Italienne chic et choc à Massy

Par Jean-Marcel Humbert | mar 15 Mars 2016 | Imprimer

Cette Italienne voyageuse a été vue notamment à Marseille, Vichy, Avignon et Saint-Etienne, dans des distributions et avec des orchestres et des chefs chaque fois différents. Tout a été dit sur le remarquable décor à tournette de Rifail Ajdarpasic qui permet à la représentation de se dérouler sans hiatus dans de nombreux lieux souvent astucieusement imaginés, et pour le moins délicieusement efficaces et drôles. La « turquerie » digne du Bourgeois Gentilhomme ou de L’Enlèvement au Sérail se trouve ici transposée dans les années 1925 (costumes très chics du metteur en scène Nicola Berloffa) mettant bien en valeur l’intérêt de Mustafà à la fois pour des femmes plus libérées et pour la société de consommation naissante. La mise en scène très dynamique et parfaitement en phase s’inscrit dans un grand nombre de lieux où les interprètes s’intègrent avec bonheur. Mais si le harem de Mustafà est gentiment caricaturé, les personnages principaux sont stéréotypés de manière agressive. Sont en effet face à face une Isabelle colérique dont on ne sait si elle aime vraiment Lindoro ou si elle l’utilise pour jouir du luxe que peut lui procurer le bey ; et un Mustafà qui évolue entre caprices enfantins et crises de neurasthénie. Visiblement, ces partis pris semblent empêcher les personnages d'évoluer, et les interprètes de leur donner une consistance plausible : Isabelle exaspère, Mustafà fatigue, Lindoro avec son air perpétuellement niais et ricanant énerve, et Elvira qui oublie qu’elle n’est qu’un second rôle gêne l’ensemble de ses partenaires. De plus, la frénésie scénique contraste avec le plan-plan de l’orchestre platement dirigé par Dominique Rouits : après une ouverture d’une sagesse épuisante, tout se déroule avec prudence, sans éclat, et sans pour autant empêcher quelques petits manques de précision dans certains ensembles. Le Perrier, malgré sa publicité, n’a jamais réussi à concurrencer le Champagne. Fort heureusement, le plateau présente dans son ensemble de bonnes qualités vocales. L’Italienne d’Aude Extrémo, dotée d’une belle voix de mezzo, chaude et pulpeuse, vocalisant bien, a pour seul bémol des aigus tubés pour ne pas dire criés. Le Mustafà de Donato di Stefano est à l’aise sans être routinier, même si certains graves ne sont pas au rendez-vous. Le timbre lumineux de Manuel Nuňez Camelino fait merveille dans le rôle de Lindoro, montrant que ce jeune chanteur va pouvoir envisager des rôles plus importants qu’il avait peut-être abordés un peu trop tôt. Giulio Mastrototaro et Amaya Dominguez sont excellents en Taddeo et Zulma, mais l’Elvira sans nuances d’Eduarda Melo ne nous a pas particulièrement séduit, et puis, deux viragos pour un seul homme, c’est quand même beaucoup…

 

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