Forum Opéra

Turandot — Dijon

arrow_back_iosarrow_forward_ios
Partager sur :
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email
Partager sur print
Spectacle
13 mars 2011
Œuvre méconnue à découvrir absolument

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Fable chinoise en 2 actes
(créée au Stadttheater de Zürich le 11 mai 1917)
d’après la Fable théâtrale en 5 actes de Carlo Gozzi (1762),
livret du compositeur

Détails

Mise en scène et chorégraphie, Cisco Aznar
Scénographie et costumes, Luis Lara
Lumières, Samuel Marchina
Vidéo, Cisco Aznar et Andreas Pfiffner
Sabine Hogrefe, la princesse Turandot
Mischa Schelomianski, l’empereur de Chine Altoum (son père)
Diana Axentii, Adelma (confidente de Turandot)
Thomas Piffka, le prince Inconnu (Kalaf)
Bernard Deletré, Barak (serviteur de Kalaf)
Loïc Felix, Truffaldino (chef des eunuques)
Josef Wagner, Pantalone (ministre d’Altoum)
Igor Gnidii, Tartaglia (ministre d’Altoum)
Stéphanie Loris, la reine-mère de Samarkand
Lydie Pravikoff, une chanteuse
Orchestre Dijon-Bourgogne, ensemble régional associé
Chœur de l’Opéra de Dijon
direction musicale, Daniel Kawka
Nouvelle production de l’Opéra de Dijon
Auditorium-Grand Théâtre, Dijon, dimanche 13 mars 2011, 15 h

Œuvre mal-aimée ? Plutôt mal connue, éclipsée par celle de Puccini, la Turandot de Busoni est beaucoup plus fidèle à la pièce de Gozzi. Musicalement, elle se situe à cheval sur de nombreux genres, mais la partition est très agréable et s’écoute avec intérêt. A Dijon, l’œil déformant du metteur en scène (et chorégraphe) Cisco Aznar nous offre un spectacle foisonnant, dans le genre comédie musicale, d’un niveau de qualité qu’il est rare de voir en France. La scénographie et les costumes de Luis Lara, jouant entre le noir et les couleurs vives, merveilleusement éclairés par Samuel Marchina, sont accompagnés de vidéos de Cisco Aznar et Andreas Pfiffner qui occupent tout le fond de scène, et qui s’intègrent parfaitement à l’action sans prendre le pas sur elle (contrairement à celle de Bill Viola dans le Tristan de Bastille).

 

La dramaturgie est en grande partie repensée à partir du thème du film de Robert Aldrich, Qu’est-il arrivé à Baby Jane. Ce film, en 1962, avait fait l’effet d’une bombe : joué par une Bette Davis qui avait accepté de s’enlaidir, il montrait tout le poids de la petite enfance sur le développement de la personnalité. Le postulat développé ici veut donc que ce soit petite fille que Turandot ait construit sa propre déstructuration. Une fois adulte, oscillant entre Rita Hayworth et Marylin Monroe, elle aussi est en mal d’amour, entourée des têtes de ses prétendants éconduits rangées dans des placards ou pendant à des branches d’arbres comme autant de fruits monstrueux. Et à la fin, alors que l’opéra lui fait chanter les réjouissances du mariage, c’est son mari que le metteur en scène (et sa névrose obsessionnelle) lui font décapiter, en l’éclaboussant d’un sang qu’elle reçoit avec une évidente jubilation.

 

A propos de cinéma, Almodovar n’est jamais loin dans cette mise en scène extraordinaire – dans tous les sens du terme – qui mêle Espagne, Italie, Allemagne et Amérique du Sud, et bien sûr une Chine de rêve esquissée à travers des ballets confondants par leurs qualités rythmiques et évocatrices, et par l’art accompli de leurs interprètes. Entre fantastique, caricature, pantomime et cirque2, l’action se déroule sur un rythme infernal : danses genre Rockettes des années 20, ecclésiastique castrateur de service, SM des travestis berlinois, cartes à jouer d’Alice au Pays des Merveilles et mises à mort de taureaux espagnols devant une Turandot habillée en Carmencita. D’aucuns diront que trop, c’est trop, mais la démesure, en l’occurrence, sied bien à cette relecture de l’œuvre, d’autant que tout y est drôle3 et plein de clins d’œil.

 

La distribution, de grande qualité, est solide et sans failles. Toutes les voix sont fort belles, à commencer par Sabine Hogrefe (Turandot), chanteuse wagnérienne4 à l’émission rappelant celle de Birgit Nilsson. A la fois pleine d’humour et bonne technicienne, elle s’est adaptée parfaitement à ce que lui a demandé le metteur en scène. Thomas Piffka (Kalaf) est un excellent ténor, à la voix puissante et sonore, et au jeu bien adapté, entre L’Opéra de Quat’Sous et Certains l’aiment chaud. Diana Axentii (Adelma) défend avec art son rôle de suivante qui, pour une fois, n’a rien d’ennuyeux. Et Loïc Felix (Truffaldino) a une fort belle et puissante voix de trial qui doit faire merveille également dans beaucoup d’autres rôles (par exemple le caissier des Brigands que l’on va revoir prochainement avec lui à Paris). Le reste de la distribution, avec notamment Mischa Schelomianski (Altoum), Bernard Deletré (Barak), Josef Wagner et Igor Gnidii (les ministres) est tout aussi excellente. Le chef Daniel Kawka mène tout son monde avec fougue et précision, rendant parfaitement justice à tous les aspects de la partition.

 

Seule ombre au tableau, cette somptueuse et exceptionnelle production n’est donnée que trois fois à Dijon. On souhaite la voir présentée sur d’autres scènes en attendant la vidéo.

 

 

 

 
1 À la création et dans la plupart des reprises ultérieures, l’œuvre était couplée avec Arlecchino, opéra en un acte de Busoni.

2 Ici merveilleusement servie par les apprentis-artistes du Centre d’Art et de Formation aux Arts du Cirque – Académie Fratellini et les élèves du Conservatoire à rayonnement régional de Dijon.

3 Par exemple la scène fort réjouissante où Adelma révèle le nom du prince inconnu, montrant parmi beaucoup d’autres la finesse et le soin de la direction d’acteurs.

4 Elle sera Brunehilde au Met en juillet 2011.

 

 

Commentaires

VOUS AIMEZ NOUS LIRE… SOUTENEZ-NOUS

Vous pouvez nous aider à garder un contenu de qualité et à nous développer. Partagez notre site et n’hésitez pas à faire un don.
Quel que soit le montant que vous donnez, nous vous remercions énormément et nous considérons cela comme un réel encouragement à poursuivre notre démarche.

Note ForumOpera.com

4

Note des lecteurs

()

Votre note

/5 ( avis)

Aucun vote actuellement

Infos sur l’œuvre

Fable chinoise en 2 actes
(créée au Stadttheater de Zürich le 11 mai 1917)
d’après la Fable théâtrale en 5 actes de Carlo Gozzi (1762),
livret du compositeur

Détails

Mise en scène et chorégraphie, Cisco Aznar
Scénographie et costumes, Luis Lara
Lumières, Samuel Marchina
Vidéo, Cisco Aznar et Andreas Pfiffner
Sabine Hogrefe, la princesse Turandot
Mischa Schelomianski, l’empereur de Chine Altoum (son père)
Diana Axentii, Adelma (confidente de Turandot)
Thomas Piffka, le prince Inconnu (Kalaf)
Bernard Deletré, Barak (serviteur de Kalaf)
Loïc Felix, Truffaldino (chef des eunuques)
Josef Wagner, Pantalone (ministre d’Altoum)
Igor Gnidii, Tartaglia (ministre d’Altoum)
Stéphanie Loris, la reine-mère de Samarkand
Lydie Pravikoff, une chanteuse
Orchestre Dijon-Bourgogne, ensemble régional associé
Chœur de l’Opéra de Dijon
direction musicale, Daniel Kawka
Nouvelle production de l’Opéra de Dijon
Auditorium-Grand Théâtre, Dijon, dimanche 13 mars 2011, 15 h

Nos derniers podcasts

Nos derniers swags

So Romantique ! – Cyrille Dubois

L’âme de l’opéra-comique
CDSWAG

PUCCINI, Turandot, par Antonio Pappano

Une leçon puccinienne
CDSWAG

This be her Verse, par Golda Schultz et Jonathan Ware

La parole aux femmes
CDSWAG

Les dernières interviews

Giovanni Antonini : « Il faut croire au pouvoir des mots »

Interview

Stanislas de Barbeyrac : « Il y aura peut-être un jour Tristan, si je suis sage »

Interview

Questionnaire de Proust – Sophie Koch : « Christian Thielemann compte beaucoup pour moi »

Interview

Les derniers dossiers

Questionnaire de Proust

Dossier

Les grands entretiens de Charles Sigel

Dossier

Philippe Boesmans (1936 – 2022)

Dossier

Zapping

Vous pourriez être intéressé par :

Lamenti e sospiri

Le baroque chambriste
Mariana FLORÈS, Leonardo GARCÍA ALARCÓN, Julie ROSET
Spectacle

ROSSINI, Petite messe solennelle – Bordeaux

Honneur au chœur
Salvatore CAPUTO, Marianne CROUX
Spectacle

WAGNER, Lohengrin – New-York

En direct de New-York : Le somptueux Lohengrin de Beczala
Piotr BECZALA, Tamara WILSON, Yannick NÉZET-SÉGUIN
Spectacle

DUVAL, Les Génies – Versailles

Duval a du génie
Marie PERBOST, Florie VALIQUETTE, Camille DELAFORGE
Spectacle