. Certaines occupent les escaliers, d’autres sont suspendues dans les airs, d’autres encore, rampent sur le sol dans une épaisse fumée blanche. Vêtus de costumes splendides aux teintes sombres, les personnages sont en perpétuel mouvement. La direction d’acteurs est extrêmement précise, Poda, qui sait ménager ses effets, ponctue le spectacle d’images fortes, comme le banquet du deuxième acte qui s’achève dans une orgie sanglante ou la scène du somnambulisme au cours de laquelle Lady Macbeth est assaillie par des hommes dénudés qui l’enveloppent au point de l’étouffer, autant de séquences parfois violentes qui impressionnent le public. Au salut final, le metteur en scène sera accueilli par une ovation méritée.

La direction de Giampaolo Bisanti est en accord avec ce qui nous est montré. Le chef italien adopte des tempos contrastés, et impose aux musiciens un rythme soutenu, tel une course effrénée vers l’abîme. La partition adoptée est celle de la révision de 1865 pour Paris, ballet compris. Celui-ci, remarquablement chorégraphié par Poda s’intègre parfaitement dans la continuité de l’action. Saluons la prestation remarquable des chœurs préparés par Denis Segond.
Bruno Silva Resende, Bernard Aty Monga Ngoy et Marc Tissons, tous trois membres du Chœur, livrent une prestation on ne peut plus honorable. Luca Dall’Amico est un médecin à la voix sonore et Alexandra Grigoras possède un joli timbre fruité que l’on aimerait réentendre dans un rôle plus important. Lorenzo Martelli ne démérite pas en Malcolm tandis que Matteo Desole rencontre quelques problèmes d’intonation dans son air « Ah la paterna mano », le trac de la première sans doute. Gianluca Buratto est un Banco de grande classe. Son timbre de bronze, sa voix puissante et homogène, son legato impeccable et l’émotion qu’il insuffle dans son chant font de son air « Come dal ciel precipita » un des grands moments de la soirée. Quant aux interprètes du couple maudit, ils font sur la scène du Théâtre royal de Wallonie des débuts éclatants. A la fois comédien, metteur en scène et chanteur, Luca Micheletti propose une interprétation théâtralement subtile et aboutie de Macbeth dès la lecture de la lettre au premier acte qui lui est confiée. Vocalement les moyens sont solides, et si le baryton s’est montré prudent au cours du premier tableau, adoptant un chant sans beaucoup de nuances, il a livré une scène finale particulièrement bouleversante. Ewa Plonka est la grande triomphatrice de la soirée, elle possède les moyens exacts du rôle qu’elle habite avec une conviction remarquable. La voix est large, les aigus sont percutants, le souffle inépuisable. La cabalette de son air d’entrée tout comme son brindisi, témoignent d’une maîtrise parfaite du chant orné, les vocalises sont précises, le trille impeccable. Sa scène du somnambulisme, couronnée d’un contre-ré piano, est interprétée avec un legato irréprochable. Théâtralement enfin, son personnage se révèle on ne peut plus convaincant.

