Le récital d’airs d’opéra n’est pas – a priori – un genre qui m’attire particulièrement. Dépourvus de mise en scène, privés de leur contexte dramatique, les airs enfilés les uns derrière les autres ne suscitent généralement pas de grandes émotions, aussi beaux soient-ils. Pourtant, hier soir au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, après un triomphe au Théâtre des champs-Elysées, le récital à deux voix offert par la mezzo-soprano italo-française Lea Desandre et par le baryton anglais Huw Montague Rendall fut une réussite magistrale.
Fils du ténor David Rendall et de la mezzo-soprano Diana Montague, dernier né d’une famille de quatre, Huw a pour ainsi dire reçu en héritage sa voix, son talent et toute la culture musicale nécessaire pour entamer une très belle carrière. Il la poursuit maintenant depuis une dizaine d’années, avec pour principaux atouts une voix magnifiquement bien placée, chaude et puissante, un sens inné de la scène et un physique idéal de jeune premier. Lea Desandre née de mère italienne et de père français a commencé par la danse avant de se tourner vers le chant à l’age de 12 ans. Passée du chœur de l’Opéra National de Paris au Jardin des Voix de William Christie, elle s’est longtemps consacrée à la musique baroque mais élargit maintenant son répertoire. Elle a une personnalité rayonnante, dans la voix un charme très particulier, un bel appétit pour les vocalises qu’elle domine avec souplesse et brio et une grande capacité à communiquer avec son public. Huw et Lea ont hanté les mêmes scènes prestigieuses avec le statut de jeune talent prometteur il y a environ une dizaine d’années, participé ensuite aux plus grands festivals européens à Aix en Provence ou Salzbourg et poursuivent depuis lors de fort belles carrières, à l’opéra et en concert. Invités conjointement par le Belgian National Orchestra dans sa série Les Grands Solistes, ils avaient composé un programme Mozart – Rossini, uniquement des airs très connus particulièrement faciles d’accès pour le grand public.
Ces airs, tirés des Noces de Figaro, de Cosi fan Tutte, de Don Giovanni ou du Barbier de Séville ne sont pas célèbres pour rien, ils sont autant de chefs-d’œuvre, de petits bijoux, et même pris individuellement, offrent un intérêt musical évident. Mais bien entendu, pas celui de la découverte ! Alternant les airs et les duos, avec de temps en temps une ouverture pour mettre en valeur l’orchestre et son chef invité, le jeune américain Sasha Scolnik–Brower, le programme particulièrement homogène avait cependant bien assez d’atouts pour plaire.
Ce fut un vrai régal de les entendre ensemble, deux tempéraments complémentaires, deux voix qui s’accordent agréablement, une solide dose d’humour et un même sens du théâtre qui les fait jouer chaque personnage et y prendre du plaisir, même en l’absence de toute mise en scène. Sur le plan du style également, les deux artistes semblent s’entendre à merveille, alors qu’à l’orchestre, un peu lourd et souvent trop sonore, on aurait pu souhaiter plus de nuances, de recherche de couleurs ou simplement plus d’esprit.
Une chaleureuse standing ovation de la part du public et deux bis généreux de la part des artistes vinrent clore cette courte soirée dans une belle atmosphère festive.



