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FAU, Concert très chic – Paris (Bouffes Parisiens)

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Spectacle
21 octobre 2026
Chères divas, on vous adore…

Note ForumOpera.com

5

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Spectacle écrit par Michel Fau (2026)

Détails

Mise en scène
Michel Fau
Costumes
David Belugou
Maquillage et Perruque
Eva Cissé
Bijoux
Philippe Ferrandis
Collaboration artistique
Alexandre Mary
Coproduction avec le Festival d’Anjou

La Diva
Michel Fau
Le ténor
Philippe Talbot
Au piano
Martin Surot

Paris, Théâtre des Bouffes Parisiens, 19 octobre 2026, 19h

Chères divas, on vous adore, et bien sûr Michel Fau est du nombre ! Car il est de la grande famille, ayant chanté et joué dans une dizaine d’œuvres lyriques, et mis en scène une quinzaine d’autres. Et tout cela remonte loin dans le temps, puisque c’est lors de ses études au lycée Bernard Palissy d’Agen qu’il a déjà côtoyé Béatrice Uria-Monzon et Éric Perez, avant d’entrer dans la mouvance d’Olivier Py. Depuis des années, Michel Fau s’est fait une spécialité du travestissement et de l’énooorme (L’impardonnable Revue pathétique…, Récital Emphatique et Névrotik hôtel). Plus récemment, il a également signé l’une des plus belles défenses de l’art de l’acteur et du comédien : « L’artiste doit rester extravagant, scandaleux, obscène et ingérable ».

Son « Concert très chic » est un régal. Au début, tout va bien, tout paraît conforme à la tradition et aux codes classiques : une cantatrice dans une somptueuse robe rouge, bien apprêtée, avec des bijoux jetant mille feux (Michel Fau), un ténor l’air jeune et bien mis (Philippe Talbot), un pianiste plutôt strict ne seraient ses chaussures jaunes (Martin Surot), arrivent sur scène et saluent le public sous de chaleureux applaudissements, bref tout est en place pour un de ces concerts risquant d’être plutôt ennuyeux auxquels on a tous été confrontés. Mais le choc est immédiat, comme un coup de poing, lorsque la Diva ouvre la bouche… et éructe borborygmes et sons dérangeants. Les rires fusent de la salle, enflent, le spectacle va-t-il devoir s’arrêter sur le duo dansé « l’Heure exquise » (La Veuve joyeuse), qui annonçait d’autres plaisirs ? Non, car le ténor est vaillant et sait attirer une bonne dose de sympathie dans ce cadre catastrophique.

La Diva, c’est Elle que le public est venu applaudir. Malheureusement, elle est vieillissante, elle chevrote, elle perd ses passages, ses registres et ses repères et s’en rend compte. C’est à la fois pitoyable et déchirant, lorsqu’on se souvient de l’époque de sa grandeur. Dans ces conditions, on comprend que le ténor ne soit, pour elle, qu’un comparse, un faire-valoir qu’elle domine de tout son passé. De fait, il est tout son contraire, il est dans la force de l’âge, en possession de tous ses moyens, il chante bien et fait sans efforts apparents ce qui pour elle est devenu insurmontable. Mais il est aussi sa chose, y compris sexuellement, et dieu sait ce qui peut se passer en coulisses… Le pianiste, enfin, qui n’est pas non plus à l’abri des tentatives infructueuses de la Diva, est là pour unifier le jeu, apporter du calme là où règne l’outrance et la démesure. Mais sans pour autant laisser échapper la moindre occasion de briller, notamment dans l’exceptionnel piano solo de la Danse du feu (L’Amour sorcier, Manuel de Falla).

© Christophe Martin Festival d’Anjou 2026

Pour soutenir cette soirée de folie, il fallait des œuvres qui permettent et justifient l’outrance extrême qui déferle et génère en retour les rires inextinguibles d’une salle totalement conquise. Les thèmes essentiels – très théâtraux – qui ont présidé à ces choix sont notamment le vieillissement, la révolte contre l’inéluctable, l’amour, les relations hommes-femmes… Bref, tout ce qui anime la vie des artistes, à la scène comme à la ville. Le principe est simple, et s’appuie sur des détournements des textes par l’interprétation gestuelle et les mimiques, tout restant extrêmement sophistiqué. Beaucoup de second degré car la Diva a conscience de l’absurdité de la situation, et esquisse même quelques instants de révolte, mais même dans l’adversité, the show must go on, c’est « marche ou crève » !

Tout s’enchaîne donc avec une implacable fatalité. Puccini, puis une mélodie anglaise permettent au ténor de briller à son tour, et à la Diva épuisée par son tour de danse de se reposer avant d’attaquer « Divinités du Styx » (Alceste, Gluck), un morceau de bravoure mimé à outrance. Elle enchaîne le début de L’Enfant et les sortilèges où l’on se prend à entendre une phrase apocryphe, « j’ai envie de tuer tout le monde », la pensée de la Diva déraillant quelque peu. « Ah mes amis, quel jour de fête » (La Fille du Régiment, Donizetti), avec ses célèbres neuf contre ut, permet au ténor de briller à nouveau, avant que la Diva ne déclame avec l’emphase d’un autre temps le songe d’Athalie (Racine), où l’on perçoit bien qu’il s’agit là de réaliser l’impossible, c’est-à-dire « réparer des ans l’irréparable outrage ». « Rossignol de mes amours » (Le Chanteur de Mexico, Raymond Vincy et Francis Lopez) vient fort à propos détendre l’atmosphère avant deux immenses autres morceaux de bravoure, la « Habanera » de Carmen (Bizet) qui s’attaque au pianiste, et la scène finale « C’est toi, c’est moi ». Qui n’a souri intérieurement au côté convenu et daté de cet échange oral me jette la première pierre. Ici, l’éclat de rire est général !

Le temps d’un intermède pianistique, la Diva revient un peu boudinée dans un fourreau rouge sombre pailleté. Le ténor a revêtu une veste bleue également pailletée : on va changer de registre et aborder les variétés internationales, dans lesquelles nombre de chanteurs lyriques se sont essayés avec plus ou moins de bonheur. Ce soir, c’est un délice, tant le second degré entraîne des situations fort risibles. Après la chanson « Viens danser » (Pierre Delanoë et Louis Amade, musique de Gilbert Bécaud), c’est « L’Hymne à l’amour » (paroles d’Edith Piaf, musique de Marguerite Monnot), où la Diva peut clamer son désespoir face à l’adversité : « Peu importe, si tu m’aimes, je me fous du monde entier » ! Le classique du rock Panama permet au ténor de montrer la diversité de ses talents.

Pendant ce temps, nouvelle robe, cette fois verte lamé scintillante fendue très haut sur le côté. Suivent deux duos absolument hilarants, Amoureux fous (Vline Buggy, musique Julien Lepers) et « J’ai encore rêvé d’elle » (Serge Koolenn, musique de Richard Dewitte). Puis la Diva minaude à l’envi, et chante comme elle peut « Reviens-moi » (Didier Barbelivien, musique Gérard Stern). Façon fausses sorties et bis, ce sont ensuite « Regarde-moi » (Jean-Jacques Goldman), « À Noël je t’ai donné mon cœur » (groupe Wham) et « Je vis pour elle » (Michel Jourdan, musique de Valerio Zelli et Mauro Mengali).

Alors, sérieux ou pas ? Cruel ou non ? Michel Fau s’en explique : « Dans ce spectacle je ne suis qu’une caricature – très tendre – des Divas que je vénère depuis mon adolescence ; comme je ne peux atteindre leur génie, je n’en suis que la parodie. La virtuosité du pianiste Martin Surot et le chant raffiné du ténor Philippe Talbot alternent avec les vociférations du monstre lyrique et grimaçant que j’incarne. » De fait, l’argument n’est pas nouveau, mais prouve une fois de plus son efficacité. On pense bien sûr avec attendrissement à nos grands ainés qui, avant Michel Fau, se sont essayés – avec bonheur – à ce genre parodique. L’extraordinaire Cathy Berberian et son évocation de plusieurs consœurs dont Montserrat Caballe, ou encore Marianne James et son Ultima Récital. De leur côté, Michèle Lagrange, Jacqueline Van Quaille et Hélène Bernardy ont eu à personnifier la Castafiore d’Hergé. Des acteurs et actrices de théâtre se sont eux aussi frottés aux divas, entre autres Robert Hirsch en Roberta von Hirsch très en voix, et Jacqueline Maillan, dans « Chant allemand, la cantatrice », ainsi que dans le rôle de la grande cantatrice La Bourdelle de Papy fait de la résistance.

Courez applaudir cet hommage à l’art lyrique, à ses périls, à ses contraintes et à ses conventions les plus éculées. Courez applaudir une dernière fois cette cantatrice impossible et moquez-vous gentiment avec elle de l’illusion du spectacle et de ses codes. Dans ce grand moment de théâtre, bien évidemment, toute ressemblance à des divas actuelles ou passées serait totalement fortuite…

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Spectacle écrit par Michel Fau (2026)

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Mise en scène
Michel Fau
Costumes
David Belugou
Maquillage et Perruque
Eva Cissé
Bijoux
Philippe Ferrandis
Collaboration artistique
Alexandre Mary
Coproduction avec le Festival d’Anjou

La Diva
Michel Fau
Le ténor
Philippe Talbot
Au piano
Martin Surot

Paris, Théâtre des Bouffes Parisiens, 19 octobre 2026, 19h

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