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Concert Philippe Jordan – Paris (Radio France)

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Spectacle
18 octobre 2023
Soir d’exception à l’Auditorium de Radio France

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Détails

Claude Debussy (1862 – 1918)

« Prélude à l’Après-midi d’un faune », Eglogue pour orchestre d’après Stéphane Mallarmé, FL 87

Ernest Chausson (1855 – 1899)

« Poème de l’amour et de la mer »

Felix Mendelssohn (1809 – 1847)

« Meeresstile und glückliche Fahrt »

Benjamin Britten (1913 – 1976)

« Four Sea interludes », tirés de Peter Grimes

 

Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano

Orchestre national de France

Philippe Jordan, direction musicale

Paris, Auditorium de Radio France, le samedi 14 octobre 2023, 20h

Concert en réécoute sur le site de France Musique

 

 

En remplacement de la cheffe Dalia Stasevska en congé de maternité, Philippe Jordan a pris les rênes de l’Orchestre national de France en ce samedi d’octobre. Le chef suisse a quelque peu modifié un programme initialement dédié aux femmes compositrices ou héroïnes avec Lili Boulanger, mais aussi la suite lyrique de  Carmen de Bizet. La mezzo Stéphanie d’Oustrac est restée dans la distribution d’une soirée dédiée désormais aux mirages et miroitements de la Mer. Le public parisien ainsi que les auditeurs de France Musique n’ont pas regretté ce changement puisqu’ils ont eu le plaisir d’entendre un orchestre brillamment engagé pour Debussy, Chausson, un Mendelssohn diablement passionnant sous la baguette de Philippe Jordan et les Quatre Interludes de Benjamin Britten. Concert magistral d’une durée idéale : 1h50 (entracte de 20 mn compris). Il faut préciser que Philippe Jordan n’a pas ménagé son bilan carbone pour sauver le concert du samedi soir donné en direct sur France Musique. On lui pardonne car en répétition à Paris, il lui fallait cependant retourner diriger Puccini entre deux à l’Opéra de Vienne dont il est le directeur musical.

Pour peindre « les décors successifs à travers lesquels se meuvent les désirs et les rêves du Faune » (Debussy), le chef bien aidé de solistes de premier plan, dont la flûte nuancée de la brillante Silvia Careddu, a privilégié l’équilibre des proportions d’une partition au panthéisme néo-grec (avec ses cymbales antiques), ne mettant pas trop en exergue les faits compositionnels trop souvent donnés comme autant d’instants jetés à tous les vents du moderne. Avec sa gestique élégante et enveloppante, Philippe Jordan a donc préféré la beauté des lignes, soutenue par un art consommé des variations rythmiques.

La fascination sensuelle était aussi au rendez-vous avec le « Poème de l’amour et de la mer » d’Ernest Chausson. C’est la première apparition de Stéphanie d’Oustrac dans ce chef-d’œuvre lyrique et vénéneux, avec cette entrée à son répertoire, à l’occasion de ses retrouvailles avec l’ancien directeur musical de l’Opéra de Paris (qui nous avait offert un superbe « Roi Arthus » en 2015 du même Chausson). Si l’œuvre se révèle un peu ennuyeuse quand elle est donnée dans sa version avec voix et piano, elle se fait envoûtante quand l’accompagnement orchestral et la voix transcendent les médiocres poèmes de Maurice Bouchon. Avec sa ligne vocale ductile, sa technique soignée évitant la wagnérisation, sa diction parfaite et une expressivité à la palette riche donnant son poids et tout son sens au texte, la chanteuse – fine liane sombre très engagée scéniquement – nous ravit. Elle est bien servie il est vrai par un orchestre voué à l’équilibre dynamique, aux contrastes fondus et aux couleurs irisées, offrant une texture faite de lumières et d’ombres. Sortilèges de la flûte dans « La Fleur des eaux », puis pour « La Mort de l’amour », vite soutenue par les bois, entrée de solistes magnifiques (dont la clarinette de Patrick Messina, le violoncelle de Raphaël Perraud ou le violon de Luc Héry), pupitres aux interventions artistes, tous concourent, dans un assombrissement progressif, à créer un drame bouleversant.

© DR

Œuvre rare au concert ensuite, cette suite « Mer calme et heureux voyage » de Mendelssohn retrouve toutes les vertus romantiques, entre orages et effusion. Cette pièce comme imprégnée ici d’une influence toute beethovénienne sous la baguette du chef suisse nous passionne avec un orchestre électrique, incisif, toujours très engagé. Une vraie réussite – pour un compositeur souvent traité de manière soporifique. Les « Four Sea interludes », extraits de l’opéra Peter Grimes de Benjamin Britten, brillent tel un diamant noir dans la splendide interprétation qui nous est ici donnée, l’effectif de la phalange se faisant beaucoup plus lourd. Du prélude de l’opéra si évocateur avec son atmosphère menaçante, sa cantilène faussement tranquille troublée par les cuivres, aux autres épisodes à l’orchestration toujours luxuriante et raffinée (on ne se lasse pas de la harpe et des bois après les traits staccatos des cordes, les avertissements des cors, entre nombreux autres fascinants événements musicaux) le chemin fatal jusqu’à la tempête emporte tout. Talents et haute vision se sont rencontrés pour susciter notre plaisir et notre admiration. Rien de tel que ces soirées d’exception pour toucher au sublime, celui-là même théorisé par Burke. Grâce en soit rendue à un des meilleurs orchestres dirigé par un des plus grands chefs de la scène internationale.

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Claude Debussy (1862 – 1918)

« Prélude à l’Après-midi d’un faune », Eglogue pour orchestre d’après Stéphane Mallarmé, FL 87

Ernest Chausson (1855 – 1899)

« Poème de l’amour et de la mer »

Felix Mendelssohn (1809 – 1847)

« Meeresstile und glückliche Fahrt »

Benjamin Britten (1913 – 1976)

« Four Sea interludes », tirés de Peter Grimes

 

Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano

Orchestre national de France

Philippe Jordan, direction musicale

Paris, Auditorium de Radio France, le samedi 14 octobre 2023, 20h

Concert en réécoute sur le site de France Musique

 

 

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