Dialogues des Carmélites en direct du Met : poignant

Par Christian Peter | dim 12 Mai 2019 | Imprimer

Pour sa dernière retransmission de la saison dans les cinémas, le Metropolitan Opera a choisi la reprise de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans la production que John Dexter avait signée en 1977 à l’occasion de la création de l’ouvrage in loco. Reconstituée par David Kneuss, cette production, sobre et austère, n’a rien perdu de sa force ni de son impact dramatique comme en témoigne le silence recueilli des spectateurs tout au long de la soirée. Le rideau se lève sur une image saisissante, le plateau est nu, au sol la lumière éclaire une plateforme cruciforme qui semble délimiter les contours de la nef et du transept d’une église, au milieu de laquelle sont couchées les Carmélites, face contre terre et bras écartés. Plus tard cette plateforme deviendra prison puis lieu du martyre des religieuses. Quelques éléments de décor, les barres d’une porte en métal, un autel, un lit, viennent suggérer les divers lieux où se déroule l’action. Dans ce cadre minimaliste, la direction d’acteurs, intelligente et évocatrice, ne laisse à aucun moment les protagonistes livrés à eux-mêmes.

La distribution réunie pour la circonstance est d’une grande homogénéité tant sur le plan vocal que scénique. Tous ont à cœur de soigner leur prononciation avec plus ou moins de bonheur, et si les hommes s’en tirent mieux que les femmes, le texte dans l’ensemble est à peu près intelligible.

Jean-François Lapointe campe avec beaucoup de retenue un Marquis de la Force las et démuni face aux événements, tandis que David Portillo doté d’une voix claire aux aigus aériens interprète avec délicatesse un Chevalier particulièrement émouvant. On notera également l’excellent aumônier de Tony Stevenson et le Javelino bien chantant de Paul Corona.

Karen Kargill incarne une Mère Marie stricte au chant stable et à la voix homogène. Erin Morley et Isabel Leonard retrouvent les personnages qu’elles avaient déjà abordés sur cette scène en 2013. La première campe une sœur Constance au timbre lumineux, d’abord enjouée et insouciante puis touchante dans sa candeur. La seconde, dotée d’une voix plus sombre, propose une Blanche de la Force à la fois fragile et déterminée. Si la mezzo-soprano fait preuve d’un certain détachement en début de soirée son interprétation devient de plus en plus bouleversante à partir de la mort de la première Prieure jusqu’au dénouement. Karita Mattila trouve en Madame de Croissy un rôle à la mesure de son talent. Impressionnante d’autorité dès sa première apparition, son agonie terrifiante marquera longtemps les mémoires. Se tordant de douleur sur son lit, la soprano finlandaise émet des sons d’une raucité glaçante avant de rendre l’âme. A l’opposé, la nouvelle Prieure d’Adrianne Pieczonca se montre apaisante et attentionnée avec les sœurs, son chant, d’une irréprochable musicalité fait merveille dans la scène de la prison où son legato fluide  et la solidité de sa voix traduisent la force intérieure du personnage face à la mort. On lui pardonnera un ou deux aigus quelque peu stridents au dernier tableau.

Grand maître d’œuvre de la soirée, Yannick Nézet-Séguin propose une direction élégante et nuancée, ses tempi rapides font progresser de façon inexorable le drame jusqu’à son inéluctable dénouement. Au cinéma, la prise de son met en valeur la richesse et la puissance de l’orchestre au détriment parfois des voix.

Le 12 octobre prochain, c’est Turandot qui ouvrira la nouvelle saison des retransmissions du Metropolitan Opera dans les cinémas du réseau Pathé Live.

 

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