Depuis 25 ans, le festival Opéra des Landes irrigue un territoire éloigné de la tradition lyrique. Son fondateur, Olivier Tousis, voulait rendre l’opéra accessible. Une programmation variée, des tarifs abordables, un important travail de médiation culturelle, notamment auprès des jeunes, ont porté leurs fruits. Placé aujourd’hui sous la direction artistique de Yassine Benameur, le rendez-vous confirme sa dynamique, à en juger par l’enthousiasme du public venu en nombre applaudir cette deuxième représentation des Pêcheurs de perles.
La mise en scène d’Éric Perez est de celles qui avec peu de moyens et un plateau exigu parviennent à donner le change. En l’absence de fosse, l’orchestre prend place à l’arrière-scène, derrière un rideau blanc, sous une structure tubulaire qui déploie le drame sur deux niveaux. Le chœur use de ces plateformes pour surplomber l’action. Leïla y chante son invocation à Brahma. Utilisé comme écran, le rideau blanc s’étire jusqu’à l’avant-scène où se concentre l’essentiel du récit. Des vidéos projetées à propos, un jeu de voile et deux danseurs en transe guerrière animent le décor. L’illusion est créée ; l’approche, fidèle au livret, est toujours lisible. Ainsi va le théâtre, lorsqu’il doit faire beaucoup avec peu.
Beaucoup avec peu est aussi la figure de style que doit résoudre Gaspard Brécourt. L’orchestre, réduit à une vingtaine de musiciens, ne peut restituer toute la richesse d’une partition qui, sous la plume d’un Bizet de vingt-quatre ans, éclate déjà de couleurs. La modestie de la palette, le défaut de puissance tranchent avec l’abondance d’un chœur d’une cinquantaine de chanteurs, difficile à unifier dans une telle configuration. La direction compense ce déséquilibre. Précise, elle imprime à la narration musicale un souffle qui ne faiblit jamais.
© Vincent Lajus
Offrir à de jeunes chanteurs des rôles de premier plan fait aussi partie de l’ADN du Festival. L’implacable Nourabad donne à Matthieu Toulouse l’occasion de muscler une voix de basse appelée à gagner en étoffe et en ampleur avec le temps.
C’est au troisième acte que Jiwon Song prend l’entière mesure de Zurga. Auparavant, son baryton, toujours intelligible malgré ses origines coréennes, semblait comme voilé, non en mal de projection mais d’expression. « O Nadir, tendre ami de mon jeune âge » trouve l’arête et les nuances pour traduire le déchirement intérieur du chef des Pêcheurs. La ligne de chant, conduite avec assurance, laisse affleurer l’émotion, tandis que les inflexions de la voix rendent palpable la violence des tourments qui l’assaillent, sans jamais céder à l’emphase.
L’expression est aussi l’écueil sur lequel achoppe Erminie Blondel. La clarté de la diction, l’attention portée au texte sont axes de progrès, au-delà de la beauté d’une voix à la technique solide, capable de trilles et d’aigus filés du meilleur effet. C’est le deuxième acte qui la montre sous son meilleur jour, le duo du troisième exigeant des accents dramatiques aujourd’hui hors de sa portée – une des difficultés du rôle de Leila réside dans ce changement soudain de registre.
Mark Van Arsdale, enfin, est un ténor américain qui a fait ses classes en France – Opéra national du Rhin et Opéra-Comique. D’abord sur la réserve, il s’épanouit dans sa romance qu’un subtil équilibre entre voix de tête et de poitrine, allié à une grande sincérité expressive, baigne de poésie. C’est dans ce bois tendre et solide à la fois que se sculptent les meilleurs Nadir, capables de douceur et d’éclats ainsi qu’en témoigne ensuite dans le deuxième acte un duo élégiaque suivi d’un finale héroïque et, au troisième, « ô lumière sainte » comme éclairé de l’intérieur.
L’histoire ne s’arrête pas là ; le festival poursuit sa 25e édition jusqu’au 29 juillet, dans un joyeux mélange des genres, du Requiem de Fauré (le 21 juillet) à Broadway dans les Landes (le 29 juillet) en passant par La belle Hélène (les 24 et 26 juillet).
© Vincent Lajus

