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	<title>La fanciulla del West - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Thu, 07 May 2026 11:32:41 +0000</lastBuildDate>
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	<title>La fanciulla del West - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>Genève 2026-27 : Départ vers l&#8217;ailleurs et changement de capitaine</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/geneve-2026-27-depart-vers-lailleurs-et-changement-de-capitaine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 May 2026 06:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y avait de la jubilation dans la voix d’Alain Perroux, lors de la présentation de la prochaine saison du Grand Théâtre de Genève. Le nouveau directeur retrouve une maison où il fit ses débuts. Venant de l’Opéra National du Rhin où il passe le relais à Chrysoline Dupont, il prend la succession d’Aviel Cahn &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y avait de la jubilation dans la voix d’<strong>Alain Perroux</strong>, lors de la présentation de la prochaine saison du <strong>Grand Théâtre de Genève</strong>. Le nouveau directeur retrouve une maison où il fit ses débuts. Venant de l’Opéra National du Rhin où il passe le relais à <a href="https://www.forumopera.com/chrysoline-dupont-il-faut-en-finir-avec-lopera-bashing-et-les-stereotypes-je-mets-ma-confiance-dans-la-jeunesse-et-dans-nos-institutions/">Chrysoline Dupont</a>, il prend la succession d’<strong>Aviel Cahn</strong> dont il a salué le « travail éblouissant », lequel Aviel Cahn va désormais diriger le <a href="https://www.forumopera.com/breve/deutsche-oper-berlin-2026-27-on-a-connu-plus-flamboyant/">Deutsche Oper</a> à Berlin.<br />
Après avoir rappelé que le GTG suivra les mêmes grands principes, c’est-à-dire l’ouverture sur la cité et sur le monde (ce qui va de soi dans une ville fière de se dire internationale) et l’excellence, comme déjà sous Tobias Richter, Jean-Marie Blanchard, Renée Auphan et avant eux Hugues Gall, qui avaient précédé Aviel Cahn. Autres principes affirmés : l’accessibilité, notamment à des publics « empêchés » pour diverses raisons et la diversité, dans le choix des œuvres, mais aussi dans l’esthétique des mises en scène…</p>
<p>Selon la tradition maintenant établie de donner à chaque saison un titre générique, celle-ci se nommera <strong>Nouveaux mondes</strong>, l’idée étant d’emmener les spectateurs « rêver sur d’autres rives ».</p>
<p>On ouvrira avec la rarissime <em>Tempête</em> de Frank Martin, né Genevois on le rappelle, qui sous la direction de <strong>Thierry Fischer</strong>, grand spécialiste du compositeur, sera mise en scène par <strong>Netia Jones</strong>. Le Prospero, rôle-fleuve de cet opéra d’après Shakespeare (chanté en français), sera <strong>Stéphane Degout</strong>. À côté de lui, <strong>Catherine Trottmann</strong>, <strong>Julien Dran</strong> et <strong>Alex Rosen</strong>. Ariel sera chanté par le chœur du GTG et incarné par un jeune comédien (septembre).</p>
<p>Puis ce sera <em>Company</em>, la comédie musicale de Stephen Sondheim (pour lequel Alain Perroux a une dilection de toujours), ici donné par une troupe de chanteurs-danseurs anglophones mis en scène par <strong>James Bonas</strong>, un spectacle qui tournera dans nombre de maisons françaises avant le Châtelet (octobre).</p>
<p>En décembre, ce seront <strong>Les Noces de Figaro</strong>, direction musicale <strong>Marta Gardolińska</strong>, qui travailla longtemps avec Harnoncourt, mise en scène <strong>Jetske Mijnssen</strong>, avec notamment <strong>Jarrett Ott</strong>, <strong>Siobhan Stagg</strong>, la toute jeune <strong>Lauranne Oliva</strong>, <strong>Philippe Sly</strong> et <strong>Carlo Lepore</strong>. Costumes 1786 et décor « d’époque » qu’on verra se défaire, image d’une société dansant sur un volcan. Toute ressemblance, etc.</p>
<p><strong>Raphaël Pichon</strong> et <strong>Krzysztof Warlikowski</strong> collaboreront pour la première fois à l’occasion d’une version scénique de <em>Theodora</em>, oratorio et chef d’œuvre automnal de Haendel, avec notamment <strong>Ying Fang</strong> et <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong>, Orchestre et chœur Pygmalion (janvier).</p>
<p>Évènement rare, <em>Le Voyage à Reims</em> de Rossini sera également présenté dans une version scénique, mais parmi les ors du Victoria Hall, dans une mise en scène de <strong>Laurent Pelly</strong>, avec une distribution pléthorique dont notamment (sous la direction de <strong>Jader Bignamini</strong>) <strong>Sabine Devieilhe</strong>,<strong> Maxim Mironov</strong>, <strong>Jack Swanson</strong> ou <strong>Nicola Alaimo</strong> (février).</p>
<p>C’est <strong>Antonino Fogliani</strong> qui dirigera <em>La fanciulla del West</em>, dans une mise en scène qu’on annonce très cinéma de <strong>Marie-Eve Signeyrole</strong>, avec <strong>Anastasia Bartoli</strong> (fille de Cecilia… Gasdia) et <strong>Arturo Chacon-Cruz</strong> (mars).</p>
<p>Puis <strong>Peter Sellars</strong> viendra à Genève reprendre sa mise en scène de <em>Only the Sound Remains</em> de Kaija Saariaho, avec les deux chanteurs qu’il avait déjà dirigés pour la création à Amsterdam en 2016, <strong>Philippe Jaroussky</strong> et <strong>Davone Tines</strong>, sous la direction de <strong>Ernest Martinez-Izquierdo</strong> (mai).</p>
<p>Toute la troupe du <strong>Berliner Ensemble</strong>, chanteurs et musiciens, viendra à Genève pour donner <em>L’Opéra de quat’sous</em>, de Brecht et Weill dans la mise en scène de <strong>Barrie Kosky</strong> (juin).</p>
<p>Enfin la saison se terminera avec <em>Candide</em> de Bernstein, dans une version semi-staged dirigée par <strong>Guillaume Tourniaire</strong>, où <strong>Lambert Wilson</strong> qui chanta naguère le rôle-titre sera Pangloss et <strong>Natalie Dessay</strong> la Vieille dame… (juin).</p>
<p>Le majestueux bâtiment du GTG étant en travaux, toute cette saison, mis à part <strong>Le Voyage à Reims</strong>, se déroulera au BFM, le <strong>Bâtiment des Forces Motrices</strong>, une ancienne usine électrique sur le Rhône au cœur de Genève, transformée en salle d’opéra, mais dont les spectaculaires turbines, devenues sculptures, décorent l’immense foyer.</p>
<p><a href="http://www.gtg.ch">www.gtg.ch</a></p>
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		<title>PUCCINI, La Fanciulla del West — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-fanciulla-del-west-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée en 2015, la production de Vincent Boussard transpose l&#8217;action dans une époque moderne indéterminée. N&#8217;étaient des costumes bigarrés disparates qui semblent parfois sortis d’un défilé de mode branchouille (ils sont co-signés par l&#8217;ancien couturier Christian Lacroix), on pourrait se croire dans le Midwest des États-Unis, ou au Canada, en Colombie-Britannique, quelque part du côté &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée en 2015, la production de<strong> Vincent Boussard</strong> transpose l&rsquo;action dans une époque moderne indéterminée. N&rsquo;étaient des costumes bigarrés disparates qui semblent parfois sortis d’un défilé de mode branchouille (ils sont co-signés par l&rsquo;ancien couturier Christian Lacroix), on pourrait se croire dans le Midwest des États-Unis, ou au Canada, en Colombie-Britannique, quelque part du côté des prospecteurs de gaz de schiste. La modernisation est plaisante et plutôt bien vue, mais elle fait l&rsquo;impasse sur quelques ressorts du livret. À l&rsquo;époque de la <em>Ruée vers l’or</em> (1849-1850) en effet, les prospecteurs sont des déclassés qui espèrent faire fortune et qui ont rompu leurs attaches avec le Nord industriel. La justice était sommaire voire inexistante et l&rsquo;argent difficile à gagner : ceci explique la méfiance des prospecteurs envers les nouveaux venus (ici, Dick Johnson) et leur rapidité à condamner à la pendaison un simple tricheur sans procès (ce ne sont pas eux qui auraient opté pour une peine de substitution). De nos jours, les prospecteurs ne sont que de simples salariés qui ne s&rsquo;enrichiront jamais autant que ceux qui les emploient : le rêve américain a du plomb dans l&rsquo;aile. Par ailleurs, contrairement à ce que l&rsquo;on imagine généralement, <em>La Fanciulla del West</em> ne se termine d’ailleurs pas vraiment par un <em>happy end</em>. Certes, Dick Johnson échappe à la mort, mais il est condamné avec Minnie à abandonner sa quête d&rsquo;un avenir meilleur. Leurs rêves de bonheur sont irrémédiablement brisés : la pièce originale de Belasco est encore plus claire à ce sujet, l&rsquo;auteur faisant suivre la scène de pardon (la dernière dans l&rsquo;opéra) par une ultime scène où les deux amants retournent vers l&rsquo;Est en pleurant sur leurs espoirs détruits. La transposition fait l&rsquo;impasse sur cette dimension et nous montrent même des amants réjouis au milieu des lamentations de leurs anciens compagnons, malentendu classique. Cette réserve exprimée, la production tient la route, avec de beaux moments de théâtre. La direction d&rsquo;acteurs est en effet impeccable, crédible et fouillée dans le détail. Le déroulé dramatique est quasi cinématographique, mais dans un univers visuel un brin déjanté très spectaculaire. On exprimera néanmoins une réserve sur le manque de crédibilité de la scène où Dick Johnson blessé vient se cacher dans la maison de Minnie : selon le livret, Dick est caché dans le grenier ; ici, il est étendu dans un escalier, à la vue de tous, et on se demande comment Rance fait pour ne pas le voir. Les décors sont originaux dans leur esthétique et dramatiquement efficaces. À quelques détails près donc, le spectacle est original et réussi et tient parfaitement la route, dix ans après sa création.</p>
<p>Remplaçant Paolo Cargnani qui lui même se substituait à Antonino Fogliani,<strong> Francesco Ivan Ciampa</strong> n’a sans doute pas mesuré pleinement les conditions d’équilibre entre le plateau et la fosse. L&rsquo;orchestre est superbe mais le chef italien le laisse se déchainer sans retenue dans un maelström épuisant couvrant continuellement les voix, qu’il s’agisse des chœurs ou des solistes (lesquels ne sont pourtant pas les premiers venus en terme de puissance de projection). La direction est dynamique mais assez classique. Ce fracas constant n’a même pas le mérite d’éclairer la complexité de la partition, peu de détails particuliers ressortant de la fosse, à quelques rares exception près : par exemple les percussions qui viennent souligner le galop du cheval du postillon, ou encore de l&rsquo;imitation de hennissement lorsqu&rsquo;est évoqué l&rsquo;épisode de la mâchoire d&rsquo;âne de Samson.</p>
<p><strong>Anna Pirozzi</strong> campe une Minnie maternelle, figure protectrice et réconfortante de la troupe des mineurs. La voix est souple, et le soprano offre des aigus puissants dénués de dureté. Le médium et le grave, particulièrement sollicités, sont moins prégnants, la voix manquant un peu de la largeur attendue pour le rôle (et ce n’est pas le chef qui aide). On a ainsi davantage l’impression d’entendre un <em>soprano spinto</em> verdien que l&rsquo;authentique <em>soprano drammatico</em> effectivement requis (Anna Pirozzi chante avec talent des rôles de <em>soprano drammatico d&rsquo;agilità</em> comme Lady Macbeth ou Abigaile, mais dans le cas de Minnie, nulle agilité n&rsquo;est requise). <strong>Gregory Kunde</strong> faisait ce soir sa prise de rôle en Dick Johnson. L&rsquo;orchestre de Puccini est plus clément avec le ténor, et le chanteur américain souffre moins du déluge de décibels émanant de la fosse. Ses deux airs sont des miracles d’intelligence vocale dans lesquels son passé belcantiste viennt appuyer une voix qui a évolué vers les emplois de <em>spinto</em>. Les aigus sont percutants, confondant d’aisance, mais sans compromission avec la noblesse du chant : Kunde campe ainsi un Dick Johnson à la fois émouvant par les nuances de son chant, et excitant par son énergie. Bien dirigé, le ténor américain témoigne de qualités d’acteurs qu’on ne lui a pas toujours connues. A titre d&rsquo;exemple, tous ses échanges avec Minnie au premier acte nous laissent sur une subtile impression d’indécision : on ne saisit pas la part de fourberie du voleur qui visite les lieux de son futur larcin et celle de la flamme amoureuse qui renait. Enfin, la complicité est parfaite entre Kunde et Pirozzi et, en dépit de la maturité des deux artistes, on finit par croire à cette intrigue amoureuse. On regrettera (mais c&rsquo;est le lot des théâtres de répertoire) que l&rsquo;on n&rsquo;ait pas profité de la présence de ces deux artistes pour donner la version du duo de l&rsquo;acte II modifié par Puccini pour la création romaine de 1922, laquelle se termine par un contre-ut pour les deux protagonistes (1). Avec sa silhouette longiligne qui domine le plateau, <strong>Claudio Sgura</strong> campe un Rance de grande prestance et d’une autorité naturelle. Vocalement, l’aigu est un peu blanc et la voix manque toutefois un peu de puissance, en particulier dans le contexte de cette exécution musicale. La composition théâtrale est en revanche très réussie, d’autant que le personnage du shérif est assez complexe : bas dans ses instincts libidineux, rancunier, d’une violence à peine contenue, mais aussi joueur, et empreint d’une certaine noblesse dans le respect de la parole donnée ou lorsqu’il se plie à contre-cœur à la clémence des mineurs (Scarpia par exemple se pose moins de questions et a moins de scrupules).</p>
<p>Puccini a prévu un nombre impressionnant de rôles secondaires, les dotant chacun d’une personnalité propre. Le ténor <strong>Andrew Dickinson</strong> est excellent en Nick (le serveur du bar philosophe), bien chantant et bon acteur. En Ashby, l&#8217;employé de la Wells Fargo, <strong>Han Kim</strong> offre une belle voix de basse, sonore et au timbre clair. On retrouve avec plaisir<strong> Tigran Martirossian</strong> en Sonora. Au début des années 2000, le baryton-basse s’illustra dans des rôles de premier plan, notamment dans le belcanto romantique, et son chant n’a rien perdu de ses qualités pour ce rôle de caractère. En Harry, <strong>Mziwamadoda Sipho Nodlayiya</strong> offre une voix haut perchée bien conduite, très séduisante. Le baryton <strong>David Minseok Kang</strong> rend avec délicatesse la romance nostalgique de Jake Wallace. La basse <strong>Grzegorz Pelutis</strong> campe bien le désespoir de Larkens pour lequel les mineurs se cotisent afin qu&rsquo;il puisse rentrer au pays. <strong>Nicholas Mogg</strong> est un Sid (le tricheur) veule à souhait. <strong>Charles Rice</strong> est un Bello véhément. Le ténor <strong>Ziad Nehme</strong> sait exprimer la délicatesse maladroite de Joe. Paul Kaufmann (Trin) est un efficace ténor de caractère. Physiquement et vocalement, le baryton-basse <strong>Keith Klein</strong> est épatant en <em>bad boy</em> (José Castro). Le rôle de Wowkle est très court mais <strong>Aebh Kelly</strong> sait attirer l&rsquo;attention par son beau timbre sombre de mezzo, et par sa composition d’une domestique revêche, indisciplinée et méfiante. Au premier acte, l&rsquo;intervention de Billy Jackrabbit, l&rsquo;amérindien amateur d&rsquo;eau-de-feu, est coupée, probablement jugée politiquement incorrecte en dépit de son triste réalisme : <strong>Mateusz Ługowski</strong> conserve ses répliques du début de l&rsquo;acte II et peut déployer une belle voix de basse au timbre chaud. L&rsquo;acte III permet d&rsquo;apprécier en solo le Happy expressif de&nbsp;<strong>William Desbiens</strong>. Comme on le voit, la troupe est de haut niveau, condition indispensable à la représentation de cet ouvrage exigeant, enfant préféré de son auteur mais qui n&rsquo;a jamais vraiment trouvé son public en dépit de ses qualités. Ajoutons que les chœurs sont également excellents.</p>
<pre>(1) Il existerait 8 versions de <em>La Fanciulla del West.</em> Dès la première, Arturo Toscanini avait d'ailleurs allégé certains détails de l'orchestration, avec la bénédiction de Puccini.</pre>
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		<item>
		<title>Puccini &#8211; The Warner Classics Edition</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/puccini-the-warner-classics-edition/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Nov 2024 16:54:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion du centenaire de la mort de Giacomo Puccini, Warner Classics publie, à une distance judicieuse des fêtes de fin d’année, un coffret réunissant la majeure partie de son œuvre vocale. Avec des distributions rassemblant les grands pucciniens du XXe siècle, cette réédition offre un beau panorama du paysage puccinien du siècle dernier. Seul &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A l&rsquo;occasion du centenaire de la mort de Giacomo Puccini, Warner Classics publie, à une distance judicieuse des fêtes de fin d’année, un coffret réunissant la majeure partie de son œuvre vocale. Avec des distributions rassemblant les grands pucciniens du XXe siècle, cette réédition offre un beau panorama du paysage puccinien du siècle dernier.</p>
<p>Seul bémol de cette édition : l’absence d’intégrale de <em>Le Villi </em>et d’<em>Edgar</em>, premiers opéras du maître de Lucques qui ne figurent pas au catalogue Warner Classics, et dont il faut se contenter d’extraits, certes forts réussis, enregistrés par<strong> Roberto Alagna</strong> en 1996. Pour le reste, tous les opéras de Puccini sont là, certains dans des versions superlatives, d’autres dans des enregistrements plus anecdotiques. <em>La Bohème</em> de 1987 sous la baguette de <strong>James Conlon</strong> manque ainsi significativement d’<em>italianità</em>, chose assez regrettable dans un opéra si connu et rebattu, mais elle vaut tout de même pour le Rodolfo charismatique de <strong>José Carreras</strong>. De même, avouons ne pas être pleinement séduit par la Ciò-Ciò-San de Renata Scotto, émouvante, mais sans les splendeurs plastiques d’autres titulaires du rôle. À ses côtés en revanche, le Pinkerton solaire et fougueux &nbsp;de <strong>Carlo Bergonzi</strong> et le Sharpless tout en rondeur de <strong>Rolando Panerai</strong> donnent un éclat irrésistible à ces rôles plus secondaires.</p>
<p>Dans l’excellent, notons le couple explosif formé par <strong>Montserrat Caballé</strong> et <strong>Plácido Domingo</strong>, emportant tout sur leur passage dans <em>Manon Lescaut</em>, et celui, au charme plus discret, d’<strong>Angela Gheorghiu</strong> et Robert Alagna dans <em>La rondine</em>, elle déroulant des legati dans lesquels son timbre moiré se reflète avec élégance, lui brillant par une projection franche et claire conférant une fougue juvénile à son Ruggero. Parmi le meilleur de ce coffret également, la <em>Turandot</em> de 1977 dirigée par <strong>Alain Lombard</strong>, dans laquelle le Calaf lumineux de José Carreras affronte la Turandot glacée de Montserrat Caballé. Surtout, on y retrouve avec délice la Liù idéale de <strong>Mirella Freni</strong>, au timbre rond, chaud, velouté qui semble créé spécialement pour les délicates volutes vocales de la mort de la petite esclave.</p>
<p>Mais le protagoniste le plus saillant de cette intégrale, de manière peut-être quelque peu inattendue, c’est <strong>Tito Gobbi</strong>, qui y apparaît en Scarpia, Michele d’<em>Il Tabarro</em> et <em>Gianni Schicchi</em>. Dans Scarpia, rôle iconique, il affronte évidemment la Tosca de <strong>Callas</strong>, tous deux incandescents, d’une violence théâtrale viscérale, mythiques. On retrouve l’art du mot incisif de Gobbi, sa capacité fascinante à créer un personnage entier en quelques inflexions de voix, dans les deux ouvrages du <em>Trittico</em> qu’il interprète. Son Michele d’<em>Il Tabarro</em> est terrifiant, troublant dans son monologue grinçant précédent le meurtre de Luigi. Quant à son Gianni Schicchi, entouré d’un excellent groupe de chanteurs de caractère en parents avides, il brille par son humour, tirant là aussi parti d’une diction toujours au service du théâtre, dont la scène du faux testament est l’apogée.</p>
<p>Quelques récitals en solo viennent compléter ces intégrales d’opéra. Montserrat Caballé, dans un enregistrement de 1970, y interprète notamment un « Donde lieta uscite » absolument enchanteur, étirant des crescendi et decrescendi sans aucune limite apparente. Quant à Maria Callas, son récital de 1954 brille par son art théâtral, chaque personnage prenant corps en un ou deux airs. Son « Sola, perduta, abandonatta » (<em>Manon Lescaut</em>) est frémissant de sensualité et d’émotion, un condensé de tout son art en quelques minutes.</p>
<p>Large panorama puccinien alternant indispensables de la discographie et enregistrements moins connus, parfois à tort, ce coffret remplit donc tout à fait ses promesses, et peut tout aussi bien compléter une discothèque déjà bien fournie que servir de première pierre à un néophyte.</p>
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		<item>
		<title>PUCCINI, La Fanciulla del West &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-fanciulla-del-west-munich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Aug 2024 06:09:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Fanciulla del West brille davantage par son livret (certains y voient le précurseur des western-spaghetti) que par sa musique, c’est entendu : rien ne reste vraiment dans l’oreille, même si les interventions des mineurs ou la fin de l’acte II font toujours leur petit effet. On s’étonnera donc que l’équipe musicale réunie ce soir &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>La Fanciulla del West</em> brille davantage par son livret (certains y voient le précurseur des western-spaghetti) que par sa musique, c’est entendu : rien ne reste vraiment dans l’oreille, même si les interventions des mineurs ou la fin de l’acte II font toujours leur petit effet. On s’étonnera donc que l’équipe musicale réunie ce soir soit plus remarquable que la mise en scène. <strong>Andreas Dresen</strong> transpose l’action à l’époque contemporaine, classique. Le rideau s’ouvre devant un mur surmonté de barbelés, et le bar de Minnie se résume à un comptoir, quelques chaises et une table, espace auquel on accède par une passerelle qui vient du fond de scène. Tout est noir, ou presque. On se croit chez Lilas Pastia après l’apocalypse. La cabane de Minnie à l’acte II en est bien une, isolée et entourée d’un paysage sombre où la neige tombe abondamment. Le dernier acte se déroule au pied d’un poteau téléphérique, et voit la ligne de crête des montagnes se refermer avec la fuite des amants. On aurait voulu faire du néo-académisme que l’on ne s’y serait pas mieux pris. La transposition n’apporte pas grand-chose et la direction d’acteurs est la même que si on avait situé le drame dans son contexte initial. Pour traditionnelle qu’elle soit, cette dernière est néanmoins ce qui fait le prix de la production : les déplacements, les attitudes des chanteurs sont réglés avec précision et pertinence, sans renoncer à leur vivacité (la scène du tricheur superbement chorégraphiée).</p>
<p>Il faut dire que les protagonistes ne ménagent pas leur peine pour incarner leur personnage. A commencer par les seconds rôles, tous très vivants (même si on aurait aimé un Ashby plus sonore). Malgré des limites évidentes dans l’aigu et un medium pas assez puissant, le naturel et la force de caractérisation de la Minnie de <strong>Malin Byström</strong> sont très convaincants. Son Johson d’amant est plus performant qu’émouvant&nbsp;: <strong>Yonghoon Lee</strong> porte une telle attention à sa projection, quitte à forcer ses moyens, tout en restant si carré qu’il en néglige nuances et psychologie. L’exact inverse du vilain shérif de <strong>Michael Volle</strong> : annoncé blessé au pied, on n&rsquo;a remarqué son handicap qu’au moment des saluts. Sur le plateau, ce Rance est à la fois le mieux chantant et le plus éclatant, vivant jusque dans ses silences.</p>
<p>Même s’ils sont moins précis en italien qu’en allemand, le chœur de l’opéra de Munich souligne une fois encore leur attachement au jeu, tandis que l’orchestre dirigé par <strong>Juraj Valcuha</strong> apporte un excellent soutien à ce bouillonnement scénique bien réglé.</p>
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		<item>
		<title>Puccini 100 : Puccini et ses contemporains</title>
		<link>https://www.forumopera.com/puccini-100-puccini-et-ses-contemporains/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Celui dont on célèbre cette année le centenaire de la mort aura traversé de gigantesques transformations dans le monde, que ce soit en matière musicale, ou plus généralement artistique, sans parler d’un contexte géopolitique plus que complexe. Et pourtant, nul ne niera que la pâte puccinienne, présente dès Le Villi (pour ne parler ici que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Celui dont on célèbre cette année le centenaire de la mort aura traversé de gigantesques transformations dans le monde, que ce soit en matière musicale, ou plus généralement artistique, sans parler d’un contexte géopolitique plus que complexe. Et pourtant, nul ne niera que la pâte puccinienne, présente dès <em>Le Villi</em> (pour ne parler ici que de ses opéras) est immédiatement reconnaissable tout au long de sa production.<br />
Les dates de naissance et de mort (1858 et 1924) disent assez combien on est passé, en l’espace de moins de 70 ans, d’un monde à un autre. Songez donc&nbsp;: en 1858, l’année de naissance et celle de l’attentat contre Napoléon III, l’Europe sort tout juste de la guerre de Crimée, l’unification italienne n’est pas encore réalisée (elle sera effective trois années plus tard) et, à l’autre bout du parcours, en 1924, l’Europe panse ses plaies du premier conflit mondial et de la pandémie de la grippe espagnole&nbsp;; Lénine vient de mourir et Mussolini, que Puccini rencontrera en 1923, est premier ministre&nbsp;!<br />
Dans le domaine littéraire on est passé de Jules Verne (il publie son <em>Voyage au centre de la terre</em> en 1864) à Jean Cocteau et Raymond Radiguet (<em>Le Diable au corps</em> date de 1923) en passant par Marcel Proust (<em>Le</em> <em>Côté de Guermantes</em> date de 1920). En peinture, d’Edouard Manet et Edgar Degas à Amedeo Modigliani, en passant par la période « bleue » de Pablo Picasso. A noter aussi que le mouvement réaliste pictural (les premiers chefs-d’œuvre de Gustave Courbet datent des années 1850) va précéder de peu son pendant dans l’opéra, le vérisme.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="1200px-gustave_courbet_-_le_desespere" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1200px-gustave_courbet_-_le_desespere-1000x600.jpg" alt="Gustave Courbet - Le Désespéré">Gustave Courbet : Autoportrait (Collection privée)</pre>
<p>Quand le petit Giacomo, cinquième de huit enfants, vient au monde le 22 décembre 1858 à Lucques, Jacques Offenbach crée son <em>Orphée aux Enfers</em>. Il naît dans une famille de musiciens&nbsp;; chez les Puccini, on est organiste à San Martino de père en fils. &nbsp;C’est l’époque où, pendant les offices, tout était jouable, y compris des pastiches de «&nbsp;Questa o quella&nbsp;» (<em>Rigoletto</em>)&nbsp;! Et quand il prend ses premiers cours, Carlo Angeloni, son professeur de piano, lui fera découvrir les partitions de <em>Rigoletto</em>, <em>Trovatore</em>, <em>Traviata</em>. N’oublions pas que lorsque Verdi achève sa «&nbsp;trilogie populaire&nbsp;», Puccini n’a que cinq ans.<br />
Petite incise sur les relations entre les deux géants italiens&nbsp;: Puccini, qui était le cadet de Verdi de 45 ans, ne l’a rencontré que deux fois, deux rencontres qui ne laisseront pas de souvenir durable (sorte de rendez-vous raté entre deux génies, un peu comme celui entre Goethe et Beethoven en juillet 1812). On a supputé un complexe d’infériorité face au monument italien. En février 1887, Puccini, retenu à Trieste, manque de peu la première d’<em>Otello</em> à Milan,&nbsp;mais y revient quelques semaines plus tard. Comble de malchance, en 1893, La Scala étant totalement absorbée par la préparation de <em>Falstaff</em>, la première de <em>Manon Lescaut</em> doit être déplacée à Turin.<br />
En attendant et pendant que le jeune homme se forme, l’opéra commence à sortir de ses gangues romantiques. Le mouvement artistique dit de la «&nbsp;scapigliatura&nbsp;», que l’on peut traduire par «&nbsp;bohème&nbsp;» («&nbsp;scapigliati&nbsp;» désigne des cheveux en bataille) trouve en Boito, Catalani ou Ponchielli (que Puccini rencontrera en 1880) ses plus éminents représentants. Autrement dit, pendant que Puccini se forme, d’autres travaillent à défricher un terrain neuf que lui-même empruntera rapidement&nbsp;: «&nbsp;La Bohème&nbsp;» (la bien nommée) date de 1896. La «&nbsp;scapigliatura&nbsp;» est un mouvement, né à Milan vers 1860, que l’on pourrait définir comme le refus de tout ordre établi&nbsp;; il s’érige contre la culture bourgeoise dominante. Musicalement, le point principal dans l’opéra est l’abandon de toutes les «&nbsp;pezzi chiusi&nbsp;», les numéros fermés.<br />
Toutefois, les premières influences sont incontestablement celles du maestro Verdi&nbsp;; à peine revenu des représentations de son premier opéra <em>Le Villi</em>, à Trieste, Puccini se précipite à La Scala pour assister à ce fameux <em>Otello</em>. Il en tirera des leçons ; la représentation terminée, il rentre chez lui, reprend la plume pour retravailler l’orchestration d’<em>Edgar, </em>dont l’achèvement est ainsi retardé, et qui ne sera finalement donné qu’au printemps 1889 à la Scala. Puccini y aura travaillé quatre ans et la première est un échec. Mais l’évolution depuis <em>Le Villi</em> est patente&nbsp;; Puccini, en adepte de la «&nbsp;scapigliatura&nbsp;», abandonne la démarcation rigide en arias, récitatifs et duos.<br />
Une autre influence marquera aussi ses premières années de créateur. Wagner, né la même année que Verdi, même s’il ne jouit pas, et de loin, de la même aura que l’enfant de Busseto en Italie, est au sommet de son art quand Puccini le découvre. Déjà dans <em>Le Villi</em> il faut voir dans l’importance de l’élément orchestral (notamment dans les intermèdes, fréquents dans l’œuvre de Puccini), une prise en compte croissante de la musique de Wagner&nbsp;: dans <em>Edgar </em>également, où le chromatisme tient une place non négligeable. En janvier 1890, il assistera à Milan à une version abrégée des <em>Meistersinger von Nürnberg</em>, désertée par les Milanais accablés par une épidémie de grippe. Et en 1912, il assistera à une représentation de <em>Parsifal </em>à Bayreuth.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="aligncenter" title="9783795763374-fr" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/9783795763374-fr.jpg" alt="" width="272" height="386"><br />
Mais dans ce début des années 1890, il y a aussi la montée en puissance du vérisme. <em>Cavalleria rusticana</em> de Mascagni est créé à Rome en mai 1890 et c’est un triomphe&nbsp;: l’action est réduite à l’essentiel, les sentiments ruissellent et le fleuve orchestral wagnérien submerge tout, sans pour autant trahir les aspects lyriques et mélodiques incontournables. Mascagni, le Bizet italien, comme on l’appelle, est au faîte de sa gloire&nbsp;: il a compris ce que réclame le public.<br />
En mars 1893, Puccini et Leoncavallo se retrouvent dans un café fameux de la <em>Galleria</em> à Milan et découvrent qu’ils travaillent sur le même sujet&nbsp;: <em>La Bohème</em>. Leoncavallo est furieux et organise une compétition par communiqués de presse interposés. Plus tard, Giacomo dira que s’il avait su que le maestro Leoncavallo travaillait sur la même pièce que lui, il n’aurait pas composé <em>La Bohème</em>. Du reste sa <em>Bohème</em> n’est pas très bien reçue, au contraire de celle de Leoncavallo qui triomphe. Qui plus est, les Milanais lui préfèrent également Giordano, autre grand vériste, et son <em>Andrea Chénier</em>.<br />
Mais la notoriété de Puccini ne cesse de croître et il est appelé à monter ses opéras dans les plus belles maisons italiennes. Très vite, ceux-ci rencontrent un succès international et Puccini voyage pour assister aux représentations – souvent en langue étrangère, comme il se devait à l’époque. Angleterre, Allemagne, Suisse, Autriche, Hongrie, Egypte, Argentine et puis, plus tard, la consécration américaine. Son premier voyage parisien se situe en 1897, de retour d’Angleterre. C’est l’occasion de côtoyer quelques-uns de ses plus brillants contemporains français : il rencontre Zola (dont il songera à adapter <em>La faute de l’abbé Mouret</em>), Daudet (il a longtemps pensé à un <em>Tartarin</em>) et bien sûr Victorien Sardou. On aurait aimé être témoins de cette rencontre qui portera l’un des plus beaux fruits de la panoplie puccinienne&nbsp;: <em>Tosca</em>. Deux ans plus tard, Félix Faure, le Président de la République française lui remet les insignes de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur. Toujours à Paris, mais bien plus tard, en avril 1913 il assistera à l’une des premières représentations du <em>Sacre du Printemps</em> au Théâtre des Champs Elysées&nbsp;: «&nbsp;chorégraphie ridicule et cacophonie extrême. Intéressante néanmoins et réalisée avec un certain talent. Mais dans l’ensemble un truc de dingues&nbsp;» écrira-t-il&nbsp;! On ne ressentira pas moins l’influence de <em>Petrouchka</em> dans le thème de la valse du joueur d’orgue de Barbarie dans <em>Il tabarro</em>.<br />
Revenons à 1897, qui est aussi l’occasion de la première rencontre avec un jeune ténor de 24 ans, fraîchement engagé pour interpréter Rodolfo à Livourne : Enrico Caruso. Ce n’est pourtant pas le divo napolitain qui créera le rôle de Mario à Rome en 1900 mais Emilio de Marchi. De même Arturo Toscanini, qui devient vite complice de Puccini, est approché pour diriger la première de <em>Tosca</em> : «&nbsp;Souviens-toi, mon bel Arturetto, que c’est toi qui doit dépuceler&nbsp;Tosca&nbsp;», lui écrit-il dans son langage à tout le moins fleuri et qui pouvait rapidement tourner au scatologique. Mais Toscanini est très occupé à Milan et c’est Leopoldo Mugnone qui dirigera la première le 14 janvier 1900 au Teatro Costanzi de Rome. Toscanini assurera la première milanaise le 17 mars. <em>Tosca</em> restera le seul opéra de Puccini inscrit dans un contexte historique avéré.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter" title="tosca_puccini-e1575185089212" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/tosca_puccini-e1575185089212.jpg" alt="" width="540" height="304"><br />
Les années passent et la notoriété de Puccini ne fait que croître, malgré ici ou là quelques soubresauts&nbsp;; ainsi <a href="https://www.forumopera.com/puccini-100-leffet-papillon/">le fiasco de la première</a> de <em>Madama Butterfly</em> à Milan, le 17 février 1904, victime sans doute d’une forme de cabale d’éditeurs. Toujours est-il que <em>Butterfly</em> restera son échec le plus important. Dès le lendemain de la première, l’opéra est retiré de l’affiche et la reprise romaine est annulée.<br />
Qu’à cela ne tienne, en 1906 Puccini est encore en voyage à l’étranger. Cette fois il est à Budapest, pour des représentations en hongrois (!) de <em>Bohème</em>, <em>Tosca</em> et <em>Butterfly</em> entre temps réhabilité et… réécrit aussi (il baptisera l’un de ses yachts Cio-cio-san !) et, sur le chemin du retour, il s’arrête à Graz pour assister à une représentation du <em>Salome</em> de Richard Strauss. Représentation qui le marquera fortement&nbsp;: «&nbsp;il y a des tonalités orchestrales magnifiques, mais qui finissent par me fatiguer&nbsp;», écrira-t-il au sujet d’un opéra qu’il reverra à chaque fois qu’il en aura l’occasion, notamment à Naples en 1908, sous la direction du compositeur.<br />
En 1910 c’est la consécration américaine. Il embarque au Havre sur le « Georges Washington » en compagnie des éditeurs Ricordi père et fils et occupe comme il se doit une suite impériale. Le triomphe new-yorkais de <em>La fanciulla del West</em> est absolu : Puccini est rappelé 50 fois sur scène à l’issue des trois actes. Toutefois, la musique dans laquelle l’influence debussyste est revendiquée par le compositeur lui-même, désarçonne la critique, qui est partagée. L’orchestre est un personnage à part entière et c’est peut-être le plus intéressant. Puccini joue de plus en plus avec la tonalité. Notons que cinq ans seulement séparent cette pièce du premier quatuor de Schönberg, dans lequel la tonalité est suspendue. Puccini veut clairement s’insérer dans la modernité, celle de Strauss et de Debussy. Notons que la mort de ce dernier, en 1918, affectera fortement Puccini. Il ressent le besoin de se dépasser, de trouver une sorte de compromis entre la tradition lyrique italienne et le symphonisme allemand. Ce faisant, il déçoit son public qui attendait davantage de bel canto. Rapidement <em>La fanciulla del West</em> sera mise de côté. Plus tard, en 1918 toujours à New York, <em>Il trittico</em>, premier ouvrage créé en l’absence de l’auteur, recevra un accueil mitigé.<br />
Alors qu’en 1914 la guerre éclate, le positionnement de Puccini est ambigu. Une prise de position anti-germanique pourrait lui valoir des annulations en Allemagne et surtout à Vienne qui lui a commandé <em>La Rondine</em> (au final cette pièce sera créée en terrain neutre, à Monte-Carlo). Il retournera toutefois à Vienne en 1923 pour la première de <em>Manon Lescaut</em> au Wiener Staatsoper&nbsp;; malheureusement, l’interprète de Manon, une certaine Lotte Lehmann, âgée alors de 35 ans, tombe malade, et la première doit être reportée.<br />
Son attentisme, à la veille de la première guerre mondiale, lui vaudra d’être vu en France et en Italie comme un ami de l’Allemagne et comme un ami du peuple allemand dans les pays de l’Alliance. En 1922, il écrira à Adami&nbsp;: «&nbsp;Et Mussolini&nbsp;? Qu’il soit le bienvenu s’il peut rajeunir et donner un peu de calme à notre pays&nbsp;!&nbsp;».<br />
En 1924, peu de temps avant sa mort, Puccini se rend à Florence pour assister à une représentation du <em>Pierrot lunaire</em>. A la fin du concert, il échange quelques mots de circonstance avec Arnold Schönberg. Sans doute se rend-il compte qu’avec cette pièce, plus encore qu’avec la musique de Stravinski et Debussy qu’il connaissait bien, une révolution est en cours à laquelle la sienne ne participera jamais. Un cycle se termine, le cycle du mélodrame à l’italienne, qui est en train de s’éteindre. Cycle qui trouve une conclusion avec <em>Turandot</em> qu’il laissera d’ailleurs inachevé, puisque son cancer de la gorge l’emporte le 29 novembre 1924, à Bruxelles. La première de <em>Turandot</em>, aura lieu à la Scala le 25 avril 1926. A la baguette, Arturo Toscanini qui arrête la représentation après la scène la mort de Liù : « C’est ici que le maestro est mort », adresse-t-il à la foule silencieuse.<br />
La version intégrale, complétée par Alfano, sera donnée triomphalement le lendemain.</p>
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		<title>PUCCINI, La Fanciulla del West – Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-fanciulla-del-west-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Mar 2024 06:31:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Rebattre les cartes », tel est l’intitulé du festival de l’Opéra de Lyon cette année : pour changer de La Bohème, de Tosca, Madama Butterfly ou de Turandot, le choix de La Fanciulla del West, moins connu en France que chez nos voisins, germanophones par exemple, bouscule l’idée que le public se fait généralement de Puccini. Une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Rebattre les cartes », tel est l’intitulé du festival de l’Opéra de Lyon cette année : pour changer de <em>La Bohème</em>, de <em>Tosca</em>, <em>Madama Butterfly</em> ou de <em>Turandot</em>, le choix de <em>La Fanciulla del West</em>, moins connu en France que chez nos voisins, germanophones par exemple, bouscule l’idée que le public se fait généralement de Puccini. Une femme forte, émancipée, tenant taverne et tripot, qui veille sur une communauté de mineurs, tient tête au shérif véreux et tombe amoureuse d’un bandit de grand chemin qu’elle sauve <em>in fine</em> de la pendaison, voilà qui était nouveau en 1910, lorsque l’opéra fut créé à New York – tout aussi nouveau que le <em>lieto fine</em> d’une œuvre montrant comment une femme seule « sauve », de diverses manières, une multitude d’hommes. Nouvelle aussi la présence dramatique des ensembles choraux, nouveau le souffle d’une musique qui emporte tout sur son passage, confiant à l’orchestre les mélodies que le compositeur n’a pas réservées au chant, contrairement à l’usage qu’il avait lui-même suivi jusque là. C’est pourtant la première fois, en ce mois de mars 2024, que l’œuvre est donnée à Lyon.</p>
<p>Dépaysement garanti : sous la direction brillante de <strong>Daniele Rustioni</strong>, qui galvanise l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon</strong>, le début du premier acte est un véritable choc musical. C’est un embarquement immédiat pour le Nouveau Monde. Dans cet écrin sonore et rutilant, la manière de conversation en musique qui suit est remarquablement portée par l’ensemble des interprètes – il faut souligner une fois de plus l’excellence des <strong>Chœurs de l’Opéra de Lyon</strong> préparés par <strong>Benedict Kearns</strong>. Plusieurs solistes du Lyon Opéra Studio tiennent impeccablement leur rang, comme le baryton <strong>Paweł Trojak</strong> interprétant Jack Wallace, le chanteur « romantique » du camp, ou le ténor <strong>Robert Lewis</strong> qui donne au barman Nick une grande douceur de timbre – au reste, tous les <em>comprimari</em> sont convaincants.</p>
<p>Par sa stature et sa présence vocale, le Jack Rance du baryton <strong>Claudio Sgura</strong> emporte l’adhésion : la noirceur du timbre rend justice à la violence du personnage dans les deux premiers actes (on aurait toutefois pu attendre davantage d’émotion dans son aveu « Minnie, dalla mia casa son partito »), tout en rendant perceptible une sorte de fêlure dans le III, sans préjudice de la projection. En Dick Johnson alias Ramerrez, le ténor <strong>Riccardo Massi</strong> révèle un lyrisme passionné dont le volume sonore va crescendo, depuis « Una parola sola » au II jusqu’au très maîtrisé « Ch’ella mi creda libero » du III, alliant clarté de la diction et justesse des inflexions, souplesse de la voix et précision des nuances. Dans cette main gagnante, la carte maîtresse est bien sûr la prodigieuse Minnie de <strong>Chiara Isotton</strong>, qui affirme dès le premier acte la puissance de sa voix, la clarté lumineuse de son timbre, avec des aigus somptueux et une parfaite homogénéité sur toute la tessiture, capable de toute la violence nécessaire au seul personnage féminin de ce monde d’hommes, mais aussi du raffinement qu’appelle la sensibilité de Minnie, son empathie, sa nostalgie, sa souffrance, son amour (très beau « Laggiù nel Soledad », émouvant « Non vi fu mai chi disse »).</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/LaFilleduFarWest%C2%AEJeanLouisFernandez074-1294x600.jpg" />© JeanLouisFernandez</pre>
<p>Le souffle épique de l’orchestre anime, guide et entraîne les voix qui s’abandonnent au courant musical ou tentent de lui résister : le drame se noue ainsi dans cette confrontation, à laquelle la mise en scène de <strong>Tatjana Gürbaca</strong> apporte un discret soutien qui n’est jamais pure illustration, mais plutôt une mise en perspective. Le saisissant tableau initial des chanteurs figés dans une immobilité de cliché sépia, renvoyant aux images de l’époque de la ruée vers l’or, est d’autant plus efficace qu’il ne constitue nullement une grille de lecture. La diversité des costumes de <strong>Dinah Ehm</strong> rappelle la conception plutôt vague – ou syncrétique –  que Puccini se faisait du mythe américain : des tenues de cowboys côtoient celles des mineurs ou le costume chic d’Ashby, le représentant de la Wells Fargo, tandis que les tenues de Minnie alternent de manière quasi humoristique (de la robe dorée de sa première apparition à la tenue masculine de la fin en passant par la robe revêtue pour le dîner et le pyjama pour la nuit de l’acte II) – de leur côté, Rance et Johnson ont droit à des manteaux d&rsquo;anthologie. Une magnifique toile en arrière-plan (les décors sont de <strong>Marc Weeger</strong>) figure ensuite autant les couleurs d’un ciel allégorique que l’horizon du grand ouest vers lequel se dirigent à la fin, conformément aux indications du livret, Minnie et Ramerrez. Le reste est d’une sobriété qui laisse la première place à la musique et au chant, ponctué de très beaux effets de lumière (<strong>Stefan Bolliger</strong>) et d’une grande mobilité des chanteurs. Deux blocs figurent au début le bar, plus tard le campement ; une sorte de grand lustre aux tons ocres, suspendu aux cintres à l’acte I devient, dans une plus grande taille et fixé sur la tournette, la cabane de Minnie au II. Des cordes et nœuds coulants descendent des cintres à l’acte II lorsque Ramerrez se cache, de manière acrobatique, en suspension sur des cordes. Quelques amas figurent la neige glacée çà et là, quelques flocons tombent à l’acte II, sublimés par les éclairages. L’ensemble est simple, mais efficace, à l’image du duo final « Addio mi dolce terra » et des derniers « Addio ! » qui résonnent au loin.</p>
<p><em>Prochaines représentations à l’Opéra National de Lyon les 23, 26, 28 et 31 mars ainsi que le 2 avril 2024. </em></p>
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		<title>Puccini 100 : la discothèque idéale</title>
		<link>https://www.forumopera.com/puccini-100-la-discotheque-ideale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Feb 2024 05:39:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La discographie puccinienne est généreuse, du moins en ce qui concerne ses opéras les plus populaires. Face aux nombres de versions, le choix s’avère souvent difficile. Si toute sélection reste discutable, voici quelques enregistrements qui se posent en référence. Le Villi (Opéra en deux actes, créé à Milan le 31 mai 1884) Lorin Maazel, National &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La discographie puccinienne est généreuse, du moins en ce qui concerne ses opéras les plus populaires. Face aux nombres de versions, le choix s’avère souvent difficile. Si toute sélection reste discutable, voici quelques enregistrements qui se posent en référence.</p>
<p><strong><em>Le Villi </em>(Opéra en deux actes, créé à Milan le 31 mai 1884)</strong></p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/le-villi-reference-pour-une-oeuvre-rare/"><img decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-LeVilli.jpg" width="150" height="150" />Lorin Maazel, National Philharmonic Orchestra</a> – Renata Scotto, Placido Domingo, Leo Nucci… (Sony Classical, 1979)</p>
<p><em>Le Villi</em> est le premier des dix (ou douze) opéras composés par Giacomo Puccini. Être l’ainé de la famille n’est jamais une sinécure. Générosité mélodique, imagination orchestrale, ampleur vocale… : la partition contient tous les ingrédients des chefs d’œuvre à venir, le génie dramatique en moins. Trois grands chanteurs pucciniens – Renata Scotto, Placido Domingo, Leo Nucci – et un chef d’orchestre incontournable dans ce répertoire – Lorin Maazel – ne sont pas de trop pour entraîner malgré lui Roberto, l’amant infidèle, dans la ronde infernale des Villis.</p>
<pre>Alternative : <a href="https://www.forumopera.com/v1/critiques/puccini_villi.htm">Marco Guidarini, Orchestre Philharmonique de Radio France</a> – Melanie Diener, Aquiles Machado, Ludovic Tézier… (Naive, live 2002)</pre>
<p><strong><em>Edgar</em> (drame lyrique en trois actes, créé à Milan le 21 avril 1889)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Edgar.jpg" width="150" height="150" />Eve Queler, Opera Orchestra of New York – Renata Scotto, Carlo Bergonzi… (CBS, live 1977)</p>
<p>Edgar pour « E Dio ti GuARdi da quest’opera ». Puccini lui-même n’était guère tendre avec sa deuxième tentative lyrique. Comme <em>Le Villi</em>, l’ouvrage ne brille pas par ses qualités dramatiques et comme pour <em>Le Villi</em>, il faut des interprètes émérites si l’on veut revigorer une partition remaniée trois fois. Renata Scotto et Carlo Bergonzi, captés dans le feu de l’action, font partie de ces chanteurs à même de raviver une flamme puccinienne chancelante.</p>
<pre>Alternative : Alberto Veronesi, Accademia nazionale di Santa Cecilia – Adriana Damato, Placido Domingo… (Deutsche Grammophon)</pre>
<p><strong><em>Manon Lescaut </em>(Drame lyrique en quatre actes, créé en 1893 à Turin)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-ManonLescaut.jpg" width="150" height="150" />Bruno Bartoletti, New Philharmonia Orchestra – Montserrat Caballe, Placido Domingo… (Warner Classics, 1972)</p>
<p>Quelle digue résisterait aux flots déversés par Montserrat Caballe et Placido Domingo dans cet enregistrement de <em>Manon Lescaut</em>. Aux coquetteries belcantistes d’une Manon inépuisable de souffle et superbe de ligne répond l’étreinte fougueuse d’un des Grieux éperonné par le tisonnier de la passion. Conscient des enjeux symphoniques de la partition, Bruno Bartoletti ajoute encore à l’agitation des sentiments. Le duo du deuxième acte est de ceux pour lesquels un âge légal d’écoute est requis.</p>
<pre>Alternative : Giuseppe Sinopoli, Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden – Mirella Freni, Placido Domingo… (Deutsche Grammophon, 1984)</pre>
<p><em><strong>La Bohème </strong></em><strong>(opéra en quatre tableaux, créé à Turin le 1<sup>er</sup> février 1896)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-La-Boheme.jpg" width="150" height="150" />Herbert Karajan, Orchestre philharmonique de Berlin – Mirella Freni, Luciano Pavarotti… (Decca, 1973)</p>
<p>Il n’est pas question de réchauffement climatique dans le Paris de Karajan. L’orchestre brasille au Café Momus puis grelotte dans le matin glacé de la Barrière d’Enfer. Si l’oreille frissonne et l’œil larmoie, ce n’est pas de froid. Splendides lurons que ces Bohèmes-là. Les illusions de leur jeunesse échouent dans une mansarde digne d’un palais. Mimi est le meilleur rôle de Mirella Freni. Rodolfo n’est jamais aussi idéal que chanté par Luciano Pavarotti. Elle, émouvante sans artifice ; lui, dardant d’aveuglants rayons. Ces deux-là s’aiment d’un amour contre lequel ne peut lutter aucune autre version de la discographie, pourtant généreuse.</p>
<pre>Alternative : Riccardo Chailly, Orchestre du Théâtre de la Scala de Milan – Angela Gheorghiu, Roberto Alagna… (Decca, 1999)</pre>
<p><strong><em>Tosca</em> (opéra en trois actes, créé à Rome le 14 janvier 1900)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Tosca.jpg" width="150" height="150" />Vittorio De Sabata, Orchestre du Teatro alla Scala – Maria Callas, Giuseppe Di Stefano, Tito Gobbi… (Warner Classics, 1953)</p>
<p>Maria Callas disait ne pas aimer le rôle de Tosca. Nulle mieux qu’elle n’a pourtant marqué de son empreinte fauve la diva romaine. Nulle n’a mieux tremblé, griffé, rugi et prié la Madone. Intentions, couleurs, relief de la parole puccinienne : nulle ne peut l’égaler. Mais la plus divine des Tosca n’est rien sans un Scarpia et un Mario à la mesure de sa vérité dramatique. Tito Gobbi et Giuseppe di Stefano véhiculent la même évidence, la même urgence, aiguillonnés par la direction souveraine de Vittorio De Sabata. Une référence absolue.</p>
<pre>Alternative : Herbert von Karajan, Philharmonique de Vienne – Leontyne Price, Giuseppe di Stefano, Giuseppe Taddei… (Decca, 1962)</pre>
<p><strong><em>Madama Butterfly</em> (opéra en trois actes, créé à Milan le 17 février 1904)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Butterfly.jpg" width="150" height="150" />Lorin Maazel, Philharmonia Orchestra – Renata Scotto, Placido Domingo, Ingvar Wixell… (CBS, 1978)</p>
<p>Encore un opéra de Puccini dont la fortune repose sur les seules épaules – ou presque – de la prima donna. A l’acmé de sa maturité artistique, Renata Scotto dépose sur l’autel de la geisha un chant dont la science belcantiste et l’intelligence compensent les fêlures, mieux les transcendent. Voilà Cio-Cio-San plus émouvante que jamais, les ailées plaquée par l’ardeur d’un Pinkerton en rut (Placido Domingo), le thorax épinglé dans la rainure d’une direction d’orchestre chatoyante comme un coucher de soleil sur la baie de Nagasaki (Lorin Maazel).</p>
<pre>Alternative : Antonio Pappano, Orchestra dell’Accademia nazionale di Santa Cecilia – Angela Gheorghiu, Jonas Kaufmann, Fabio Capitanucci… (Warner Classics, 2009)</pre>
<p><strong><em>La fanciulla del West</em> (opéra en trois actes, créé le 10 décembre 1910 à New York)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Fanciulla.jpg" width="150" height="150" />Zubin Mehta, Orchestra of the Royal Opera House Covent Garden – Carol Neblett, Placido Domingo, Sherill Milnes… (DG, 1976)</p>
<p>Le western lyrique de Puccini cravaché par Zubin Mehta dans un rodéo imagé de sons. Quelle pression dans le <em>saloon</em>, et quel rythme dans l’action ! Carol Neblett est une <em>girl</em> insolente de jeunesse et d’aigus ; Placido Domingo tire plus vite que Randolph Scott dans <em>La Caravane Héroique</em> et Sherill Milnes, qui a grandi dans une ferme au nord de l’Illinois, trouve en Rance un rôle génotypique, idéalement adapté aux rudesses du méchant shérif.</p>
<pre>Alternative : Oliviero De Fabritiis, Orchestre de La Fenice – Magda Olivero, Daniele Barioni, Giangiacomo Guelfi… (Myto, live 1967)</pre>
<p><strong><em>La rondine</em> (Comédie lyrique en 3 actes, créée à Monte-Carlo le 27 mars 1917)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Rondine.jpg" width="150" height="150" />Antonio Pappano, London Symphony Orchestra –Angela Gheorghiu, Roberto Alagna… (Warner Classic, 1996)</p>
<p>L’hirondelle fait le printemps lorsqu’on la confie à des voix enamourées : Angela Gheorghiu ensorcelante, songeuse, coquette ce qu’il faut, inquiète ce qu’elle doit ; Roberto Alagna dont la candeur vocale se dissipe dans l’amertume de cette rupture qui fait de <em>La rondine</em> « la Traviata du pauvre » selon une idée injustement reçue. Pouvait-on imaginer meilleur faire valoir que le couple malicieux formé par William Matteuzzi et Inva Mula ? Et meilleure direction d’orchestre que celle d’Antonio Pappano, baguette impressionniste qui peint des atmosphères comme Monet des nénuphars et rend à une partition méjugée la place qu’elle mérite au panthéon puccinien.</p>
<pre>Alternative : Ivan Repušić, Münchner Rundfunkorchester – Elena Mosuc, Yosep Kang… (CPO, live 2015)</pre>
<p><em><strong>Il trittico </strong></em><strong>(cycle de trois opéras en un acte –<em> Il tabarro ; Suor Angelica ; Gianni Schicchi </em>– créé à New York le 14 décembre 1918)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Trittico.jpg" width="150" height="150" />Antonio Pappano, London Symphony Orchestra – José van Dam, Roberto Alagna, Angela Gheorghiu… (Warner Classics, 1997)</p>
<p>Réussir à part égale les trois opéras du <em>Trittico </em>serait-il mission impossible ? Il fallut attendre 1962 pour que l’œuvre soit enregistrée dans sa triple intégralité et Antonio Pappano en 1997 pour obtenir une version moins bancale que les six autres du catalogue, qui plus est dans une qualité sonore supérieure. <em>Il tabarro</em> d’un réalisme assumé ; <em>Suor Angelica</em> mystique, délivrée de toute tentation sulpicienne ; <em>Gianni Schicchi</em> un cran en dessous, qui voudrait plus d’ironie et de cruauté pour que le tiercé gagne sans contredit.</p>
<pre>Alternative : Lorin Maazel, London Symphony Orchestre – Tito Gobbi, Renata Scotto, Placido Domingo… (Sony, 1976)</pre>
<p><strong><em>Turandot </em>(opéra en trois actes, créé le 25 avril 1926 à Milan)</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Turandot.jpg" width="150" height="150" />Francesco Molinari-Pradelli, Orchestra dell’opera di Roma – Birgit Nilsson, Franco Corelli, Renata Scotto… (Warner Classics, 1964)</p>
<p>A princesse de glace, prince d’acier. Les voix conjuguées de Birgit Nilsson et Franco Corelli rendent dispensables toute alternative. Il existe d’autres Turandot à même d’affronter les neiges éternelles de « In questa Reggia », d’autres Calaf empêcheurs de dormir à Pékin. Aucun ne dispose d’une telle insolence de moyens, d’une telle réserve inépuisable de souffle et d’aigu, d’une telle puissance à ébouler la muraille de Chine. Oui, ces deux-là forment une paire invincible, même s’il y a des Liu plus tendres (mais non mieux chantantes) que Renata Scotto et des directions d’orchestre plus épiques que celle de Francesco Molinari-Pradelli. La recherche de qualité sonore oblige à des concessions ; si l’on ne craint pas les grésillements, les enregistrements <em>live </em>de ces deux monstres réunis sont encore plus électrisants.</p>
<pre>Alternative : Zubin Mehta, Orchestre du Metropolitan Opera – Birgit Nilsson, Franco Corelli, Mirella Freni… (Living Stage, live 1966)</pre>
<p><strong>Et aussi&#8230;</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Messa-di-gloria.jpg" width="150" height="150" />Puccini, <em>Messa di Gloria</em> – Antonio Pappano, London Symphony Orchestra ; Roberto Alagna, Thomas Hampson (Warner Classics, 2000)</p>
<p>La seule œuvre liturgique de Giacomo Puccini dans une version somme toute de luxe pour une partition mineure. Composée en 1880 par un apprenti musicien de 22 ans, la <em>Messa di Gloria</em> vaut surtout par les promesses qu’elle contient, notamment l’air pour ténor « Gratias agimus tibi » que Roberto Alagna chante la fleur aux lèvres, tel Rodolfo dans <em>La Bohème</em>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Gheorghiu.jpg" width="150" height="150" />Angela Gheorghiu,<em> Puccini</em> – Orchestra sinfonica di Milano Giuseppe Verdi, Anton Coppola (Warner Classics, 2004)</p>
<p>Quinze héroïnes dont sept donnent leur nom (ou surnom) à un des douze opéras de Puccini… Heureuses sopranos au pied desquelles le compositeur toscan a déposé suffisamment d’airs pour occuper un album entier. Angela Gheorghiu est à notre connaissance la seule à les avoir tous enregistrés. D’Anna à Turandot, l’exhaustivité importe moins que les reflets d’un chant magnifique dans une voix d’or.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Varady.jpg" width="150" height="150" />Julia Varady, <em>Puccini, airs d’opéras célèbres</em> – Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin, Marcello Viotti (Orfeo, 1993)</p>
<p>Dans les années 1990, le label Orfeo offrait à Julia Varady une série de récitals thématiques dont un récital puccinien à ne pas négliger. Même si le micro ne rend pas entièrement justice à une soprano pyromane à laquelle il fallait la scène pour se consumer, l’engagement sans faille secondé par une voix impétueuse donne vie à une galerie de portraits mémorables.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Discoveries.jpg" width="150" height="148" />Riccardo Chailly, <em>Puccini Discoveries</em> – Orchestra Sinfonica Di Milano Giuseppe Verdi, Riccardo Chailly (Decca, 2004)</p>
<p>Un enregistrement à classer au rayon des raretés avec huit premières mondiales dont le finale de <em>Turandot</em> composé par Luciano Berio ainsi que la cantate de jeunesse, « Cessato il suon dell’armi » datée de 1877 et jouée pour la première fois en 2003 !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-unknown.jpg" width="150" height="150" />Placido Domingo, <em>The unknown Puccini</em> – Julius Rudel (Sony Classical, 1989)</p>
<p>Puccini n’est pas un compositeur de salon. Ses mélodies, réunies par Placido Domino et Julius Rudel, tantôt au piano, tantôt à l’orgue, se présentent d’abord comme le laboratoire de ses opéras. Toute ressemblance par exemple entre « Mentia l’avviso » et Manon Lescaut ou « sole e amore » et La Bohème n’est pas purement fortuite. C’est ce qui fait leur intérêt.</p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonathan-tetelman-the-great-puccini/"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignleft" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Puccini100-Tetelmann.jpg" width="150" height="150" />Jonathan Tetelman, The great Puccini</a> – Prague Philharmonia, Carlo Rizzi (2023)</p>
<p>Le regard conquérant, la voix solide, l’aigu vainqueur, la nouvelle coqueluche des ténors se mesure aux plus grands airs pucciniens dévolus à sa tessiture et apporte la confirmation, au sein d’une sélection tournée vers le passé, que la relève est assurée.</p>
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		<title>90 ans d&#8217;Alain Fondary : l&#8217;artiste par dix de ses rôles</title>
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		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Oct 2022 06:01:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sancho Panza (Don Quichotte, Massenet) Un choc – et comme on en connaît peu ! Au tout début des années 1990, Alain Fondary incarnait Sancho Panza aux côté de José Van Dam à Toulouse. Le jeune étudiant que j’étais alors en a encore des frissons dans le dos : la puissance, la faconde, la diction, mais aussi &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Sancho Panza (<em>Don Quichotte</em>, Massenet)</strong></p>
<p>Un choc – et comme on en connaît peu ! Au tout début des années 1990, Alain Fondary incarnait Sancho Panza aux côté de José Van Dam à Toulouse. Le jeune étudiant que j’étais alors en a encore des frissons dans le dos : la puissance, la faconde, la diction, mais aussi l’élégance et la noblesse de ce chant, qui n’avaient rien à envier ici à son glorieux maître, tout semblait touché par la grâce et le génie. Le public, autour de moi, paraissait presque blasé : il est vrai que ce baryton était un habitué des lieux, et l’on n’en attendait pas moins de lui ! Le disque est heureusement venu graver cette interprétation mémorable (EMI, dir. Plasson). Joyeux anniversaire, maître ! <strong>JJG</strong></p>
<p><strong>Paolo (<em>Simone Boccanegra</em>, Verdi)</strong><br />
	Alain Fondary et les Chorégies d&rsquo;Orange, c&rsquo;est une histoire d&rsquo;amour de 15 ans qui a vu le baryton tenir de nombreux rôles jusqu&rsquo;en 2000. L&rsquo;un des premiers, en 1985, c&rsquo;est celui du vil Paolo dans <em>Simon Boccanegra</em> de Verdi, rôle dans lequel son baryton mordant et ses accents n&rsquo;ont pas de mal à tenir la dragée haute à son partenaire Piero Cappuccilli. Le voici dans le Prologue, proposé ici dans son intégralité et (presque) comme si vous y étiez, gazouillis d&rsquo;oiseaux et mistral compris. <strong>CM</strong></p>
<blockquote>
<p>C&rsquo;était avec Piero Cappuccilli, c&rsquo;était la première fois que je me trouvais face à lui. j&rsquo;ai pu constater que cela marchait bien (&#8230;) J&rsquo;aime bien Paolo, mais je préfère la subtilité et l&rsquo;esprit de Simon. C&rsquo;est comme Giovanni et Leporello : je préfère Leporello à Giovanni, je ne parle pas du personnage parce que le public le reçoit différemment. Voilà un rôle que je n&rsquo;ai chanté que quelques fois. J&rsquo;avais appris les deux versions, française et italienne ; je les chantais à une semaine d&rsquo;intervalle l&rsquo;une de l&rsquo;autre : j&rsquo;ai cru mourir ! Cela m&rsquo;a servi de leçon, je ne l&rsquo;ai pas oublié. <strong>ODB Opéra</strong></p>
</blockquote>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/_mfTe0A3EvQ" title="YouTube video player" width="560"></iframe></p>
<p><strong>Scarpia (<em>Tosca</em>, Puccini)</strong><br />
	Un appel de son agent. « Karajan veut t&rsquo;auditionner ». Bigre, se dit Alain Fondary. Il s&rsquo;agit d&rsquo;assurer. Sur l&rsquo;énorme plateau, il se présente. Le maestrissimo est charmant « veuillez donc vous donner la peine de chanter le <em>Te Deum »</em>. Fondary s&rsquo;exécute « Ah, Tosca ! ». Karajan a l&rsquo;air ravi. « Maintenant, j&rsquo;aimerais que vous le chantiez à nouveau ». Un préposé entre sur scène en tremblant et rappelle à l&rsquo;immense chef que dans sa loge, Pavarotti trépigne, car il est l&rsquo;heure de répéter. L&rsquo;œil de Karajan pétille « Pavarotti attendra. Monsieur Fondary, recommencez ». Le chanteur prend sa respiration et chante. « Ah, parfait ! vous avez l&rsquo;endurance ». Karajan est ravi, Fondary est engagé. <strong>CDR</strong> </p>
<p><strong>Hérode (<em>Hériodiade</em>, Massenet)</strong><br />
	Avoir entendu Alain Fondary chanter Hérode dans <em>Hérodiade</em> de Massenet restera comme un immense souvenir pas seulement d&rsquo;opéra et de chant, mais de langue française, lorsqu’elle est entièrement habitée par le sens du théâtre, par une éloquence sans emphase, toute pétrie d’incarnation et de présence. À une incroyable plénitude vocale répondait une étonnante plénitude théâtrale, et le personnage que la flamme de Salomé embrase semblait n&rsquo;avoir plus de limite dans l’extase ni dans la violence. Peu de chanteurs m’ont communiqué cette impression d’urgence et de maîtrise. C’est pour des artistes de ce calibre que l’opéra semble avoir été inventé. <strong>SF</strong></p>
<p><strong>Le Comte de Toulouse (<em>Jérusalem</em>, Verdi)</strong></p>
<p>La résurrection du <em>Jérusalem </em>de Giuseppe Verdi au Palais Garnier en 1984 constitue les vrais débuts d’Alain Fondary pour l’Opéra de Paris. En 1979, le chanteur a certes déjà incarné Sulpice <a href="https://www.youtube.com/watch?v=4OEjD1Hkjg0" rel="nofollow">dans une série de <em>Fille du régiment</em></a>, mais les représentations étaient données à Favart ou le spectacle fut mal reçu. Il faut dire que la distribution de l’époque en était 100% française et que les spectateurs d’alors leur préféraient les stars internationales du chant. On doit à Massimo Bogianckino, éphémère patron de l’ONP entre 1983 et 1985, un mandat aussi court qu’admirable, le seul pour lequel ce florentin aura essayé de redonner une vraie identité à l’institution multi centenaire. Entre deux tubes du répertoire chantés par des Luciano Pavarotti et autres Alfredo Kraus, ce formidable directeur proposa quelques recréations d’ouvrages qui firent les beaux jours de l’Opéra de Paris (<em>Moïse</em>, <em>Robert le Diable</em>…). Heureuse époque car il est peu probable que <em>Jérusalem</em>, adaptation française assez libre d’<em>I Lombardi alla Prima Crociata</em>, (d&rsquo;ailleurs réadapté en italien sous le titre de <em>Gerusalemme</em>) ne soit jamais redonné en ces lieux : on y fait rimer « Bannière chrétienne » avec « Horde païenne » et on y scande avec ferveur « Dans le sang, dans le sang, renversons le Croissant ! ». C&rsquo;était avant le vivre-ensemble.  Au sein d’une distribution majoritairement italienne, comprenant la délicieuse Cecilia Gasdia, le distingué Veriano Luchetti et le noir Silvano Carroli, Alain Fondary incarnait le Comte de Toulouse. En théorie, le rôle ne comporte pas d’air saillant : pour l’occasion toutefois,<a href="https://youtu.be/vJQyNFSRCWw?t=3780" rel="nofollow"> le baryton français se vit confier l’interprétation en soliste du trio conclusif de la scène 1 de l’acte II</a> : le public parisien découvrit ainsi un formidable baryton français. <strong>JMP</strong></p>
<p><strong>Le Grand-Prêtre de Dagon (<em>Samson et Dalila</em>, Saint-Saëns)</strong></p>
<p>Le rôle du Grand Prêtre de Dagon de <em>Samson et Dalila </em>est court mais particulièrement exposé. Alain Fondary l’a incarné aux côtés des plus grands (Placido Domingo, Shirley Verrett, Agnes Baltsa…). Le baryton n’eut jamais à rougir <a href="https://www.youtube.com/watch?v=o7kG-pYWcrI" rel="nofollow">face à de telles pointures vocales</a> et y compris dans les plus grandes salles comme le Metropolitan Opera de New York, mettant ses moyens impressionnants au service du plus pur style français. <strong>JMP</strong></p>
<p><strong>Escamillo (<em>Carmen</em>, Bizet)</strong></p>
<p>Peu de barytons français y ont échappé, que ce soit à la scène ou à la fin d&rsquo;un repas de noces : « Toréador, prends garde à toi » est une scie incontournable du répertoire. Même s&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de son rôle le plus intéressant, <a href="https://youtu.be/5abeeNi8V78?t=3569" rel="nofollow">nous ne pouvions pas ne pas l&rsquo;évoquer</a>. <strong>JMP</strong></p>
<p><strong>Jack Rance (<em>La Fanciulla del West</em>, Puccini)</strong></p>
<p>Alain Fondary excellait dans les rôles de méchant. Son incarnation du terrible shérif a heureusement été préservé par un enregistrement officiel d&rsquo;un concert de la radio munichoise (version sans coupure, ce qui est rare). <a href="https://www.youtube.com/watch?v=o3fjJo8Ndfs" rel="nofollow">Pour la fantastique scène de la partie de cartes</a> (dont l&rsquo;enjeu est la vie de l&rsquo;amant de Minnie), il fallait tout son répondant face à la tonitruante Eva Marton ! <strong>JMP</strong></p>
<p><strong>Amonasro (<em>Aida</em>, Verdi)</strong></p>
<p>On peut être un brin brutal tout en aimant sa fille et sa patrie : Amonasro est un insoumis<a href="https://www.youtube.com/watch?v=LA8eq1RuiSQ" rel="nofollow" style="color: rgb(1, 143, 226); text-decoration-line: underline;"> </a> aux multiples facettes. Alain Fondary a interprété le rôle dans les salles les plus incongrues (notamment, en 1984, au Palais Omnisport de Paris-Bercy, sous la baguette de Michel Plasson. Le voici ici dans une représentation en plein air <a href="https://youtu.be/caJHy2BTdHE?t=739">sur les lieux de l&rsquo;action</a> ! <strong>JMP</strong></p>
<p><strong>Posa (<em>Don Carlo</em>, Verdi)</strong></p>
<p>On se demande parfois comment sont conçues les distributions. En 1986, l’Opéra de Paris propose la version française de <em>Don Carlos</em>, décidée sous le mandat précédent de Massimo Bogianckino démissionnaire. Le rôle du Marquis de Posa est dévolu à deux chanteurs anglo-saxons : Thomas Allen et Richard Stilwell. Puis l’ouvrage est repris en fin de saison dans sa version italienne en quatre actes, et le rôle est cette fois offert à… Alain Fondary ! <a href="https://www.odb-opera.com/joomfinal/index.php/les-dossiers/48-les-chanteurs/120-alain-fondary" rel="nofollow">Dans une interview à ODB-Opéra</a>, le chanteur confie : « On ne m’attendait pas du tout dans ce rôle à Paris. Et pourtant, ce fut un des plus grands succès de ma carrière. En saluant, je pleurais devant l’accueil du public ». Malheureusement, il ne subsiste aujourd’hui que des enregistrements privés de cette prise de rôle, aucun n’ayant été mis en ligne pour le plaisir du plus grand nombre, du moins à ce jour. <strong>JMP</strong></p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/90-ans-dalain-fondary-lartiste-par-dix-de-ses-roles/">90 ans d&rsquo;Alain Fondary : l&rsquo;artiste par dix de ses rôles</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Ana-chroniques</title>
		<link>https://www.forumopera.com/dossier/ana-chroniques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Mar 2021 15:09:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comptes rendus de créations mondiales historiques. Ces travaux d&#8217;imagination et de projection, – car généralement, nous n&#8217;y étions pas –, vous permettront de humer l&#8217;ambiance des créations au temps de Mozart, de Rossini ou de Verdi. Ludwig van Beethoven : Fidelio Hector Berlioz : Les Troyens Arrigo Boïto : Mefistofele Wolfgang Amadée Mozart : Don Giovanni Jacques Offenbach &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em style="font-size: 14px">Comptes rendus de créations mondiales historiques. Ces travaux d&rsquo;imagination et de projection, – car généralement, nous n&rsquo;y étions pas –, vous permettront de humer l&rsquo;ambiance des créations au temps de Mozart, de Rossini ou de Verdi.</em></p>
<hr />
<ul>
<li><a href="https://www.forumopera.com/fidelio-vienne-theater-an-der-wien-fi-de-fidelio-ana-chronique">Ludwig van Beethoven : <em>Fidelio</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/les-troyens-a-carthage-paris-theatre-lyrique-berlioz-un-de-troie-ana-chronique">Hector Berlioz : <em>Les Troyens</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/mefistofele-milan-mefistofele-au-diable-lopera-ana-chronique"><em>Arrigo Boïto : Mefistofele</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/don-giovanni-prague-creation-de-don-giovanni-a-prague-ana-chronique">Wolfgang Amadée Mozart : <em>Don Giovanni</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/la-belle-helene-paris-offenbach-paris-a-paris-ana-chronique">Jacques Offenbach : <em>La Belle Hélène</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/la-fanciulla-del-west-new-york-new-york-un-puccini-transatlantique-ana-chronique#overlay-context=la-fanciulla-del-west-new-york-new-york-un-puccini-transatlantique-ana-chronique">Giacomo Puccini : <em>La Fanciulla del West</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/samson-et-dalila-weimar-saint-saens-et-samson-ana-chronique">Camille Saint-Saëns : <em>Samson et Dalila</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/i-due-foscari-rome-verdi-le-choeur-a-louvrage-ana-chronique">Giuseppe Verdi :<em> I due Foscari</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/le-vaisseau-fantome-dresde-dresde-wagner-en-pleine-tempete-ana-chronique#overlay-context=auteurs/clement-taillia">Richard Wagner</a><a href="https://www.forumopera.com/le-vaisseau-fantome-dresde-dresde-wagner-en-pleine-tempete-ana-chronique#overlay-context=auteurs/clement-taillia"><font color="#018fe2"> :</font><em> Le Vaisseau Fantôme</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/don-pasquale-paris-un-don-de-donizetti-ana-chronique#overlay-context=auteurs/clement-taillia">Gaetano Donizetti</a><a href="https://www.forumopera.com/don-pasquale-paris-un-don-de-donizetti-ana-chronique#overlay-context=auteurs/clement-taillia" style="font-size: 14px"> :</a><a href="https://www.forumopera.com/don-pasquale-paris-un-don-de-donizetti-ana-chronique#overlay-context=auteurs/clement-taillia"><em> Don Pasquale</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/werther-le-massenet-nouveau-est-arrive-ana-chronique">Jules Massenet : <em>Werther</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/i-puritani-paris-theatre-italien-puritains-et-cholera-ana-chronique">Vincenzo Bellini : <em>I Puritani</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/manon-lescaut-turin-trente-rappels-pour-manon-ana-chronique">Giacomo Puccini : </a><a href="https://www.forumopera.com/manon-lescaut-turin-trente-rappels-pour-manon-ana-chronique"><em>Manon Lescaut</em></a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/un-ballo-in-maschera-rome-un-verdi-masque-ana-chronique">Giuseppe Verdi : <em>Un ballo in maschera</em></a></li>
</ul>
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		<title>PUCCINI, La fanciulla del West — New York</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-fanciulla-del-west-new-york-un-puccini-transatlantique-ana-chronique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Andre Peyregne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Dec 2020 15:10:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cela fait quinze ans que nous admirons Puccini. Depuis qu’il a composé sa Bohème. Ont suivi deux autres chefs d’oeuvre, la Tosca  et Madame Butterfly. Lorsque nous avons appris que son nouvel opéra, la Fanciulla del West – en français la  Fille du Far West – serait créé à New-York, nous n’avons pas hésité : nous avons pris trois &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela fait quinze ans que nous admirons Puccini. Depuis qu’il a composé sa <em>Bohème</em>. Ont suivi deux autres chefs d’oeuvre, la <em>Tosca</em>  et <em>Madame Butterfly</em>.</p>
<p>Lorsque nous avons appris que son nouvel opéra, <em>la Fanciulla del West </em>– en français <em>la  Fille du Far West</em> – serait créé à New-York, nous n’avons pas hésité : nous avons pris trois semaines pour assister à sa création. C’était sans doute une folie, mais ce genre d’événement se transforme en souvenir pour la vie !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/fanciulla_del_west.jpg?itok=NglvuI2C" title="Première édition de la Fanciulla del West" width="337" /><br />
	Première édition de la Fanciulla del West</p>
<p>Nous avons donc effectué la traversée entre le Havre et New-York à bord de <em>La Provence</em>, qui est, à l’heure actuelle le paquebot français le plus rapide et – cela est important pour un journaliste – le premier équipé à être équipé de la T.S.F. (télégraphie sans fil).</p>
<p>Nous avons vécu à bord la vie mondaine des premières classes avec ses cabines de luxe surveillées par des stewards aux petits soins, ses promenades élégantes sur les ponts, ses thés dansants, ses dîners chics, ses bals costumés où l’on entend cette musique moderne qu’on appelle le jazz.</p>
<p>Vous arrivez à New-York et vous voilà devant le mythique Metropolitan Opera. Ce théâtre s’est forgé une légende en trente ans, entre les 39e et 45e rues à Broadway. Arrivant aux abords du haut building dont la façade est parcourue d’arcades à tous les étages, vous avez le cœur serré.</p>
<p>Partout l’Amérique étale son opulence. Au troisième acte il n’y avait pas moins de huit chevaux sur scène ! La richesse de la distribution laisse rêveur. Le Metropolitan Opera de New-York s’est offert depuis deux ans la présence de notre plus grand chef européen, Arturo Toscanini. C’est lui qui a dirigé le spectacle.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="318" src="/sites/default/files/styles/large/public/belasco_toscanini_et_puccini.jpg?itok=yB5qF7Hm" title="Belasco, Toscanini et Puccini" width="436" /><br />
	Belasco, Toscanini et Puccini</p>
<p>Le ténor était celui qui est actuellement le plus célèbre au monde, Enrico Caruso. Le public était inquiet de le retrouver après l’opération d’un nodule qu’il a subie récemment à Milan. Il a été ovationné. Mais sa voix a donné l’impression d’être plus sombre qu’avant.</p>
<p>La soprano était l’une des stars de l’opéra de New-York, Emmy Destin. On dit que Caruso en est amoureux.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/800px-enrico_caruso_iv.png?itok=2rx67EMN" title="caruso dans la Fanciulla del West" width="346" /><br />
	Caruso dans<em> la Fanciulla del West</em></p>
<p>Le succès alla au-delà de toute espérance. Il y eut un nombre incalculable de rappels.</p>
<p>Les Américains étaient heureux que le grand Puccini ait mis en musique leur histoire, celle de la conquête de l’ouest, avec ses saloons, ses trappeurs, ses chansons nostalgiques, ses disputes, ses parties de poker. Les personnages de l’opéra de Puccini ne portent plus des noms italiens mais s’appellent Minnie, Dick Johnson, Jack Rance ou Jack Wallace ! Sur dix huit rôles, seize sont des hommes. On entend passer des thèmes folkloriques américains. Cela étant, le langage musical puccinien demeure, même s’il est moins « mélodique » que dans les opéras précédents. Quelques airs nous ont frappé : ceux, intimistes, de Minnie quand celle-ci lit les psaumes de David ou quand elle répond à Rance (« Là bas, à Soledad »), l’air de bravoure de Jack Rance – un shériff qui ne peut faire oublier le Scarpia de la Tosca ! – et l’air de Johnson « Qu’elle me croie libre ». Une dernière chose plaît au public américain : l’histoire se termine par une happy end !</p>
<p>Nous ne savons pas si ce spectacle aura autant de succès en Europe. Des représentations sont prévues à Londres et à Rome l’an prochain.</p>
<p>Mais rien ne vaudra une représentation à l’Opéra de New-York ! Nous avons hâte d’y revenir. Le problème est la durée du voyage. Il paraît qu’en Angleterre, ils sont en train de construire un paquebot plus rapide. Il sera mis en service dans deux ans. Nous avons déjà envie de réserver nos places. Il s’appelle le Titanic…</p>
<p> </p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/video/un-jour-une-creation-10-decembre-1910-puccini-en-plein-far-west">Grâce à <strong>Un Jour, une création</strong>, retrouvez Nina Stemme et Jonas Kaufmann dans un extrait du final de <em>La Fanciulla del West</em>.</a></p>
<p align="left" style="margin-left: 0.6cm;margin-right: 0.6cm">
	 </p>
<p align="left" style="margin-left: 0.6cm;margin-right: 0.6cm">
	 </p>
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