Un programme de récital avec piano qui annonce, dans le cadre du Festival Rossini, Haydn, Haendel, Mozart, Cimarosa, Donizetti, Mendelssohn puis Bellini et (enfin !) Rossini pourrait a priori rebuter… pourtant, le résultat, au sein du beau Teatro Rossini, est simplement remarquable !
Comme l’explique avec beaucoup de simplicité Adrian Sâmpetrean à l’issue du programme (et avant d’entamer des bis, composés de chansons roumaines, que le chanteur contextualise en quelques mots), il a souhaité proposer au public un voyage, avec pour ligne directrice le bel canto au travers des siècles, en mêlant les styles (opéra, cantates, mélodies) et les langues. Avec un tel guide, le public ne peut suivre qu’avec enthousiasme.
Ce concert, dédié par le chanteur à sa compatriote Ileana Cotrubaș, décédée ce jour, commence doucement avec un extrait de Die Schöpfung, bien mené, lui permettant de chauffer sa voix. Car la suite est d’un tout autre calibre : « Why do the nations so furiously rage together? », extrait du Messie de Haendel, sollicite immédiatement l’agilité de la basse roumaine. Accompagné par un Giulio Zappa complice, qui tutoie les mêmes cimes de virtuosité, le chanteur nous emporte par les chaudes couleurs de son baryton-basse et la fluidité des vocalises. L’air du catalogue de Don Giovanni nous emmène ensuite dans un autre univers : le pupitre disparaît et, pour ce rôle que le chanteur a interprété dans nombre de maisons d’opéra, c’est l’acteur qui est mis en avant, occupant l’espace comme dans une représentation mise en scène. Les mélodies de Donizetti mettent en valeur un français plus que correct et, ici encore, Adrian Sâmpetrean vit son chant, notamment dans le Le renégat aux allures de mini opéra. Il ne s’agit en aucun cas de cabotinage, mais d’une véritable intelligence interprétative. Le chanteur est d’ailleurs passionnant à observer : il emmène le spectateur dans son univers, par son corps, ses mains, son regard.
On pourrait attendre des couleurs plus automnales pour Giorgio dans le « Cinta di fiori » de I Puritani de Bellini. On rend pourtant les armes devant un legato remarquable, les moirures du timbre et surtout la tendresse infinie qui transpire de son chant. La salle est suspendue à ses lèvres.
Rossini, en bout de chemin, ne fait que confirmer la réussite incontestable de ce récital : l’animation du récitatif et la virtuosité de l’air d’Alidoro maintiennent cet état de grâce, qui découle également d’une vraie osmose avec Giulio Zappa. Que ce soit en soliste (sonates de Cimarosa ou Lieder ohne Worte de Mendelssohn) ou comme accompagnateur, le pianiste démontre, à l’image de son comparse du jour, que la virtuosité n’exclut en rien une véritable sensibilité.



