Familier des scènes françaises dans les décennies 80 à 2000, Jean-Philippe Courtis est décédé soudainement le 23 mai dernier à l’hôpital de Mâcon (Saône-et-Loire) à la veille de ses 75 ans.
La basse française, originaire d’Airaines dans la Somme, se forme à la direction d’orchestre, au hautbois, ainsi qu’à la musicologie à la Sorbonne, avant de se consacrer au chant. Il obtient un premier prix au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en 1978, avant d’intégrer l’École de chant de l’Opéra de Paris à sa création. Il fait ses débuts lyriques à la fin des années 70 : L’Affaire F.F.O.P.P (Tours, 1979), Werther (Aix, 1979), Semiramide (Aix, 1980 puis au TCE l’année suivante). Précédemment, il avait chanté dans des spectacles essentiellement dramatiques tels que Meurtre dans la cathédrale (Chaillot, 1978) ou Rimbaud ou le Fils du soleil (Avignon, 1978). À partir de 1980, il se produit quasiment toutes les saisons à l’ONP jusqu’en 1993, souvent dans plusieurs productions chaque année, puis une dernière fois en 1999. Il y est essentiellement distribué dans des rôles de second plan, qu’il défend d’ailleurs impeccablement, à l’exception d’une série de Méphisto dans le Faust de Gounod en 1988. Il chante également sur de nombreuses grandes scènes : Festival d’Aix-en-Provence, Genève, Vienne, Berlin, Amsterdam, Salzbourg…
Jean-Philippe Courtis possédait une voix de basse typique d’une certaine école francophone, illustrée par une longue lignée allant au moins de Marcel Journet jusqu’à José van Dam : un chant noble, un timbre plutôt clair, un phrasé élégant, une diction bien articulée au service de l’intelligibilité du texte. D’une humanité naturelle, il excellait en particulier dans les rôles emprunts de bonhommie, mais il savait aussi émouvoir avec finesse dans des emplois plus dramatiques.
Ses qualités musicales lui ont également permis de défendre avec succès le répertoire contemporain : outre L’Affaire F.F.O.P.P de Patrice Sciortino déjà citée, il participe à la création d’Ondine de Daniel-Lesur (TCE, 1982), Saint-Francois d’Assise d’Olivier Messiaen (Garnier, 1983), La Chatte anglaise de Hans Werner Henze (Favart, 1984), La Forêt de Rolf Liebermann (Genève, 1987 : il y remplaçait au pied levé Ruggero Raimondi qui s’était désisté avant la première), La Célestine de Maurice Ohana (Garnier, 1988), Quatrevingt-treize d’Antoine Duhamel (Lyon, 1989), ou encore Chin de Jean-Luc Trulès (Saint-Denis de la Réunion, 2011).
Sa curiosité l’amène également à défendre des résurrections du répertoire français : Les Huguenots de Giacomo Meyerbeer (Montpellier, 1990), Esclarmonde de Jules Massenet (Favart, 1992), Rodrigue et Chimène de Claude Debussy (Lyon, 1993), un truculent Falstaff dans Le songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas (Compiègne, 1994), La Colombe de Charles Gounod (Compiègne, 1994), la version originale de la Médée de Luigi Cherubini (Compiègne, 1996), Le Chemineau (Marseille, 1996), La Dame blanche (Favart, 1997), le rôle-titre du Noé de Fromenthal Halévy et Georges Bizet (Compiègne, 2004) et bien d’autres.
Jean-Philippe Courtis avait travaillé avec des chefs tels que Claudio Abbado, John Eliot Gardiner, Kent Nagano, James Conlon, Seiji Ozawa ou encore Antonio Pappano. Sa discographie comprend une trentaine (voire une quarantaine) d’enregistrements parmi lesquels on citera, en se cantonnant à quelques intégrales, Pelléas et Mélisande (Claudio Abbado), Le roi d’Ys (Armin Jordan), Œdipe (Lawrence Foster), Samson et Dalila (Myung-Whun Chung), Les Troyens (Charles Dutoit), Esclarmonde (Patrick Fournillier) ou encore Dardanus (Marc Minkowski).
Parallèlement à sa carrière scénique, il fut professeur de chant à l’École Normale de Musique de Paris et au Conservatoire d’Amiens, et continuait à se consacrer à la musique dans sa région picarde.




