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À la recherche de Rita Strohl (Agnès Boucher)

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Livre
4 août 2026
La géniale Rita Strohl retrouvée!

Note ForumOpera.com

3

Détails

Agnès Boucher
À la recherche de Rita Strohl

Éditions L’Harmattan, Paris, 2026
295 pages, 30 Euros

Voilà un livre qui tombe à point nommé ! Il fallait bien une autrice de romans policiers comme Agnès Boucher pour démêler l’écheveau si complexe de la vie de Rita Strohl, grande compositrice française injustement oubliée, et pour décrypter les nombreux mystères qui l’entourent. Il s’agit d’un récit en forme d’enquête dont les découvertes et assertions sont si minutieusement étayées (avec une multitude de dates et de notes en bas de pages) qu’il a souvent des allures de thèse de doctorat dans laquelle le lecteur se perd un peu. Mais cette rigueur est tout à l’honneur de l’autrice et la narration devient bientôt captivante quand on découvre pas à pas la vie pour le moins mouvementée de la compositrice que personne jusqu’à présent ne s’était autorisé à raconter avec tant de précisions.


Écouter sa musique

Ce n’est qu’à partir des années 2020, que la musique de Rita Strohl a commencé à intriguer plus d’un auditeur grâce à de jeunes instrumentistes qui commençaient à mettre à leur répertoire des œuvres comme son émouvante Solitude pour violon et piano de 1887 ou son quintette de 1886. Mais on doit vraiment la véritable découverte de Rita Strohl à la grande violoncelliste française Héloïse Luzzati. En 2022 elle a créé un label discographique, « La Boîte à Pépites », destiné à redonner vie à de nombreuses partitions de compositrices oubliées. Plusieurs mécènes l’ont soutenue dans cette aventure, et le Palazzetto Bru Zane de Venise, le célèbre centre de musique romantique française installé à Venise, l’a accompagnée dans cette aventure.

Grâce lui soit rendue d’avoir édité, dans cette collection, trois superbes livres-disques dédiés à Rita Strohl, dont le premier, consacré aux œuvres pour voix et piano, a été enregistré en 2022 et 2023. Jean Michel Pennetier, pour Forum Opéra, en a rendu compte dans un article élogieux paru le 4 janvier 2024.
Les livres-disques suivants ont alors révélé une compositrice exceptionnelle d’une envergure qu’on n’imaginait pas.

Le deuxième volume est consacré à la musique de chambre (avec de véritables chefs d’œuvre comme la sonate Titus et Bérénice pour violoncelle et piano) et le troisième, sorti en 2024, à la musique orchestrale. Pour ce faire, Héloïse Luzzati s’est associée à l’Orchestre d’Île de France, complice fidèle et passionné, qui interprète avec une grande intensité une captivante Symphonie de la Forêt où s’entend tout un univers sensuel et magique, inspiré sans doute par la Bretagne natale de la compositrice et par le cycle arthurien cher à Wagner qu’elle admirait par-dessus tout. À la tête de l’orchestre, le remarquable chef d’orchestre américain Case Scaglione, qui a dirigé Elektra de Strauss à l’Opéra de Paris en 2022.



Dans ce coffret il y a plusieurs œuvres pour voix et orchestre dont La Flûte de Pan des Chants de Bilitis sur les poèmes de Pierre Louÿs qui furent créés à Paris peu avant les mélodies de Debussy, puis à Bruxelles, au théâtre de La Monnaie, par Jane Bathori. L’orchestration y est extrêmement raffinée et la voix de la soprano Marie Perbost est remarquable (même si sa diction laisse un peu à désirer). Elle interprète aussi Les Cygnes, œuvre qui requiert une voix de soprano quasi dramatique, sur un texte symboliste du poète belge Georges Rodenbach dont l’atmosphère rappelle son roman Bruges la Morte (qui a inspiré l’opéra de Korngold Die Tote Stadt) où les canaux portent les âmes d’êtres chers disparus. Enfin, la mezzo-soprano Lucille Richardot est l’interprète de deux des Vingt poèmes des Fleurs du Mal de Baudelaire mis en musique en 1894.


Dès le début de son livre, Agnès Boucher affirme d’emblée : « C’est son origine bretonne qui a déclenché mon intérêt pour Rita Strohl ». La Bretagne sera toujours la terre d’ancrage de la compositrice née, en effet, à Lorient en 1865, et une source constante d’inspiration. Son père était fusilier marin et violoncelliste amateur. Sa mère et sa tante, qui comptèrent Berthe Morisot dans leurs amies, passaient des heures à peindre des marines face à l’océan, des tableaux très populaires dans la région.


Mais c’est la musique et le piano qui ont guidé Rita dès le plus jeune âge. En 1888, elle épouse Émile Strohl, enseigne de vaisseau et jeune homme passionné d’art et de littérature. Bientôt muté dans la région parisienne, Rita le suit et étudie au conservatoire. Elle s’y ennuie beaucoup sauf chez son professeur d’harmonie qui sera son meilleur guide : il lui conseille de suivre son instinct et de composer comme elle l’entend, convaincu que son amour pour la musique allemande et la littérature en général sauront l’inspirer plus que tout. Comme l’écrit Agnès Boucher, « sur ces terres bretonnes, Rita Strohl se sentait comme un poisson dans l’eau », mais c’est à Paris qu’elle va se développer vraiment tout en restant farouchement indépendante, loin des « courants » et des « écoles » !


La mort d’Émile, en service commandé au Sénégal, l’affecte profondément. À l’époque, elle compose des œuvres orchestrales monumentales. Survient alors la rencontre avec le jeune pianiste René Billa (il est son cadet de 21 ans) qui prendra par la suite le nom de Richard Burgsthal. Fou de Wagner comme elle, il devient restaurateur de vitraux et architecte. Ils se marient en 1900 et, tandis que son mari travaille à la rénovation des vitraux de Fontfroide avec Odilon Redon, elle compose de vastes fresques symphoniques dans lesquelles elle revient aux sources celtes.

Richard construit bientôt un atelier pour élaborer ses propres vitraux et installe sa fabrique près des sablonnières de Bièvres. Rita et Richard ont alors l’idée folle d’y construire un théâtre qui serait leur Bayreuth, cadre idéal pour y créer les cinq journées de son cycle celtique de la Légende de Hu-Gadarn pour chant et grand orchestre. Mais ils divorcent bientôt. Tout est mis en vente et Rita se retire dans le midi jusqu’à sa mort, à la Gaude, en 1941. Son ami argentin Carlos Larronde, lui aussi poète et maître verrier, lui rendra souvent visite et Agnès Boucher cite souvent ses mémoires dans son livre.

Une aventure riche en péripéties de toutes sortes à découvrir donc dans cette biographie qui porte bien son titre :  À la recherche de Rita Strohl ! 

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À la recherche de Rita Strohl

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❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Agnès Boucher
À la recherche de Rita Strohl

Éditions L’Harmattan, Paris, 2026
295 pages, 30 Euros

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