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HALÉVY, La dame de pique – Londres (Battersea Arts Centre)

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Spectacle
2 novembre 2026
Trois cartes mais mille rebondissements

Note ForumOpera.com

4

Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

Infos sur l’œuvre

Opéra-Comique en trois actes
Musique de Jacques Fromental Halévy sur un livret d’Eugène Scribe, d’après la nouvelle d’Alexandre Pouchkine (1834), créé le 28 décembre 1850 au Théâtre national de l’Opéra-Comique
Adaptation musicale de Leon Haxby. Ouvrage chanté en langue originale, dialogues parlés adaptés en anglais

Détails

Mise en scène et conception technique
Jonny Danciger
Décors et costumes
Céleste Langrée
Adaptation musicale
Leon Haxby
Co-responsable des éclairages
Eli Hunt
Production
Maryann Wright

La Princesse Polowska
Grace O’Malley
Constantin Nelidoff, sous-lieutenant d’artillerie
James Hutchings
Le Prince Zizianow, colonel russe
Sam Utley
André Roskow, chef des mineurs
Charlie Epps
Lisanka fille de l’intendant du château de Polosk
Alice Usher
Klaremberg, banquier du roi de Saxe et de Pologne
Alistair Sutherland
Sowbakin, second chef des mineurs
HoWang Yuen

Le banquier des jeux à Carlsbad
William Costello

Direction musicale
Hannah von Wiehler

Londres, Battersea Art Center, Grand Hall, jeudi 29 octobre 2026, 19h30

 

Créée en 1850 à l’Opéra-comique, avec succès semble-t-il, La dame de pique d’Halévy n’a que peu de rapports avec la nouvelle de Pouchkine qui est supposée l’inspirer. Le livret de Scribe est, comme souvent, compliqué à loisir, multipliant les rebondissements et situations annexes dont nous renonçons à donner le déroulé précis (qu’on trouvera dans l’excellent article de Wikipedia consacré à l’ouvrage). En réalité, Scribe ne garde de Pouchkine que la légende des trois cartes sur laquelle il brode une histoire bien différente. Tentons néanmoins un timide résumé, allégé de nombreux détails.

Acte I (accrochez-vous). Dans le village de Polotsk, proche de la frontière avec la Pologne, on exploite des mines de sel. Le château a pour héritière la princesse Polowska, dont on dit qu’elle est bossue, boiteuse et railleuse. Celle-ci n’est pas reparue depuis une éternité. Le chef des mineurs de sel, Roskow, et la fille de l’intendant du château, Lisanka, s’aiment. L’éventuel futur beau-père (que l’on ne voit pas dans l’ouvrage) n’est pas complètement opposé à l’idée, à condition que Roskow s’enrichisse. Le jeune homme, qui a moins la tête sur les épaules que Lisanka, s’est laissé tenter par le jeu, mais il y a perdu ses économies. Le soldat Constantin Nelidoff, porteur d’un message du Tsar et qui doit franchir la frontière polonaise, fait une halte au château. Il a fait le voyage depuis Saint-Pétersbourg avec une belle inconnue dont il est bien entendu tombé amoureux. Elle lui a confié une lettre pour l’intendant. Le colonel Zizianov fait alors son entrée : c’est un joueur invétéré à moitié ruiné. La princesse est sa marraine : autrefois, il en a refusé la main en raison de ce qu’on lui avait dit de ses difformités et de son caractère. Sans grande gêne, il a invité à dîner au château le banquier allemand Klaremberg. Lisanka chante alors la fameuse légende : un comte Polowski ruiné au jeu se donna au diable. La Dame de Pique lui apparut et lui confia son secret : une combinaison de trois cartes qui lui permettront de gagner à coup sûr. Depuis, le secret est gardé dans la famille. La réalité de la légende est confirmée par Klaremberg qui en dit avoir bénéficier autrefois par le biais à la princesse. Zizianov se mord les doigts d’avoir refusé la main de sa marraine. Constantin provoque Zizianov en duel : autrefois, le second a dégradé et déporté le père du premier, accusé de malversations, et il est mort en Sibérie. Zizianov refuse et exhibe une reconnaissance de dettes du père de Constantin, correspondant à une somme que celui-ci aurait volé à l’État. Lisanka revient . Elle a identifié l’écriture du message destiné à son père, l’intendant : il est de la main de la princesse et elle annonce son retour. Celle-ci fait alors son entrée. Une fois repartie, Zizianov se moque de son apparence physique, ce qui amène Constantin a le provoquer à nouveau, d’autant que Zizianov l’accuse de n’être qu’un coureur de dot :  les sbires du colonel s’empare du jeune homme pour l’emprisonner dans la mine. La Princesse est informée par Lisanka.

Acte 2 (vous êtes toujours là ?). Constantin pleurniche au fond de la mine. Il est mis au courant de l’intérêt de la Princesse par Roskow qui vient de toucher sa paye. Il la perd aussitôt au jeu contre son collègue Sowbakin qui le jalouse (il n’est que second chef des mineurs) et reperd le double en tentant sa revanche. Sowbakin est furieux que Roskow ne puisse régler l’intégralité de sa dette. La Princesse vient visiter la mine, accompagnée de Klaremberg et de Zizianow. Les échanges entre la Princesse et Zizianow permettent d’éclaircir la situation. La Princesse sait que Zizianow a la preuve de l’innocence du père de Constantin. Le marché est le suivant : Zizianow libère Constantin, donne les preuves de l’innocence de son père, et la Princesse réfléchira à un éventuel mariage et à lui donner le secret des trois cartes. Zizianow parti, la Princesse demande à Klaremberg (qui lui doit beaucoup comme on a vu) d’aider à l’évasion de Constantin en l’emmenant avec lui, déguisé, jusqu’à Carlsbad en Autriche. Roskow accepte lui aussi de venir en aide à la Princesse, mais en échange du secret des trois cartes. Constantin n’étant toujours pas libéré, celle-ci est bien obligée de révéler la combinaison secrète « le Trois, le Dix et la Dame de pique », mais le charme n’opérera qu’en retournant simultanément le chaton d’un anneau magique (1). Précisons que le charme ne peut fonctionner qu’une seule fois. Zizianow, qui les espionne, n’a pas entendu la seconde condition. Il demande à Sowbakin de rosser Roskow et de voler pour lui la bague.

Acte 3 (ça se complique : et encore, nous sabrons dans les péripéties). Nous sommes maintenant aux eaux de Carlsbad. Roskow explique à Lisanka qu’il s’est fait attaquer par les hommes de Zizianow à la sortie de la mine et que l’anneau lui a été volé. Zizianow apprend à Klaremberg que la Princesse est en disgrâce : elle a fait évader sa jeune cousine Daria Dolgorouki, condamnée à la Sibérie pour avoir giflé le tsar, un peu trop entreprenant. Un accord d’extradition entre l’Empereur d’Autriche et le Tsar conduit à retenir prisonnière la Princesse. Elle est délivrée par Constantin, devenu entre-temps général ( !). La Princesse lui propose d’épouser sa jeune cousine Daria pour garantir son aisance. Il refuse car c’est bien la Princesse qu’il aime. Elle lui propose alors de l’épouser : il refuse encore en raison de sa pauvreté et de la disgrâce passée de son père. Klaremberg vient interrompre cette situation absurde : la fuite de la Princesse a été découverte. Constantin accepterait un mariage dans l’urgence, mais c’est maintenant la Princesse qui s’y oppose car elle préfère attendre de lui rendre son honneur. Zizianow vient ensuite faire chanter la jeune femme (elle est belle la génération Z…) : le reçu blanchissant le père de Constantin en échange de leur mariage. Constantin, qui dispose désormais des fonds pour rembourser la dette paternelle, provoque à nouveau Zizianow en duel : mais ce dernier lui fait accepter une partie de cartes préalable. Zizianow possède la combinaison et aussi la bague volée à Roskow : il est convaincu qu’il va  récupérer la fortune nouvelle de Constantin. Mais, comme il ignore l’utilité de la bague, il perd la partie, et Constantin remporte la mise. Roskow, qui a joué comme Zizianow a perdu ses derniers roubles. Alors que Constantin et Zizianow partent enfin pour leur duel, ils sont arrêtés par une apparition fantomatique : c’est la Dame de Pique qui réclame son anneau. Le bijou une fois récupéré, elle se découvre et tous reconnaissent d’abord la Princesse (boiteuse). La jeune femme enlève ses déguisements et révèle alors qu’elle est en réalité la comtesse Daria Dolgorouki, que la Princesse avait fait évader, et non la Princesse elle-même. Jackpot pour Constantin.

La partition d’Halévy est soignée et la musique ne vise nullement la facilité. Aucune mélodie n’est immédiatement mémorable (contrairement à celles des ouvrages d’Auber par exemple, compositeur qui collabora énormément avec Scribe). Halévy se plait à jouer avec les passages obligés du genre. Typiquement, la Princesse aura droit à son grand air colorature, mais sous une forme beaucoup moins classique que les canons traditionnels de l’opéra-comique. Les airs solistes sont parfois interrompus par l’intervention d’autres solistes avant de reprendre, etc : les formes restent assez mouvantes. De même, les finals d’acte sont d’une architecture plutôt complexe. Au final, l’ouvrage se révèle agréable et plein d’intérêt car le livret et la musique se complètent intelligemment.

Compte tenu de l’abondance des dialogues, les textes parlés sont ici donnés en anglais pour une meilleure compréhension du public. L’adaptation de Jonny Danciger, qui signe également la mise en scène, conserve le caractère spirituel des échanges à fleuret moucheté entre les différents protagonistes. La production est transposée à l’époque révolutionnaire française (Carlsbad devient Arras, Klaremberg est un banquier suisse, Daria est incarcérée à la Bastille…) et se signale par une remarquable économie de moyens. Les différents lieux de l’action sont efficacement rendus par un décor modulable utilisant un jeu de praticables et quelques accessoires (Céleste Langrée, également responsable des costumes très réussis) et des éclairages également très réussis qui contribuent à l’ambiance crépusculaire de la soirée (Jonny Danciger et Eli Hunt) en adéquation avec le lieu de la représentation (un ancien hôtel de ville délabré après un incendie et gardé dans son jus). Contrairement aux Rheinnixen d’Offenbach données l’année dernière et pour lesquelles les spectateurs étaient parqués en U autour des artistes, l’ouvrage est donné plus classiquement devant des gradins de spectateurs, ce qui est plus favorable à l’acoustique, la salle gardant l’aspect délabré qui contribue à son charme.

Luxe ou précaution utile, deux distributions alternent dans cette rareté, composées de jeune chanteurs. Grace O’Malley incarne la Princesse avec une voix plutôt corsée pour ce type d’emploi (la créatrice chantait les premières sopranos dans Le Domino noir, La Dame blanche, La Fille du régiment ou encore Le Toréador et ses célèbres variations sur « Ah vous dirais-je maman »). Les coloratures et roulades sont bien exécutées, avec des cadences au contre ut voire à l’ut dièse. La voix est sonore. L’interprétation est pleine de vivacité. James Hutchings est d’une élégance typique du demi-caractère français attendu dans ce genre de répertoire. Le ténor maîtrise bien les différents registres mixte et de poitrine et son contre-ut de la cavatine d’entrée est parfaitement amené. Dramatiquement, il sait bien rendre l’urgence amoureuse contenue de son personnage. Le rôle de l’ignoble Zizianow est également confié à un ténor plus central cette fois. Sam Utley y est irrésistible, avec une composition parfaite de tête-à-claques et une voix presque barytonale. Dans le rôle du veule Roskow, Charlie Epps offre une voix un peu verte et manquant encore un peu de projection. L’articulation est toutefois excellente et les accents dramatiques sont justes. Son ambitus colle bien à ce rôle de basse chantante. Alice Usher incarne Lisanka, le second soprano, moins sollicité par les coloratures (on reconnaîtra une combinaison classique : Rachel/Eudoxie de La Juive, Valentine/Marguerite des Huguenots, Alice/Isabelle de Robert le diable, etc.), de tessiture centrale mais à l’aigu sollicité (si naturel dans le récit de la légende). La technique est bien assurée, le timbre charnu et le soprano d’une belle musicalité. Alistair Sutherland est un baryton d’une grande élégance, au jeu très fin. Avec sa voix sonore et son engagement dramatique, le baryton HoWang Yuen sait se faire remarquer dans le court rôle de Sowbakin. Enfin, William Costello complète excellemment la distribution dans sa courte intervention. Les chœurs, assez sollicités par la mise en scène, manquent toutefois un peu d’homogénéité vocale pour cette première représentation. À la tête d’une formation réduite, Hannah von Wiehler réussit à faire prendre le tout : la direction sait respecter le style délicat de l’ouvrage et on sent les chanteurs en sureté sous sa baguette. Une partie du public s’est déguisée pour Halloween (nous sommes au Gothic Opera), ajoutant à l’ambiance fantastique de la soirée.

 

  1. (1)Les livrets de Scribe relèvent de « la pièce bien faite » : aucune absurdité apparente ne doit rester inexpliquée une fois le rideau tombé. On en trouve ici une illustration avec l’ajout de la bague magique comme condition supplémentaire : chez Pouchkine et Tchaïkovski, on peut en effet légitimement se demander pourquoi jusqu’à présent personne n’avait été foutu de noter les trois cartes qui donnent la victoire à coup sûr, si c’était si facile ! Autre caractéristique des livrets de Scribe, les femmes y sont beaucoup plus intelligentes que les hommes !

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Adaptation musicale de Leon Haxby. Ouvrage chanté en langue originale, dialogues parlés adaptés en anglais

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