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STRAUSS, Vier letzte Lieder – Colmar (Festival)

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Spectacle
7 juillet 2026
Un programme exaltant, pour aller au bout du chemin

Note ForumOpera.com

4

Détails

Richard Wagner
La chevauchée des Walkyries (Die Walküre, acte III)

Richard Strauss
Vier letzte Lieder, op. posthume
1. Frühling
2. September
3. Beim Schlafengehen
4. Im Abendrot

Also sprach Zarathustra,
Poème symphonique, d’après Nietzsche, op. 30

Masabane Cecilia Rangwanasha, soprano
Orchestre symphonique de la Monnaie
Direction musicale
Alain Altinoglu

Colmar, Festival, Eglise Saint-Matthieu, 5 juillet 2026, 20h 30

Apparue en France il y a quatre ans, avec ces mêmes Quatre derniers lieder, après s’être révélée comme une voix d’exception, Masabane Cecilia Rangwanasha ouvre le Festival de Colmar, avec Alain Altinoglu comme grand ordonnateur et chef, à la tête son Orchestre symphonique de la Monnaie, qu’il a porté à l’excellence.  Même si les œuvres symphoniques qui l’encadrent laissaient indifférent – mais est-ce possible ? – cet ultime cycle, testamentaire, de Richard Strauss justifiait le déplacement.

Pour l’introduire, la célébrissime Chevauchée des Walkyries, de presqu’un siècle antérieure. L’orchestre, au grand complet, nous donne une grande et belle leçon : la dynamique, les couleurs, la clarté nous emportent dans un déferlement irrésistible, d’une virtuosité rare.

Octogénaire, exilé, témoin impuissant de l’écroulement d’un monde, Strauss nous lègue en 1948 ses Quatre derniers lieder, œuvre crépusculaire et sereine, qui se réfugie dans l’intimité, fuyant l’histoire qui le rattrape. L’exaltation post-romantique s’est assagie, décantée, sublimée, pour la quintessence du chant straussien. « Inchantables » répondait Carlos Kleiber à Felicity Lott qui rêvait de les chanter.

Masabane Cecilia Rangwanasha © FIC-Bertrand Schimitt

Il est vrai que les prouesses vocales requises sont inouïes, sans exhibitionnisme, mais avec expressivité.
Frühling renvoie à la jeunesse avec son frémissement printanier. L’orchestre palpite d’effusions contenues, toujours transparent, cordes, bois et les quatre cors tissant une parure somptueuse à la voix. C’est le rêve, l’extase langoureuse ( ! ) avec la plénitude de la seconde strophe. Le registre grave, très sollicité, est somptueux. Dans la descendance de Jessye Norman, qui les grava il y a quarante ans, Masabane Cecilia Rangwanasha nous en offre une version aussi envoûtante qu’opulente. Sa voix impressionne, par sa large tessiture, par sa dynamique et la conduite de la ligne, par sa puissance aussi. Une vraie straussienne, comme il en existe peu.
September, c’est l’abandon hédoniste, avec le figuralisme des flûtes (des gouttes tombant de feuille en feuille). La voix survole, s’enlaçant à l’orchestre, sa longueur impressionne, particulièrement dans l’ultime phrase. Beim Schlafengehen, berceuse en crescendo (« l’âme va planer, libre enfin, et vivre mille vies ») est empreint de lassitude sensuelle, chambriste à certains égards. Les aigus subtilement dosés, un orchestre qui scintille, le solo rêveur du violon (« sehr ruhig ») de Sylvia Huang, le discret célesta, les cors, la soif d’apaisement distillent l’émotion la plus juste.
Avec Im Abendrot, la vision se fait crépusculaire. On atteint à la plénitude extatique, infinie, au mystère ineffable, à la transparence, à l’engourdissement ultime et apaisé, avec quelques gazouillis d’oiseaux. « Est-ce donc cela, la mort ? »

Malgré l’orchestre nombreux, la direction installe une forme d’intimité profonde, quasi chambriste, qui sert et magnifie le chant. Même si Strauss écrivit directement pour orchestre, quelle que soit la beauté de sa parure, ce dernier n’est pas le centre de gravité de l’ouvrage. Le poids des mots, la poésie imagée de Hermann Hesse, et le couronnement d’Eichendorff pour finir, la langue est essentielle et participe à l’émotion. Non seulement le sens qu’elle véhicule, mais aussi sa sonorité, ses couleurs, inflexions et accents. Si la voix est à l’écoute du texte, notre cantatrice n’est pas germanophone de naissance, et c’est là qu’il faut chercher l’extrême limite de son interprétation poignante, où le chant écrase parfois le mot. Les couleurs de la langue, ses consonnes sont appliquées, sans toujours convaincre. Ce sera notre unique réserve que seuls les germanophones – nombreux à Colmar – ont pu partager, sans occulter les qualités exceptionnelles de son chant. A-t-on jamais écrit plus bel adieu à la vie ? Le postlude orchestral, diminuendo, infini, est suivi d’un long silence, qui est encore musique, avant que le public ose exprimer son bonheur, durablement et avec ferveur.

Le fracas du monde nous est rappelé par Also sprach Zarathustra, écrit soixante ans auparavant. « …Nous étions des somnambules : nous voulons devenir des rêveurs éveillés et conscients » écrivait Strauss en exergue à la partition. Le spectaculaire lever de soleil, avec les quatre trompettes et les timbales, sur le trémolo des contrebasses, avec le contrebasson et l’orgue à l’unisson, est dans toutes les oreilles. Pour autant, le poème symphonique n’est pas si fréquent dans nos salles de concert, et ses huit mouvements, le plus souvent enchaînés, offrent tout ce dont l’écriture straussienne est capable. La virtuosité, la luxuriance d’une orchestration somptueuse font toujours très forte impression.
La dynamique, le flux, les couleurs, tout nous ravit, animé par une direction admirable d’engagement et d’attention. Par-delà la fascination propre à cette page grandiose, l’observation attentive de tel ou telle musicien-ne permet d’affirmer que tous se donnent totalement à cette interprétation-communion magistrale. La salle observe un long silence recueilli après le triple piano apaisé des vingt dernières mesures, avant d’acclamer les interprètes.

Un concert d’une intensité exceptionnelle pour une ouverture de festival réussie et prometteuse.

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