C’est un concert sous le signe de la jeunesse qui nous a été proposé dans la série Les Grandes Voix. Deux artistes lyriques et un chef d’orchestre, âgés d’à peine plus de trente ans, ont ébloui le public du Théâtre des Champs-Élysées dans un programme dédié à Mozart et Rossini. Leur choix s’est délibérément porté sur des ouvrages parmi les plus connus de ces compositeurs, les trois opéras écrits par Da Ponte et Le Barbier de Séville dont ils nous livrent une interprétation renouvelée, empreinte de fraîcheur et d’ingénuité, avec un chic irrésistible au point que l’on a l’impression de redécouvrir ces pages rebattues. Pour chacun des opéras, à l’exception de Don Giovanni, nous sont proposés l’ouverture, un duo, et un air pour chaque solistes. Une seule rareté, l’air de concert « Rivolgete a lui lo sguardo » initialement dévolu à Cosí fan tutte, et remplacé par « non siete ritrose », plus concis.
Issue du jardin des voix qu’elle avait intégré en 2015, Léa Desandre a gravi une a une les marches du succès, choisissant ses rôles avec discernement. « Révélation artiste lyrique » aux Victoires de la musique classique en 2017, elle se spécialise dans le baroque avant d’aborder Mozart avec Despina et Cherubin qu’elle chante notamment à Salzbourg au début des années 2020 et Rossini avec Rosine à Rouen. Parallèlement elle donne de nombreux récitals en particulier aux côtés de Thomas Dunford. Ce sont donc des sentiers connus qu’elle arpente tout au long de la soirée, avec une aisance et une décontraction désarmantes. Aussi convaincante en adolescent qui s’éveille à l’amour qu’en soubrette délurée, ses Mozart témoignent d’un style maîtrisé et d’un art accompli de la nuance. « Non so più cosa son » lui permet de camper un Cherubin éperdu, tandis que « Voi che sapete » interprété avec délicatesse et agrémenté de subtiles ornementations à la reprise, est un modèle de chant mozartien. Chez Rossini, elle incarne une Rosine espiègle et juvénile avec un timbre chatoyant et une technique irréprochable, longueur du souffle, legato exemplaire, vocalises précise et trille impeccable sont un régal pour les oreilles. Dans les duos, sa voix s’unit harmonieusement à celle de son partenaire et leur complicité fait merveille notamment dans les trois Mozart.
Doté d’un physique de jeune premier et d’un sens inné de la scène, Huw Montague-Rendall s’est imposé en quelques années comme un baryton avec qui il faut désormais compter. Ses illustres parents peuvent être fiers de lui. Il a d’ailleurs travaillé le chant entre autres avec son père, le ténor David Rendall, décédé récemment. Un merveilleux Papageno à Strasbourg et à Londres, un bouleversant Pelléas à Aix et à Paris, une Saint-Jean admirable en tournée et au disque avec Raphaël Pichon, auront suffi pour asseoir solidement sa réputation. Ses incarnations qui sont un modèle d’intelligence et de subtilité, sa ligne de chant d’une rare élégance et sa voix au timbre séduisant et chaleureux sont un régal de chaque instant, sans parler de sa diction exemplaire, notamment en français. De plus le chanteur possède une présence indéniable sur le plateau et un charisme réjouissant. Chez Mozart il incarne un Comte autoritaire, un Don Giovanni irrésistiblement séducteur et un Guglielmo entreprenant et fanfaron. A cet égard, il se tire avec une aisance déconcertante des difficultés parsemées tout au long de son air « Rivolgete a lui lo sgardo ». Dans l’inusable « Largo al factotum », il évite soigneusement d’en faire trop et propose une interprétation qui respire la joie de vivre et la bonne humeur ce qui laisse augurer du meilleur pour son Dandini en juin prochain à Garnier. L’ensemble de sa prestation comme celle de sa partenaire est d’un très haut niveau musical. Avec ces deux-là la relève est assurée.
Trois bis viennent compléter ce concert qui s’est donné sans entracte, une délicieuse « Heure exquise » en français, et un émouvant « Non ti scordar di me » qui témoignent de l’éclectisme des deux artistes, ainsi qu’une reprise de « Dunque io son ».
A la tête d’un Orchestre National de Belgique en bonne forme, Sasha Scolnik-Brower, propose une direction énergique et précise avec des tempi énergiques que ne renierait pas un chef baroqueux. Soucieux de ses interprètes, le jeune chef américain propose une ouverture du Barbier tout en finesse et une scène d’orage absolument spectaculaire.



