Le Top 50 des plus belles cantates de Bach se poursuit à Leipzig, avec ce soir le seul ensemble de la série à ne pas être placé sous la direction d’un chef d’orchestre. Vox Luminis se présente en effet davantage comme un collectif vocal (et instrumental), au sein duquel Lionel Meunier chante tout en guidant les musiciens. Il est d’ailleurs fascinant de constater le degré de précision et d’exactitude que l’ensemble parvient à atteindre avec ce mode d’organisation, comme en témoignent les motets de Johann Hermann Schein et Heinrich Schütz interprétés entre les quatre cantates. Le concert de ce soir est consacré aux cantates classées de la 24e à la 21e place, qui se distinguent autant par leur caractère que par leur instrumentation.
Dans la très expressive BWV 150, probablement écrite par un Bach encore jeune à Mühlhausen, le chœur est installé en haut de la tribune, en demi-cercle, avec des pupitres entièrement mêlés. Les contrastes de tempo et de caractère sont parfaitement rendus, tout comme la chaconne finale, « Meine Tage in dem Leide ». La très festive BWV 110 instaure ensuite un changement de climat parfaitement maîtrisé : les trompettes retentissent dès le chœur d’ouverture, brillant, sur une musique inspirée de l’ouverture de la Suite pour orchestre BWV 1069. Celui-ci est immédiatement suivi par le bouleversant « Ihr Gedanken und ihr Sinnen », où la voix du ténor Raphael Höhn, par ailleurs remarquable Évangéliste, dialogue avec deux traversos (Sophia Kind et Stefanie Troffaes). Le duo de l’alto avec le hautbois d’amour (Sophia Faltas et Rodrigo López Paz) est tout aussi réussi, de même que le flamboyant air de basse, presque haendélien, interprété par Sébastien Myrus.
Changement complet d’atmosphère avec la BWV 170, seule cantate de la soirée écrite pour voix seule (sans chœur) et l’une des trois cantates de Bach conservées pour voix d’alto. L’ensemble se déplace alors vers l’orgue latéral de l’église, magnifiquement tenu par Bart Jacobs, pour un moment de recueillement bouleversant. Le public semble suspendu à ce « Vergnügte Ruh » initial, à la fois introspectif et méditatif, où le soliste, l’excellent contre-ténor Matthias Dähling, est porté par un hautbois d’amour et un tapis de cordes. Le concert s’achève avec la grande cantate dramatique BWV 70, consacrée au thème de la vigilance et du Jugement dernier. À nouveau triomphante grâce aux trompettes, elle s’ouvre sur une saisissante entrée du chœur, construite sur des gammes successivement reprises par les différents pupitres. Les airs sont eux aussi très réussis et la soirée se conclut sur les mots « meinem Jesum lass ich nicht », accompagnés des sourires du public comme des interprètes.


