Un jour, une création : 10 mai 1894, drôle de Guntram

Par Cédric Manuel | ven 10 Mai 2019 | Imprimer

Richard Strauss ne vient pas tout de suite à l’opéra, façonnant d’abord ses compositions symphoniques et notamment certains de ses poèmes restés fameux comme Mort et transfiguration, ou Don Juan, avant de s’attaquer à un genre qui l’intimide, lui qui est resté un grand admirateur de Wagner. À l’instigation d’un proche de ce dernier, Alexander Ritter, il se lance enfin et, tant qu’à suivre les traces du maître, il réalise aussi le livret de son premier opéra, Guntram, qu’il entame à la fin des années 1880. Et tant qu’à rester dans l’esprit de Wagner, il concocte une histoire qui aurait pu sortir de la plume de son modèle.

Guntram est en effet un ménestrel plein de noblesse qui sauve du suicide Friedhild, la femme de Robert, un (très) méchant duc. Le père de Friedhild, le vieux duc, invite donc Guntram à la cour ducale et, comme il se doit pour un héros wagnérien façon Walther von Tolzing, le fait chanter devant une assistance nombreuse. Doté d’un sens aigu du devoir et de la diplomatie, Guntram, qui a flairé que tout ce petit monde vivait sous la botte de Robert, entonne un hymne de liberté, ce qui a pour effet d’exalter le peuple rassemblé et de créer une rébellion. Au passage, il tue Robert en duel et se fait emprisonner. Friedhild veut lui offrir la liberté, mais il ne s’en juge pas digne, ayant eu pour elle des pensées impures qui l’ont poussé à commettre son crime. Il préfère vouer sa vie au renoncement à toute chose sur le mode de « punissez-moi ou je fais un malheur ».

L’œuvre est créée voici 125 ans à Weimar, où Strauss est chef d’orchestre depuis plusieurs années. Le succès est au rendez-vous et c’est d’ailleurs la future femme de Strauss, Pauline de Ahna, qui chante Friedhild. Mais lorsque quelques mois plus tard, Strauss veut voir plus grand à Munich, le four est complet et il est essoré par la critique. Il mettra des années avant de tenter un nouvel opéra, Feuersnot, qui sera un peu mieux accueilli.

Strauss tentera une révision de Guntram en 1934, réduite et allégée, moins wagnérienne et plus straussienne, pas davantage appréciée que l’original lors de sa seconde création en 1940.

Voici le finale de cet opéra, chanté ici par Alan Woodrow, sous la direction de Gustav Kuhn.

 

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