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SCHUBERT, Die schöne Müllerin – Georg Nigl

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CD
30 août 2026
Radical !

Note ForumOpera.com

4

Détails

Franz SCHUBERT (1787-1828)
Die schöne Müllerin

Textes de Wilhelm Müller

1  Der Dichter, als Prolog *

2  Das Wandern

3  Wohin?

4  Halt!
5  Danksagung an den Bach

6  Am Feierabend

7  Der Neugierige 

8  Das Mühlenleben *
9  Ungeduld

10 Morgengruss 

11 Des Müllers Blumen 

12 Tränenregen 

13 Mein!

14 Pause

15 Mit dem grünen Lautenbande

16 Der Jäger

17 Eifersucht und Stolz

18 Erster Schmerz, letzter Scherz *

19 Die liebe Farbe 

20 Die böse Farbe

21 Blümlein Vergißmein *

22 Trockne Blumen

23 Der Müller und der Bach 

24 Des Baches Wiegenlied 

25 Der Dichter, als Epilog *

* Textes parlés

Georg Nigl, baryton
Alexander Gergelyfi, tafelklavier Carl Withum, 1810

Production musicale, prise de son et mixage
Frank Jaffrès

2 cd Alpha Classics n° 1252
Enregistrés en Octobre 2025 à Vienne (Autriche)
Durée 92’
Livret 42 pages
Textes de présentation g/f/e
et poèmes g/e
Parution le 14 août 2026

C’est une Belle Meunière qui ne ressemble à aucune autre. Et qui sans doute déconcertera certaines oreilles, voire les heurtera (momentanément, on espère). Elle n’a évidemment rien de commun avec celles jadis de Fischer-Dieskau, Prey ou Pregardien et aujourd’hui de Schuen, Hasselhorn ou Krimmel. C’est autre chose. Une version de petit comité, de Liederabend entre amis, de proximité, à bas bruit, en confidence en somme.

Le point de départ, c’est un Tafelklavier, un piano-table élaboré en 1810 environ par un facteur nommé Carl Withum, sis à Baden, près de Rastadt. Un instrument au volume sonore si ténu, que la voix doit se restreindre à ses dimensions. D’où une expérience d’interprétation aussi étonnante que troublante.

Georg Nigl et Alexander Gergelyfi © Nadine Poncioni

Alexander Gergelyfi, qui le joue dans cet enregistrement, décrit ainsi ce piano : « Rectangulaire, mesurant 147 cm de long sur 55,5 cm de profondeur, il produit l’impression d’un instrument très compact, les touches des notes diatoniques sont recouvertes d’ébène et les touches des notes altérées, d’os. Le clavier couvre cinq octaves, du fa -1 au fa 5. Le la 3 a une fréquence de 430 hertz », et il ajoute que cet instrument, restauré en 1951 puis en 2025, possède deux leviers qu’on actionne avec les genoux, l’un relève les étouffoirs, l’autre actionne un registre de luth, pauvre en harmoniques.

Quant à la sonorité et la puissance, il n’a évidemment rien à voir avec les pianos modernes, faits pour des salles de plus en plus grandes (et des voix de chanteurs à l’avenant). Il se rapprocherait des pianos-forte, mais avec quelque chose de cristallin et de mat à la fois.

Georg Nigl, quant à lui, rappelle qu’on chantait à l’origine le lied dans des cercles amicaux très resserrés, et que c’est un Julius Stockhausen qui le porta au concert. S’agissant de Die schöne Müllerin, il donna le cycle entier pour la première fois en 1856 (auparavant il ne chantait que les plus connus de ces lieder).

© Nadine Poncioni

C’est donc inspiré par un instrument presque contemporain de leur composition (sans doute 1823) que Georg Nigl nous les présente (nous les révèle ?) sous un éclairage tamisé, comme un secret qu’on confierait dans le creux d’une oreille. C’est sans doute la version le plus longue jamais entendue, d’autant que Nigl y ajoute une poignée de poèmes de Wilhelm Müller que Schubert renonça à mettre en musique, qu’il dit de sa voix parlée, très phonogénique, mais encore plus minimaliste. Ainsi l’histoire du meunier suicidaire est-elle complète.

Le prologue (1) est adressé « aux belles dames et aux sages messieurs » dans un style sarcastiquement amphigourique rappelant la tradition oubliée du Liederspiel, une manière de pièce de théâtre agrémentée de lieder qui se donnait dans les salons, notamment berlinois, au début du XIXe siècle, et que Julius Stockhausen ressuscitait lui aussi.

Mais ici la proximité du micro (belle prise de son par Frank Jaffrès) en change d’esprit, comme elle changera drastiquement la manière de chanter du baryton. Un critique allemand a comparé Nigl à un crooner. C’est un peu caricatural, mais pas si faux…

Georg Nigl et Alexander Gergelyfi (© Nadine Poncioni

« Est-ce qu’on a le droit ? »

Ainsi dès le premier lied, Das Wandern, on sera désarçonné par le ton caressant, les suavités, les ports de voix, les R roulés, les mini-ornements ajoutés, un charme familier, un peu sucré.

Avant que la délicatesse, la rapidité de Wohin ?, quelque chose d’angoissé comme une prémonition, sur les couleurs dorées du clavier (c’est le ruisseau amical), ne modifient déjà le sentiment (surprise de la vocalise finale, étrangement fleurie…), et avant que les séductions vocales de Halt ! et surtout Danksagung an den Bach (apparition de la fille du meunier) n’effacent le lancinant « Est-ce qu’on a le droit ? » qui nous gâchait le plaisir… 
La matité du piano, les effets de luth, la diction parfaite, le placement de la voix, sa clarté, les demi-teintes, la proximité de la confidence, l’attention au mot, l’émotion suspendue… convaincront les réticents, on veut croire…`

Il y a du conteur en Nigl, qui dans Am Feierabend multiple les effets de surprise, immobilise le tempo, fait la grosse voix (celle du maître meunier) puis retrouve son timbre limpide, dans un théâtre familier et minuscule : on imagine une arrière-salle d’auberge, quelques amis, du vin blanc, une Schubertiade, évidemment.

Une Schubertiade, esquisse par Moritz con Schwind

Un chantonnement évanescent

Der Neugierige s’éloigne encore davantage du chant lyrique, dans un pianissimo, un murmurando d’une lenteur extrême, un chantonnement évanescent, précédant le deuxième épisode parlé, Das Mühlenleben, chuchoté d’une voix blanche, où l’on voit le jeune meunier observer la jeune fille et étouffer d’amour au point d’avoir envie de s’enfuir.

L’impression que Nigl est d’abord ici un diseur, et qu’en somme la mélodie vient par surcroît, s’accentue encore avec la déclaration d’amour (secrète) d’Ungeduld, ou le regard de loin de Morgengruss : c’est quasi une voix intérieure qu’on entend, mais dont le charme – parfois douceâtre – s’éclaire d’un art du chant (voix mixte, cantabile, changements de registre en souplesse, intonation parfaite) très maîtrisé.

Avouons-le, ce chant melliflu frôle parfois de près la mièvrerie (Tränenregen), mais sait se redresser (Mein !) quand le meunier s’exalte ou quand apparaît le chasseur honni (Der Jäger), et que naît la jalousie (Eifersucht und Stolz).

Étonnamment Schubert n’a pas mis en musique Erster Schmerz, letzter Scherz (Première douleur, dernier bonheur) : rien n’a changé, le ruisseau murmure, les fleurs s’épanouissent, et le meunier tout en jouant de son pipeau au bord de l’eau observe la maison de loin et voit derrière la fenêtre la jeune fille tenant dans les bras le chasseur vert. On ne saura jamais pourquoi Schubert y a renoncé.

© Nadine Poncioni

L’eau et les rêves

Les cinq derniers lieder du cycle sont sans doute les plus saisissants dans l’interprétation de Georg Nigl,

Et d’abord Die liebe Farbe : le piano répète obstinément un fa dièse térébrant (le pianiste supprime carrément la main gauche dans les premières mesures). Interprétation hagarde, blafarde, hallucinée, donnant corps à la folie suicidaire du meunier, qui part dans les bois chasser la mort. Un filet de voix détimbré, certaines phrases épuisées finissant en parlando, sur les accords lugubres, métalliques, aigres, du Tafelklavier qui tombent sans pitié. Moment d’une nudité totale. Inouï au sens littéral du mot. Étonnante re-création de ce lied.

La folie du meunier obsédé par la couleur verte habite encore Die böse Farbe et l’ange du bizarre continue d’inspirer Nigl, comme il inspire Wilhelm Müller (« Ah, vert, méchante couleur, pourquoi me regards-tu toujours, si fière, si hardie, si joyeuse du malheur d’autrui, moi pauvre homme tout blanc »). Sur les accords presque brutaux du piano, Nigl, respectant à la lettre les circonvolutions de la mélodie, les chante de telle sorte (affaire d’émission sans doute) qu’on entend l’aliénation du jeune homme.

Blême, décharné, pour ne pas dire décomposé, pleurant sur ses fleurs séchées (Trockne Blumen), le meunier chemine vers la rivière, pris dans son rêve, dans une brume blanchâtre à la Caspar Friedrich. Le pas lourd, il avance vers sa tombe et pense au printemps ; il ne sera plus là, mais la vie recommencera : la façon dont Nigl fait revenir sa voix à la vie, les traits de lumière dont il illumine les « heraus » témoignent à nouveau de son imagination créatrice. 
De même que l’étrange romance à deux que devient Der Müller und der Bach, dialogue entre le chant émacié du meunier sur les notes creuses, sans résonance, du clavier, et les arabesques de la rivière sur des arpèges irisés.

La berceuse funèbre (Des Baches Wiegenlied) que la rivière chante au suicidé prendra l’allure lancinante d’une danse macabre au ralenti, hallucinée, titubante, obsessionnelle, morbide, à l’image de la folie du meunier. Trouée de silences, se noyant peu à peu et avec elle les sonorités d’orgue d’eau du Tafelpiano – « Wasserorgelschall », le mot est dans le postlude chuchoté qui conclut ce voyage intérieur.

Démode-t-il toutes les autres interprétations ? Évidemment non. Mais que l’on fasse l’expérience : on les écoutera désormais différemment.

1. d’ailleurs non traduit en français, et les poèmes non plus, Alpha Classics / Outhere Music France (sic) a semble-t-il baissé les bras.

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19 Die liebe Farbe 

20 Die böse Farbe

21 Blümlein Vergißmein *

22 Trockne Blumen

23 Der Müller und der Bach 

24 Des Baches Wiegenlied 

25 Der Dichter, als Epilog *

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Georg Nigl, baryton
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