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	<title>Vincent HUGUET - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Vincent HUGUET - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>ROSSINI, La Cenerentola – Baden-Baden</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Des spectacles comme celui-là, on voudrait en voir plus souvent. Présentée comme une version de concert avec mise en espace et un ensemble de voix qui ne sont pas celles de superstars, cette Cenerentola s’est révélée, avec trois fois rien (en apparence), être une mise en scène éblouissante, tout simplement géniale ! Une réussite telle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Des spectacles comme celui-là, on voudrait en voir plus souvent. Présentée comme une version de concert avec mise en espace et un ensemble de voix qui ne sont pas celles de superstars, cette <em>Cenerentola</em> s’est révélée, avec trois fois rien (en apparence), être une mise en scène éblouissante, tout simplement géniale ! Une réussite telle qu’on aurait souhaité voir dans la salle certains metteurs en scène chevronnés qui, d’une montagne de moyens et d’une débauche d’intentions fumeuses réussissent à accoucher de souris. Dans notre cas d’école, une simple citrouille, quelques canapés récupérés d’un autre décor bâlois, des jeux de lumière ingénieux, quelques lustres et beaucoup d’imagination (mais n’oublions pas l’ingrédient majeur, à savoir la complicité des artistes qu’on sent totale), le tout génère une poésie et une féerie absolues. Chapeaux bas ! Toute l’énergie, l’inventivité, la beauté des airs et l’intelligence de l’œuvre de Rossini se trouvent ici servis avec évidence et conviction. De quoi revigorer et combler un auditoire embrigadé dans un tourbillon de trois heures qui ont passé comme un éclair ou plutôt comme un feu d’artifice, qu’un coup de baguette magique aurait habillé des couleurs les plus chatoyantes. La mise en espace de <strong>Vincent Huguet</strong> est un enchantement, sa direction d’acteurs s’imposant comme une évidence ; on sent un travail d’équipe sain et productif, avec une mention spéciale pour le travail de <strong>Charles de Vilmorin</strong>, jeune créateur de mode dont on a pu récemment découvrir sa robe froissée dans le cadre de l’exposition « Louvre Couture », création qui sied comme un gant à Cendrillon triomphante, contrastant juste ce qu’il faut avec les autres vêtements, petites merveilles de révélateurs de sentiments des personnages qui les endossent.</p>
<p>Littéralement dopés par une battue énergique d’un chef qui semble se délecter comme jamais du festin qu’il a composé, tout le plateau est survitaminé et en pleine possession de ses moyens. Malgré la moue qui ne la quitte pas de la soirée, la mezzo <strong>Justyna Rapacz Ołów</strong> est une Thisbe plus supportable que de coutume et son timbre chaud n’a pas les acidités habituelles. Il en va de même pour sa sœur Clorinda, fièrement campée par la soprano <strong>Alice Rossi</strong> dont on apprécie l’art du faire-valoir. <strong>Adolfo Corrado</strong> offre à Alidoro une très belle voix de basse dont on goûte les délices de chacune de ses interventions. Le baryton <strong>Misha Kiria</strong> est au sommet de son art et se délecte manifestement beaucoup de ce Don Magnifico dont il expose avec gourmandise et une vis comique certaine toutes les facettes de son truculent personnage. Autre baryton d’exception, <strong>Edward Nelson</strong> est un Dandini de première classe, toujours légèrement en retrait de celui dont il joue temporairement le rôle, avec ironie et mordant. En vif contraste, le timbre clair et lumineux du ténor <strong>Levy Sekgapane </strong>fait merveille en prince Don Ramiro. Visiblement à l’aise, le jeune homme se montre généreux de bout en bout dans des vocalises vaillantes, acrobatiques et d’une insolente projection qui semble ne pas connaître de limites. Comment résister ? Et pour finir, le timbre particulièrement sombre de <strong>Maria Kataeva</strong> confère d’emblée gravité et sérieux à son personnage d’Angelina, une Cendrillon qui triomphe parce qu’elle choisit la bonté comme le veut Rossini, mais qui est avant tout une maîtresse femme suffisamment intelligente et patiente pour arriver à ses fins et ne pas se laisser marcher sur les pieds. La mezzo est impressionnante d’agilité, de maîtrise et de souplesse pour son instrument, à tel point que ses vocalises pyrotechniques semblent presque faciles et surtout très naturelles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20251116_Aschenputtel_c-Michael-Bode-6-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-203708"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Cette belle distribution, homogène et à l’unisson, est encore magnifiée par les membres du <strong>Balthasar-Neumann-Chor</strong> qui, en plus, semblent s’amuser énormément, virevoltants et tourbillonnants, véritable sauce liant un met des plus raffinés. </p>
<p>À la tête du <strong>Balthasar-Neumann-Orchester</strong> dont on apprécie les sonorités de chaque instrument d’époque qui permet une écoute ciselée de ce chef-d’œuvre qu’on n’a pas souvent l’occasion d’entendre ainsi, <strong>Thomas Hengelbrock</strong> , bien qu&rsquo;il nous tourne le dos (jeu de mot facile, pardon, c&rsquo;est l&rsquo;enthousiasme&#8230;), ne cesse de sourire (on a du mal à se détourner de lui quand on croise des yeux les écrans de contrôle qui permettent de le voir diriger de face) et en profite pour imposer un rythme endiablé à son petit monde qui ne demande visiblement pas mieux. Les spectateurs n’en perdent évidemment pas une miette et ovationnent le spectacle. Magique et féerique, vraiment&#8230;</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Eine starke „Cenerentola“!" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/Uo87esRYZo8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>


<p>La présentation du spectacle par Maria Kataeva/Cenerentola (en allemand) et Levy Sekgapane/Don Ramiro (en anglais).</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Don Ramiro: Wahrhaft verliebt" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/oCO47Rjkp3o?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>MASSENET, Manon &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-manon-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 May 2025 02:28:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec cette reprise de Manon, L’Opéra de Paris entendait sans doute mettre à l’affiche le couple « de rêve » qui avait incarné Roméo et Juliette à New-York la saison passée avec un succès retentissant. Mais le sort en a décidé autrement. Nadine Sierra s’étant retirée de la production, c’est Amina Edris qui avait déjà &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec cette reprise de <em>Manon</em>, L’Opéra de Paris entendait sans doute mettre à l’affiche le couple « de rêve » qui avait incarné <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-new-york-streaming/">Roméo et Juliette</a> à New-York la saison passée avec un succès retentissant. Mais le sort en a décidé autrement. Nadine Sierra s’étant retirée de la production, c’est <strong>Amina Edris</strong> qui avait déjà chanté le rôle lors d’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/manon-paris-bastille-amina-edris-la-revelation/">une soirée unique</a> en mars 2020, juste avant la fermeture du théâtre pour cause de covid, qui a repris je flambeau. La soprano d’origine égyptienne ne manque pas d’atouts, elle possède un timbre clair qui évoque la jeunesse de l&rsquo;héroïne et dans la voix quelque chose de fragile qui émeut d’emblée l’auditeur. Elle parsème sa ligne de chant, élégante et nuancée, de délicats <em>piani </em>qui font merveille notamment dans la « Petite table » qu’elle interprète avec des accents particulièrement émouvants. Elle ne fait pas de sa grande scène du Cours la reine, « Je marche sur tous les chemins » un numéro d’esbroufe, elle interprète au contraire cette page avec un naturel confondant sans ajouter de suraigus qu’elle ne possède d’ailleurs pas, ce qui confère une certaine sincérité à son propos. Enfin, sa diction parfaitement intelligible et son physique adapté au personnage font d’elle une Manon accomplie. A ses côté, <strong>Benjamin Bernheim </strong>qui grimpe une à une les marches vers le sommet de son art, campe un des Grieux proche de l’idéal. Après ses sublimes Roméo à Paris en 2023 et au Met en 2024, son Werther miraculeux au Théâtre des Champs-Elysées en mars dernier, voilà qu’il nous offre un des Grieux d’anthologie, supérieur encore à celui qu’il avait incarné <em>in loco</em> en 2020. Le personnage est plus fouillé, l’interprétation plus nuancée et le jeu plus assuré, dès son entrée en scène au premier acte. Son interprétation du « songe » tout en demi-teinte est un modèle d’élégance et de beau chant associé à une diction exemplaire. Au trois il livre un « Ah fuyez douce image » à la fois poignant et spectaculaire avant de laisser s’épancher sa passion amoureuse dans le duo qui suit. Enfin sa prestation à l’hôtel de Transylvanie met particulièrement en valeur ses talents d’acteur. Il n’est pas aisé pour <strong>Andrzej Filończyk</strong> de passer après Ludovic Tézier dans le rôle de Lescaut. Le baryton polonais ne manque pas de qualités cependant. Son timbre agréable retient l’attention et il dispose d’un medium et d’un aigus solides mais en dépit de louables efforts sur le plan théâtral, son personnage demeure quelque peu en retrait, sans doute à cause d’une projection insuffisante et d’une diction perfectible. Tel n’est pas le cas de <strong>Nicolas Cavallier</strong> dont la projection et la diction sont souveraines. Il campe un Comte des Grieux à la fois autoritaire et paternel, tout à fait irréprochable. <strong>Régis Mengus</strong> propose un Brétigny excentrique et par moment ridicule, tandis que <strong>Nicholas Jones</strong> constitue une erreur de casting, ce ténor mince et fringant n’évoque en rien Guillot de Morfontaine que l’on imagine âgé et repoussant, à la limite du grotesque.<strong> Ilanah Lobel-Torres</strong>, <strong>Marine</strong> <strong>Chagnon</strong> et <strong>Maria Warenberg</strong> interprètent leurs rôles de courtisanes avec humour et fantaisie. Enfin notons l’hôtelier haut en couleur de <strong>Philippe Rouillon</strong>, déjà présent lors de la précédente reprise.</p>
<p>Au pupitre, <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, récemment nommé Directeur Musical de l’Opéra Orchestre de Normandie Rouen, propose une direction nette et précise, avec des tempi plutôt retenus qui laissent respirer les chanteurs.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Manon-©-Sebastien-Mathe-.-OnP-3-1.jpg" alt="" class="wp-image-190954"/><figcaption class="wp-element-caption">Manon © Sébastien Mathé / OnP </figcaption></figure>


<p>Sur le plan visuel, la production de <strong>Vincent Huguet</strong> en impose grâce à ses magnifiques décors, dans le style art déco, imaginés par <strong>Aurélie Maestre</strong>. En effet, l’action est transposée dans les années 20 comme en témoignent les somptueux costumes dessinés par <strong>Clémence Pernoud</strong>. Lorsque le rideau se lève au début du troisième acte, le public applaudit le salon monumental et les costumes chatoyants des personnages. Transformer le Cours-la-Reine en une salle de bal où se déroule une soirée en costumes dix-huitième siècle s’avère une idée intéressante en harmonie avec la musique du ballet. En revanche l’omniprésence d’une pseudo-Joséphine Baker qui sert d’entremetteuse est parfaitement incongrue. D’autant plus que cette créature chante -en play-back- une chanson de la célèbre meneuse de revue. Plutôt que d’ajouter une page on ne peut plus éloignée musicalement de l’opéra, il aurait mieux valu rétablir certaines coupures comme la fin du premier acte voire le début du cinquième où dans cette production, Lescaut n’apparaît pas. C’est le comte des Grieux qui se charge des tractations avec les archets.   </p>
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		<item>
		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 May 2024 05:42:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Don Giovanni, dramma giocoso – drame joyeux ? Les rires fréquents du public l’attestent lors de cette reprise du chef d’œuvre de Mozart dans la mise en scène de Vincent Huguet au Staatsoper. Marc Minkowski le démontre variant les climats, jouant des humeurs, la baguette tantôt légère, tantôt grave, sans toutefois insuffler à la pièce &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Don Giovanni</em>, <em>dramma giocoso</em> – drame joyeux ? Les rires fréquents du public l’attestent lors de cette reprise du chef d’œuvre de Mozart dans la mise en scène de <strong>Vincent Huguet</strong> au Staatsoper. <strong>Marc Minkowski</strong> le démontre variant les climats, jouant des humeurs, la baguette tantôt légère, tantôt grave, sans toutefois insuffler à la pièce l’énergie, la respiration théâtrale auxquelles il nous a accoutumé. Son Mozart parait sage, comme si le maestro était intimidé face à un orchestre au prestige légendaire. De fait, la transparence instrumentale – l’impression d’entendre tout, ensemble et séparément –, aide la soirée à paraître moins longue. La transposition de l’action dans le monde de la mode et de la photographie ne retient l’attention que peu de temps, par manque d’idées. D’un loft design taillé dans le béton en première partie, à son arrière-cour en seconde, la chair est triste. Pas de mariage mais un enterrement, celui du commandeur, durant lequel Don Giovanni ne chute pas dans les entrailles de l’enfer mais quitte la scène, ligoté sur un lit d’hôpital.</p>
<p>Le châtiment est mérité. Si on jauge la carrière du libertin à sa fraîcheur vocale, alors les conquêtes de <strong>Lucio Gallo</strong> dépasse allègrement le nombre de mille et trois. Du maître ou du valet, le séducteur n’est pas celui qu’on pense. <strong>Riccardo Fassi</strong> a débuté en 2014 en Masetto. Nul doute qu’il sera un jour Don Giovanni (s’il ne l’a déjà été) tant sa voix de basse impressionne, trop presque pour un estafier, trop profonde aussi si l’on aime Leporello moins digne, moins père noble, plus goguenard et plus expressif. <strong>Antonio Di Matteo</strong> bénéficie du soutien de la sonorisation, condition nécessaire mais non suffisante pour que son Commandeur soit d’outre-tombe. L’émission déroutante de <strong>Jeanine De Bique</strong>, en arrière, l’absence de couleurs ne l’empêchent pas de se tailler un franc succès, juste récompense d’un « Non mi dir » aux coloratures ciselées. Mais dans quelle langue chante Donna Anna ? « Mi tradi » nuancé, habité, prouve que Donna Elvira n’est pas irrémédiablement condamnée à virer au vinaigre, comme le laissait redouter auparavant le soprano acrimonieux de <strong>Gabriela Scherer</strong>, tout de frustration tendu. L’air hélas intervient à la fin de l’opéra. <strong>Regina Konz</strong> est une Zerlina poids plume, gracieuse et musicale ; <strong>Adam Kutny</strong> un Masetto sans excès de charisme – après tout, le rôle l’exige. Que n’a-t-on médit sur don Ottavio, personnage languide, insipide, voire inutile. Confié à <strong>Bogdan Volkov</strong>, ténor en apesanteur, suspendu entre tête et poitrine, sur le souffle d’un « dalla sua pace » en état de grâce et plus tard d’un « il mio tesoro », sensible, limpide, élégant, il est le seul souvenir que l’on gardera de la représentation – gageons-le – lorsque le temps aura flouté notre mémoire.</p>
<p>Le choix de la version avec <em>lieto fine</em> rallonge la soirée d’une dizaine de minutes. On n’aurait pas été mécontent d’en être dispensé.</p>
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		<title>MASSENET, Manon — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/manon-paris-bastille-une-manon-en-demi-teinte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Feb 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette reprise de Manon aura connu bien des vicissitudes avant que le rideau ne se lève finalement ce vendredi 11 février sur la soirée d’ouverture, avec six jours de décalage. En effet, la première, initialement prévue le 5, a été annulée en raison de la détection de nombreux cas positifs à la Covid 19 au &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette reprise de <em>Manon</em> aura connu bien des vicissitudes avant que le rideau ne se lève finalement ce vendredi 11 février sur la soirée d’ouverture, avec six jours de décalage. En effet, la première, initialement prévue le 5, a été annulée en raison de la détection de nombreux cas positifs à la Covid 19 au sein de l’orchestre, et la générale, également annulée pour les mêmes raisons, a pris la place de la deuxième représentation. Auparavant, le ténor initialement prévu dans le rôle de Des Grieux avait dû renoncer à sa participation au spectacle. Trois ténors ont alors été engagés pour le remplacer, Roberto Alagna qui ne chantera finalement qu&rsquo;un seul soir, Benjamin Berheim et Attala Ayan.</p>
<p>Est-ce à cause de ces contretemps, récurrents ces derniers mois, que durant presque toute la représentation nous avons eu le sentiment que le cœur n’y était pas ? Certes, les interprètes faisaient leur travail avec application, heureux de pouvoir enfin chanter devant le public mais en même temps lassés, nous a-t-il semblé, par toutes les contraintes qu’ils subissent depuis deux ans pour parvenir à exercer leur art. A moins que la direction d’orchestre lisse et académique mais néanmoins précise de <strong>James Gaffigan</strong> ne soit en cause ?</p>
<p>L&rsquo;équipe réunie pour la circonstance, moins spectaculaire qu&rsquo;en mars 2020, n&rsquo;en comporte pas moins des chanteurs émérites qui ont fait leurs preuves. Les seconds rôles, dans leur ensemble, n’appellent aucune remarque particulière. <strong>Rodolphe Briand</strong> retrouve le personnage de Guillot de Morfontaine qu’il avait déjà incarné avec malice il y a deux ans, <strong>Marc Labonnette</strong> est un Brétigny haut en couleur dans ses improbables costumes. <strong>Andrea Cueva Molnar</strong>, <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> et <strong>Jeanne Ireland</strong> forment un trio de courtisanes accortes et frivoles à souhait. <strong>Jean Teitgen</strong> possède une voix bien timbrée et un grave sonore, son Comte Des Grieux à la fois noble et bienveillant lui vaudra une salve d’applaudissements nourris au rideau final. En revanche, le Lescaut d’<strong>Andrzej Filończyk </strong>nous a paru quelque peu falot. Le baryton polonais possède un timbre clair et un medium solide. Si la voix n’est pas très puissante, il parvient néanmoins à se faire entendre, mais son personnage demeure constamment en retrait.</p>
<p><strong>Atalla Ayan</strong> possède un timbre chaleureux et une diction acceptable. Sa ligne de chant élégante et soignée, la délicatesse de ses demi-teintes, en particulier dans le duo de Saint-Sulpice et la rondeur de ses aigus lui permettent d’incarner un Des Grieux touchant. Le songe (« En fermant les yeux ») est chanté mezzo-forte avec un legato accompli, et son grand air « Ah fuyez douce image » n’appelle aucune réserve sur le plan vocal. En revanche, l’on aurait souhaité qu’il y insuffle davantage de passion. A ses côtés <strong>Ailyn</strong> <strong>Perez</strong> campe une exquise Manon. La soprano américaine est dotée d’un timbre crémeux qui culmine sur un aigu brillant, toutefois les vocalises de son entrée au deuxième acte demeurent timides. Elle est capable d’émettre de jolis sons filés qui font merveille dans le duo de Saint-Sulpice, dont on peut cependant regretter qu’il soit dépourvu de sensualité. Sa « petite table » en revanche est émouvante à souhait. Quant à sa diction, somme toute correcte, elle est encore perfectible. Les chœurs préparés par <strong>Alessandro Di Stefano</strong> n’appellent que des éloges pour chacune de leurs interventions.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/manon_4._emilie_brouchon._onp.jpg?itok=6x42gNuI" title="Manon. Emilie Brouchon © Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	Manon © Emilie Brouchon &#8211; Opéra national de Paris</p>
<p>La transposition dans les années 20 fonctionne d’autant plus qu’elle nous vaut des décors monumentaux et des costumes somptueux aux teintes vives, chaleureusement applaudis lorsque le rideau se lève sur le Cours-la-Reine, <strong>Vincent Huguet</strong> a modifié le dénouement par rapport à<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/manon-paris-bastille-lulu-lescaut"> la première série</a> de représentations. Cette fois, Manon ne finit pas fusillée mais repart pour Le Havre avec les soldats, après son duo avec Des Grieux. En revanche la chanson de Joséphine Baker, interpolée entre deux tableaux, paraît d’autant plus incongrue, passé l’effet de surprise. De même, ce clone de la chanteuse d’origine américaine, mi-figurante, mi-danseuse qui joue les entremetteuses, n’apporte rien à l’intrigue tout comme les travestissements de Brétigny qui, pour amusant qu’ils soient, ne collent pas avec son personnage.</p>
<p> </p>
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			</item>
		<item>
		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-frau-ohne-schatten-streaming-vienne-staatsoper-incontournable-nina-stemme-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2020 03:56:06 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/incontournable-nina-stemme-streaming/</guid>

					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming de Die Frau ohne Schatten  (visible lundi 1er juin à 19h00 et pour 24 heures), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 25 mai 2019. L’opéra de Vienne vit des jours heureux et intenses : Dominique Meyer fait des adieux salués chaleureusement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr"><strong>A l&rsquo;occasion de la rediffusion en streaming de <em>Die Frau ohne Schatten </em> (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.staatsoperlive.com/event/0/dead639f-c5ff-40fb-a0c9-e4a0cd330c24/watch">visible</a> lundi 1er juin à 19h00 et pour 24 heures), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 25 mai 2019.</strong></p>
<hr />
<p dir="ltr">L’opéra de Vienne vit des jours heureux et intenses : Dominique Meyer fait des adieux salués chaleureusement par le public, l’institution fête fièrement ses 150 ans et lève le rideau sur une nouvelle production de <em>Die Frau ohne Schatten</em>, chef-d’œuvre créé in loco, centenaire en octobre prochain. Sur le papier, la soirée promettait d’être un des sommets lyriques mondiaux de l’année ; les mérites et la réussite s’en partagent également entre le plateau et la fosse.<br />
	Dominique Meyer, dans une institution de répertoire où les nouvelles productions sont par comparaison choyées, pourra s’enorgueillir d’avoir offert à <strong>Nina Stemme </strong>ses trois dernières prises de rôle : une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/elektra-paris-philharmonie-grandiose">Elektra devenue référence depuis</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/parsifal-munich-de-haut-en-bas">une Kundry fatale désormais pleinement aboutie</a> et aujourd’hui une Färberin déjà irremplaçable. De ces trois icônes c’est en celle-ci que la voix immense, la suavité du timbre et le tempérament de feu glacé de la « Kammersängerin » s’expriment avec le plus d’évidence. Chaque piège de Richard Strauss, chaque écart, chaque phrase vocale, si étendue soit-elle, tombent tout naturellement dans la voix et les intentions de Nina Stemme. Cette teinturière mord, griffe et peste dès qu’on lui en donne l’occasion ; elle aime, pleure, cajole aussi, tel Janus, d’une réplique à une autre. La soprano suédoise porte son interprétation à un niveau d’incandescence tel qu’on peine à croire à une prise de rôle tant elle domine le plateau vocal par le volume et la chair du chant, l’intelligence théâtrale et musicale. Autre prise de rôle, <strong>Evelyn Herlitizius</strong> poursuit sa transition des emplois de soprano dramatique (hier encore elle était <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/ou-lon-aurait-prefere-une-version-de-concert">la Teinturière de Christian Thielemann à Salzbourg</a>) vers des rôles de grand mezzo. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/jenufa-amsterdam-bis-repetita-non-placent">Kostelnicka lui allait comme un gant</a>, la Nourrice est une autre paire de manches, dont la longueur du premier acte et les exigences la déstabilisent quelque peu. Il faut compter sur les sons rauques et les feulements habituels pour qu’elle dessine toute l’ambiguïté du personnage. Le registre grave manque encore de l’épaisseur nécessaire pour croquer la noirceur de cette Reine de la Nuit de l’ombre, lacune que le tempérament scénique vient heureusement contrebalancer. <strong>Stephen Gould</strong>, lui aussi déjà présent à Salzbourg, retrouve les habits et les chausse-trappes du Kaiser avec une aisance toute renouvelée. Le chant se déploie vaillant, puissant et brillant. Enfin, on ne présente plus le Barack pétri d’humanité de <strong>Wolfgang Koch</strong> : Munich, Berlin et Vienne s’en sont déjà régalé les oreilles. Le baryton possède quasiment toutes les qualités requises : longueur du souffle, rondeur du timbre, endurance et un charisme scénique discret pour que le teinturier attendrisse le spectateur. Enfin, triomphatrice à égalité de l’applaudimètre,<strong> Camilla Nylund</strong> s’envole à tire-d’aile de faucon vers <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper-un-cauchemar-de-reve">les mêmes sommets berlinois</a> qu’il y a deux ans. Le timbre toujours aussi cristallin installe l’impératrice dans son royaume d’en-haut. La précision du chant tient de l’orfèvrerie tant aucune des attaques les plus ardues, aucun des sauts de registres les plus périlleux ne lui résiste. Les forces du Wiener Staatsoper et les seconds rôles (mention pour les trois frères de Barack particulièrement bien tenus par <strong>Ryan Speedo Green</strong>, <strong>Samuel Hasselhorn</strong> et <strong>Thomas Ebenstein</strong>) complètent ces premiers rôles dignes d’un certain âge d’or. Dommage toutefois que les interventions hors-scène soient systématiquement sonorisées, ce qui en aplatit tout le relief.<br />
	 </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="284" src="/sites/default/files/styles/large/public/19_die_frau_ohne_schatten_119878_nylund_stemme.jpg?itok=OsaA051Y" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="468" /><br />
	© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p dir="ltr">Du relief, l’orchestre n’en manque à aucune mesure. Fidèle à ses talents de coloriste, <strong>Christian Thielemann</strong> brode un premier acte foisonnant où les Wiener n’ont pas leur pareil. Le tempo retenu va cheval galopant et si au deuxième et au troisième acte l’on va perdre en détails, l’on gagnera d’autant en scansion dramatique.</p>
<p>	Dans le foisonnement des propositions scéniques actuelles – <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://Samuel Hasselhorn Der Einarmige Ryan Speedo Green Der Bucklige  Thomas Ebenstein">la plongée psychanalytique d’un Claus Guth</a> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-munich-kirill-petrenko-au-sommet-de-lolympe-straussien">l’onirisme vénéneux d’un Krzysztof Warlikowki </a>pour ne citer que les plus en vue – <strong>Vincent Huguet</strong> fait le choix d’un troisième voie bien plus traditionnelle : le conte. Dans l’opéra qui l’a vu naître cela revêt un sens particulier, les pères de <em>Die Frau ohne Schatten</em> l’ayant conçu comme un pendant à <em>Die Zauberflöte</em> après un <em>Rosenkavalier</em> écho des <em>Nozze di Figaro</em>. En dehors d’une première scène traitée avec un soupçon d’orientalisme au travers de la cabane sur pilotis de l’Impératrice, l’équipe technique fait le choix d’un décor unique minéral, composé de parois de pierre grise. Des projections vidéos en ultra-haute définition viendront colorer ces murs froids pour donner vie aux péripéties du livret. Dommage que la direction d’acteur reste sommaire et affublée de quelques tics (les personnages féminins passent leur temps à se pousser au sol). Sur le fond, peu d’idées viennent pimenter cette mise en image et ce ne sont pas les références à l’époque de composition, à savoir la Première guerre mondiale, que l’on retrouve dans deux scènes (la chasse de l’Empereur et le duo Barack/Färberin du troisième acte) ou l’impuissance sexuelle de Barack ou de l’Empereur, à peine esquissée, qui relèveront cette proposition.</p>
<p dir="ltr"><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.staatsoperlive.com/event/0/dead639f-c5ff-40fb-a0c9-e4a0cd330c24/watch">Voir la vidéo</a></p>
<p> </p>
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		<title>STRAUSS, Elektra — New York</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/elektra-streaming-new-york-etrange-sensations-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2020 10:11:51 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/etrange-sensations-streaming/</guid>

					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming d&#8217;Elektra au Metropolitan Opera (visible jusqu&#8217;au 21 avril, 23h30), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 14 avril 2016.  A propos d&#8217;Elektra dans la mise en scène de Patrice Chéreau, lire aussi les comptes rendus de : la première à Aix-en-Provence en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A l&rsquo;occasion de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://metoperafree.brightcove.services/?videoId=6150398610001">la rediffusion en streaming d&rsquo;<em>Elektra </em>au Metropolitan Opera</a> (visible jusqu&rsquo;au 21 avril, 23h30), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 14 avril 2016. </p>
<p>A propos d&rsquo;<em>Elektra</em> dans la mise en scène de Patrice Chéreau, lire aussi les comptes rendus de :</p>
<ul>
<li><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/on-se-leve-tous-pour-electre">la première à Aix-en-Provence en juillet 2013</a></li>
<li><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/elektra-berlin-patrice-chereau-toujours-vivant">la retransmission sur grand écran en direct de New York en mai 2016</a></li>
<li>l<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/elektra-berlin-patrice-chereau-toujours-vivant">a reprise à Berlin en octobre 2016</a></li>
</ul>
<hr />
<p>Etranges sensations pour le spectateur européen venu à New York pour voir ou revoir cette production uppercut d’<em>Elektra</em> du Festival d’Aix-en-Provence (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/on-se-leve-tous-pour-electre">lire le compte-rendu de Christophe Rizoud</a>). Une production devenue depuis le testament de <strong>Patrice Chéreau</strong>, et que, dans la longue liste des théâtres associés, le Metropolitan Opera accueille parmi les derniers. Dès le départ, Peter Gelb avait voulu que le rôle titre soit interprété par <strong>Nina Stemme</strong>, trop longtemps éloignée de la scène du Lincoln Center. Revenue à l’occasion d’un cycle de <em>Turandot </em>de répertoire en janvier, la voici tête d’affiche d’une nouvelle production qui échoit à <strong>Vincent Huguet</strong>. Une collaboration préparée de longue date <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/actu/nina-stemme-je-peux-etre-coriace">comme la soprano suédoise nous l’expliquait en avril 2015</a>. Autour d’elle, une grande partie de l’équipe artistique d’Aix a fait le voyage, à commencer par <strong>Adrianne Pieczonka </strong>(Chrysotemis) et <strong>Waltraud Meier</strong> (Klytämnestra).</p>
<p>Etranges sensations : à l&rsquo;instar d’Elektra qui cherche la présence de son père dans chacun des recoins et chacune des pierres de cette cours de Mycènes, on cherche le souvenir du choc, la stupeur des scènes, les épiphanies inouïes de ces moments de justesse profonde. La scène de la reconnaissance où les vieux serviteurs s’étreignent avant même que le frère et la sœur n’aient compris, le moment de tendresse maternelle avant qu’Elektra n’explose… Ils sont bien là dans leur majorité, mais ce que <strong>Vincent Huguet</strong> change va finalement à l’encontre de l’harmonie générale et l’idée force qui irriguait la vision de Chéreau de bout en bout. Ce ne sont que des détails, des gestes qui ne sont plus les mêmes, mais toute la magie de Chéreau était dans cette adéquation parfaite entre un moment musical, un moment dramatique et un interprète. Ainsi Elektra ne retire plus les bandelettes de la hache avec frénésie pendant que les violons grésillent le leitmotiv d’Oreste ; elle ne s’écorche plus les mains sur ces pierres pendant qu’elle appelle son père ; elle ne s’effondre plus impuissante devant sa mère mais la saisira d’abord à la gorge. En somme, le metteur en scène réintroduit des monstres, là où Chereau les avait bazardés sans ménagement.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/elektra_2654-s.jpg?itok=C1nv6Om4" title="© Marty Sohl/Metropolitan Opera" width="468" /><br />
	© Marty Sohl/Metropolitan Opera</p>
<p>Etranges sensations d’un rôle titre incarné à l’opposé de la proposition initiale. Torche vive, Evelyn Herlitizus compensait quelques lacunes vocales par une expressivité débridée, une couleur et des accents déchirants. <strong>Nina Stemme</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/elektra-vienne-staatsoper-nun-denn-allein">déjà impériale à Vienne pour ses débuts</a> dans le rôle n’a pas ce problème (à l’exception ce soir d’un ut qui est émis péniblement). Peu aidée en Autriche par la mise en scène, elle s’investit dans cette proposition avec ce qui fait son charisme : une ligne et un souffle souverain, une puissance vocale. Son Elektra vit et émeut par les notes avant que l’on considère la présence scénique. L’actrice est là aussi à l’opposé de sa devancière : intériorisée, moins mobile, paradoxalement encore plus fragile. Mais si la danse triomphale n’est plus hystérique, la prostration finale d’un personnage vidé de sa substance par l’accomplissement de la vengeance reste la même. <strong>Adrianne Pieczonka</strong> réitère sa belle prestation d’Aix-en-Provence, même si un vibrato plus prononcé chahute la ligne vocale. <strong>Waltraud Meier</strong>, royale (mais est-il encore besoin de l’écrire) habite sa Klytämnestra de toute l’intelligence de ses moyens : les graves lui manquent toujours et peut-être encore davantage dans l’immensité du Met, mais l’instinct félin de l’allemande stupéfie toujours autant. Ce sont les hommes qui ont été renouvelés. Plus de clin d’œil au deux chanteurs mythiques de Chéreau à Bayreuth, les américains relèvent le gant. <strong>Kevin Short</strong> aussi charismatique que Franz Mazura en précepteur d’Oreste. Dans le rôle du frère, <strong>Eric Owens</strong> module son beau timbre des sentences sombres et inquiétants de son entrée, à l’urgence et la tendresse du duo avec Elektra. Aegisth trouve en <strong>Burkhard Ulrich</strong> un ténor à la couleur requise, doublé d’un bon acteur.</p>
<p>	Etranges sensations. L’orchestre du Metropolitan Opera se désunit à plusieurs reprises, alors que les cuivres multiplient les petits accidents. A l’exception d’une belle scène lyrique entre Elektra et Orest et d’une mort de Klytämnestra glaçante tant elle est fouettée par les attaques des violoncelles, <strong>Esa-Pekka Salonen</strong>, dans un geste pourtant proche de celui d’Aix, ne parvient ni à imprimer puissance et tension, refuse les crescendos dramatiques bien souvent, et précipite le final.</p>
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		<item>
		<title>MASSENET, Manon — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/manon-paris-bastille-lulu-lescaut/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2020 20:45:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Oh, on se doutait bien que ses robes n’auraient ni paniers, ni faux-cul, et que la mise en scène de Vincent Huguet ne se situerait ni en 1731 ni en 1884. La bonne surprise, pour ceux qui redoutaient de voir Lescaut en treillis ou Des Grieux en baskets, c’est que cette nouvelle production se situe &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Oh, on se doutait bien que ses robes n’auraient ni paniers, ni faux-cul, et que la mise en scène de <strong>Vincent Huguet</strong> ne se situerait ni en 1731 ni en 1884. La bonne surprise, pour ceux qui redoutaient de voir Lescaut en treillis ou Des Grieux en baskets, c’est que cette nouvelle production se situe dans les années 1920. Pourquoi cette époque-là plutôt qu’une autre ? Parce qu’elle permet encore un certain faste décoratif, Art Déco pour être exact, moins dans les décors, d’une monumentale sobriété inspirée d’Auguste Perret, mais plutôt dans les costumes, particulièrement colorés pour le Cours-la-Reine (le public applaudit même quand se lève le rideau du IIIe acte, comme au Met). Et peut-être, en bon ex-assistant de Patrice Chéreau, Vincent Huguet se sera-t-il souvenu de certaine <em>Lulu</em> de 1979 à Garnier, où l’héroïne semblait écrasée par les immenses parois de marbre imaginées par Richard Peduzzi. Malgré tout, une <em>Manon</em> rassurante, consensuelle, « de répertoire », où la seule audace est la pointe d’allusion à de possibles amours saphiques dans la scène de l’Hôtel de Transylvanie, où l’héroïne est habillée en homme, cependant que deux affiches représentant Suzy Solidor et Marlene Dietrich évoquent le lesbianisme (et une certaine insistance sur l’homosexualité de Bretigny, qui rend pour le moins étrange sa rivalité avec Guillot autour de Manon). Une sorte de Lulu Lescaut infiniment moins sulfureuse que la créature imaginée par Wedekind, mais qui porte bien les jolis costumes qu’on lui a destinés, et dont on se demande quand même pourquoi elle finit fusillée.</p>
<p><em>Manon </em>de répertoire, disions-nous… Mais le spectacle semble avoir été tellement conçu en fonction de l’interprète du rôle-titre qu’on peut se demander ce qu’il deviendra s’il est repris par une tout autre chanteuse (et ce qu’il devient déjà avec le cast B). Faire de Josephine Baker une figure tutélaire pour <em>Manon</em>, pourquoi pas, mais cela ne saurait justifier l’insertion entre les actes I et II d’une chanson de ladite Josephine. Certes, les changements de décor sont longs (entre le IV et le V, Des Grieux en sera réduit à fredonner son Rêve a cappella, pour meubler), mais il est un peu paradoxal de couper dans la partition de Massenet (la fin du premier acte, selon une mauvaise habitude) pour ajouter ensuite des morceaux musicaux sans rapport. Dans la fosse, <strong>Dan Ettinger</strong> met un certain temps à trouver ses marques : ouverture trop peu sonore, puis au contraire orchestre qui couvre les chanteurs. Les choses s’arrangent vraiment après le premier entracte, et l’on se dit que les scènes moins intimes lui conviennent peut-être mieux. Les chœurs de l’Opéra de Paris ont l’occasion de donner de la voix à plusieurs reprises, Massenet leur ayant réservé de belles interventions, et l’on reste impressionné par la force communiquée par cette masse sonore à la fin du IVe acte, notamment.</p>
<p>En Manon, <strong>Pretty Yende</strong> peut faire valoir une plastique impeccable, mais la soprano a également bien d’autres atouts dans son jeu : la fraîcheur du timbre, la qualité de son français, l’aisance dans le suraigu (« A nous les amours et les roses » la trouve en revanche à court de graves). L’actrice est touchante, et donne le frisson lorsqu’elle murmure « Je ne suis que faiblesse et que fragilité », par exemple. A ses côtés, elle retrouve son Alfredo de l’automne, un<strong> Benjamin Bernheim</strong> qui s’impose par la parfaite adéquation de son style avec ce répertoire : quel plaisir d’entendre ainsi chanter notre langue, avec un luxe de nuances et de demi-teintes (superbe « Rêve »), qui n’exclut nullement la puissance voulue pour l’air et le duo de Saint-Sulpice. <strong>Ludovic Tézier </strong>a presque trop de voix pour Lescaut, et multiplie les points d’orgue pour montrer de quoi il serait capable si on lui confiait un rôle à la hauteur de ses moyens, mais on ne se plaindra pas que le cousin soit trop beau. <strong>Rodolphe Briand </strong>est, comme toujours, un formidable acteur, et l’on a rarement entendu Guillot aussi naturel dans tout son texte parlé ; heureusement, la voix suit, même si son air du IVe acte lui a été supprimé. <strong>Roberto Tagliavini </strong>se tire plutôt bien de tout le texte qu’il a à déclamer (on remarque tout juste un « Saint Soulpice ») mais l’on a connu des Comtes des Grieux plus marquants. <strong>Pierre Doyen </strong>n’a guère d’occasions de se faire entendre seul, mais sa prestation n’appelle aucun reproche. Le trio Poussette-Javotte-Rosette est piégé par les dimensions de la salle, alors que l’équilibre de leurs interventions exigerait un théâtre moins immense, où le volume compterait moins que la diction.</p>
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		<item>
		<title>Pretty Yende, Manon en haut de forme dans l&#8217;escalier</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/pretty-yende-manon-en-haut-de-forme-dans-lescalier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Feb 2020 04:51:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On dispose désormais des premières images de répétitions de Manon à l&#8217;Opéra-Bastille, et les déclarations de Vincent Huguet commencent à filtrer, teasing oblige. De tout cela on peut déduire que la nouvelle production du chef-d&#8217;œuvre de Massenet se déroulera en partie dans un escalier puisque, selon le metteur en scène, Manon « veut monter tout &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On dispose désormais des premières images de répétitions de <em>Manon</em> à l&rsquo;Opéra-Bastille, et les déclarations de Vincent Huguet commencent à filtrer, teasing oblige. De tout cela on peut déduire que la nouvelle production du chef-d&rsquo;œuvre de Massenet se déroulera en partie dans un escalier puisque, selon le metteur en scène, Manon « <em>veut monter tout de suite au premier étage</em> ». Et l&rsquo;on soupçonne qu&rsquo;elle empruntera ledit escalier coiffée d&rsquo;un chapeau haut-de-forme, si l&rsquo;on peut se fier à certaines photographies. Quoi qu&rsquo;il en soit, ça ne pourra pas être pire que la Manon punk et les dévotes faisant du patin à roulettes que <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-coline-pas-tres-inspiree">l&rsquo;Opéra de Paris nous avait proposées en 2012</a>.</p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/s9LH1FqfYKE" width="560"></iframe></p>
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		<item>
		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#039;Hoffmann — Bordeaux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-contes-dhoffmann-bordeaux-les-seconds-en-premier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Sep 2019 19:56:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/les-seconds-en-premier/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dans un livre récent* sur le déclin du cinéma français, Éric Neuhoff déplore la disparition des seconds rôles, les Poulidor de la pellicule, ces silhouettes, ces visages, ces voix devenus familiers dont l’apparition de film en film était gage de qualité. Voilà un sujet de préoccupation étranger au spectateur de cette nouvelle production bordelaise des &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-contes-dhoffmann-bordeaux-les-seconds-en-premier/"> <span class="screen-reader-text">OFFENBACH, Les Contes d&#039;Hoffmann — Bordeaux</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans un livre récent* sur le déclin du cinéma français, Éric Neuhoff déplore la disparition des seconds rôles, les Poulidor de la pellicule, ces silhouettes, ces visages, ces voix devenus familiers dont l’apparition de film en film était gage de qualité. Voilà un sujet de préoccupation étranger au spectateur de cette nouvelle production bordelaise des <em>Contes d’Hoffmann</em>. Une fois n’est pas coutume, rendons d’abord hommage aux deutéragonistes, à ces chanteurs qui en quelques répliques, dans un français évident, propulsent leur personnage, pourtant secondaire, sur le devant de la scène, puis avec une humilité non dénuée de grandeur, retournent dans l’ombre poursuivre leur indispensable office : <strong>Éric Huchet</strong> (Nathanael, Schlemil), <strong>Christophe Mortague</strong> (Spalanzani), <strong>Clément Godart</strong> (Hermann, Wilhem, un capitaine), <strong>Jérôme Varnier</strong> (Luther, Crespel), annoncé pourtant souffrant, ou encore <strong>Marc Mauillon</strong> (Andrès, Cochenille, Frantz, Pitichinaccio), dont chacun des valets accroche l’oreille et le regard. Tous représentatifs d’une forme d’excellence ; tous opportuns, réjouissants, indiscutables.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/hof5.jpg?itok=JYWETMcE" title="©  E. Bouloumié" width="468" /><br /><font color="#002000">Marc Mauillon ©  E. Bouloumié</font></p>
<p>Mettre en avant les seconds rôles n’est pas manière censément élégante de passer sous silence les insuffisances des premiers. Aucun ne démérite au sein d’une distribution dont l’équilibre est un autre des atouts. Catapulté tête d’affiche à la suite de l’annulation d’Eric Cutler, <strong>Adam Smith</strong> fait figure de révélation. Le rôle d’Hoffmann est éreintant. On ressent dans l’épilogue une légitime fatigue. Mais que de promesses chez ce jeune ténor, s’il sait ne pas dissiper son potentiel. La prononciation, à laquelle nous, Français, sommes si attachés dès qu’il s’agit d’opéra dans notre langue, est soignée, l’émission naturelle, la voix idéalement timbrée pour que le poète se démarque des autres ténors sans forcer le trait. Le mezzo-soprano d’<strong>Aude Extrémo </strong>joue de son ambiguïté et de son opulence pour composer un Nicklausse plus protecteur et une Muse plus maternelle qu’à l’accoutumé. Dans ces conditions, ajouter à sa panoplie la Mère d’Antonia tombait sous le sens ; la proposition est alors saisissante. <strong>Nicolas Cavallier</strong> confirme la liberté conquise au fil des ans dans les notes les plus hautes de sa tessiture. Les quatre diables ne sont pas coulés dans le même bronze. Mieux que Lindorf ou Coppelius, Miracle inquiète même si la stature vocale de celui qui est désormais plus baryton-basse que basse-baryton, rappelle qu’à l’origine <em>Les Contes d’Hoffmann</em> fut conçu et créé Salle Favart. <strong>Jessica Pratt</strong>, enfin, tente de résoudre l’équation des trois rôles féminins – le quatrième étant muet. Si longue soit la voix, si douée soit l’artiste, capable par la seule expression du corps et du visage de donner à comprendre la personnalité des trois héroïnes, force est d’admettre que le défi relève de l’impossible. Aucun soprano ne saurait être suffisamment <em>assoluto</em> pour répondre aux impératifs successivement coloratures, lyriques puis dramatiques des trois actes. Moralité : Antonia s’impose, émouvante face à Olympia, non exempte de duretés, et à Giulietta souvent inconfortable. </p>
<p>En cause aussi la partition choisie, éditée par Michael Kaye et Jean-Christophe Keck. Il n’est pas certain que la plus légitime des versions d’un point de vue musicologique soit scéniquement la plus convaincante. L’acte de Venise, le moins achevé à la mort d’Offenbach, fait l’effet d’un patchwork musical incohérent où Giulietta doit faire le grand écart entre vocalises étourdissantes et notes trop profondes pour une tessiture de soprano. L’intrigue devient difficile à suivre, brouillée par la mise en scène de <strong>Vincent Huguet</strong>, qui se pique alors de fantaisie. Une injection de Botox se substitue au diamant scintillant et Schlemil n’est pas assassiné par Hoffmann mais par Dapertutto. Auparavant, un concours de beauté s’emploie à détraquer la mécanique de l’acte d’Olympia. La poupée n’est plus un automate mais une adolescente boulimique et capricieuse, avec les inévitables décalages entre images et paroles qui découlent du parti pris. A quoi bon ces inutiles coups de canif dans le classicisme d’une approche articulée autour de la réplique de l’escalier du Grand Théâtre de Bordeaux, sans que la mise en abyme soit réellement explorée.</p>
<p>« <em>Il se passe toujours quelque chose avec Les Contes d’Hoffmann</em> » prévient <strong>Marc Minkowski </strong>en annonçant l’indisposition de Jérôme Varnier avant le lever de rideau. L’œuvre, prétendument maudite, scellerait-elle la réconciliation entre le maestro et les musiciens de l’ONBA ? Guidés par une direction inspirée, dont on connaît les affinités électives avec la musique d’Offenbach, chœur et orchestre attestent du rôle joué aujourd’hui par l’Opéra national de Bordeaux au sein du paysage lyrique français. Non le premier mais un des seconds dont Eric Neuhoff regrette la disparition. Au cinéma, pas à l’opéra.</p>
<p>*(Très) cher cinéma français (Albin Michel 2019)</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-frau-ohne-schatten-vienne-staatsoper-incontournable-nina-stemme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 May 2019 04:44:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’opéra de Vienne vit des jours heureux et intenses : Dominique Meyer fait des adieux salués chaleureusement par le public, l’institution fête fièrement ses 150 ans et lève le rideau sur une nouvelle production de Die Frau ohne Schatten, chef-d’œuvre créé in loco, centenaire en octobre prochain. Sur le papier, la soirée promettait d’être un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">L’opéra de Vienne vit des jours heureux et intenses : Dominique Meyer fait des adieux salués chaleureusement par le public, l’institution fête fièrement ses 150 ans et lève le rideau sur une nouvelle production de <em>Die Frau ohne Schatten</em>, chef-d’œuvre créé in loco, centenaire en octobre prochain. Sur le papier, la soirée promettait d’être un des sommets lyriques mondiaux de l’année ; les mérites et la réussite s’en partagent également entre le plateau et la fosse.<br />
	Dominique Meyer, dans une institution de répertoire où les nouvelles productions sont par comparaison choyées, pourra s’enorgueillir d’avoir offert à <strong>Nina Stemme </strong>ses trois dernières prises de rôle : une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/elektra-paris-philharmonie-grandiose">Elektra devenue référence depuis</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/parsifal-munich-de-haut-en-bas">une Kundry fatale désormais pleinement aboutie</a> et aujourd’hui une Färberin déjà irremplaçable. De ces trois icônes c’est en celle-ci que la voix immense, la suavité du timbre et le tempérament de feu glacé de la « Kammersängerin » s’expriment avec le plus d’évidence. Chaque piège de Richard Strauss, chaque écart, chaque phrase vocale, si étendue soit-elle, tombent tout naturellement dans la voix et les intentions de Nina Stemme. Cette teinturière mord, griffe et peste dès qu’on lui en donne l’occasion ; elle aime, pleure, cajole aussi, tel Janus, d’une réplique à une autre. La soprano suédoise porte son interprétation à un niveau d’incandescence tel qu’on peine à croire à une prise de rôle tant elle domine le plateau vocal par le volume et la chair du chant, l’intelligence théâtrale et musicale. Autre prise de rôle, <strong>Evelyn Herlitizius</strong> poursuit sa transition des emplois de soprano dramatique (hier encore elle était <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/ou-lon-aurait-prefere-une-version-de-concert">la Teinturière de Christian Thielemann à Salzbourg</a>) vers des rôles de grand mezzo. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/jenufa-amsterdam-bis-repetita-non-placent">Kostelnicka lui allait comme un gant</a>, la Nourrice est une autre paire de manches, dont la longueur du premier acte et les exigences la déstabilisent quelque peu. Il faut compter sur les sons rauques et les feulements habituels pour qu’elle dessine toute l’ambiguïté du personnage. Le registre grave manque encore de l’épaisseur nécessaire pour croquer la noirceur de cette Reine de la Nuit de l’ombre, lacune que le tempérament scénique vient heureusement contrebalancer. <strong>Stephen Gould</strong>, lui aussi déjà présent à Salzbourg, retrouve les habits et les chausse-trappes du Kaiser avec une aisance toute renouvelée. Le chant se déploie vaillant, puissant et brillant. Enfin, on ne présente plus le Barack pétri d’humanité de <strong>Wolfgang Koch</strong> : Munich, Berlin et Vienne s’en sont déjà régalé les oreilles. Le baryton possède quasiment toutes les qualités requises : longueur du souffle, rondeur du timbre, endurance et un charisme scénique discret pour que le teinturier attendrisse le spectateur. Enfin, triomphatrice à égalité de l’applaudimètre,<strong> Camilla Nylund</strong> s’envole à tire-d’aile de faucon vers <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper-un-cauchemar-de-reve">les mêmes sommets berlinois</a> qu’il y a deux ans. Le timbre toujours aussi cristallin installe l’impératrice dans son royaume d’en-haut. La précision du chant tient de l’orfèvrerie tant aucune des attaques les plus ardues, aucun des sauts de registres les plus périlleux ne lui résiste. Les forces du Wiener Staatsoper et les seconds rôles (mention pour les trois frères de Barack particulièrement bien tenus par <strong>Ryan Speedo Green</strong>, <strong>Samuel Hasselhorn</strong> et <strong>Thomas Ebenstein</strong>) complètent ces premiers rôles dignes d’un certain âge d’or. Dommage toutefois que les interventions hors-scène soient systématiquement sonorisées, ce qui en aplatit tout le relief.<br />
	 </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="284" src="/sites/default/files/styles/large/public/19_die_frau_ohne_schatten_119878_nylund_stemme.jpg?itok=OsaA051Y" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="468" /><br />
	© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p dir="ltr">Du relief, l’orchestre n’en manque à aucune mesure. Fidèle à ses talents de coloriste, <strong>Christian Thielemann</strong> brode un premier acte foisonnant où les Wiener n’ont pas leur pareil. Le tempo retenu va cheval galopant et si au deuxième et au troisième acte l’on va perdre en détails, l’on gagnera d’autant en scansion dramatique.</p>
<p>	Dans le foisonnement des propositions scéniques actuelles – <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://Samuel Hasselhorn Der Einarmige Ryan Speedo Green Der Bucklige  Thomas Ebenstein">la plongée psychanalytique d’un Claus Guth</a> ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-munich-kirill-petrenko-au-sommet-de-lolympe-straussien">l’onirisme vénéneux d’un Krzysztof Warlikowki </a>pour ne citer que les plus en vue – <strong>Vincent Huguet</strong> fait le choix d’un troisième voie bien plus traditionnelle : le conte. Dans l’opéra qui l’a vu naître cela revêt un sens particulier, les pères de <em>Die Frau ohne Schatten</em> l’ayant conçu comme un pendant à <em>Die Zauberflöte</em> après un <em>Rosenkavalier</em> écho des <em>Nozze di Figaro</em>. En dehors d’une première scène traitée avec un soupçon d’orientalisme au travers de la cabane sur pilotis de l’Impératrice, l’équipe technique fait le choix d’un décor unique minéral, composé de parois de pierre grise. Des projections vidéos en ultra-haute définition viendront colorer ces murs froids pour donner vie aux péripéties du livret. Dommage que la direction d’acteur reste sommaire et affublée de quelques tics (les personnages féminins passent leur temps à se pousser au sol). Sur le fond, peu d’idées viennent pimenter cette mise en image et ce ne sont pas les références à l’époque de composition, à savoir la Première guerre mondiale, que l’on retrouve dans deux scènes (la chasse de l’Empereur et le duo Barack/Färberin du troisième acte) ou l’impuissance sexuelle de Barack ou de l’Empereur, à peine esquissée, qui relèveront cette proposition.</p>
<p> </p>
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