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WAGNER, Tristan und Isolde – Londres (Barbican)

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Spectacle
14 juillet 2026
Pappano cisèle Tristan

Note ForumOpera.com

5

Infos sur l’œuvre

Action lyrique en trois actes
Musique et livret de Richard Wagner
Création à Munich le 10 juin 1865

Détails

Tristan
Clay Hilley
Isolde
Sara Jakubiak
Brangäne
Marina Prudenskaya
König Marke von Cornwall
Franz-Josef Selig
Kurwenal
Gyula Orendt
Melot
Neal Cooper
Ein Hirte / Stimme eines jungen Seemanns
Michael Gibson
Ein Steuermann
James Emerson

London Symphony Chorus
London Symphony Orchestra
Direction musicale
Sir Antonio Pappano

Londres, Barbican Hall, le dimanche 12 juillet 2026, 17h (photos : 1er juillet).

À la tête du London Philharmonic Orchestra depuis septembre 2024, Antonio Pappano, qui fut directeur musical du Royal Opera de 2002 à 2023, n’en dédaigne pas pour autant le répertoire lyrique et propose également de temps à autres des opéras en version concert. Bénéficiant avec le London Symphony Orchestra d’une formation d’un très haut niveau, et libéré des contraintes de la mise en scène, le chef italo-britannique offre ici une lecture d’une finesse exceptionnelle, musicalement fabuleuse et néanmoins authentiquement dramatique : les contrastes dramatiques des différentes scènes (colère, amour, agonie, extase…) sont ainsi rendus par la variété des couleurs orchestrales et la  justesse des dynamiques imprimées pour faire progresser le drame. La texture de l’orchestre est somptueuse, Pappano mariant idéalement en particulier les couleurs des bois et la transparence des violons. La direction est passionnée mais évitant l’excès, avec un son typique, très anglais si l’on peut dire, rappelant celui des plus grandes exécutions historiques des orchestres britanniques. De plus, Pappano n’oublie pas qu’il fut longtemps chef de théâtre : habitué à travailler finement avec les chanteurs avant chaque spectacle (ici, 7 jours de répétitions avec les solistes), il va en faire ressortir le meilleur, sans jamais les mettre en danger, et sans pour autant sacrifier l’arc dramatique de l’œuvre. Le Barbican Centre n’est pas la salle idéale pour les voix, mais Pappano utilise ses ressources pour spatialiser l’orchestre : cor anglais dans la salle puis sur scène (envoutant Drake Gritton ; on en profitera pour signaler la magnifique clarinette de Ferran Garcerà Perelló), chœurs en coulisse, intervention de Brangäne en fond de scène après qu’une porte se soit ouverte, etc. Sans être précipité, le tempo est plutôt rapide (3h40, coupure traditionnelle comprise), contribuant au sentiment d’urgence de la soirée. Une absolue réussite.

 

© Mark Allan

Familier du rôle de Tristan, Clay Hilley est encore en progrès par rapport à ses précédentes incarnations. Le timbre, agréable, est toujours aussi héroïque. La projection n’est jamais en défaut. La voix est homogène sur toute la tessiture et ne semble jamais forcer. Cette absence (apparente) d’effort est un atout hautement appréciable, qui renforce la crédibilité d’un personnage amoureux, émouvant, presque touché par la grâce (d’autant que Tristan n’est pas Siegfried…). Par rapport à Barcelone, le ténor américain ne donne pas l’impression de gérer l’acte II pour mieux mourir en pleine forme à l’acte III : l’ensemble de la soirée est ainsi uniforme d’engagement. On le découvre également plus émouvant dans son agonie, fendant l’armure sans transiger sur l’intégralité vocale (certains interprètes du rôle peuvent toutefois se révéler beaucoup plus enfiévrés dans leur interprétation, mais au risque de malmener la ligne de chant (1)). Enfin, comme lors de son récent Siegfried au Théâtre des Champs-Élysées, Hilley ne se laisse pas brider par la version concert et joue son rôle avec beaucoup d’intensité, exprimant globalement une sorte de résignation touchante face à des forces qui le dépassent.

À l’occasion de cette série de concerts (le 1er et le second le 12), Sara Jakubiak faisait ses débuts en Isolde. Cette prise rôle est indiscutablement une réussite. Si on peut être réservé sur un bas médium peut-être un peu âpre au premier acte le 1er juillet, le soprano américain offre un aigu souverain et un timbre charnu. Pour ne pas éluder « the elephant in the room », il est indéniable que sa voix est incontestablement moins puissante que celle de Lise Davidsen, l’Isolde du moment (entendue au Liceu et au Met), mais son timbre est autrement plus riche, la projection d’un niveau plus homogène. Surtout, on peut ici apprécier pleinement les différentes composantes du personnage et son évolution : d’authentiques imprécations à l’acte I (avec même un furtif recours au parlé-chanté un brin hystérico-straussien qui peut ne pas être du goût de tout le monde, moins marqué le 12), un deuxième acte somptueusement charnel, et enfin une scène finale hiératique exprimant idéalement la sublimation de l’héroïne. Voilà une nouvelle Isolde sur laquelle il faudra compter.

Avec de tels chanteurs, on aurait toutefois pu espérer le rétablissement de la dizaine de minutes traditionnellement coupées dans le grand duo d’amour de l’acte II comme l’explique Clay Hilley dans cette vidéo décomplexée (le Tag-und-Nacht-Strich : Isolde enchaîne ici directement « …bot ich dem Tage Trutz » avec « Doch es rächte sich », théoriquement 160 vers plus tard). Il est vrai que ce long développement est peu dramatique. Quant à ses conséquences sur la fatigue des chanteurs, c’est le jour et la nuit !

 

© Mark Allan

Marina Prudenskaya offre un somptueux timbre sombre, presque celui d’un alto (mais avec des aigus émis sans difficulté). Le mezzo allie une superbe musicalité et une caractérisation dramatique idéale. La voix est puissante et empreinte d’une certaine aura de mystère. À l’occasion de Nozze aixoises, Christophe Rizoud avait évoqué au sujet de Gyula Orendt  « le magnétisme des grands fauves ». Dans un répertoire totalement différent, le baryton hongrois se révèle un authentique wagnérien tout en conservant la finesse musicale de son expérience mozartienne (1, à nouveau). Le chant est soigné et coloré, la puissance éclatante et la caractérisation dramatique émouvante par son humanité. Le vétéran Franz-Josef Selig campe un Roi Marke d’une splendide intégrité, où l’humanité et le pardon perce derrière la raideur royale face à la trahison. Une leçon de chant. Neal Cooper est un Melot très correct. Dans ses courtes interventions en berger et jeune marin, le ténor Michael Gibson attire l’attention par la beauté et la justesse de son chant. En timonier, James Emerson complète parfaitement la distribution en offrant un beau timbre corsé. Le London Symphony Chorus est un peu vert et lointain mais son rôle n’est pas particulièrement important dans cet ouvrage. La soirée fut également l’occasion de célébrer le départ de Dame Kathryn McDowell (Directrice générale de l’orchestre) et du contrebassiste Patrick Laurence (44 ans de carrière) qu’Antonio Pappano a tenu à faire saluer par le public après les avoir étreints avec une chaleur très méditerranéenne. C’est à ces petites attentions qu’on reconnait les grandes maisons.

 

  1. Avant de devenir l’un des plus grands Wotan du siècle dernier, James Morris avait défendu superbement Mozart et Donizetti. De même aujourd’hui, Michael Spyres soutient que la musique de Wagner doit être interprétée comme du bel canto. Bien chanter Wagner ne peut pas de toute façon faire de mal.

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